‹ L'Orgie gauloiseChapitre 14 sur 25 · LE SIEGE DE GERGOVIE 13Î · texte numérisé non relu

LE SIEGE DE GERGOVIE 13Î

— EL bien ! Qu'est-ce donc ? Pourquoi sonner la retraite?

Vercomir et Ductomar se révoltaient.

— Voyez là-bas, là, leur dit Corpact, désignant la galopée furieuse des révoltés, dix fois plus considérable que les envahisseurs des remparts.

— Ah ! fit Ductomar, navré, en apercevant ces renforts énormep, ils sont perdus !

Ils l'étaient d'autant plus que, trop animés par leur assaut, les appels de retraite ne les arrêtaient point.

Pour secourir ces fougueux, sourds à ses -appels, le proconsul s'élançait lui-même à la tête de sa dixième légion.

— Oh ! Voilà César qui prend part à l'action personnellement ; c'est admirable !

— Oui, mais c'est imprudent, fit Ductomar, attendu qu'une seule légion ne peut pas an-êter une telle avalanche. «

L'observation de Corpact fut bientôt justifiée. Les cohortes romaines engagées dans une partie de l'oppidum arverne commençaient enfin à se replier, en tenant tête à l'ennemi qui les accablait. Mais César ne parvenait pas à retenir assez le flot gigantesque des confédérés pour les protéger dans leur retraite. Lui-même, pressé sur toute la ligne du développement de sa dixième légion, devait plier.

Des rangées entières de ses Romains, fauchées, com.me des épis sous la faulx du moissonneur, tombaient, vainement remplacées aussitôt par d'autres rangées.

— Quels soldats ! murmurait Vercomir.

A plusieurs reprises, le proconsul, amené par les remous de la lutte corps-à-corps, jusqu'aux bords les plus avancés de ses phalanges, avait dû frapper pour se défendre personnellement. Et tant d'efforts, tant d'intrépidité allaient prendre fin par une catastrophe inévitable. La dixième légion, déjà réduite de plus d'un tiers, commençait à être débordée, en avant et en arrière, par des adversaires sans cesse plus nombreux. Ils arrivaient frais au combat, dans lequel les forces romaines s'épuisaient à chaque instant davantage.

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Pour comble de malheur, un énorme ébloulis de Romains et de Gaulois de Vercingétorix se produisant sur la pente, sépara tout à coup le proconsul du gros de sa légion décimée.

Gaulois révoltés et Romains se relevèrent ensemble au bout de cette dégringolade. Mais les partisans de l'Arverne étaient quatre fois plus nombreux que les Romains. Ils avaient vu la situation périlleuse de l'illustre chef séparé de sa légion ; ils l'entouraient en poussant des cris de triomphe.

Ductomar jeta un regard sur ses amis. Corpact et Vercomir, trop avides de voir, ne le remarquèrent pas. Le chevaher mesura d'un coup d'œil la distance qui les séparait tous trois de leur petite armée, et celle qu'il aurait fallu traverser pour -arriver dans cette formidable mêlée. Il lui parut qu'il n'était pas impossible de franchir cette dernière distance au galop assez vite pour intervenir à temps et il s'écria :

— ■ Allons-nous laisser périr sous nos yeux cette héroïque poignée d'hommes ? « Vercomir ! Corpact ! Courons tous, et délivrons César ! »

A nous les voués ! A nous toute l'armée !

Brandissant son épée dans un geste d'appel, sans attendre la réponse de ses amis, Ductomar s'était retourné vers le « corps franc ».

Corpact se retourna de même et vit, avant d'avoir pu répondre, toute leur armée qui s'ébranlait déjà au geste du chevalier et se mettait au galop pour le rejoindre.

— Trois parts ! hurla-t-il, faisons au moins trois parts du « corps franc » !

— Oui ! Avec les tiens, entoure et défends César. Vercomir et moi, nous ferons une trouée de chaque côté de lui.

Les voués entouraient déjà les trois frères d'armes.

— Mettez à nu votre bras droit ! commanda encore l'Aulercien, pour que l'on reconnaisse que nous ne sommes pas des ennemis des Romains.

C'était, en effet, à ce signe d'intelligence que les légions romaines et leurs chefs devaient reconnaître les Gaulois fidè-

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