‹ L'Orgie gauloiseChapitre 24 sur 25 · LA PRISE D ALESIA · texte numérisé non relu

LA PRISE D ALESIA

Ja forme d'un A, lancèrent ces engins, garnis de fa.ulx, qui pénétrèrent, comme un coin, dans la masse des fuyards et la traversèrent d'un seul ëlan.

De l'autre côté de leur trouée, s'étant reformés dans le même ordre, en sens inverse, ils revinrent sur les masses en déroute. Six fois, cette manœuvre meurtrièi^e se reno'avela, ionchant le sol de la vallée de morts et de m.ourants.

Au ralentissement des assauts de secours, au désarroi, aux cris, puis à la déroute des Gaulois, les Romains comprirent que l'ennemi était attaqué par derrière. César lança aussitôt sa cavalerie sur le flanc de l'armée de Vergasiiiaune et toute cette armée, démoralisée, lâcha pied.

Sédulius, prince et général des contingents Lémovices fut tué par la cavalerie romaine, qui s'empara, en outre, de Vergasiiiaune et de 41 enseignes. De son côté, le « corps franc » en avait arraché trente-trois aux hordes confédérées.

Des hauteurs d'Alésia, où il assistait à ce désastre, Vercingétorix dut commiander la retraite des troupes qu'il avait fait sortir de l'oppidum pour seconder l'armée de secours.

Au camp de cette armée, le reste des confédérés, qui ne faisaient point partie de l'armée de Vergasiiiaune, jugea la partie perdue et se retira, poursuivi jusqu'au milieu de la nuit par la cavalerie romaine qui en f-t grand carnage.

Le lendemain matin, des parlementaires envoyés d'Alésia au Proconsul, lui annoncèrent que le « Conseil » renonçait à prolonger 11 défense et se rendait à sa discrétion.

— Envoyez-moi vos armes et vos chefs, répondit César, qui se porta en avant des circonvallations, avec ses deîix' meilleures légions, pour y recevoir la soumission de l'ennemi

VERCINGETOFJX

Delphia, Lexivor et Buoorex coururent vers le tertre sur lequel s'était placé le Proconsul environné de ses lieutenants, de ses tribuns militaires et des principaux chefs de ses cohortes, pour y recevoir le fameux vaincu d'xA.lésia.

Mais ce n'était pas pour assister à la soumission du roi des Arvernes, c'était pour interroger César sur un fait inimaginable : depuis la veille au soir, Ductomar, Vercomir et Corpact avaient disparu.

A la tombée de la nuit, tandis qu'ils revenaient au camp du « corps franc », après avoir rallié ce qui restait de leurs troupes, un Centurion, envoyé par le Proconsul les avait invités à se rendre, sans délai, auprès de César. Delphia voulait les accompagner, mais le Centurion avait ordre de conduire à l'illustre romain les trois Gaulois seuls.

— Compte sur nous, petite Delphia ; nous saurons dire à César ce qu'il te doit, fit Vercomir, certain d'avance que le Proconsul les appelait pour les remercier après la bataille, comme Labiénus, à Lutèce, les avait solennellement remerciés.

Jusqu'au milieu de la nuit, les trois Gaulois ne revenant pas, la jolie Greco-Romaine crut que César les retenait pour leur faire fête en une réunion de chefs, où sa condition de jeune fille ne lui permettait pas d'être.

Mais, après minuit, s'inquiétant, elle envoya Buborex s'informer. Yt Buborex revint, apportant une nouvelle stupé-

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fiante. Les trois chefs Gaulois avaient été tour à tour saisis, faits prisonniers, conduits... l'on ne savait où,

— Un esclave, séduit par mes offres d'argent, m'a dit avoir vu Corpact et Ductomar, désarmés par des soldats de César, qui les ont emmenés. Sur Vercomir, un rétiaire a jeté un filet qui le paralysa et quatre hommes l'ont emxporté.

Delphia, malgré la nuit, s'était immédiatement dirigée vers le camp du Proconsul, mais il ne s'y trouvait pas. Jusqu'au jour, elle le chercha vainement tout autour d'Alésia. A présent, elle le voyait enfin ; mais il était impossible de l'approcher. Il fallait attendre l'arrivée des chefs arvernes. On permettait d'ailleurs à la jeune fille et à ses deux compagnons de se placer en un endroit d'où ils voyaient fort bien le Proconsul entouré de ses tribuns. Ils espéraient parvenir plus tard à l'aborder, lorsqu'il quitterait ce tertre, après la reddition des assiégés.

César n'attendit pas longtemps. De l'oppidum, un cavalier dévalait sur la pente du mont par des sentiers en lacets.

Bientôt il fut distinct, et tout le monde reconnut le roi des Arvernes.

Vercingétorix vint au grand galop, jusqu'auprès du tertre qu'occupait le Proconsul. Il jeta son épée, son casque, sa hache d'armes, devant l'illustre conquérant romain, mit pied à terre et s'avança en disant :

— César, le « Conseil des confédérés Gaulois » a décidé de cesser la lutte ; il s'en remxct à ta générosité pour épargner l'oppidum, sa population, ses défenseurs... et me voici.

— Ma générosité ? En est-il un qui puisse y faire appel moins que toi ? N'es-tu pas le dernier de ceux que la Gaule aurait dû choisir pour implorer ma clémence ?

— Je n'ai pas réclamé ce triste privilège et tu sais que tout prince d'entre nous, élu par le peuple, qu'il l'ait ou non voulu, n'est pas le maître de ceux qu'il dirige.

— Prétends-tu dire, ainsi, que l'on t'a fait violence en relevant pour t'y placer le trône de Luern et de Bituit ?

— Les Etats Gaulois confédérés ont voulu reconquérii leur ancienne indépendance.

— Et qui les a confédérés ces Etats, si ce n'est toi ?

« Qui les a dressés contre leur bienfaitrice: Rome, dont ils n'avaient reçu que des lois tutélaircs ?

« Les Gaules rrétaient naguèrp qu'un immense foyer de luttes fratri cides incessantes. Npus vous avion?

apporté le plus précieux des biens * la faix romains. (Fax romana).

« Je t'ayais, .moi-même, donné le titre d'ami ! Tu jouissais de la qua lité tant recherchée de « citoyen romain ». Dans quelle noirceur secrète de ton âme as-tu trouvé la perfidie de te faire traître à l'amitié de César et meurtrier cies tiens ?

— Les faveurs rqrriaines que tu me reproches, et qui devraient, au contraire, t'adoucir en face du malheur çVpU vaincu, sont <^es preuves, ainsi que les grands biens que je possédais, du désintéressement dont je fus toujours animé.

— îm.posture ! Tu mens ! Mais c'est en vain que tu essayerais de nier la responsabilité de la révolte ; l'évidence de ta folle am.bition personnelle t'écrase. Tu voulus te faire roi des trois Gaules, non pour les affranchir d'un apaisement quj leur est salutaire, mais pour les exploiter au profit de ton orgueil et de ton despotisme barbare. J'en ai les previves et je les produirai !

— César épuise sur moi ta rancune et ménage les vaincus.

— Qu'ils se livrent d'abord, avec leurs armes. Pourquoi ne sont-ils pas venus déj^ puisque j'en ai doni^é i'ordre ?

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