‹ L'Orgie gauloiseChapitre 13 sur 25 · LE SIEGE DE GERGOVIE · texte numérisé non relu

LE SIEGE DE GERGOVIE

I.e « Conseil » du « corps franc », quelques jours plus tard, était encore dans cette attente exaspérante, lorsqu'un grand mouvement des troupes romaines se produisit. Pour le mieux observer, les trois amis durent se rapprocher des belligérants et s'exposer à leur vue, en plaine, car, les hauteurs, plus ou moins boisées, qui environnaient l'éminence isolée du mont de Gergovie, étaient toutes occupées par Vercingétorix et ses confédérés. Obligés de se découvrir, les trois amis s'y décidèrent à la suite d'une réflexion de Corpact.

— Puisque nous savons, dit-il, qu'il existe un désordre indescriptible dans les troupes si diverses du roi des Arvernes, n'hésitons pas à nous laisser voir. Les confédérés nous prendront pour un parti des leurs et ne nous inquiéteront pas. Quant aux Romains, s'ils nous confondent avec leurs ennemis, ils nous laisseront en paix tant que nous ne m,archerons pas vers eux, car vous voyez qu'ils dirigent toutes leurs forces sur divers points de l'oppidum (forteresse) de Gergovie, dont ils vont évidemment tenter l'assaut.

Le proconsul avait, en effet, ordonné une série de mouvements de son armée pour diviser les troupes de Vercingétorix, qui protégeaient la ville avec une grande efficacité, grâce aux excellentes positions qu'elles occupaient sur les hauteurs environnantes.

L'oppidum ne pouvait être enlevé que dans la surprise d'un assaut, d'abord dissim^ulé par une tentative sur un point déterminé, puis effectué avec une extrême promptitude.

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sur un autre point, le plus inaccessible, parce que l'on songerrJt moins à protéger celui-là.

Edifiée sur le vaste plateau de Gergovie, la forteressecapitale des Arvernes était d'im abord très pénible en raison des pentes rapides qui s'élevaient au-dessus des plaines ou dépressions environnantes. Un de ses côtés, particulièrement abrupt, défiait l'escalade. Or, c'était par là qu'il fallait l'assaillir et pénétrer à tout prix.

— Soit, ne nous cachons pas, mais par prudence, appeloîis une partie de nos troupes auprès de nous, dit Ductomar.

— Non seulement une partie, m.ais presque toute notre année. Ce spectacle sera pour elle un enseignement précieux,

— Corpact a raison. Appelons tous nos soldats.

— Non, pas tous, rectifia Corpact. Il faut laisser au moins cinquante hommes à la garde du camp, des chariots et de Delphia, ainsi que les machines de guerre dont nous n'avons pas besoin et qui nous embarrasseraient ici, dans les déplacements rapides que nous pourrions vouloir faire;

— Très bien ! Voulez-vous me laisser conduire ces dispositions, demanda le chevalier ?

• — Sans doute, puisque nous sommes d'accord sur la marche à suivre.

Ductomar donna au petit groupe de voués qui les accom.pagnaient les ordres nécessaires, et bientôt les cinq sixicmiCS du (( corps franc » se massèrent un peu en arrière des trois amis, à la portée de leurs voix.

Quoique placés dans la vaste plaine au-dessous des comibattants, les trois Gaulois les distinguaient fort bien, parce qu'ils s'échelonnaient sur les hauteurs du mont de Gergovie et des montagnes voisines. La distance les empêchait seule de discerner les plus petits détails des actions compliquées et savantes qui s'exécutaient devant eux.

Aussi, très assurés de n'être pas inquiétés parce qu'ils se trouvaient complètement en dehors de l'objectif des ennemis, avançaient-ils peu à peu, de-ci, de-là, sans s'apercevoir de leuc progression constante, et toujours suivis, à courte

distance, par le « corps franc », non moins captivé qu'eux à la vue de cette bataille.

En progressant ainsi, jusqu'au moment où l'assaut de la pente la plus abrupte fut commencé, les trois amis ne se rendirent pas exactement compte des mouvem.ents qu'ordonnait César, posté, avec sa légion préférée, la dixième, sur l'un des flancs de ses troupes, à très courte distance de la base du mont. Mais, ils comprirent les habiles diversions qu'ils venaient de voir exécuter, lorsque le proconsul lança, soudain, sur la pente la plus raide de l'éminence, des troupes nouvelles, jusqu'alors dissimulées, et qui semblaient jaillir du sol comme par un sortilège.

— Quelle belle ruée ! s'écria Vercornir.

— Magnifique ! répondit Corpact.

— Splendide ! accentuait Ductomar,

En peu d'instants, si rapide fut leur élan, que les Romains arrivèrent presque jusqu'aux remparts de l'oppidum.

— Ils y sont !

— Ils vont atteindre le sommet I

— Ils pénètrent !...

Quelques Romains, parmi ceux qui se trouvaient en tête, touchaieni, en effet, les murs de Gergovie.

Terrifiées déjà, nombre de femmes de la population, jetaient, du haut des murs, des vêtements riches, des bijoux, des pièces d'or et d'argent ; elles s'offraient, suppliantes, les seins nus, les mains tendues en avant, implorant la grâce de n'être pas massacrées. Un groupe de Romains, plus avancé que les autres et se prêtant aide mutuellement, parvenait au sommet des murs ; Rome avait le pied sur Gergovie.

— Ail ! que c'est beau ! que c'est beau ! criait Ductomar, hors de lui. Ces Romains sont admirables !

Mais, au même moment, les trompettes de César se mirent à sonner la retraite, parce que le proconsul voyait arriver contre ses intrépides soldats, trop peu nombreux, des masses considérables d'Arvernes et d'autres confédérés.

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