‹ L'organization militaire du Canada, 1636-1648 [microforme]Chapitre 5 sur 9 · MR RARE · texte numérisé non relu

MR RARE

[sucre] L'ORGANISATION MILITAIRE DU CANADA, 1636-1648 15

Notons, en passant, la marche de notre diplomatie envers les Iroquois. Au commencement de juillet 1645, M. de Saneterre, commandant au fort Richelieu, reçut la visite de quelques-uns de ces Sauvage: qui venaient proposer la paix entre toutes les nations. Le 12 juillet, avec le plus de pompe possible, M. de Montmagny ouvrait, sur le platon de Trois-Rivières, des conférences qui durèrent deux ou trois jours et qui mirent d'accord les “hautes parties contractantes ”, selon le langage d'aujourd'hui. Depuis la convention de 1624, tenue au même lieu, on n’en avait pas vue d'aussi importante dans le pays. En septembre, autre réunion pour ratitier le traité solennel ; il y avait plus de quatre cents Sauvages, y compris les Hurons qui venaient à la traite. Les soldats jouaient un rôle marquant dans les diverses cérémonies de ces deux congrès, qui nous sont racontées en détail par les écrivains du temps.

Cette année si remarquable le devint encore davantage par l'abandon que firent les Cent-Associés d’une partie de leur commerce entre les mains d'une compagnie dite des Habitants. Les causes déjà signalées qui amenèrent ce changement se rattachent en bonne partie à la situation militaire du Canada ; c'est pourquoi il convient d'en dire un mot.

Le pays comptait de cent vingt à cent vingt-sept colons, mais sur ce nombre il n’en était venu que dix-neuf ou vingt durant les années 1641- 1644. à cause de la guerre des Iroquois. La population blanche de toute la colonie ne devait pas dépasser 500 âmes. Il y avait bien vingtcinq seigneuries de concédées sur le papier, mais quatre ou cinq à peine commençaient à recevoir des colons. Beauport en avait une vingtaine.

Par l'entente du 6 mars 1645, la compagnie dite des Habitants obtenait la liberté du commerce pour son compte, sans remplacer toutefois l’ancienne organisation des Cent-Associés; mais en retour du privilège qui leur était octroyé, les Habitants devaient entretenir le gouverneur général, ses officiers, les soldats des forts et habitations, les nourrir, les solder, payer leurs appointements, réparer les forts ‘ainsi que les Cent-Associés ont fait çi-devant ”, et tenir au moins cent hommes dans les garnisons. Les canons, boulets, armes, munitions de guerre actuellement dans les forts et appartenant à l'ancienne compagnie seront utilisés par les Habitants qui devront les remplacer à fur et à mesure de leur consommation, sauf les pièces d’artillerie envoyées par M. de Lauzon. avec qui les Habitants devront s'entendre à ce sujet, Les négociations, de la part des Habitants, avaient été conduites, à Paris, au mois de janvier 1645, par Pierre le Gardeur de Repentigny et Jean-Paul Godefroy,à titre de délégués du Canada, comme ils se qualifiaient.! M. de Lauzon était avec eux contra Rozée et CÀ,

Avant d'aller plus loin, disons qu'il $ avait dans le pays deux classes d'habitants. La plus nombreuse se composait de gens établis comme colons, par conséquent tout à fait distincts des commerçants, des em-

1 Correspondance des gouverneurs, 2 série, volume I, p. 152, Bibliothèque fédérale, Ottawa.—Ædits et Ordonnances, I, 28,—Faillon, Histoire dela Colonie, 1, 492.

ployés de la traite, fonctionnaires, gentilshommes sans fortune, hommes de professions libérales, matelots, soldats, missionnaires. Ils étaient essentiellement attachés au sol; c’est pourquoi ils se qualifiaient entre eux d'habitants. L'autre classe se recrutait parmi les gentilshommes, les commerçants, les fonctionnaires qui viennent d'être mentionnés, lesquels passaient, aux yeux des Français de France, pour des ‘habitants du Canada”, puisque, effectivement, ils habitaient ce pays. Le mot comporte donc ici double sens, ce qui fait qu'il a souvent prêté à la confusion, et il faut se garder de confondre l'habitant avec le gentilhomme. La compagnie dite des Habitants, assez correctement nommée par opposition à celle des Cent-Associés, qui était composée de gens résidant en France, ne renfer: mait cependant aucun habitant dans le sens local du mot. Elle était formée de six ou sept familles qui ne voulaient pas cultiver la terre, préférant exercer des fonctions publiques et jouer ici le rôle si peu digne de la noblesse française, ruinée, vivant des faveurs du roi, accapareuse et fière, Ce n’est pas avec un pareil élément que l’on fait prospérer une colonie. La suite le prouva douloureusement, comme on sait.

En première ligne de cette dernière catégorie d'habitants, venaient les personnages suivants, qui furent les premiers seigneurs du Canada sur le papier :

Pierre le Gardeur de Repentigny, arrivé de Normandie en 1636 avec sa femme et ses enfants, s'occupait du commerce uniquement. Il se fit accorder en 1647 les fiefs Cournoyer et Repentigny, mais n'eut pas le temps d'y travailler, car il mourut l'année suivante, dans l’un de ses voyages en France,

Charles le Gardeur de Tilly, frère du premier, qu'il secondait dans ses opérations sur terre et sur mer.

Jacques Leneuf de la Poterie, beau-frère des précédents, arrivé avec eux, se fit donner le fief de Portneuf, où il avait un établissement en 1545. I prit des terres à Trois-Rivières, peu après ; néanmoins sa principale occupation paraît avoir été la traite des fourrures.

Michel Leneuf du Hérisson, frère de Jacques, était veuf, avait une flle qui épousa Jean Godefroy, et tous trois vécurent à Trois-Rivières,

Jean-Paul Godefroy ne fit toujours que du commerce. Il épousa, en 1646, une tille de Pierre le Gardeur de Repentigny.

René Robineau de Bécancour, arrivé de Paris vers 1644, sinon quelques années auparavant, était aussi un négociant. En 1647, il se fit accorder la seigneurie de Bécancour, mais la garda en forêt, Vers 1650, il épousa une fille de Jacques Leneuf de la Poterie, laquelle lui apporta le tief de Portneuf, où il fixa plus tard sa résidence.

François de Chavigny sieur de Berchereau, arrivé en 1640, avec sa femme Éléonore de Grandmaison, possédait le titre du fief de Chavigny (Deschambault en partie). Il ne colonisa guère, si toutefois il tenta aucun défrichement. C'est lui qui suppléait M, de Montmagny durant ses absences de Québec. Je crois qu'il appartenait à la famille de

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»s de 1 Chavigny, fort en faveur auprès de la cour en 1640. Il mourut dans un sen - ; voyage en France, vers 1652, eux : Jean Juchereau de Maure. de la Beauce. arrivé en 1634, avec sa femme , les ; et ses enfants, avait un moulin à Québec, et faisait le commerce, juels ë Son frère, Noël Juchereau des Chastelets, licencié-en-droit, venu en du à 1632, sinon avant, ne se maria point ; il avait recu des terres qui devinrent orte en partie la propriété de Jean, lorsqu'il mourut, en France, au cours de faut ; son voyage de 1647. Entre 1632 et 1644 il paraît avoir été associé des œnie £ Cent-Associés où de la compagnie Rozée, Cheffault, ce qui revient au même, des ë En 1645, il fut nommé commis général de la compagnie des Habitants. 11 fer: ; légua son fief Saint-Michel à Charles le Gardeur de Tilly, marié en 1648 à tait ù sa nièce, (Greneviève Juchereuu, pré- Olivier le Tardif, très probablement de la Normandie, était intere de : prète à Québec en 1621, sous-commis en 1626, interprète des Cent-Associés euse en 1638; il épousa, 1637, Louise Couillard, et, avec son beau-frère, Jean une Nicolet, aussi interprète, posséda la terre des plaines d'Abraham, où est à 4 présent Spencer (range, résidence de notre collègue, J.-M. Lemoine, En ient 5 1641, M. Jean de Ré sieur de Gand, commis général, étant décédé, le Tardif sur 4 le remplaça. Il paraît avoir été au service de la compagnie Rozée, Chefù fault, et être allé en France dans les intérêts de ces derniers, l'automne de ivec : 1645 ; nous en reparlerons, En 1648, il épousa Barbe Aymart en secondes > fit à noces. Nous le retrouvons en 1650 procureur de la compagnie Rozée. I] s le : mourut en 1665. Il fut peut-être celui qui lutta le plus contre la comses 3 pagnie des Habitants, dont les le Gardeur, les Leneuf et les Juchereau à étaient les chefs, ainsi que (rodefroy, Robineau et Chavigny. ans à Guillaume Tronquet, secrétaire de M, de Montmagny, était à Québec ï en cette qualité, l'automne de 1638 et jusqu'à 1646, où il retourna en France. vec ñ En 1644-1646, il tit des actes comme notaire. Il était intéressé dans la 45. ; traite des pelleteries, puisque, en 1645, avec Repentigny et Giffard, il prit ale Ë part aux démarches dirigées contre les Cent-Associés. Ce qui est curieux | cest que, rendu en France, l'hiver de 1646-47, il se décida à y rester, bien une ; qu'il eût récemment obtenu une terre sur le chemin du Cap-Rouge ; on ; suppose qu'il comprit que M. de Montmagny, son protecteur, allait être , en ‘appelé.* Jean Bourdon, ingénieur, arpenteur, navigateur, commerçant, proael- L cureur, arrivé en 1634, obtint plusieurs concessions de terre qu'il ne fit $ défricha point, 11 vécut dans les fonctions indiquées ci-haut, Ce qui 50, & paraît certain c'est que, jusqu'à 1648. il fut d'accord avec M. de Montmagny, le et que, par la suite, il combattit les Cent-Associés. Fonctionnaire public toute sa vie, homme d’action, il a figuré trente ans dans les affaires du pays. vec 4 En : see ha- : l Journal des jésuites, p. 128.

s il * Journal des jésuites, pp. 20, 47, 68.—JT.-Edmond Roy, Le Caunada-français, | ny L ss p. 720.—-B. Sulte, Histoire des Canadiens-Français, II, 82; III, 6, —Ferland, | d $ Notes sur les Registres, p. 65.

Sec, I., 1896, 2.

Le docteur Robert Giffard, venu du Perche avant 1627, fut le plus marquant de nos seigneurs colonisateurs, par son fief de Beauport. Ilne laissait pas de s'occuper du trafic en général. En 1645, sa fille Françoise épousa Jean, fils de Jean Juchereau, ci-dessus nommé.

Ainsi, de 1627 à 1635, les C'ent-Associés avaient fait de pauvres affaires ; de 1636 à 1644, ils étaient représentés par la combinaison Rozée, Chetlault, ete. et, de 1645 à 1663, il y eut en sus la coalition des gentilshommes du Canada appelée compagnie des Habitants,

Le nouvel état de chose, en ce qui concerne le commerce, fut proclamé à Trois-Rivières, au mois d'août 1645, et à Québec, le 26 novembre suivant. I était expressément stipulé que la compagnie dite des Habitants supporterait le coût des garnisons et des choses militaires ; mais elle ne fit pas mieux que les Cent-Associés.

Les vingt-deux soldats partis en 1644 pour la contrée des Hurons, revinrent en septembre 1645, rapportant, pour leur compte personnel, la valeur de 530,000 à 40,000 francs de peaux de castor, ‘sur quoi, dit le Journal des jésuites, y ayant eu dispute entre les habitants !, mis nouvellement en possession de la traite, et messieurs de la compagnie générale (les Cent-Associés), ils s'accordèrent d'employer le provenu à bâtir une église et presbytère ”.. D'après la convention nouvellement promulguée, les soldats devaient livrer le quart de leurs pelleteries aux Habitants, lesquels recevaient ainsi le revenu des droits, parcequ'ils se chargeaient des frais d'administration de la colonie. Le Journal dit que les soldats versèrent 6,000 francs. Il ajoute que la nourriture, le logement et les soins donnés à ces vingt-deux hommes par les jésuites valaient bien 200 francs par tête, soit 4400 francs, mais qu'on ne leur accorda que 30 écus par tête où 1,980 francs.

Nous n'avons pas à régler cette dispute. La nécessité d’avoir des soldats en nombre efficace pour assurer la tranquillité des colons, et augmenter aussi par là les bénéfices du commerce, était comprise de tout le monde, depuis plus de dix ans, mais les Cent-Associés et leurs agents dé Dieppe et de Rouen, faute d'esprit d'entreprise, n'y avaient rien vu dans le passé et, maintenant que le commerce allait à des gens sans ressources, il ne fallait pas espérer voir faire à ceux-ci des dépenses d'argent un peu élevées, Les vrais habitants ne pouvaient commercer qu'avec la compagnie.

Il y à apparence que le capitaine ce la Barre avait séjourné quelque temps à Montréal, car M. Dollier dit que M. de Maisonneuve, obligé de faire un voyage en France (octobre 1645), “ ne voulut point partir sans renvoyer auparavant le sieur de la Barre, qu'il avait reconnu pour n'avoir rien de saint que son chapelet et sa mine trompeuse ”. M. de Belmont dit: “ M. de la Barre, grand hypocrite”. L'historien Faillon (IE, 30, 37) nous édiftie également sur le compte du personnage,

Lisons : les gentilshommes,

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