A FEU ET A SANG III
convaincre de sa réalité. C'était un fait très impressionnant parce qu'il semblait indiquer que les Romains, divisés auparavant, opéraient une concentration sur l'impossibilité de laquelle Vercingétorix comptait précisément pour les vaincre.
On décida donc de ne pas aller plus loin sans informations à ce sujet.
Buborex, avec dix de ses volontaires, et deux petits groupes de quatre voués, accompagnés chacun d'une cinquantaine d'hommes, s'étant éparpillés dans cinq directions opposées pour récolter des renseignements, apprirent, les deux jours suivants, des nouvelles fort surprenantes: César n'était plus chez les Arvernes ! Laissant à l'un de ses plus jeunes lieutenants : Brutus, le soin d'inquiéter Vercingétorix par des incursions de cavalerie, très audacieuses, sur son territoire, il se précipitait presque seul, marchant jour et nuit, dans la vallée du Rhodanus (Rhône) jusqu'à Vienna (Vienne dans le Dauphiné), puis le long de la vallée de l'Arar (Saône) jusqu'à la limite des monts des Mandubiens (Côte-d'Or), pour tomber à l'improvisce dans le pays des Lingons, qui lui étaient encore fidèles, et pour rejoindre dix légions groupées auteur d'Agedincum (Sens) !
— C'est admirable, disait Ductomar.
Le quatuor d'amis fut d'accord pour applaudir sans parti pris l'illustre stratégiste romain, dont l'audace et la promptitude déjouaient si bien les plans de son adversaire.
Certes ! César avait risqué cent fois sa vie en traversant ou côtoyant si vite et presque sans escorte, des territoires dont les populations indécises comme celles des Ségusiens, des Séquans et des Eduens, — qui devaient plus tard se déclarer contre lui, — auraient pu le massacrer. Mais la rapidité stupéfiante de cette expédition le sauva.
Désormais, à la tête de ses dix légions, et la province romaine raffermie, le proconsul n'était plus à la merci des Gaulois révoltés. La guerre prenait une tournure nouvelle.
Buborex et l'un des voués, revenant du Sud, annoncèrent que le roi des Arvernes, furieux d'avoir été ainsi joué, revenait au Nord et mettait le siège devant la ville Eduenne de Gorgobina (pi es de Mouluis) pour forcer les Gaulois de cette contrée à devenir ses auxiliaires.
— Nous sommes en excellente posture de défense, sur des pentes de coteaux où nous ne gênons personne et nous avons des vivres en abondance ; restons ici, proposa Corpact.
« César va probablement revenir avec ses troupes pour s'imposer aux Eduens par le Nord, comme Vercingétorix cherche à s'imposer à eux par le Sud. Nous serons dans une position tout à fait favorable pour l'arrêter ici au passage, si nous nous déclarons contre lui, ou pour nous joindre à ses légions, si nous adoptons son parti ».
L'expectative et les courses d'éclaireurs organisées pour les informations furent donc la provisoire tactique du « corps franc ». Elle avait l'avantage de former et de tenir en haleine toute l'armée, car on affectait aux explorations environ un quart de l'effectif, en le renouvelant périodiquement.
Cependant le siège de Gorgobina par Vercingétorix était si bien soutenu du côté des assiégés que l'ennemi de Rome après une série d'échecs, avait dû finir par le lever. D'autre part. César, au lieu de revenir au Sud avec ses légions, comme le prévoyait Corpact, se portait promptement à l'Ouest sur le territoire des Senons (Loiret) auxquels il dérobait la ville de Vallaunodunum. Il se dirigeait vers Cenabun (Orléans), et quelques jours plus tard, Buborex, envoyé en reconnaissance de ce côté, parce qu'il connaissait mieux ce pays qu'un autre, attendu qu'il était le sien, apporta le récit de cette nouvelle victoire du proconsul romain.
Ayant donné le signal de la révolte et massacré les premiers Romains victimes du soulèvement, les Cénobiens n'espéraient pas être épar{^nés. Ils se défendirent de leur mieux