‹ L'Orgie gauloiseChapitre 16 sur 25 · LE SIEGE DE GERGCVIE I · texte numérisé non relu

LE SIEGE DE GERGCVIE I

— Me voici.

— Tous au camp !

Quelques minutes plus tard, le « corps franc » réduit, mais rassemblé en bloc, Corpact au centre, Ductomar et Vercomir sur sa droite et sur sa gauche, Buborex en queue avec ses drôles et les deux cents hommes du « corps franc » qui devaient les soutenir, reprenaient le chemin du campement des trois amis avec le proconsul seul, qui s'était enfin découvert, mais qui restait muet et sombre, ne doutant plus qu'il était prisonnier du roi des Arvernes.

Tous ces événements s'étaient produits si vite et dans une telle confusion pour les révoltés qu'ils n'y avaient rien compris. Pour eux. César, quoi qu'un moment fort exposé, s'était replié, avec les débris de sa dixième légion, jusqu'à son camp. Cette légion elle-même avait regagné les retranchements romains, persuadée que César était mort sur le champ de bataille, car l'enveloppement du proconsul par les cavahers de Corpact leur avait caché l'enlèvement de leur chef.

Pendant le rapide retour au camp du « corps franc » Corpact avait commencé par ordonner à tous ses hommes d'observer le silence.

— Pas un mot, pas tm 1 avait-il dit à demi-voix, où je jure que celui qui dira une seule parole, avant que je n'autorise à parler, aura sa langue arrachée ! Et cela avait été juré avec un accent si tragique qu'un silence de mort aussitôt régna.

Quittant alors les siens pour aller à ses amiis, par Vercomir et Ductomar il fit donner le même ordre à leurs hommes.

— Pourquoi donc ? demanda le colosse, que le succès de leur expédition rendait, au contraire, expansif et loquace.

— Impossible de t 'expliquer à présent, ce serait trop long.

— Y a-t-il donc quelque chose de grave ?

— Oui, Ductomar, terriblement grave ! Mais ne m'interrogez pas. Je vous dirai tout plus tard. Dès que cela sera possible. A présent, si vous avez confiance en moi, ne me demandez rien. Laissez-moi faire, restez muets vous-mêmes.

surtout devant César, et ne démentez rien de ce que je dirai ; faites obéir à tous mes ordres.

— Nous avons confiance en toi, Corpact ; tu es sage, brave et véritable frère d'armes ; fais pour le mieux !

On arrivait au camp. Dans le silence absolu et profondément impressionnant que tant d'hommes observaient, César, très surpris, mais également muetjui-même, mit pied à terre au centre d'un cercle formé par les tentes des trois frères d'armes et de Delphia, dressées au milieu du campement. En cercle, à trente toises environ (un peu plus de cinquante mètres de distance), les voués et leurs officiers subordonnés se tenaient en avant de leurs hommes.

— Donne un siège, dit Corpact à Delphia qu'il voyait, muette, elle aussi, et debout devant ?.a tente, car au mutisme de tous, elle pressentait aisément quelque événement considérable.

César, toujours sombre, mais calme, accepta, sans rien dire, le siège qui lui était apporté par la jeune fille.

— Nous avons, dit l'Aulercien, en s'adressant au proconsul, des ordres à donner, qui ne souffrent aucun retard.

César se contenta d'esquisser un geste d'indifférence,

— Buborex ! appela ensuite le pscudo Lug. Buborex s'avança.

- — Qu'as-tu fait de tes six cents hommes ?

— Il m'en reste seize, dont sept blessés.

— Bien ; l'on t'en rendra mille. Va 1

— Sigorex ?

Le voué appelé s'avança.

— As-tu relevé nos pertes comme je te l'ai demandé ? Réponds, sans nommer personne, le total suffit,

— Huit cent quarante-deux m^orts et soixante blessés.

— Bien. Fais mettre les blessés dans les chariots. Que dans un quart d'heure le camp soit levé et que l'armée soit formée en colonne de marche.

Ductomar et Vercomir approuvèrent d'un signe de tète.

LE SiÈGE DE GEKGOViE Ij7

Le voué s'écarta sans répondre, pour transmettre immédiatement cet ordre.

Delphia rentra dans sa tente.

— Tulinax ? Collovèze ? appela encore l'Aulercien. Ces deux voués s'avancèrent aussitôt.

— Prenez cinquante hommes pour escorter avec eux... et, sans achever, il désignait de la main le proconsul.

Les deux voués s'éloignèrent pour aller réunir l'escorte commandée.

— Dans quelques minutes nous partirons, reprit Corpact, s'adrcssant au Romain, et tu seras reconduit au milieu des tiens, si tu promets de ne pas retenir ceux qui t'escorteront.

— Au camp romain ?

— Oui.

Pour lui, cette proposition était tellement inattendue que César n'en dissimula point sa surprise.

— Qui êtes-vous donc ?

— Gaulois !

— Je le vois ; mais de quel peuple ? Etès-vous Eduens ? — r Non, nous sommes un « corps franc ».

— Qu'entendez-vous par cela ?

— Un corps de Gaulois indépendants.

— Cela ne m'explique pas ce que vous êtes. Pour qui combattez-vous ?

— Pour notre satisfaction. Tu étais trop engagé ; nous t'avons sorti de la mêlée ; à présent nous te renvoyons à César parce qu'il doit tenir à un tribun aussi brave que toi.

— Vous me renvoyez à César ? Le connaissez-vous donc ?

— Non, mais son génie de la guerre et sa façon de combattre nous plaisent.

— La vôtre, s'il vous avait vu me dégager, lui plairait peutêtre encore davantage.

— Tu pourras lui en rendre compte.

— Il en sera instruit... et que demandez- vous ? que rcc!:imez-vous de lui, eu de moi, en outre de la liberté de voire escorte, qui sera respectée ?

— Rien.

— Rien ?

— A présent, rien. Si, plus tard, quand nous l'aurons aidé. César veut être reconnaissant, il le sera.

— Comment vous nommez-vous, tous trois ?

— Cela n'importe point. Nous sommes chevaliers gaulois... ou, si tu veux, celui-ci se nommxC Force, dit-il, en désignant Vercomir ; celui-ci Témérité, et il montrait Ductomar. Moi, je suis Prudence.

— Tox ! Ma ! ici ! rentrez ! !

Ces appels jetés par Delphia d'une voix inquiète et fort impérative, firent retourner César, qui vit avec plus de surprise que d'émoi, à courte distance derrière son siège, les deux oursons de la jeune Greco-Romaine. Or, ceux-ci, très grandis, à demi-adultes, étaient pourtant des fauves tout à fait redoutables.

Aux appels de Delphia, ils revenaient à sa tente, mais, à reculons, et comme à regret, sans hâte.

— Quelle est celle-ci ? fit le proconsul.

— Savoir et Sagesse.

Sigorex revenant à Corpact, s'arrêtait à distance par déférence. L'aulercien l'interpella.

— Qu'est-ce ?

— L'escorte est prête et le camp levé, sauf ces tentes...

— Qu'on les plie et partons î

Dans son organisation du départ, Corpact avait eu la coquetterie de faire défiler tout le « corps franc » devant César.

— Ces combattants sont à vous, demanda le proconsul, quand ils eurent passé, dans un ordie et un silence qu'il avait admirés. Combien sont-ils ?

— Nous avions trois mille sept cent cinquante cavaliers et huit cents hommes de pied. Il manque à présent quatorze

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