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Jusqu'au moment où leur belle armée fut complètement formée, les trois frères d'armes évitèrent avec soin de se rapprocher du roi des Arvernes ; mais ils se faisaient renseigner, autant que possible, sur ses déplacements fréquents et sur ses opérations.
Ils savaient ainsi, que Vercingétorix se montrait fort exigeant vis-à-vis de ses alliés. Non seulement il réclamait de nombreux otages de toutes les cités, mais encore il les taxait arbitrairement, décidant ce que chaque ville devait fournir en hommes, argent, armes, chevaux, vivres ; et ces lourdes obligations n'étaient pas sans faire murmurer.
Précédemment, les Bituriges, apprenant son approche, avaient essayé de se soustraire à ces dures contributions en demandant aux Eduens, sous la dépendance politique desquels ils étaient placés, de leur venir en aide.
Cela équivalait, en somme à tenter de se ralher aux Romains, car les Eduens, ne s'étant pas encore bien prononcés en faveur de la révolte, passaient pour être fidèles à César.
Mais ces suzerains feignirent de tenter de les soutenir, en leur expédiant des troupes qui s'arrêtèrent au Liger (la Loire), sans le franchir, sous le prétexte de la crainte d'une trahison, et revinrent sur leurs pas. Abandonnée à elle-même, la Biturigie avait dû, dès lors, se soumettre aux Arvernes.
Fréquemment, Tarmce des trois frères d'armes rencon-
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trait des éclopcs, des mutiles, qui semblaient être les victimes de quelque terrible combat. On les interrogeait.
— D'où vient que tu as le nez coupé ? Pourquoi te manque-t-il un œil ? Comment as-tu combattu au point d'avoir perdu dans la bataille une de tes mains ? Et le mutilé répondait invariablement que Vercingétorix l'avait chassé de son armée pour quelque faute légère, après lui avoir fait trancher ce poing, crever cet œil, couper le nez ou les oreilles.
— Comment punissait-il donc les fautes moins bénignes ?
— Par la mort dans le feu, souvent précédée de tortures atroces.
Lors, quoiqu'ils fussent capables d'une certaine sauvag?rie dans le combat, les trois amis s'assombrissaient à ces réponses, estimant, malgré leur barbarie, que si des cruautés sont inévitables en guerre, notamment à la suite d'une bataille, d'un siège, où le vainqueur fut très malmené luimême, ces excès, froidem.ent commis, ne trouvaient pas une excuse suffisante dans l'indignité des soldats, souvent très méprisables, sur lesquels on les pratiquait. La manière du roi des Arvernes leur déplaisait profondément. Par bonheur, l'importance du trésor trouvé dans le Liger leur permettait de tenir encore bien longtemps campagne sans avoir a se mettre sous la dépendance de l'Arverne et sans vivre aux dépens des populations paraii îesquelles ils circulaient.
A plusieurs reprises, l'inoLi^Jileur de la révolte gauloise leur envoya des émissaires analogues à Cotuat et Cotenodon, ne comprenant point ce qu'ils attendaient pour lui apporter leur petite armiée et se mettre à sa disposition.
En ces occurrences, Corpact, orateur délégué du quatuor, car Delphia faisait partie des « conseils », répondait :
— Plus tard. Nous attendons une occasion de nous manifester au roi des Arvernes de façon à lui donner de noub la plus avantageuse opinion^
Cette réponse bizarre et même équivoque, ne donnait pas satisfaction à l'autoritaire Vercingétorix. Mais il hésitait à sévir contre ce corps indépendant et errant, — qui n'eût pas été un ennemi méprisable, — en partie par crainte de s'aliéner des auxiliaires précieux, et partie par crainte de donner le spectacle de Gaulois combattant des Gaulois, ce qui eût été très nuisible à son prestige.
Il n'était déjà que trop contrarié de se trouver dans une situation analogue vis-à-vis des Ségusiens (Rhône et Loire, Lyonnais), des Sequans (Ain, Jura, Doubs), des Eduens (Bourgogne), et des trois quarts des populations du Belgium qui se prononcèrent en sa faveur fort tard.
Cependant, le célèbre Lucter, ce renommé chef militaire d3S Carduques (Lot), ayant rallié aux Arvernes une partie des Ruthènes (Aveyron) et des Gabales (Lozère), ainsi que les Nitobriges (Lot-et-Garonne) s'était constitué une armée avec laquelle il marchait vers Narbo-Martius. Informés de ces succès, les trois amis crurent devoir prendre définitivement une résolution.
Ductomar, le plus bouillant, était las de circuler sans combattre jamais et disait, avec raison, que leur perpétuelle expectative énervait l'armée, dont un bon tiers ne rêvait que sac et pillage. Vercomir, impatient d'expérimenter ses machines de guerre, conseillait d'aller se joindre à Lucter. Corpact craignait en tardant davantage de perdre tout le fruit de leurs dépenses et de leur parfaite organisation, s'ils entraient en ligne lorsqu'il n'y aurait plus rien à faire.
— Les Romains, disait-il, ne bougent pas. Nous sommes en plein hiver. César ne pourra pas rejoindre ses légions dans Je Nord, ni les appeler dans la province.
« La guerre va être terminée presque sans coup férir, et tout le bénéfice en reviendra aux seuls Lucter et Vercingétorix. Il faut, sans tarder, rejoindre ce dernier ou courir combattre auprès du général Carduque dans le Narbonnais. »
Seule, Delphia disait :
■ — Prenez patience ! Même si tout ce que vous prévoyez de