L IVRESSE DU TRIOMPHE
renvoyèrent alors à son détachement de volontaires, dont ils lui confirmèrent la direction, en le prévenant qu'à la moindre incartade ses cinquante recrues seraient impitoyablement massacrées.
— Soyez tranquilles, répondit Buborex je saurai les faire plus dociles que vos propres soldats.
Ce curieux sacripant écarté, les trois amis tinrent conseil.
Corpact n'eut pas de peine à leur faire comprendre qu'il importait de grossir leur troupe avant d'aborder le roi des Arvernes pour ne pas être à sa discrétion. En conséquence, au lieu de se diriger directement sur Avaricum (Bourges), capitale des Bituriges, ils déci dorent de décrire d'abord autour de cette ville une vaste circonférence englobant la plupart des agglomérations de population de la Biturigie. Dès les jours suivants, les nouvelles données par Buborex, d'après Cotenodon, furent justifiées par celles qu'ils recueilirent.
Corpact, auquel ses deux amis laissaient l'intendance générale de leurs troupes, tout en gardant chacun sous leur direc-
Trompes Carnyx. enseigne
au sanglier, armes, boucliers
et captifs Gaulois.
Arc-de-Triomphe d'Orange.
lOO L ORGIE GAULOISE
tioR particulière cent hommes et dix voués, avait organisé, des la sortie de Cenabum, un ordre de marche très rigoureux dont les résultats lui firent grand honneur. Parfaitement enveloppée, la partie des « services », consistant en chariots, bétail, personnel d'esclaves, réserves et approvisionnements, se trouvait toujours à l'abri d'un « coup de main » et empêchée de marcher en désordre. Un corps d'éclaireurs, fréquemment renouvelés, ouvrait la marche et couvrait les flancs de la « colonne » tandis qu'une arrière-garde protégeait la fin du convoi. A tour de rôle, les trois amis parcouraient de tête en queue toute la file de la caravane, vers le milieu de laquelle les volontaires de Buborex marchaient à part.
Le premier jour, ce personnage cynique en avait tué deux de sa propre main pour indocilité «afin de brider les autres ». Le lendemain, un raisonneur avait eu le même sort. Depuis, les quarante-sept autres observaient une tenue exemplaire.
Aux approches de toute ville, « la colonne » s'alignait dans la même disposition qu'au départ de Cenabum.
Jamais elle ne se logeait dans une ville ou village. Elle campait au dehors, dans un endroit bien découvert, et s'organisait en camp retranché à la mode romaine.
Grâce à cette ordonnance, sans égale parmi les troupes gauloises, elle produisait partout où elle passait une impression très grande. On admirait une si belle tenue, le parfait état des armes, le silence observé par tous les hommes, la promptitude d'exécution de leurs mouvements au premier signal de trompette carnyx. . . Et les enrôlements s'effectuaient avec une facilité surprenante. Au bout de quinze jours, l'effectif total du corps se montait à 1.500 hommes, un peu plus tard il dépassait 2.000 combattants. Il s'élevait à trois mille hommes à la fin de décembre et le nombre des parties accessoires : grands chariots, esclaves de service et autres dépendances s'était accru en proportion. Enfin, Ductomar avait fait construire deux cents chars de guerre qui permettaient de transporter très rapidement six cents hommes de pied, archers de premier ordre, et Vercomir,
l'ivresse du TRLOr.IPHE lOI
doué de qualités d'ingénieur, avait organisé une série de trente machines de guerre dans le genre des onagres et des balisies romaines, qui lançaient des traits, ou divers projectiles du poids de 250 à 300 livres, jusqu'à 125 toises de distance (environ 237 mètres)