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quer à celui-ci la situation véritable des établissements de Québec et des Trois-Rivières. “Ce qui lui succéda (réussit) si heureusement qu'elle obtint un puissant secours contre nos ennemis”, raconte le père Barthélemy Vimont. La nouvelle en parvint à Québec vers l'automne 1641, et M. de Montmagny “ fit aussitôt disposer la charpente d’une maison, devant même que les vaisseaux qui devaient apporter les ouvriers eussent paru, se doutant bien que, si on attendait leur venue, ils ne pourraient loger durant l'hiver au lieu où l'on désire poser les fortifications... La joie que les Français et les Sauvages ont senti à la venue de ce secours n’est pas concevable. Ta crainte qu'on avait des Iroquois avait tellement abattu les cœurs qu'on ne vivait que dans les appréhensions de la mort ; mais sitôt que la nouvelle fut venue que l'on allait dresser des fortifications sur les avenues des Iroquois, toute crainte cessa, chacun reprit courage et commença à marcher tête levée avec autant d'assurance que si le fort eût déjà été bâti.” !
Le fort dont ilest question ici devait être élevé bientôt à l'endroit appelé Sorel à présent, et non pas, comme le texte le ferait croire, à Québec où à Trois-Rivières, où à Montréal. Le secours promis n’était d'ailleurs ni imposant ni durable. Tout ce qu'on pouvait espérer se limitit à la construction d'un fort au-dessus de Trois-Rivières, de même que, en 1634. on avait établi le fort de Trois-Rivières au-dessus de Québec, pour aller au devant des canots de traite du Haut-Canada.
Au mois de mai 1642, M. de Maisonneuve partit de Québec, où il avait hiverné avec son monde, pour commencer l'établissement de Montréal. Les roquois ne connurent l'existence de ce poste que l'année suivante,
M. de Montmagny se rendait compte de la nécessité d'un fort sur le lie Saint-Pierre pour gêner les courses de ces marandeurs. qui descendaient de leur pays par la rivière Richelieu (dite aussi des Froquois), et surprenaient nos canots de traite dans les îles du lac Saint-Pierre. Un poste d'observation, d'où l'on pourrait lancer des patrouilles, devenait indispensable. La clef de toutes les communications sur le fleuve se trouvait au lac et non pas à Montréal. :
En juin ou juillet 1642 il dut arriver de France une ou deux compagnies de soldats, puisque le projet du fort Richelieu fat exécuté au mois d'août de cette année. Répétons toujours que ces soldats ne sortaient point en droite ligne des régiments de France, mais à aient peut-être servi dans quelques corps avant que de s'enrôler pour le Canada. Les Cent-Associés, Richelieu. Anne d'Autriche, affectant quelques sommes d'argent pour la force armée de la colonie, ne nous envoyaient aucun ‘corps régulier, selon que certaines personnes ont voulu le croire, mais seulement le moyen de recruter des hommes pour le service militaire.
En 1642, les vaisseaux de France arrivèrent à Québec * plus tôt qu'à l'ordinaire, n'ayant ét que deux mois à leur voyage
! Relation de 1642, page 2.
2 Marie de l'Incarnation, Lettres, 29 septembre 1642.
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Les nouveaux soldats s'étant reposés à Québec, M. de Montmagny les fit avancer d'abord jusqu'à Trois-Rivières, où un vent contraire retint ses trois barques avec un brigantin et une centaine d'hommes armés, durant les derniers jours de juillet, Le 2 août, douze canots de Hurons, avec des missionnaires, partirent seuls de Trois-Rivières, mais les Iroquois les enlevèrent dans les îles du lac Saint-Pierre. Le œouverneur n'arriva avec sa troupe que le 13 août à la rivière Richelieu (ou des Iroquois, à présent rivière Chambly). Sans perdre de temps, le fort Richelieu fut commencé.!
Le père Vimont écrivait cette année : “ Ces fortifications ne tranchent point le mal par la racine; les barbares font la guerre à la manière des Scythes et des Parthes ; la porte ne sera point pleinement ouverte à Jésus- Christ, et les dangers ne s'éloigneront point de notre colonie, jusqu’à ce qu'on ait ou gagné ou exterminé les Iroquois ?
Telle était la vérité: on ne la comprit qu'après un quart de siècle de dévastations, d'horreurs et de souffrances inouïes. Ce fut la gloire de Colbert de mettre fin à ces maux.
D'après un manuscrit de la bibliothèque du Louvre, le père F. Martin * écrit cette note se rapportant à 1642 : ‘ La force armée de la colonie était alors de quinze soldats formant la garnison de Québec, et coûtait au trésor 12,180 livres. Trois-Rivières en avait soixante-dix, et Montréal autant.” [Il est bien certain que ‘autant ” se rapporte à Québec, En tout, cela formait cent hommes, savoir : 15 à Québec, 15 à Montréal, 70 à Trois- Rivières. Ce dernier poste était, par sa situation géographique et par la principale traite du pays, qui s'y faisait, tout désigné d'avance aux attaques de l'ennemi ; de là le surcroît de troupes qu'on y entretenait. Nulle tentative de culture n’y était possible hors de la portée des armes à feu du poste et de la surveillance des patrouilles. Jusqu'à 1641, il me paraît évident que la garnison de Trois-Rivières ne dépassait pas quinze où vingt hommes, mais le renfort arrivé cn 1642 avait permis d'augmenter cette garnison, Comme le manuscrit cité plus haut ne parle pas du fort Richelieu, cela signifie que Trois-Rivières fournissait le nombre de soldats employés dans ce lieu. Les quinze soldats entretenus à Montréal aux frais du trésor, montreraient que Louis XTIT s'était décidé à faire quelque chose pour le nouvel établissement, Au taux de 12,180 francs pour quinze soldats, la force armée du Canada étant composée de cent hommes, devait coûter 81.200 francs par année, soit 65,000 dollars de notre argent, puisque l'argent valait alors quatre fois plus qu'aujourd’h ri.
La palissade de Montréal étant achevée, on y plaça du canon le 19 mars 1643. Il pouvait y avoir alors 40 personnes dans le fort ainsi complété. ;
Le 27 mai, M. de Montmagny chargea le soldat Pierre Caumont dit la Roche, de la garnison de Québec, de partir avec la barque Louise,
! Voir Relation de 1642, pages #4, 50.
2? Le R, P. Isaac Jogues, 1873, p. 129,
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équipée de cinq matelots et montée par quatre soldats, de faire une patrouille active entre Trois-Rivières et le lac Saint-Pierre, mais son service eût été bien plus efficace sur le lac même. Le 12 juin, quarante Iroquois mirent pied à terre à la Pointe-du-Lac, sans être aperçus par la Roche. Une autre bande allait et venait sur le lac, capturant les canots de traite, On disait que sept cents [roquois étaient en marche pour tout saccager dans la colonie. Le gouverneur général partit de Québec conduisant quatre chaloupes, fit une battue entre Trois-Rivières et le fort Richelieu, sans avoir rencontré un ennemi rusé et agile, dont la tactique consistait à ne point se montrer.
Le 15 août, un bâtiment fut aperçu à Québec portant des secours destinés à Montréal. Le principal personnage qui le montait se nommait Louis d’Ailleboust de Coulonges. C’est alors, probablement, que l'on apprit la mort du cardinal de Richelieu, survenue le 4 décembre 1642, et, peut-être aussi, celle du roi Louis XIIT, arrivée le 14 mai 1643. Bientôt après, l'on sut que le duc d'Enghien (Condé) avait anéanti la fleur des troupes espagnoles à Rocroi.
A la fin d'août, M. de Montmagny escorta jusqu'à Montréal M. d’Ailleboust et les trente ou quarante personnes qu'il amenait. Les Iroquois venaient de découvrir l'établissement des Français; M. d’Aïlleboust fit ses calculs pour en augmenter les fortifications et, dès l’année suivante, il exécutait ce plan.
La reine Anne d'Autriche étant devenue régente du royaume, on s'adressa à elle pour obtenir de nouveaux renforts. Elle accorda 100,000 francs pour l'entretien d'une compagnie de soixante-soldats levés en France, l'hiver de 1643-1644.
Au printemps de 1644, les Iroquois lancèrent dix bandes de guerriers sur le fleuve. Le danger des embuscades était continuel. A Trois-Rivières et à Montréal, toute sortie se faisait dans l’ordre militaire, avec mille précautions. Comme la flotille huronne devait retourner dans le Fuaut- Canada, il fut jugé convenable de munir les Sauvages qui la composaient d'armes à feu, pour le cas où ils seraient attaqués en route, Ces {urons avaient passé l'hiver à Trois-Rivières, Le père Bressani s'embarqua avec eux le 27 avril ; le 29, par le travers des rivières Machiche. ils furent surpris et amenés prisonniers, à part quelques-uns assommés sur place ou qui échappèrent.
Durant l'été, il arriva de France “ nombre de gens, partie desquels était une compagnie de soixante soldats qui sont distribués dans différents postes”. Le capitaine se nommait la Barre, Les 100,000 francs ci-dessus mentionnés paraissent avoir été confiés au baron de Renty, tout dévoué à la compagnie de Montréal, et qui fut un certain temps directeur de cette compagnie, La reine avait donné pour Montréal deux petites pièces de fonte abandonnées depuis longtemps dans les rues de la Rochelle.
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Au mois d'août, M. de Montmagny allant à Trois-Rivières tenir une assemblée de toutes les nations, y compris les [roquois. se fit accompagner d'un détachement de soldats dont la vue impressionna vivement ces peuples, et, quelques jours après, lorsque la flottille huronne et les missionnaires partirent pour le Haut-Canada, vingt-deux militaires leur servirent d’escorte,
La perspective d’une paix générale que faisaient entrevoir les Iroquois, avait été imaginée par eux afin de gagner du temps et s'assurer, pardessus tout. si la France allait continuer ses envois de troupes, auquel cas il valait mieux pour ces barbares se tenir tranquilles et nouer des relations amicales avec les Français.
Des changements se prépa aient, d'autre part, dans l'administration de la colonie. Faute d’avoir vu exécuter les projets militaires et autres conçus en 1635-1636 pour le bien général, nous étions restés sans aide, ce que les Iroquois avaient fini par comprendre. Nous devenions la proie de ces avides destructeurs. Une idée de réformes germa dans la tête de quelques Français ; mais, comme cela arrive bien souvent, il y avait en dessous un désir de s'emparer du pouvoir et de contrôler les affaires commerciales du pays. Nous entrons ici dans une nouvelle période,
Six ou sept familles d’un certain rang, mais pauvres, sollicitèrent M. de Montmagny de s'entendre avec elles pour exploiter le commerce du Canada. Le gouverneur avait toujours refusé la proposition, mais en 1644, voyant le peu d'espoir d'être secouru de quelque façon que ce fût par les Cent- Associés, et renonçant à quêter encore les secours du roi, il se déclara favorable à un arrangement par lequel les gens du pays auraient la gérance de leurs propres affaires. Hélas! M, de Montmagny, qui ne comptait sur aucun bénéfice personnel. se trouva cependant trompé, car les gentilshommes jouèrent les ‘“ habitants ” et le gouverneur, Je ne vois que dans un seul auteur, tout récent, l'explication de ce qui se passa à cet égard de 1644 à 1648. Aussi vais-je en faire le sujet de cette seconde partie de mon étude. La défense de la colonie s'y trouve intéressée au premier chef.
* Le groupe des gentilshommes québecquois, mécontents de l'administration des marchands, expulsa ces derniers, grâce à l'appui de l'État, et s'empara des revenus de la traite pour en disposer à son protit. Cela se passait dans l'automne de 1644 et au commencement de 1645. Or, précisément à cette époque, les chefs de ia colonie ce Montréal commencçaient à ressentir les premières atteintes de la faim; ils ne recevaient plus de renforts de France, etjils durent être tentés de prèter main-forte à ceux qui montaient à l'assaut du trésor public. Le firentils? Leur historien nous le donne à entendre, sans le dire formellement." Il est probable que les
jésuites, de leur côté, se mêlèrent de cette affaire: le Journal, page 3. dit
que la traite fut cédée aux habitants agente regina et nobis impellentibus.” *
1 Voir Faillon, Colonie française, T, 473.
? Léon Gérin, dans La Science sociale, Paris, 1891, p. 562,
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