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quer ses observations. Il lui semblait voir, de loin, aux abords de la ville, une animation bizarre.
Il demanda la permission de tenter de s'informer, et môme de pénétrer dans la ville, s'il le pouvait, avec deux de ses volontaires, dont il garantissait l'adresse et la fidélité. Une heure plus tard, il revint avec d'invraisemblables nouvelles.
— D'abord, dit-il, vos voués n'ont pas été reçus par Vercingétorix. Quand on lui a fait savoir qu'ils venaient de votre part pour lui demander une entrevue avec vous, il a dit qu'il vous ferait répondre par un de ses chefs, et qu'en attendant, il fallait retenir vos envoyés comme otages.
— Nous n'avons pas envoyé des otages, mais des messagers ! s'écria Ductomar.
— C'est ce qu'ont dit vos voués en protestant contre l'ordre qui les retenait à Noviodunum.
— Ils ont bien fait, accentua Vercomir.
— Sont-ils emprisonnés ? demanda Corpact.
— Non, mais ils ne peuvent pas sortir d'une maison de la cité qui leur a été désignée comme résidence.
— Il ne faut pas tolérer cela ! s'écria encore Ductomar.
— Et comment l'empêcher ? observa Corpact. Il y a ici un rassemblement de troupes, sans doute important.
— Plus de vingt mille hommes, à ce que l'on m'a dit.
— ■■ Ces vingt mille hommes ne nous intimident pomt ; nous serions un contre sept ou huit, voilà tout. Mais, avant de recourir aux moyens violents, examinons les autres.
— D'autant plus qu'il y a quelque chose de très grave, reprit le Cénobien. César est dans la vallée de l'Elaver (Allier), entre les Cabales et les Vellaves ; il marche rapidement vers le pays des Arvernes où il sera peut-être demain.
— C'est impossible ! s'écrièrent à la fois les tiois amis.
— Pourtant c'est la vérité. Sept courriers successifs, accourant au galop, en ont apporté la nouvelle au moment où vos voués entraient dans Noviodunum. César s'est rendu chez les Helviens (Ardèche) avec toutes ses légions, et il a franchi les monts Cébennins (les Cévennes).
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— Te moques-tu de nous ? fit Ductomar, presque irrité. Nul ne pourrait traverser, en ce moment, ces montagnes, où il y a plus que la hauteur d'un homme en neiges accumulées ! Une armée ne saurait passer là où le plus habile...
— César n'a-t-il pas déjà fait des choses aussi surprenantes ? dit Delphia.
— Vercingétorix, lui, ne doute pas de ce passage, reprit Buborex. Les courriers lui ont été envoyés par les Arvernes pour le supplier de ne pas les laisser à la merci des légions romaines, qui vont les massacrer. On dit qu'il hésite.
Vercomir, Ductomar et Corpact discutaient encore sur cette prodigieuse traversée des montagnes couvertes de neige par le fameux proconsul romain, lorsque Buborex, qui s'était écarté par discrétion, revint, annonçant que l'on voyait les trois voués messagers, revenant de Noviodunum.
— Ah ! fit Vercomir, Vercingétorix se décide donc enfin à nous recevoir, puisqu'il nous renvoie nos représentants. Nous allons pouvoir traiter.
— L'envahissement de son pays par C. Julius César lui a sans doute fait mieux apprécier l'importance de notre armée, dit Ductomar.
Le jeune chevalier ne se rendait pas assez compte des alarmes du chef révolté. Ses voués lui apprirent qu'il venait de quitter Noviodunum, par le côté opposé de la ville, hors de leur vue, sans leur parler : il les avait oubliés. De telle sorte que, n'étant plus gardés, rien ne les empêchait de revenir au « corps franc » ; ils s'étaient empressés de profiter de cet abandon.
Chemin faisant, en circulant dans Noviodunum, les deux volontaires emmenés par Buborex, recueillirent divers propos contribuant à expliquer ce brusque départ.
Vercingétorix devait, naturellement, se porter au secours de son pays. Mais il se trouvait aussi dans la nécessité d'obéir
Photo, du Musée de Saint-Germain. f
Travaux de Circoxvai.lation de César devant Alésia p. 165.
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au rappel de ses compatriotes, et surtout à l'appel de ses principaux fidèles, restés à Gergovie, parce que le parti de ]a noblesse arverne, contre lequel il s'était fait nommer roi par la plèbe, en l'excitant et en la stipendiant, exploitait contre lui son absence.
Restant en Biturigie pour y attendre le choc des légions de César, il aurait trop risqué de voir la noblesse arverne exploiter contre lui son absence et rétablir une république aristocratique au détriment de ses visées ambitieuses. Ce renversement de sa royauté l'eût irrémédiablement discrédité chez les partisans qui formaient son meilleur appui auprès des masses, parce qu'ils comptaient se tailler dans son futur royaume des trois Gaules des sous-gouvernements ou de moins importantes directions politiques.
Le ccrps franc devait-il abandonner Noviodunum pour aller rejoindre le chef de la révolte à Gergovie ? Vercomir le proposait. Corpact, hésitant, demandait à réfléchir pendant deux jours, en envoj^ant des éclaireurs pour s'informer. Le chevalier, encore vivement blessé de la saisie des trois voués comme otages, conseillait de ne plus aborder le roi des Arvernes sans une extrême prudence. La jolie Greco-Romaine mit ses amis d'accord, en formulant un avis différent.
— Voilà, dit-elle, les deux partis à présent engagés l'un contre l'autre. Rappelez-vous que nous avons résolu de nous rapprocher de celui qui sera le plus juste et le plus sûr. Hier vous étiez déterminés à vous ralher à l'adversaire de J. César qui vous paraissait devoir écraser aisément les Romains, dans l'incapacité de lui résister. Aujourd'hui la situation des deux ennemis est bien différente ! César est revenu. Il a repoussé Lucter. Il oblige Vercingétorix à se défendre contre lui dans son propre Etat. Attendons avec patience. Nous avons tout à gagner en nous réservant pour des circonstances plus décisives. En ce moment ce Vercingétorix ne fait pas
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assez de cas de nous. S'il éprouve quelques revers, nous aurons la chancç d'être sollicités par lui comme renforts nécessaires et nous pourrons alors imposer nos conditions. Tandis qu'en ce moment, trop sûr de lui, il se permet de nous prendre comme otages des messagers libres qu'il aurait dû recevoir avec reconnaissance.
Frappés de ces observations, les trois amis y applaudirent.
— Î^Iais alors, que conseillerais-tu de faire ? dit Corpact.
— Je vois que Vercingétcrix a des espions -partout ; il sera probablament informé de nos mioindres m^ouvemicnts. Allons donc vers l'Est pendant qu'il se replie, au Sud, vers Gergovie ; allons du côté des Brannovices et des Eduens (Loiret, Nièvre), qui ne se sont encore prononcés ni pour lui ni pour les Rom.ains ; leur neutralité provisoire s'accommodera mieux de la nôtre que la dépendance des Bituriges.
Le lendemain, dès le m.atin, le « corps franc y leva le camp et traversa la Loire, se dirigeant dcucement, à travers le pays des Brannovices, vers le territoire des Eduens.
Le surlendem.ain, ayant contourné en partie le massif montagneux des Eduens (le massif du Morvan), la petite armée campait au milieu du jour sur une hauteur d'où elle dominait la vallée de l'Arar (la Saône, vers l'extrémité de la Côte-d'Or), lorsque les éclaireurs, toujours échelonnés à une assez grande distance autour d'elle, signalèrent un faible détachement de cavaliers romains se dirigeant avec rapidité du côté du pays des Lingons.
— Comment ! des Romains ici ? Cela n'est pas possible ! déclara Corpact, César est au pays des Arvernes et les plus proches de ses légions du Nord sont, dit-on, au pays des Tricasses, près d'Agedincum (Sens) !
Les trois Gaulois se portèrent au galop vers l'éminence, assez lointaine, d'où ce mouvement avait été observé, et purent se