A FEU ET A SANG II
d'abord derrière les remparts de leur cité, avec les troupes Carnutes qui garnissaient cet oppidum (ville fortifiée depuis le commencement de la guerre).
Mais n'ayant pas l'illusion de parvenir à résister au grand conquérant romain, ils tentèrent de profiter d'une nuit sombre pour s'enfuir par le pont et se réfugier chez lesBituriges.
César, prévoyant cette tentative de retraite, avait fait veiller sur ce point deux légions qui donnèrent l'alarme, vers minuit, au moment où les fugitifs engagés sur le pont commençaient à traverser le Liger (la Loire). Aussitôt, sur l'ordre du proconsul, le feu fut mis aux portes de la cité, tandis que les deux légions veillant sur le Liger, arrêtaient les fuyards. L'armée romaine entra dans la ville, que César abandonna au pillage et à l'incendie pour venger les Romains massacrés.
Surpris de ces mouvements imprévus, obligés de reconnaître la supériorité de leur audace et de leur ho.bileté, les trois Gaulois se virent ainsi dans la nécessité de changer de résidence pour se rapprocher des beUigérants dont les arm.ées se déplaçaient. César, après la prise de Cenabum se dirigeait vers Noviodunum, et Vercingétorix, abandonnant alors Georgobina, conduisait ses troupes vers le centre de la Biturigie.
Le « corps franc » se retira de l'extrémité des coteaux Mondubiens (Côte-d'Or), revint sur ses pas et s'arrêta au pied des collines boisées des Brannovices, sur le bord d'un aiïïuent de la rive droite du Liger (la Nièvre), à neuf lieues gauloises environ (20 kilomètre?) de Noviodunum.
Cette fois, ce fut Corpact qui partit en reconnaissance, pour surveiller les Romains pendant que Vercomir et Ductomar gardaient l'armée. Ayant dissimulé sa troupe sur les hauteurs de la rive droite du Liger, il vit les habitants de Noviodunum se rendre d'abord à César.
Mais, tandis que les centurions du proconsul, avec quelques Romains, dans la ville, recevaient des capitulards, les armes défensives qu'ils s'étaient engagés à livrer, — ainsi que le fit savoir un fuyard happé au passage par l'Aulercien, — la cavalerie de Vercingétorix apparut à TOuest de la cité. A cette vue, les Noviodunais reprirent leurs armes et assaillirent les centurions et leurs soldats. Ceux-ci eurent grand peine à se frayer au milieu d'eux un sanglant passage pour sortir de la ville et rejoindre l'armée Romaine. Ils exécutèrent cette retraite, avec un ensemble de discipline ou de dévouement dont Corpact fut très impressionné et qu'il se promit d'enseigner à leur a Corps franc ».
Les citadins terrorisés à la pensée des supplices que Vercingétorix leur ferait subir s'il était vainqueur des Romains, pour les punir de leur capitulation, manquaient à la parole donnée au proconsul et se barricadaient dans leur ville. Le combat commença presque aussitôt sous leurs yeux, — et sous ceux de Corpact. Longtemps il fut également acharné de part et d'autre. Un moment l'avantage appartint même, très évidemment, aux cavaliers du parti révolté. Mais César tenait en réserve un corps de cavaliers germains qu'il lança dans la mêlée et qui mirent lesArvernes en déroute, non sans leur infliger d'énormes pertes.
Alors, les Noviodunais, redoutant une juste vengeance des Romains, saisirent ceux qui avaient donné l'ordre de la résistance ; ils les chargèrent de chaînes et les conduisirent au proconsul implorant un pardon, qu'il leur accorda.
La générosité du vainqueur en cette circonstance frappa vivement l'Aubercien.
Rapportant ce fait à ses amis, Corpact fit remarquer que Vercingétorix n'aurait certainement pas eu la même indulgence, et que lui-même à la place de César, eût été plus sévère.