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LA LUXURE

reste le pays d’amour, la terre des aventures, avec de* pontifes artistes et priapiques, les galants seigneurs, et les grandes dames des petites cours, royaumes et duchés, de Ferrare, Toscane, Naples, Sicile, avec les marchands luxueux et luxurieux de la république de Venise. Tous ont fait fleurir, sous d’autres iormes, la même sensualité, la même débauche. — Messaline ne lut donc pas une créature unique dans la luxure : elle incarne, on le voit, toute une race. Et, récemment, dans la causerie après un dîner, à Rome, — un cardinal, érudit et vénéré, répondait, en souriant, à une cantatrice illustre qui, lui posant une question, se penchait, dans un cercle d’habits noirs, de prélats et de femmes exquises, vers sa belle tête blanche et sa robe rouge.

— Peccato di carne non è un peccato. (Péché de chair n’est pas un péché.)

Le prince de l’Eglise, héritier de la pourpre romaine, n’adressait pas un banal compliment à l’artiste française, méridionale, brune et belle, qui peu de temps après, apparaissait, dans une des fêtes de la principauté féerique, au palais de Monaco, et dans un bal costumé chez une reine de l’art, à Paris, en Messaline; il traduisait simplement le caractère intime d’une race, et de trois nations, il trahissait, en lui, la sensualité latine.

L’Argent et la Femme sont les deux grand» mobiles de l’effort des hommes, et, encore souvent, ils ne souhaitent avoir l’Argent que pour conquérir la Femme. Une jolie femme, mais c’est au fond, l’unique joie ; son cœur et sa beauté sont l’oubli et la récompense des âpres batailles pour

le lucre ; elle est le sourire de la vie, sur la terre d'attente, où, passagers, condamnés à mort, tous et toutes, nous nous démenons, poussières de demain. Une belle femme, merveilleuse incitatrice d’art, est un chef-d’œuvre ellemême, aussi puissant que n'importe quel chef-d’œuvre, poème, marbre, tableau. Il suffit d’énoncer quelques noms : Hélène, princesse grecque, fille de Jupiter métamorphosé en cygne et de Léda, Hélène, enlevée, à douze ans, du temple de Diane, où elle dansait, Hélène, sujet de la guerre de Troie et si belle que les vieillards troyens, assis sur les remparts, autour desquels on se battait depuis dix ans, La voyant passer, se levèrent pour La saluer, lui pardonnant en faveur de sa beauté tous les maux qu’elle avait causés; — Campaspe, illustre courtisane, maîtresse d’Alexandre le Grand et peinte par Apelle, devenu si éperdument épris de son modèle que le Roi, par admiration pour l’Artiste, renonçant à son amour, lui permit de l’épouser; — Phryné courtisane, modèle de Praxitèle pour ses statues d'Aphrodite, Phryné qui, accusée d’impiété, se montre, à la fin de la plaidoirie d’Hypéride, toute nue aux héliastes, qui l’acquittent pour ne pas priver les artistes grecs de cette image de la Déesse; Phryné, si riche de par sa beauté, qu’elle offrit de rebâtir à ses frais Thèbes, demandant seulement qu’une inscription publiât que la ville détruite par Alexandre le Grand avait été réédifiée par Phryné ; — Aspasic. de Milet, courtisane d’Athènes, amie de Socrate, de Périclès, d’Alcibiade, et qui suscita les guerres de Samos, de Mégare et du Péloponèse; — Cleopatre reine d’Égypte, séductrice inconstante de César, d’autres, puis du triumvir Antoine et pour qui, le soir d’Actium, dans les pourpres du soleil indifférent, sur les flots bleus ensanglantés, sont en déroute les galères romaines; — Messaline. — Théodora, fille d’un

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LA LUXURE

gardien de bêtes féroces pour les jeux du cirque, comédienne, danseuse, courtisane, Impératrice d’Orient, — | >, ,R

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Honcza, .fine, brune et jolie, dont les yeux, troublants et morbides, dans la mémoire de ceux qui l’ont connue, brillent

toujours. Voici que des imaginations suscitent des visions de chairs nacrées, des nudités sous des voiles transparents; ces voluptueuses restent prodigieusement émouvantes, même mortes , puisqu’elles ont eu des milliers de fois, et elles auront, au collège, les premiers désirs et les premières sèves de bien des cœurs de vingt ans. — Bref, sur la scène du monde — où les mortels sont comme les marionnettes qui font trois petits tours et puis s’en vont, — où on se démène, on se bouscule, en attendant la sortie, le plus tard possible, — la Femme est la porte de notre existence, elle en est le but.

Il faut négliger la luxure, affirment les eunuques et les moralistes,. car elle est très secondaire dans les soucis du monde. En effet, qu’une simple fille publique soit assassinée, tous les journaux, qui se taisent sur un beau livre, lui consacrent, pendant plusieurs semaines, quotidiennement, des articles; et la disparition de cette auge, où les porcs riches allaient se dégorger de luxure, fait plus de tapage que la mort d’un grand philosophe, d’un penseur, d’un artiste, d’un inventeur. — Des hommes peinent au loin, après les mers, sous les ciels brûlants des pays tropicaux : iis amassent l’or qui leur permettra de venir à Paris, se payer la belle fille, célébrée par les journaux, dont l'image trouble leur sommeil. Et cette belle fille, dont les jccès et le faste corrompent autrement qu’un livre, est honorée, respectée, fortune faite; elle reçoit, en son salon, des ministres, des académiciens ou des gens qui désirent le

devenir. Pour peu qu’elle appartienne au théâtre, — à ce théâtre dont la scène est, parfois, un trottoir plus élevé, l’éventaire au Japon des maisons de fleurs du Yoshiwara,

— quand elle meurt, laissant un million ou deux, plusieurs centaines de mille francs de bijoux, le ministre républicain

— qui, la veille, a refusé de parer, à l’hôpital, d’un bout de ruban rouge, un grand poète miséreux, sur son lit d’agonie, — conduit les funérailles de la théâtreuse officielle. Et, le soir, il va chez une vieille prostituée enrichie sous tout le second Empire, et nommée par lui Officier de l’Instruction Publique, — dîner en compagnie d’hommes d’élite. Et ceia est juste, fut à peu près de même, en tous les temps, à Babylone, Alexandrie, Athènes, Corynthe, Syracuse, Rome, Londres, Vienne, Paris, Berlin, qui apparaissent, dans le passé ou dans le présent, comme les grands rendez-vous, en même temps que de toutes les énergies, des lettres, des arts, et de la sensualité humaine. Oui, plus la civilisation d’une époque est brillante, plus les femmes

réjouissent les soirs de bataille, les repos, les armistices, redonnent, — quand elles ne tuent pas — des énergies nouvelles.

Alors? — Sat prata biberunt , comme dit Virgile, « les prés ont assez bu » ; et il est temps de demander pardon pour les fautes de l’auteur.

Paris, 19 octobre içoS*

LORGIE LATINE

l Livre Îremier

La Danseuse de Tanagra.

I I. - CAMPEMENT D’ÊGVPTIENS

LE BRASIER — odorant, — crépite. Tout autour, tes Errants chantent, ou accroupis, rêvent, en cette fin de crépuscule. Les enfants et tes vieilles ont glané, par tes bois et dans les champs, les branches mortes de cotises, d’acacias, d’eucalyptus, d’oliviers et des sarments de vigne pour le feu du soir — qui monte dans le commencement de la nuit.

Des chariots, rangés en demi-cercle, s’exhalent les souffles des animaux Des fillettes brunes jouent aux osselets, ou, sur les tapis fleuris d’Orient, esquissent des pas, des voltes gracieuses. Des garçons, presque nus — on dirait de petites statues bronzées, alertes — se poursuivent et piaillent, tandis que les derniers nés s’ensommeillent. Des couples s’évadent dans le bois proche, et leurs silhouettes, parfois, apparaissent dans la jone lumineuse du bûcher qui fait danser des reflets sur l’écorce des arbres, à l’orée de la clairière, allume l’or des torses cuivrés, fait se jouer des étincelles aux verroteries et aux métaux des colliers, aux frar*

tares montures des amulettes pendantes sur les jeunes poitrines, — à l'air, de ci, de là, fraîches et fermes, — des filles d’Égypte.

Us sont une trentaine de pèlerins des routes et des villes, préludant au repos nocturne par des jeux et des causeries. Au ciel, les étoiles naissent une à une, semblent jouer à paraître et disparaître parmi les nuages floconneux, ou bien, tout à coup, elles s'allument en pléiades ainsi que sur la tenture sombre d’un éventaire infini dont un joaillier invisible ôterait le voile. Autour de la clairière où campent les baladins orientaux, les arbres, pins et sapins, découpent leurs ombres fantastiques, protectrices ou menaçantes, dardant leurs branches ainsi que des armes, — ou, paisibles, les avançant comme pour accueillir ceux qui font halte sous leur ombre.

Le chef de la troupe compte les monnaies que lui ont apportées les accrobates, les danseuses, les charmeuses de serpents et les musiciens, les devineresses. Des Voix rogues gourmandent les jeunesses mal assouplies encore ou peu dociles aux leçons des aînés qui les instruisent à manger du feu, à manier gracieusement les reptiles, à jongler avec les 1 lames aiguës, à danser sur des rythmes berceurs, en agitant des étoffes chatoyantes, des pas voluptueux où se devinent la beauté des formes drapées, à chaque geste. — Soudain, un chien aboie au lever de la lune, dont la face, blafarde et narquoisement rieuse, paraît entre tes cimes de tr«is peupliers, flèches noires piquant l’azur du ciel calme.

LA - DANSEUSE DE TANAGRA

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