‹ L'Orgie gauloiseChapitre 12 sur 25 · A FEU ET A SANG II · texte numérisé non relu

A FEU ET A SANG II

■ — Le grand proconsul a dôlmit Ccnaburn, dit Delpliia ; s'il épargne Noviodunum, c'est peut-être par calcul.

— Il n'en est que plus habile, en ce cas, petite « Epone ».

— Je ne dis pas le contraire. Mais que fait-il à présent ?

— Il a donné l'ordre de marcher sur Avaricum (Bourges) où Vercingétorix doit, dit-on, se retrancher.

— Alors, rapprochons-nous d' Avaricum.

Peu après la reddition de Noviodunum, le « Conseil » du « corps franc » apprit ainsi que Vercingétorix, dans Avaricum, se décidait à changer de tactique vis-à-vis de César et s'en justifiait auprès de ses auxiliaires en invoquant la nécessité de réduire l'ennemi par la famine.

« Le proconsul, expliquait-il à ses confédérés, manque d'approvisionnements. Il ne peut en trouver dans la campagne en cette saison et les villes sont ses seules ressources. Nous devons donc résolument les détruire pour le réduire.

» La victoire donnera dédomrsagements aux habitants qui sacrifieront leurs cités, mais ce sacrifice est indispensable, »

Si barbare que fût ce moyen de défense, les Bituriges durent le subir quand il fut résolu. Il eût été trop facile à Vercingétorix de faire incendier les villes récalcitrantes et de punir les désobéissants par la torture épouvantable du feu.

En un seul jour, toutes les villes, tous les villages, les moindres groupements d'habitation furent incendiés. L'étendue totale du territoire Biturigien se parsema de foyers sinistres où brûlaient, avec les grains et le bétail qu'il était impossible d'enlever, les meubles, les instruments de travail et d'industrie, les approvisionnements comm.erciaux, les maisons et jusqu'aux plus pauvres huttes de la population.

Sans abri, sans ressource, cette dernière allait forcément grossir les rangs des combattants du roi des Arvernes. Jamais on n'avait vu un tel désastre dans les trois Gaules.

Avaricum, capitale du pays, fut ccndammée au même sort.

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ii6 l'orgie gaulotse

car César commençait à en préparer le siège par une concentration de ses légions autour d'elle, et Vercingétorix avait décidé de la sacrifier, comme les autres.

Mais c'était la plus belle cité des trois Gaules. N'ayant pas le courage de la détruire de leurs mains, les habitants se jetèrent aux pieds de l'Arverne en jurant qu'ils sauraient la défendre et qu'ils s'enseveliraient sous ses ruines plutôt que de la rendre.

A ce moment, les populations des autres villes brûlées étant en grande partie rassemblées autour d'Avaricum, formaient une multitude imposante. Elle s'émut d'autant mieux des larmes et des prières des suppliants qu'elle partageait leur affliction. La pression morale de cette masse eut raison de la rigueur de Vercingétorix, car il redouta de trop contraindre cette Biturigie qu'il avait soulevée malgré elle, qu'il terrorisait mais dont il dépendait quand même puisque son concours lui était indispensable.

Qu'exaspérée elle se révoltât ; c'en était fait de lui. Il céda. Un corps de troupes fut choisi pour contraindre au besoin les citadins à la défense désespérée qu'ils juraient d'accomplir, et le Roi des Arvernes s'écarta de la capitale, sur laquelle il comptait voir les forces des Romains s'épuiser.

LA DEFENSE D AVARTCUM

Le calcul de V^rcingétorix était juste.

Quelque désir qu'il, put avoir de ne pas s'attarder et s'épuiser contre Avaricum, César se voyait contraint, par la disette, à prendre la capitale Biturige... ou à retourner vers le Belgium, où des peuples alliés sûrs, comme les Rèmes et les Trévires, pouvaient garantir la subsistance de ses légions.

Instruits de tous les détails de la lutte, grâce au curieux service d'informations de Buborex, le « Conseil » du « corps franc » tenu chaque jour délibérait sur les événements.

— Le chef de la révolte est un terrible, mais un habile homme, disait Corpact. Son abominable ravage du territoire des Bituriges a mis les Romains dans une situation bien périlleuse : s'ils ne prennent pas Avaricum, ils sont vaincus.

Vercingétorix avait quitté cette capitale, mais il gardait ses troupes, bien pourvues, aux alentours des légions romaines, poursuivant et décimant les groupes fourrageurs en quête d'approvisionnements avec une telle activité qu'ils ne parvenaient pas à sauver leurs compatriotes de la famine.

— Ces Romains sont superbes d'héroïsme ! dit un soir Ductom.ar, qui venait d'apprendre d'un prisonnier de Buborex qu'ils étaient sans grains depuis près d'une semaine.

Le proconsul, ému de la détresse de ses soldats, leur a fait proposer par leurs tribuns et leurs centurions de lever le siège. Or, ils ont tous répondu que César ne leur ayant jamais appris à reculer aucun d'entre eux ne saurait s'en aller avant d'avoir pénétré dans Avaricum.

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— Pourquoi fais-tu cet éloge des Romains ? lui répondit Corpact, sur un ton un peu aigre. Tu vois pourtant bien, comme nous, que la majeure partie des légions de César est formée de Gaulois tiiés de toutes les parties des trois Gaules et particulièrement du Sud. Ce ne sont donc pas des latins, des italiens qui accomplissent les exploits qui t'enthousiasment ; ce sont des gaulois comme nous, combattant d'autres gaulois.

— C'est vrai... et c'est pour cela que Vercomir et moi nous restons tant indécis entre César et Vercingétorix. Les confédérés du roi des Arvernes sont Gaulois, mais l'Aquitaine, le Belgiîim et toutes les peuplades de la Celtique et de la Province qui n'ont pas adhéré à cette confédération font aussi parties de la Gaule ; lesquels ont raison ?

— Comme cela nous sommes d'accord ! Attendons encore.

Le « Conseil » du quatuor s'exhortait ainsi à patienter, m.ais bouillonnait, néanmoins, d'impatience. Et Delphia, elle-même, se montrait moins calme quand des rapports nouveaux apportaient, soit en faveur des assiégés, soit en faveur des assiégeants, des nouvelles excitantes.

Pour faire une diversion, Vercingétorix essaya d'attirer les Romains dans des marécages où ils étaient prêts à se précipiter, pour le combattre. Mais César, dominant la fureur de ses troupes, exaspérées par les duretés de ce siège, parvint à les retenir et à les ramener autour d'Avaricum.

Alors, l'Arverne se replia sur Gergovie, abandonnant les assiégés pour parer, dans son Etat, à une nouvelle sédition com.me celle qui avait déjà faiUi se produire lors du passage des Cévennes par le proconsul romain. Cet éloignement du chef de la révolte permit au « corps franc » de se rapprocher encore d'Avaricum au point que souvent, la nuit, à l'aube ou au crépuscule, en se dissimulant et en se faisant précéder d'cclaireurs pour éviter une surprise, les trois amis pouvaient

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de temps en temps, détachés du corps de leurs troupes, arriver jusqu'en vue des assiégés et les distinguer do loin. lis voyaient alors, que si les légions romaines montraient une constance admirable, les défenseurs d'Avaricum. donnaient aussi l'exemple d'une splendide persévérance.

Pour approcher des murs très élevés de la "^Hllc, le proconsul avait fait construire une terrasse colossale. Au bout de vingt-cinq jours d'un travail acharné, qui n'était pas même interrompu par la nuit et qu'aucune attaque ne rebutait, cette terrasse touchait presque aux remparts ; elle allait pouvoir servir à réduire la cité lorsque les assiégés l'incendièrent.

Tandis que les légions romaines déployaient une incomparable énergie pour éteindre cet incendie désastreux, elles devaient en même temps résister à des sorties que les assiégés faisaient de deux côtés à la fois. Les défenseurs d'Avaricum n'étaient pas moins héroïques que leurs assiégeants : du haut de leurs murailles, surélevées à plusieurs reprises depuis le commencement du siège, ils précipitaient dans le foyer de l'incendie toutes les matières combustibles propres à le développer. Un Gaulois, auquel on passait des boules de suif et de poix, qu'il lançait ainsi sur le feu, se désigna par cet acte même aux assiégeants. Des traits pesants lui furent lancés, avec des machines, et bientôt l'un d'eux, lui traversant le flanc, le tua. Aussitôt un autre assiégé prit sa place, il eut vite le même sort. Un autre Gaulois le remplaça. Et tant que l'incendie ne fut pas éteint, tant que le combat dura, c'est-à-dire jusqu'après le lever du jour, des assiégés ne cessèrent de se renouveler à ce poste de mort.

Enflammé d'enthousiasme à la vue de tant de bravoure, Ductomar plaida si chaleureusement auprès du « Conseil « en faveur des assiégés, que Delphia ne parvint pas à retenii Vercomir et Corpact lui-même.

Il fut décidé que le lendemain le « corps franc » donnerait tout entier contre les légions romaines ; ce qui ne pouvait manquer de déterminer un mouvement analogue de la part des assiégés. La défaite de César seiTiblait avoir toutes- chances d'être obtenue par cette intervention imprévue. Il est, en effet, probable qu'elle se serait produite, si le plus banal contre-temps n'avait pas immobilisé l'armée des trois Gaulois.

Le lendemain, une pluie torrentielle s'abattant sur la région fit du sol, déjà détrempé par beaucoup de pluies moins fortes, un tel bourbier qu'il devint impossible de songer à y lancer une cavalerie comprenant plusieurs milliers d'hommes et de chars, sans compter les machines de guerre, dont Vercomir ne voulait pas se séparer.

Les trois amis ne se désolèrent point d'ailleurs de ce déluge, il n'apportait qu'un retard à leur intervention. Les cavaliers, prêts à s'élancer, mirent pied à terre. On alluma gaiement de grands feux pour se réchauffer et des distributions exceptionnelles de cervoise furent faites aux troupes pour les consoler de ce léger retard.

Or, pendant le même temps, remarquant que la pluie torrentielle qui tombait avait eu pour effet d'écarter la plupart des assiégés des remparts, où ils n'étaient pas abrités de l'eau. César ordonnait, discrètement et promptement, un assaut général, en excitant ses soldats par la promesse de récompenses aux premiers envahisseurs d'Avaricum.

En silence, les légions coururent à l'assaut, et leur élan fut si prompt que les assiégés virent leurs murs complètement couverts de soldats de César avant d'avoir pu s'en rappro cher pour les défendre. Se précipitant alors vers les issues de la ville pour s'enfuir, ils s'y écrasèrent eux-mêmes dans l'affolement de l'épouvante II fut impossible de retenir, d'autre part, les légions rendues féroces par les souffrances qu'elles

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avaient endurées. Des quarante mille assiégés, un terrible carnage fut fait; mille à peine y échappèrent.

Au fracas du massacre, les postes avancés du « corps franc » avisèrent prcmptement le gros de l'armée.

Les trois amis et Delphia, malgré la pluie, miontèrent à cheval et galopèrent jusqu'en vue d'Avaricum, qu'ils virent envahie par les légions du proconsul triomphant.

« Quel conquérant ! dirent-ils. »

La magie du succès leur faisait oubher que, sans la pluie, ils auraient peut-être causé la ruine de ce génial soldat, qui les convertissait alors, sans le savoir, à sa cause, et sans qu'ils en eussent bien coiiscience eux-mêmes.

Encore une fois, l'association guerrière des trois frères d'arm.es se trouvait empêchée d'agir par une volte imprévue de la fortune de César.

Abondamment ravitaillés par la conquête d'Avaricum, — où l'on avait accumulé, en prévision d'un siège de très longue durée, les récoltes et le bétail, les approvisionnements de toutes sortes et les richesses d'une partie de la Biturigie, - — les légions romaines pouvaient attendre là, en vivant comblées de tout, le retour de la belle saison.

Pour ne pas être en contact trop immédiat avec les Romains vainqueurs, qui commençaient à se répandre autour d'Avaricum, l'armée des trois Gaulois repassa le Liger et retourna camper chez les Brannovices, où il fallut se contenter d'observer et de s'informer comme auparavant.

Il importait de suivre à la fois les mouvemients de Vercingétorix et ceux du proconsul victorieux. Grâce au « service » de Buborex, le « Conseil » du « corps franc » sut bientôt que César était prié par les Eduens de vouloir bien servir d'arbitre dans un grave conflit qui les divisait.

Le magistrat suprême, sorte de monarque de cet Etat, ■étant arrivé à la limite de la durée de son mandat, deux par-

tis adverses lui avaient choisi chacun un successeur. Or, l'aristocratie éduenne suppHait le proconsul de se proRonccx' en faveur de l'un ou de l'autre, pour que l'un des partis n'ait pas la fatale pensée d'en appeler au roi des Arvernes ; ce qui n'eût pas manqué de mettre les Eduens sous sa dépendance. Le proconsul consentit à suspendre ses opérations contre les révoltés pour effectuer la médiation sollicitée. Mais il en profita pour raffermir son alliance avec les Eduens, en leur promettant de les récompenser après la guerre. Et l'on savait que ses engagements n'étaient pas vains. Les Eduens promirent de lui envoyer toute leur cavalerie et dix mille fantassins. Alors César, divisant son armée, envoya aussitôt son lieutenant Labiénus avec une partie de sa cavalerie et quatre légions chez les Senonnais et les Parisiens, alliés de Vercingétorix, pour les réduire. Avec le reste de ses cavaliers et six légions (40 à 50.000 soldats), laissant une très faible garnison dans Avaricum, il se dirigea vers la ville Arvernc de Gergovie en suivant la vallée de l'Elaver (Allier).

^^ercingétorix, pendant ces événements, avait eu à subir une accusation de trahison de la part de ses confédérés. Mais il s'était habilement justifié en présentant d'abord l'armée romaine comme réduite par la famine autour d' Avaricum, puis en rappelant, après ia prise de cette grande cité, qu'elle' avait été défendue contre son gré — et qu'il en avait d'avance prédit la perte en réclamant son anéantissement.

Quand César, après sa médiation chez les Eduens, prit la route de Gergovie, en suivant la rive droite de l'Elaver (l'Allier), le roi des Arvernes se hâta de le précéder sur la rive gauche en coupant tous les ponts.

Alors le « Conseil « du « corps franc » décida de suivre, à distance, les deux armées ennemies, qui marchaient en vue l'une de l'autre, de chaque côté de la rivière, trop grosse et trop rapide pour être traversée à gué avant l'automne.

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Par malheur, en quittant leur campement du territoire Brannovice, les trois amis avaient eu la fâcheuse idée de faire traverser le Liger (la Loire) à leur petite armée. De telle sorte qu'elle se trouvait, désormais, derrière les belligérants, du côté gauche de l'Eiavcr (Allier), que suivait l'ennemi de Rome, au heu d'être sur la live droite, occupée par César.

Or, depuis la prise d'Avaricum, ce n'était plus au parti de la révolte qu'ils projetaient de s'allier. Par la brutalité de son autoritarisme, l'Arverne ayant particulièrement choqué Ductomar, il ne voulait plus entendre parler d'aucune démarche auprès de lui. Vercomir, séduit par l'ingéniosité, la science et la puissance des travaux de siège exécutés par les Romains autour d'Avaricum, n'avait plus de sympathie que pour César et de confiance qu'en lui.

Ayant porte ses observations et ses méditations sur les auxiiiaires de Vercingétorix, Corpact déclarait qu'il serait sot et regrettable de s'abandonner à lui, ou de combattre à son profit, parce qu'il n'était pas soutenu par les Gaulois véritablemxcnt dévoués à la prospérité et à l'avenir des trois Gaules, mais par des bandes formées avec les pires éléments de toutes les peuplades confédérées, et avec des chefs de petits Etats, ambitieux d'accroître leurs territoires, ou de faire du butin à leur seul profit.

— Tel est particuhèrement, disait-il, le cas du général carduque Lucter, qui veut se faire nommer roi comme Vercingétorix, et s'enrichir aux dépens des Rutènes et des Gabales, ses bénévoles ahiés. Tel est le cas de Teutonat, ce roi des Nitobriges, dont le frère Ollovicen, tout spécialement favorisé par les Romxains et décoré du titre d' « ami du Sénat de Rome » ne doit sa royauté qu'aux privilèges accordes par les Itahens à son peuple. Mais, avant de renverser la répubhque arverne, pour se faire nommer roi par son armée de clients, Vercingétorix lui-même n'a-t-il pas sollicité de César le iitre d'ami ? Je n'aime pas ces traîtres revirements qui dissimulent une ambition personnelle sous l'apparence d'un dévouement sublime à la plèbe. Nous avons

vu les soldats de cet arverne piller, avant qu'elks ne fussent totalement en flammes, les demeures que les biturigiens incendiaient sur l'ordre de leur maître. Ils se disputaient déjà les objets de ces pillages, tandis que les propriétaires, désespérés, s'éloignaient sans oser se retourner pour contempler leur ruine... et les événements viennent de nous montrer que ce ravage de la Biturigie, cent fois pire que celui qu'aurait pu faire César, n'était aucunement capable de l'arrêter dans sa répression triomphante. Quand je compare les actes de ce Romain et leurs conséquences avec ceux de l'Arverne et leurs résultats, il me semble que le véritable ami de la Gaule n'est pas> celui qui s'intitule notre libérateur.

Delphia, la subtile élève des Druides, se gardait de rien ajouter à ces arguments de chacun des trois Gaulois.

— Je suis Greco-Romaine, disait-elle, il ne m'appartient pas d'exprim.er un avis qui pourrait vous paraître partial... et je ne vois pas ce que Ton pourrait objecter aux motifs que vous énoncez.

Dans ces dispositions, le « Conseil » s'affligeait d'être séparé de César par cet infranchissable Elaver lorsque le « corps franc » faillit un soir se heurter à une troupe romaine, sur la rive gauche de la rivière.

Avertis à temps par leurs éelaireurs, Ductomar, Vercomir et Corpact ordonnèrent de faJre halte, et s'avancèrent, en se dissimulant, jusqu'à la portée de la vue des romains signalés.

Comment se trouvaient-ils là ? Ils ne le surent que beaucoup plus tard et Corpact, expert en « ruses », s'incHna devant celle du subtil proconsul romain.

Voyant qu'il ne parviendrait pas à gagner de vitesse ses adversaires et à trouver, pour traverser l'Elaver, un pont q;2'iÎ9 n'eussent pas préalablement coupé, César, au précédent campement, avait adroitement caché une partie de ses troupes et l'avait ramenée en arrière, pour rétabhr l'un des

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ponts dépassés, dont les pilotis, coupés au ras de l'eau, pouvaient servir à reconstruire aisément le passage détruit. Ce travail achevé avec une rapidité merveilleuse, il n'avait eu qu'à rappeler les légions, qui, bien déployées le long de la rivière, donnaient aux ennemis l'illusion qu'elles constituaient toute l'année romaine. Lorsque le roi des Arvernes vit tout à coup les Romains s'arrêter et redescendre le cours de la rivière avec rapidité, il voulut exécuter le même mouvement de l'autre côté de l'eau. Bientôt, son avant-garde rencontra plusieurs légions déjà passées sur la rive gauche et bien disposées pour défendre le pont rétabh pendant que le reste des Romxains le franchissait. Dès lors, il fallait, ou livrer bataille, ou subir l'inconvénient de ce passage, sans tenter de s'y opposer. L'Arverne prit ce dernier parti et lança son armée à marches forcées vers Gergovi-e pour y arriver au moins avant César, tandis que les trois frères d'armes assistaient, ébahis, au passage de l'Elaver par les Romains.

Quelques jours plus tard, toujours suivi par le « corps franc », le proconsul arrivait devant Gergovie qu'il assiégeait aussitôt. N'était-ce pas le moment de se joindre à lui ?

Le « Conseil » tenu par les chefs du coi-ps franc et Deiphia l'avait décidé. Corpact, délégué pour cette démarche, allait se rendre accompagné de deux voués auprès de César, lorsque Buborex, accourant, donna une grave nouvelle.

Un groupe de cinq de ses volontaires Cénobiens, qui rôdaient sans cesse autour du « corps franc » pour s'informer dans la contrée avait été presque surpris dans une petite clairière d'un bois par un corps de troupes, surtout com.posé de chefs gaulois, qui venaient y faire halte.

Les cinq Cénobiens n'ayant eu que le temps d'escalader des arbres et de se dissimuler dans les branches feuillues pour laisser passer cette troupe gauloise, furent bien désappointés en la voyant s'arrêter pour tenir conseil.

C'était une assemblée des principaux officiers du corps de dix mille soldats promis à César par les Eduens. Un jeune chevalier nommé Litavic, qui les commandait, les exhortait à trahir César et à se joindre au roi des Arvernes au lieu d'aller au camp du proconsul. Les accusations mensongères dont il accablait l'illustre général romain, pour décider ses auditeurs, ayant été admises comme vérités, ce corps d'officiers s'était éloigné après avoir résolu de passer avec les dix mille soldats Eduens dans le camp de Vercingétorix.

Le « Conseil » du « corps franc », immédiatement réuni, apprécia l'énorme importance de cette trahison, car depuis qu'il tenait campagne sans combattre, et qu'il ne cessait de recueillir des informations, il avait appris à juger les événements et les compétitions pohtiques dont les trois Gaules et surtout la Celtique se trouvaient bouleversées.

La défection de ces dix mille soldats Eduens, ne pouvait manquer d'entraîner, par l'exemple et par la responsabilité indirecte de cette traîtrise, la défection de toute la confédération éduenne. Les Sequanes et les Ségusiens ne pouvaient manquer de se joindre aux Eduens contre César. Enfin la connaissance de l'abandon de la cause romaine par les Eduens devait avoir pour conséquence de jeter dans le camp de la révolte tout le Belgium, encore en grande partie neutre.

Ainsi le conquérant romain allait fatalement être écrasé auprès de Gergovie avec ses six légions et sa cavalerie, tandis que son lieutenant Labiénus, également cerné au Nord par les peuplades du Belgium, les Carnutes, les Parisiens et les Sénoniens, serait massacré avec sa cavalerie et les quatre légions que César lui avait confiées. En conséquence, s'alHer au proconsul, c'était courir à la défaite, à la ruine, à la mort ; il eût été fou de se le dissimuler.

— Tout cela est parfaitement examiné et très exactement pesé, dit Delphia. Mais quelle est votre conclusion ?

Allez- vous enfin prendre un parti ? faire comme Litovic ? vous joindre aux révoltés ?...

— Non ! mille fois non ! s'écria le chevaher. J'aimerais

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mieux retourner seul à pied dans mon pauvre domaine que de servir ce Vercingétorix odieux !

— Moi aussi ! ajouta Vercomir. D'ailleurs, je suis Rème et les Rèmes restent fidèles alliés de César, comme les Trévires, comme les Allobroges et comme tous les Gaulois de l'Aquitaine et de la Province ; je ne combattrai pas César !

— Les Gaulois hasarda Delphia, sont si changeants qu'un mouvement en faveur des Romains peut encore se produire parmi quelques peuplades et renverser toutes nos prévisions.

Elle n'osait conseiller une dernière attente, mais elle se produisit d'elle-même parce que les trois amis ne savaient quelle décision prendre.

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