‹ L'orgie latineChapitre 22 sur 74 · XVII. - SUR LES REMPARTS · texte numérisé non relu

XVII. - SUR LES REMPARTS

CL JOUR P'ÉTF ARPENT Rome semblait prostrée dans l’intense chaleur d’un soleil de plomb. Au Forum, les temples et les portiques étaient pareils à des monstres irradiants de lumière qui emplis-

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saientla place d’ardeurs et de reflets. Sous ses colonnades; les changeurs et les usuriers dormaient à demi, accoudés sur leurs éventaires, simples bancs, où, dans les sébiles, luisaient les pièces de monnaie de tous les pa^s de l'Empire.

A Suburre, pendant ces heures lourdes, Filiola restait libre d’aller et venir à son gré, sous le moindre prétexte. Les clients n’entraient guère, pendant le plein jour, à la popina, où le maître Gueranus sommeillait de la deuxième à la troisième heure, lourdement, tandis que Lenia demeurait à demi-étendue, affalée, les jambes molles, les coudes sur la table massive qui servait de comptoir, parmi les brocs vides et les coupes de terre et de bois.

La jeune fille s’évadait alors de la boutique, suivait les lignes d’ombre que font les murs sur le sol brûlant. Elle rendait visite à quelqu’une de ses coreligionnaires, esclave comme elle, ou misérable servante, — à moins qu’elle ne fût convoquée pour un prêche ou quelque office, che? Villia Samelina ou Appia Coroddina, deux patriciennes qui, l’une au centre du Transtévère, l’autre dans sa villa de la porte Capène, donnaient l’hospitalité aux apôtres, aux prêtres de Kreistos et réunissaient chc? elles les disciples du dieu galiléen.

Hais, le plus souvent, quand aucune réunion ne la sollicitait, Filiola aimait à errer par les voies faubouriennes de Rome, coupées parfois de champs où des jardiniers avaient établi des cultures maraîchères, et où des arbres laissaient, dépassant les murs ou les claies, déborder un peu de leur chevelure verte et rousse.

Ce jour, Filiola flânait ainsi, rêveusement, dans la direction de la voie Nomentane, quand de la maison du îaniste Casper, devant la caserne des gladiateurs, un homme sortit, auquel le janitor, le portier, — en train de caresser le chien de garde (catenarius), enchaîné à l’entrée, sous cet avis : Cave Canem — adressa un salut respectueux et cordial. Filiola ne reconnaissait pas Sépéos, à cause du plein soleil qui l’aveuglait. Et elle s’étonnait intérieurement que ses pas, guidés par une inconsciente pensée, l’eussent justement conduite à l’endroit où l’Eg^ptien pouvait être, puisqu’il ne faisait pas la sieste, cet après-midi-là, dans son cubicule, tout près de sa chambre à elle.

— Ave, dulcis puellal (Salut, douce adolescente).

— Toi, Sépéos ?... Tu ne fais donc pas la sieste non plus, que tu viens de ch zj Casper?

( ~ Trop de pensées bourdonnaient dans ma cervelle, m’obsédaient.

J aime mieux flâner, errer n importe où, que de me livrer aux cauchemars et aux démons troubleurs de sommeil. Hais toi, petite Filiola, où vas-tu, à pareille heure, à travers Rome déserte, sous l’ardeur du soleil?... Si tu veux, je t’accompagnerai. Par Pollux ! ce me serait une grande joie dans la solitude où je m’attriste.

” h bien ! - répliqua-t-elle vivement, très simple, laissant transpirer son plaisir de ne pas être seule à rêver, à écouter le crissement des cigales sur les branches brûlées des arbres des jardins.

— Où irons-nous? J aimerais te donner une joie; si quelque endroit te plaît de préférence, je t’v mènerai Volontiers.

— Où tu voudras, Sépéos, que m’importe, puisque...

Elle n’acheva point et rougit. Elle avait été tout près de dire ingénument le fond de sa pensée : « ... puisque tu es auprès de moi >. Ils marchèrent donc par les rues, lentement, Sépéos se laissant guider d’ailleurs par Filiola et la suivant.

— Gueranus et Lenia savent-ils que tu es sortie?

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— Ohî bien sûr. Je leur ai dit : « Je reviendrai avant la quatrième heure. > Et ils n’ont rien objecté. Ils ont trop peur que les miens, les disciples de Kreistos, ne veuillent me racheter et que je leur échappe. Ils ont fi?cé à deux cents sesterces le prijc de ma liberté. C’est bien plus que je ne vaux, mais ils craignent que, même à ce prix, et malgré leur pauvreté, les « fidèles de l’Agneau » me délivrent de ma servitude.

— C’est peu pour tant de beauté! — complimenta Sépéos.

— Kreistos a dit que la beauté du Visage est souvent comme une belle robe qui masque des laideurs.

Elle prononça ces derniers mots en souriant, avec un brin de naïve coquetterie et de malice. — Sépéos, sans répondre, la démentit d’un regard qui exprimait toute sa reconnaissance pour le printemps dont elle fleurissait le deuil de sa vie présente.

Ils étaient arrivés à une des portes de Rome, et, maintenant, ils langeaient les remparts qui font à la ville une ceinture d’émeraude brûlée, d’herbe calcinée. — Pelées, semblables aux dos des vieux lions bruns et roux, les fortifications de la capitale de l’Empire formaient un cercle de massifs de terre jaunâtre, élevés sur des bases de marbre dur qui disparaissaient presque dans le sol. Des plantes rares et grêles, rachitiques, faisaient une maigre toison à ces élévations, pareilles dans leur monotonie désolée, sous le soleil, à un troupeau de bêtes immobiles. De-ci, de-là, un arbre, quelque olivier gris, un pin, un eucalyptus aux feuilles en forme de serpe, se hérissait. Sous l'un de ces précaires abris, Sépéos et Filiola s’assirent. Lui tenait une badine arrachée à un arbuste et où il restait quelques feuilles. Elle, la tête un peu penchée sur sa poitrine, tous deux restèrent quelque temps muets, suivant, chacun, le fil de leur rêverie. Sépéos, grand et fort, dans sa tunique blanche serrée aux reins par «ne ceinture de cuir, grattait la terre du bout de sa baguette, machinalement, Filiola portait seulement une subucula très longue, sans palla, nouée à la taille par un cordon de laine tressé que deux glands effilochés terminaient, sur la hanche droite. Elle semblait ainsi une presque fillette qui aurait eu, précocement, des yeux de femme et les prémices de la vierge à l’âge de la volupté.

Un cri monta du Tullianum. C’était une voix déchirante et terrible

d’homme qui semblait faite de plusieurs voix. Filiola tressaillit, un grand frisson la secoua toute. Sépéos lui demanda :

--Tu sais que les captifs de la prison Mamertine doivent mourir aux prochains jeux? Ce sont tous des chefs.

— Oui, — dit-elle — et je pleure parfois, en secret, dty penser. On m’a assuré, à l’assemblée, qu’il ^ avait, parmi ces Gaulois et ces Germains, plusieurs de nos frères. L’un des nôtres, qui est prêtre, a pu, je ne sais trop par quels subterfuges, pénétrer dans le Tùllianum. Il nous a conté les souffrances de ces prisonniers et les tortures de la faim et de la soif qui les ont rendus maigres, avec des visages hâves de malades. On les traite comme les fauves destinés aux jeux; on les affame dans l’espoir qu’ils seront plus féroces et se battront mieux. Mais aucun des nôtres ne se défendra, car il est défendu aux disciples de Kreistos de tuer.

— Doivent-ils donc se laisser dévorer sans même tenter un effort? Il faut être sans courage et je ne comprends pas un tel renoncement.

— Tu ne comprends pas, Sépéos 1 C’est vrai... Tu ne peux pas comprendre, toi. Tu ne sais pas qu’ils meurent ceux-là, pour confesser leur foi par le martyre. Ils préfèrent être massacrés que de souiller leurs mains du sang, même de leurs bourreaux. Kreistos, assis aux côtés de son père, ordonne à ses anges de leur préparer des couronnes... Four les martyrs, les choeurs célestes accordent leurs cithares et le Paradis est plein d’une rumeur de fête, quand leurs âmes s’exhalent, bienheureuses, des pauvres corps meurtris que les bêtes et les armes des hommes ont déchirés.

Sépéos regardait, avec un étonnement qui s’effare, la petite chrétienne. L’enthousiasme de Filiola, transfigurée, à mesure qu’elle parlait, l’émouvait d’une sensation inexprimable, indicible. Il comprenait mal l’impression étrange qui poignait son âme en écoutant ces phrases bigarres, ces étonnantes paroles qui exprimaient des sentiments si différents de ceux qu’il éprouvait. Ainsi, ces hommes n'éprouvaient aucune haine contre ceux qui les torturaient? La Mort leur apparaissait comme la grande libératrice des misères humaines. Un espoir immense les attirait? Toutes ces idées, semées en lui par cette jeune fille, se heurtaient obscurément dans son cerveau fruste aux germes et aux premières brindilles d’un amour nouveau.

A cette énoque où les doctrines du paganisme n’étaier.t plus un refuge pour une infinité d’âmes sceptiques, la croyance aux dieux, à une autre

oie, les Champs-Elysées semblaient aux fils d'un monde usé, prêt de finir, bien incertains et problématiques. Un point d’interrogation se posait devant la mort et l'existence future. Beaucoup espéraient l’anéantissement final, l’abîme où corps et esprit sombreraient, - sans plus aucune conscience d’être ou d’avoir été, - dans la joie de ne plus souffrir, de ne plus jouir avec l’appréhension des lancinants lendemains, et des malheurs planant sans cesse au-dessus des hommes, tels des aigles aux becs et aux serres inévitables.

De Filiola un charme émanait, que ne s’expliquait pas Sépéos. Ce n’était pas te sensuel attrait d’avril qui l’avait rendu l'esclave de Karysta, la danseuse tanagréenne; mais une autorité, inconsciente, peutêtre, donnait à Filiola un pouvoir sur ceux qui l’écoutaient — une puissance mystérieuse, que Sépéos, plus qu’aucun autre, devait subir, en raison de sa mélancolie, (qui est toujours une dépression). Tandis qu’elle parlait, ses cheveux d'or nimbaient l’ovale fin de son visage et ses yeux violets s’étoilaient de reflets brillants, comme un ciel clair où des astres s'allument.

De nouveau, ils restèrent silencieux, un long moment. Puis comme l’Egyptien soupirait :

— Tu as été très malheureux?

Sépéos baissa la tête; ses yeux étaient emplis de larmes.

— Tu aimais bien Karysta?

— Oui. Elle est morte. Mais ma douleur vit plus que jamais. La pensée de la Vengeance me console et me soutient.

— Te venger?... Et de qui te venger?

D’un geste terrible, Sépéos désigna le Mont Palatin où se dressait, au milieu des jardins, le palais d’Auguste.

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— Messaline!... Elle est toute puissante; mais le geste de P;r: menace les princes et Rome.

— Filiola, ton Dieu n’est pas aussi fort que le bras armé d’un homme mû par l’idée de la vengeance.

— Il dispose de tout, de toifs et de toi-même. Sépéos, tu sers ses desseins, alors que tu crois agir par ta propre volonté.

— Alors, il a voulu la mort de Karysta? Ton Dieu est, dans ce cas,

aussi infâme que les leurs, dont les mains sont souillées de sang et dont les >?eux sourient aux ignominies de ce monde atroce.

- Ne blasphème pas. Es-tu donc le seul à souffrir? Et, par Kreistos bien d'autres ont été consolés.

— J aimais. Messaline a saccagé mon coeur. Je vivais insoucieux de tout, au gré du temps et des heures, content des fruits de mon labeur. Kar^sta dansait, et moi, le baladin, parmi la foule, sur chaque forum, au milieu des fêtes où elle avait tant de succès, je ne voyais qu’elle, la Tanagréenne, en qui brillait alors, pour moi, toute grâce et toute beauté... Mais, toi Filiola, tu semblés triste souvent. Ton existence cache aussi des peines?

Elle eut un ineffable sourire de résignation

— Ohl moi...

Sépéos eut, envers Filiola, un geste de câlinerie protectrice — la main sur une épaule, tandis que l’autre tenait à la fois ses deux mains. Et elle ne ressentit aucune crainte, et, très naturellement, ne fit aucun mouvement pudique, comme quand, parmi les gladiateurs, elle se repliait, telle une sensitive frôlée, au milieu de la popina tumultueuse. A présent, le nuage qui voilait la figure et ternissait les ^eux de Sépéos s’était dissipé. Il questionnait doucement la vierge.

Or, la Ville commençait d’émerger clairement de la nappe de lumière dense, aveuglante, qui empêchait presque de la contempler. Des frontons de marbre immaculés commençaient de dessiner leurs cariatides. Des bandes rosées de travertin semblèrent, aux façades des édifices, des sourires en d’immenses visages de pierre. Le Tibre roulait des vaguelettes mousseuses qui venaient mourir contre les flancs des lourdes galères amarrées et bariolant les rives des couleurs vives dont elles étaient peintes.

Peu à peu, le jour s’apâlissait, tandis que, du Forum et des rues, montait une rumeur de fouie qui respire heureuse, un bruit d’éveil, après la torpeur. des journées lourdes.

— Tu veux savoir ma vie? — disait Filiola. Je me rappelle seulement un peu de ma petite enfance, des incidents qui me font croire que j’étais née libre. Mon père était absent, pendant des mois. 11 menait un de ces navires qui vont aux îles bleues de la mer Ionienne. Ma mère était belle, toujours drapée dans de longs voiles blancs aux plis rfth-

miques. Parfois, elle pleurait, attendant, au long de la mer rageuse, la sjoile pourpre qu’elle reconnaissait entre toutes. C’était, je pense, du côté de Simone, car j’entends toujours prononcer ce nom, avec un accent très doux et chantant, — dont je me souviens, - la voix de mon père... Un iour, fou de joie, il dit à ma mère : < Florina, nous sommes riches. Un marchand, qui a déjà gagné dans ce trafic quelques milliers d’aureus, m’offre de m’associer à son industrie. Il s’agit de porter sur les côtes africaines des produits de la péninsule et de revenir à Ostie, à Syracuse ou vers Athènes, pour le négoce de l’or, des peaux de bêtes, lions, tigres, hippopotames, des défenses d’éléphants, des gommes de l’Arabie et des fines épées qui se vendent au poids de l’or... Je vous emmène toutes deux dans mon premier voyage. * Hélas ! au retour, nous fûmes abordés par des pirates noirs qui montèrent sur le pont de la nef. Je vois encore celui qui riait, d’un rictus énorme, en frappant ma mère d’un coup de hache, puis qui m’emportait, en pleurs, sur l’autre navire.

— Ta mère était morte?

— Elle était tombée, la gorge fendue, baignant au milieu d’une nappe de sang. Et je vis aussi, au pied d’un mât, la face aux ^eux fixes de mon père, dont la tunique et le pallium se tachaient de larges plaques pourprées.

— Pauvre, pauvre Filiola î liais comment et- tu venue à Rome ?

— Je ne sais pas bien. On navigua longtemps, longtemps... Souvent, les pirates descendaient à terre, le soir, la nef amarrée dans quelque port. Et, toute la nuit, on n’entendait que le cri des matelots et les gémissements monotones des vergues, coupés parfois de plaintes : les captifs, au fond du vaisseau, se lamentaient... Des matins clairs, je vis ces malheureux, les pieds entravés de lourdes chaînes, entassés sur le pont, oùle chef nautonnier les comptait. Il en mourut plusieurs que les matelots noirs jetaient par-dessus bord avec un c hanl » sinistre quand ils soulevaient, d’un coup, le cadavre, pour l’envoyer aux requins, dont une bande suivait sans cesse notre poupe... Enfin, on nous débarqua, toutes et tous, dans un petit port, aux environs de Néapolis. Des hommes rudes, qui ressemblaient tous un peu à Simo Barbax, nous menèrent au marché de Suburre.

— Quel âge avais-tu, Filiola?

— Une dizaine d’années.

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- Et depuis, tu es toujours restée servante à la popina des Gueranus ?

- Non. Je fus d’abord achetée par le majordome d’un vieux chevalier : Caius Simianus Vero. Mon maître était ton avec ses esclaves femmes et ne voulait point qu’on maltraitât les jolies. J’appris là comment on tisse la soie et la laine. On m’enseigna l’art de draper les toges avec des plis gracieux et de coiffer les cheveux des femmes élégantes, car mon maître aimait Arnicia et voulait sans cesse la garder près de lui. Elle, ne m’aimait pas.

- Elle avait peur de tes yeux, - dit Sépéos - de ta jeunesse. Tu pouvais devenir redoutable pour elle, toi, vierge et si plaisante...

— Peut-être, était-ce là sa pensée. Une fois, elle voulut que j'arrange un pan de sa palla qui s’était défait. Et, comme à son gré, je n’ailais pas asse? vite, elle me frappa si fort d’un côté de son miroir" d’argent, que mon front saignait et que je m’évanouis. Le lendemain, Caius Simianus donna l’ordre au maître de l’ergastule de me faire vendre tout de suite. C’est alors que je fus achetée par Lenia.

- Elle est dure, souvent, la tavernière ?

Filiola hésitait à répondre ; elle ne voulait pas accuser sa maîtresse et sa bouche répugnait à mentir, surtout en face de Sépéos, dont l’affection simple, très pure, la caressait jusqu au fond de sa petite âme neuve et fine.

- Ohl — dit le gladiateur, se méprenant sur sa pensée — tu sais bien, Filiola, que ce n est pas moi qui te trahirai... J’ai cru deviner que tu souffrais, et ta souffrance m’a paru sœur de la mienne... Lenia n’est point patiente.

- Elle me frappe rarement. Seulement, il y a Barbax, qui lui donnerait pas mal d’argent si...

- Barbax 1 Oh 1 le vilain être. Il ressemble aux ours qu’il vend aux beûuaires. C’est donc «pour cela que, le premier soir de mon gîte chej Gueranus, Lenia t’avait enfermée dans le cubicule ?

- Parce que je pleurais et que j’avais dit que je n’irais jamais d^ns la maison de cet homme.

Ils causèrent de leur vie présente. Mais tout à coup, sur un mot de Sépéos, la face de Filiola fut soudain transfigurée. Ses yeux rayonnaient. Elle dit comment elle avait connu — dans un ergastule où Lenia

l'envoyait filer de la laine avec d’autres esclaves, dont on payait au* maîtres le gain journalier, - un homme d une grande indulgence à la barbe blanche floconneuse, encadrant le visage calme et vénérable :

— Durant le travail, il nous racontait l'oeuvre de rachat du genre humain par cet Hébreu, Kreistos, qui est mort sur la croix pour avoir annoncé aux malheureux leur participation immanente au bonheur et à la Justice. Et beaucoup l’ont écouté, qui sont esclaves et qui croient comme moi, que leur âme est libre pourtant, et qui espèrent la lointaine et si magnifique récompense des pauvres, qui sont les élus de Dieu.

Sépéos écoutait, ne trouvant rien à répondre à ces paroles inaccoutumées, et, sans qu’il s’en rendît compte, subissait cette infuence de • l’esprit, accueillait lentement — dans son cerveau barbare — un levain mystérieux.

Ils causèrent ainsi longtemps.

Puis, comme il se faisait tard, ils s’en furent, heureux de leur mutuelle amitié, liés par leurs secrets et leurs communes souffrances, - en longeant les remparts dont la mélancolie pelée se magnifiait dans" les oourpres du soir.

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