I. - MESS ALINE EN LIBERTÉ
M - PHI brun et bel éphèbe musculeux, mais qui restait
mince et d’une délicatesse nerveuse, frisé au fer, les cheveu* en boucles calamistrées avec soin, étalé mollement sur des coussins qu’il
avait fait apporter par Lenia des cubicules, rêvait. — Du moins, s’il ne rêvait pas, il ne faisait rien que, de temps à autre, examiner ses ongles qui étaient roses et polis minutieusement, les frotter avec une brosse douce qu’il tirait d’un étui pendant sur sa poitrine.
Ancien esclave, employé dans les thermes, — aquarius, officieux réputé pour ses habitudes licencieuses, — il apportait l’eau, la Versait sur le baigneur, remplissait le large bassin, labrum, au bord plein et rond, se relevant à l'extérieur comme une lèvre humaine, était complaisant. 11 fut affranchi par un sénateur; puis, un laniste fameux, dans l'affection de qui il était entré, et réciproquement, lui avait enseigné son art, et, aujourd’hui, Nucius Saphis avait sa célébrité spéciale. — Dédaigneux, il ne semblait pas prendre garde aux propos grossiers et tapageurs que tenait un groupe de valets du Cirque : ils emplissaient, de leurs voix rauques, la salle et imprégnaient l'atmosphère d’une odeur de mâles suants mêlée aux relents des fauves et des chevaux.
Nais il fronça, soudain, les sourcils et prêta l’oreille à des voix de femmes qui, gaîment, causaient avec volubilité ;
— Saphis nous ressemble tellement, ma chère, qu’on assure que Simo Barbax l’a pris à la place d’une femme, un soir qu’il avait beaucoup bu che? Gueranus et, en face, à la caupona du Lion de Nubie.
D’autres pouffèrent de rire :
— Ah 1 vraiment, vraiment!... Ah! ah ! C’est trop drôle î Candilia ! Candilia 1 Viens donc!
Et aux autres ;
— Il faut la taquiner. Elle a un béguin pour Nucius Saphis.
— Dis donc, Linela, cela prouve qu’elle a les mêmes goûts que Sabine.
— Je n’en dis pas de mal; c’est la meilleure langue de Rome.
— Après la divine Àugusta Nessalina, ma chère.
— Une déesse doit exceller partout, jusqu’au cubicule... Ah! Voici,
Candilia.
— Ne lui dis rien qui puisse lui faire de la peine.
— C’était pour rire. Je ne l’agacerai point, ta chérie.
— Balseth m’a assuré qu’il aurait beaucoup d’argent pour se mesurer avec Birus et Fortex, si le premier tombé au sort ne le tue pas. Or, tu sais que je l’ai fait poser jusqu'à présent. Si je veux épouser Cardo, le marchand d’épices, je n’ai pas trop de temps pour amasser la dot qu’il faut pour installer, plus grandement, notre commerce dans la voie Nomentane.
L’IMPÉRATRICE NUE
- Ambitieuse1. tl sera Vaincu.
- Tais-toi, Sabina, tu vas m’être néfaste. Je vais aller exprès en pèlerinage à Pompéi, faire offrande de fleurs et de deux phallus d’or à Venus Ph^sica.
Mucius Saphis tressaillit, contrarié parce que les valets d’amphithéâtre, gris de gros vin de Campanie, s’élançaient sur la voie en poussant des « Evohé > formidables, comme font aux fêtes d’Eleusis et de Bacchus, les initiés. 11 ne se leva point, trop hautain pour vouloir paraître s’intéresser, plus vivement qu’il ne convenait, à de petites courtisanes. Lenia, a^ant gagné le seuil, s’esclaffait, comme une folle,, d’un gros rire épileptique qui faisait tressauter sa poitrine lourdement gélatineuse et son ventre houleux sous son bardocucullus iltyrien.
Mais les valets du bestiarium, en rentrant, la bousculèrent. Chacun des trois premiers portaient Lincla, Baltrix et Sabine. Les deux dernières se débattaient en poussant des cris. Et Candilia parut sur le seuil, l’air éperdu d’une femme poursuivie : du dehors, des cris parvinrent aux oreilles des consommateurs de la popina et de la patronne.
- Boni — dit Lenia — ils se seront pris de querelle, ces brutes, avec les amants des femmes qui logent che? cette crapule d’isponiu*.
Des gladiateurs, les habitués de la taverne, entraient au moment où Mucius Saphis commençait pourtant, d’invectiver les valets d’amphithéâtre, masquant de son corps la frêle Candilia qui pleurait de peur et de rage, suppliant son amant de ne pas se commettre avec cette racaille, lui, un homme d’épée.
Caius Saper, Manechus et Simias, que Sépéos suivait, entrèrent à cet instant. Bien vite, ils eurent pris fait et cause pour Mucius Saphis. Mais, aussitôt expulsés les Valets d’amphithéâtre, celui-ci devint la cible de petites plaisanteries.
Filiola apporta, pour chaque nouveau groupe, des brocs de vin doré du Vésuve. - Mucius Saphis, sans prendre garde aux railleries, s’était esquivé avec Candilia vers un cubicule que Lenia louait aux couples de passage.
Et ce fut une invasion soudaine de rires en essaim et de petites figures joueuses et fardées i Linela, Baltrix, Sabina. Une kyrielle de courtisanettes moins connues aux étuves et à Suburre : - Carosia, qui
n’avait pas treize ans et qui, sous sa subucula lâcfie, était nue; Glacera, une altière adolescente blonde que le tribun militaire Marcius Quinalis avait affranchie pour trois baisers; Balsis, Ahtilla — des oiselettes en stola, rouges, violettes ou jaunes, entraient pour Voir les gladiateurs. Pour Filiola elles avaient toutes un mot gentil et un peu pitoyable :
— Elle est si jolie — disait d’elle Candilia — mais un peu détraquée. Ces chrétiennes ne savent pas profiter de leur jeunesse ni de leurs charmes.
C’était un peu pour cela d’ailleurs et, parce qü’elles ne redoutaient, de sa part, aucune rivalité, qu’elles la choyaient, la sachant bonne, très douce et consolatrice de leurs menus chagrins d’inconscientes fragiles.
Les dés claquaient sur les tables. Des coups de lourds poings, heurtant le bois, soulignaient les chances et les malchances. Des artisans non loin de la popina, travaillaient à la fabrication hâtive d’une sorte nouvelle de lances barbelées pour l'expédition en Scythie que devait commander l’impérator Marcus Mison. Et l’on entendait les résonnances, dans la forge, des marteaux sur le métal, mêlées aux rythmes de leurs chants monotones et au* rumeurs gaies de la rue, aux tapages exubérants de Suburre, le quartier chaud.
Tous, bientôt prirent part à une discussion ardente, au sujet de Mormix, l’Arverne, que Lacero, te chef de décade, affirmait capable de tuer dix hommes dans le même combat, rien que de ses formidables mains gantées du ceste de fer qui brisaient les lances comme un fléau écrase des épis. — Cornelio déclara qu’il le défierait le lendemain. Alors les petites filles cessèrent de rire pour le regarder avec admiration. Linela lui prit les mains, monta sur ses genoux et le baisa sur la bouche. Elle n’avait pas achevé, que les échos parvinrent jusqu'à la popina d’un grand tintamarre joyeux. Crissaient- les sistres et résorbaient les cymbales. Voici des coureurs nubiens,— pour tout vêtement, une peau de panthère attachée sur l’épaule par une chaînette d’or où tes reflets des torches, que portaient des négresses nues, allumaient des fulgurances. Des chars, au milieu d’une soudaine lumière roulaient, chargés de femmes, des Augustanes, — familières de Messaline, — et d’Augustans en robes orientales ou drapés dans ta - toge laticlave à large bande écarlate.
L’IMPÉRATRICE NUE
Superbes, parfois obscènes, — en dessubuculœ transparentes de ga^e lamée d’or et d’argent qui laissaient voir leurs seins et leurs flancs,
— des patriciennes et des affranchis enlacés allaient au pas des chevaux caparaçonnés et attelés aux chars par des longes de métal précieux. D'autres femmes, couchées parmi les coussins de leur lectica
— portée par des esclaves noirs, qui se relayaient de cent en cent pas, — soulevaient sur leur passage des acclamations ou des railleries, qui les laissaient dédaigneuses, un sourire figé sur leurs lèvres peintes, les yeux luisants du souhait des voluptés, d’un désir d’amour et de
v sang.
Portefaix et mariniers du Tibre, — arenarii, tous ceux qui luttent sur le sable d’un amphithéâtre, soit contre des hommes ou contre des fauves, bestiaires, gladiateurs — et jusqu’aux boulangers qui sortaient, le torse nu, des officines où ils ahannaient sur le pain qui devait nourrir Rome, paraissaient sur les seuils. Par théories, des femmes publiques que les meretrices essayaient en vain de retenir dans les maisons d’où elles s’évadaient avec des cris de bacchantes ivres, brandissaient des ' fleurs et lançaient sur les nobles passantes des pétales effeuillés de roses.
Hais un manipule de prétoriens aux cuirasses d’or, frappant leurs boucliers pareils de javelots étincelants, faisait une trouée dans la foute qui s'écartait en poussant des cris, des vivats, des implorations sexuelles, comme vers une divinité impudique et vénérée. — Des coins de rues et de derrière les bornes, parles interstices des volets, sourdaient aussi des apostrophes, comme des éclaboussures de bran qui seraient lancées, de partout, des maisons voisines par des bouches haineuses : c’étaient les mères dont les fils ou les filles étaient disparus, ou que Claude, Hessatine, Silius et leurs favoris avaient souillés. Ou bien des voix d’hommes crachaient, au mépris de leur vie, leurs rancœurs, leurs inassouvis désirs, vers l’Idole, la Spermatique, la Hagnifique, que la foule encensait d’épithètes :
Avr >3iV' 1 Divs Messalirw Nos cœurs, nous les lançons vers toi comme des fleurs, devant Vénus ou au pied des autels!.. Nos désirs brûlent devant toi comme des cassolettes. Ave! Diva* Luxuria 1 Les gladiateurs et les soldats en débauche, symboliquement, dres-
saient leurs glaives, tels des phallus érigés en l’honneur de la maîtresse du peuple romain, de l’Impératrice Nue, de la divine salope :
« - Ave Augusla Diva Mcssalina! Ave, Venus! »
Au centre d’un groupe d’Àugustanes presque nues, sur une litière
d’apparat, au pulvinar de pourpre que les lueurs de lanternes de corne rose faisaient brasiller comme une fournaise, tlessaline, drapée dans une palla mauve, aux broderies écarlates, laissant voir une magnifique stola de drap d’or, brandissait un th^rse incrusté de gemmes merveilleuses. — Et, parmi la tourbe des courtisanes clamantes, en tête des Àugustans et des Àugustanes échevelées, Luxuria, l’Impératrice de Rome et du monde, se dirigea vers la popina de Gueranus.
D’honnêtes citoyens attardés, des chevaliers et des marchands, craintivement, s’esquivaient au long des murailles. On savait qu’il prenait parfois à l’Augusta d’étranges caprices, comme de livrer des femmes honnêtes aux prétoriens et à ses favoris, ou de contraindre des hommes paisibles à des voluptés anormales dont, railleusement, et pour fouetter ses sens, elle voulait être spectatrice en une orgie dont la fin parfois s’ensanglantait. Alors l’odeur du sang, des mâles et des femelles en rut, se mêlait aux ardents effluves des cassotettes, aux parfums des tys. écrasés, des jasmins et des roses.
Les boutiques, sur le passage du cortège, avaient fermé précipitamment leurs portes. Au contraire, les étuves, les tavernes, les lupanars illuminaient leurs façades de lampes à plusieurs becs, et de longues lanternes rondes/ aussi de corne rose transparente, affectant les formes de priapes démesurés.
La basse plèbe aimait l’Impératrice, pour la splendeur de son corps et les aubaines qu’elle Valait aux pauvres — chacun pouvait espérer être, un soir, l’Empereur, jouir comme César Auguste, se pâmer aux mêmes étreintes, — et aux jolies pauvresses, même pour ses caprices qui la faisaient se plaire à jeter l’or aux plus minables, à la moindre occasion de plaisir. Aussi, bientôt les protestations et les clameurs indignées s’étaient tues.
Messaline avait fait éteindre les torches. Pourtant, la rumeur de sa troupe de familiers faisait sortir des auberges, des thermes et
L’IMPÉRATRICE NUE
des garnis louches, un monde bigarre d’efféminés et de filles, qu’un peloton de gladiateurs refoulait.
Presque seule, avant commandé au cortège, porteurs, soldats, amis de fête, d’aller l'attendre aux étuves de Suburre, situées tout près des remparts de Rome, Messaline parut, splendide et odieusement belle, dans le cadre de la porte de la popina de Gueranus.
Aucun des gladiateurs ne fit même un geste de déférence vers Elle. Seuls, Gueranus et sa femme Lenia, Filiola dont la silhouette, fine et de blanc vêtue, s’estompait dans l'ombre du fond, immatérielle et pareille à une vision céleste qui aurait plané de toute sa pureté par-dessus l'ignominie du lieu, s’inclinaient :
— Ave, Diva ! — dirent les aubergistes inclinés.
— Ave Impérial — murmura la vierge qui ne voulait pas reconnaître la divinité de Messsaline, femme du César infâme.
Vers Sépéos et Manechus assis en face l’un de l’autre, l'Impératrice marcha, souriante. — Aux tables prirent place les familiers et les Augustanes, tandis que, dans la nuit claire et nacrée de la rue, on voyait encore, par la porte ouverte, les ombres rèches d’un manipute de six prétoriens, restés là quand même sous les ordres d’un centurion, bardés d’or et comparables à des statues.
— Bonjour, Sépéos! Je suis Venue boire à tes prochaines victoires.
— Ne raille point. Majesté : la Mort, une Majesté aussi, est là qui veille et rôde autour de nous. C’est Elle qui fait tinter, en ie heurtant, nos glaives et qui, dans la nuit du monde, attise les incendies.
— Oui, mais l’Amour aussi est là, qui nargue la Mort. Dis-moi, ne suis-je pas, à ton gré, gladiateur, la Beauté, l’Amour, la Joie et la Vie?
Sans répondre, Sépéos recula dans un angle l’escabeau où il était assis, pour éviter le contact de l’Omnipotente qui avait pris place à son côté.
— Du vin! Je veux boire dans ta coupe, Sépéos.
Admirant les bagues merveilleusement ciselées où desgemmes orientales brillaient, — les pendants d’oreilles d’aigues-marines enchâssées entre des brillants et le diadème de perles qui paraient ses mains, ses oreilles, et son front, — les consommateurs, tassés autour des pots d’étain, de
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cruches à moitié vides, chuchotaient. Des >?eu?c étincelaient, envieu* du bonheur de Sépcos. Me savait-on pas, à Suburre et dans tous les lieu* infâmes de Rome ou de Campanie, que l’Augusta, en récompense des voluptés mâles, permettait à l’amant d’une heure ou d’une nuit de piller un peu ses bijou*, heureuse de violences qui la laissaient pantelante de désir encore et d’ardente lassitude.
Vers Nanechus, qui contenait mal sa passion dédaignée, Nessaline pencha sa tête délicate et, montrant Sépéos dont elle flatta le cou et le visage de sa main perverse aux ongles polis, pareils à des cornalines :
— Il est très beau, ton ami! Et il me plaît! Il est surtout magnifique dans l'arène,.. Nais j’aime aussi voir les lions au repos.
Câlinement, elle passa un bras autour du cou de Sépéos, puis, hardie, furieuse de ce qu’il n’obéissait pas à cette caresse et ne fléchissait pas le cou pour laisser butiner ses lèpres, Nessaline, gourmande, se leva, se glissa jusque sur les genou* du gladiateur et, violemment, ses lèvres agrippèrent ses lèvres.
U se détourna d’un geste brusque.
Sans se fâcher, Nessaline glissa sa main droite dans l’entrebâillement du justaucorps de cuir que Sépéos avait délacé à cause de la torpide chaleur et, de l’autre, elle prit la coupe de terre cuite, peu profonde et circulaire, sur un pied bas, décorée d’un vernis noir et luisant, calijc, où du vin stagnait, la but jusqu’au fond, puis fit choir sur la table les dernières gouttes en fixant Sépéos :
— A Eros, gladiateur, j'offre cette libation. Et c’est toi, mon amour
de cette nuit ! ÿ
— Mon! — dit Sépéos à voi* haute — Jamais!
Sa main s’était crispée sur la poignée de son glaive. Toute sa haine, dans ce seul mot, était montée à ses lèvres. Il sentait l’envahir une indomptable envie de tuer cette gueuse enfin, puisqu’il la tenait là, tout contre son corps qu’Elle pénétrait de la chaleur de sa peau parfumée, Nessaline ta meurtrière, Nessaline la Voluptueuse, qui semait la douleur et arrosait de sang les orchidées de ses stupres immondes. — Pourquoi ne La tuerait-il pas tout de suite, à ce moment, — unique peut-être dans sa vie, — où, elle se livrait, où superbe et impudique, elle avait pénétré dans l’antre, pour affoler de son se?ce les lions?
L’IMPERATRICE NUE
L’Impératrice, soudain, avisa au fond de la popina, craintive des gestes des Augustans et des patriciennes — qui buvaient le vin aux coupes vulgaires et le désir aux lèvres des hommes frustes — la silhouette frêle et blanche de Filiola :
— Viens l — dit-elle — approche-toi, petite. Et bois.
Filiola n’osa point refuser d’effleurer des lèvres la coupe offerte.
— Comme tu regardes Sépéos, mignonne! Tu l’aimes ?
— Elle en aime un autre, — dit l’Eg^ptien, - qui est plus haut, plus grand que nous.
— Elle est vierge ?
Une infernale pensée fit luire, soudain, les prunelles vert et or, de l’Omnipotente.
— Peut-être? — railla Manechus, avec un gros rire. Qui donc peut être sûr qu’une fille est restée close comme une fleur dont le soleil n’a jamais vu le pistil?
L’Impératrice se serra contre Sépéos; ses mains ardentes, au long des cuisses, cherchaient, effrontément, le mâle dans l’homme, un signe de désir. — Mais le gladiateur se levait à demi, l’air écœuré, pour éviter ce contact. Manechus qui les suivait des ^eux, arrêta le geste de Sépéos, tirant son épée, lui empoigna le bras : .
— Moi, d’abord! C’est convenu!
— Que dis-tu, Manechus Victor? — interroge Messaline — Qui dois-tu donc avoir le premier, avant même ce beau garçon?
— Toi! Impératrice. Toi, salope!
Elle éclata de rire, puis, après un baiser volé à Sépéos ;
— Moi!... Ton tour n'est pas près de venir...
— Et pourtant — dit Manechus — nous t’aurons tous les deux... Mais lui, d’une façon à laquelle tu ne t’attends pas,
— U a donc — fit Messaline — une façon particulière ?
— Oui! dont tu ne te doutes pas... une étremte suprême où tu râleras...
Sépéos reprit ;
— Une autre souveraine, plus puissante que toi, a passé, tout à l’heure, mvisible, près de nous. Celle-là nous possédera tous, hommes et femmes, tlle est la maîtresse définitive des uns et des autres. Elle est déesse par
toute la terre. Elle tient le monde et tous lui sont soumis, — même Toi!... même Toi 1...
Carmilès, fils d’un personnage consulaire, crut saisir une occasion de faire sa cour :
- C’est là, Omnipotente, de la philosophie de gladiateur. Mais qu’il prenne garde au filet. Celui de tes charmes, jolie rétiaire, a capturé des poissons plus gros.
Retournée Vers Sépéos, l’Impératrice, lui prenant les deux mains, lui dit, les >?eux dans les 'feu*,' ses lèvres essayant d’approcher sa bouche :
- Tu divagues, mon chéri... Viens 1 Je veu?c, déesse, faire de toi un dieu, et je me moque de Celle dont tu parles. Viens avec moi, pour « cette étreinte suprême où l’on râle > comme a dit Manechus... j’ai envie de toi à en mourir.
- Pas encore ! — gronda Sépéos qui fixait le gladiateur, son maître et son ami.
Alors, Luyuri*, énervée en cette attente imposée par un soldat infime et têtu, appela d’un geste le centurion qui, debout dans le cadre de la porte béante, balançait nonchalamment le cep de vigne, dont il se servait pour corriger ses soldats, insigne de son grade, devant les prétoriens cuirassés d’or. Elle ordonna :
- Qu’on l’emporte. Les bêtes...
L’officier fit un signe. Mais quand les soldats entrèrent, Messalîne, courroucée, les renvoya d’un geste. Elle avait, involontairement, parcouru d’un regard la stature magnifique de Sépéos ; elle regrettait déjà sa mort que, dans une colère d’orgueil, elle avait à peine commandée avant de l’avoir voulue. En le condamnant, elle tuerait son Baiser sans tuer son désir exaspéré.
Les prétoriens sortirent.
- Je ne te dis pas adieu, Sépéos - ni à toi, Filiola, ni à vous, mes braves.
Parlant ainsi, elle fit de la main un signe à chacun et à tous.
— Des clameurs éclataient au dehors : — ' ■
" ire1 Vénus est parmi noir descendue 1 Les porteurs noirs soulevèrent la lectica où, tâchant de ne plus penser à son envie de cet
L’IMPÉRATRICE NUE
homme rebelle à son caprice, Luxuria s’était étendue, en une mer bidesse énervée, agacée, titillante.
Elle partit avec une suite d’amies intimes, des patriciennes, nues ou pirement drapées d’étoffes transparentes. Attirés par l’odeur de sa chair impériale, le relent de sa volupté, des bandes d’hommes La suivaient comme des chiens une chienne en chaleur; toute la plèbe de Rome depuis les pentes de l’Aventin et du Coelius, depuis le Transtévère jusqu’à Suburre, s’affolait sur Son passage. Des négresses, dont les épaulières ciselées ardaient dans la nuit, ceinturées d’orfèvreries gemmées, agitaient au-dessus de l’impéria des flabelli de plumes d’autruches immaculées et de flamants roses, entourant des globes lumineux qui répandaient encore, sur la lectica de pourpre, des clartés rouges.
ffl 11. - IMPÉRATRICE AU LUPANAR
DEVANT LES ÉTUVES SUBURANNES, des hommes et des femmes, des prostituées, s’agitaient. — Messaline, en tête des Augustanes, se rua dans l’atrium du lupanar.
Au centre de l’immense pièce dallée, la matrone — ■ une femme de quarante ans, lasse et fanée, qui avait pu être belle, souriait aux arrivantes et plus aimablement encore aux hommes. Les Augustanes entourèrent le comptoir en bois massif où des Priapes chevauchaient des nymphes, tandis qu’un Bacchus s’abattait, couché, dressant son th^rse naturel, au milieu de bacchantes et de faunesses qui violaient, de baisers fous, tout son corps potelé.
Il V avait là, autour de Messaline : Livia Callina, femme d’un sénateur, et dont vingt ans d’amour effréné n’avaient pu lasser l’ardeur dévorante d’hommes; Soevilîa Loris, épouse deux fois divorcée. A vingt-deux ans, elle achevait d’user Mucius Caro, tribun des soldats» après Lomerius Gamo, édile et questeur, qui briguait le proconsulat ; après aussi son premier mari, Vaninus, que son divorce avait conduit en Numidie où il était mort, à la tête de sa légion, le jour de la victoire deScipion. — Il y avait encore Blanca Saponina, Tullia Chironès, Saivia Vero, Tullia Corvidis. —Tout cet essaim de papillonnes aristocratiques assaillait en même temps la marchande d’amours.
Or, les courtisanes infâmes du lupanar sortaient une à une et, se poussant, avec des rires et des cris, les apostrophaient ;
— Tiens, Iris elle-même n’est pas plus gentille que toi, Blanca. Tu arrives justement quand je suis lasse.
Une autre, battant des mains ;
— Après le bain, je me sauverai pour aller retrouver Mucius Saphis, mon beau gladiateur) Et, s’il gagne la couronne et la bourse, aux prochains jeux, ce sera fini de Voir aux étuves la petite Candilia.
Des figures, aux ^eux peints, s; montraient, gentiment ébourriffée s, par les entrebâillements des portes, et, à l’entrée des couloirs, elles se mêlaient. Plus timides, les amants paraissaient en arrière des femmes; ou bien les voix, rauques et furieuses, des mâles abandonnés, laissés en panne, de l’intérieur des cubicules, tes appelaient.
Chacune des Augustanes, après Messalina, jetait sur le comptoir devant la patronne un denier d’or pour la permission d’occuper cette nuit, jusqu’à l’aube s’il leur plaisait, les chambres et tes lits où l’on vend l’amour à Suburre. — Des centurions en bandes, des soldats à demi-ivres les entourèrent.
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— Moi, je veux la toute mignonne — criait l’un, géant casqué de bronze, dont la tête dépassait tout le monde — celle qui a les cheveux noirs comme la nuit et poudrés de mica carminé.
— Et moi, celle qui met ses cheveux dans un filet d’or et qui a des bagues si belles aux doigts.
L'apostrophant, un soudard dit à Morinella, la raillant et sans se douter de son véritable rang :
— Si c’étaient de vraies gemmes d’Orient, ma belle, tu serais moins jeune... Il faut trop d’amants pour de tels résultats après si peu d’années d’amour... Tu viens ?
Ses bras soulevèrent le corps frêle de la patricienne nerveuse, poussant des cris que les baisers fourrageurs du soldat changèrent en rire fou, pendant que son corps menu se tortillait comme un ver, se trémoussant, puis, pâmé.
Messalme, déjà, revenait d’un premier ieu, laissant pendre sur sa poitrine, dont la subucula débraillée permettait de voir les rondeurs fermes et mates, attachée par un cordonnet, une rondelle de métal, tessera, où le chiffre de sa chambre d’amour, publique, était gravé.
Mais bientôt, elle rentrait, accrochée au bras d’un portefaix d’Ostie, reconnaissable à son bonnet rouge et à sa démarche balancée lourdement et le dos eq arc. Elle justifia de la location de sa chambre en montrant la tablette pendue à son cou, devant un hercule noir, t’un des gardiens des étuves, chargé de veiller au bon ordre dans le ■lupanar et de contrôler les entrées et les sorties des femmes.
iJ ORGIE LATINE
À travers de longs couloirs éclairés par des torches au* formes phalliques, Elle allait, guidant l’homme, l’amant de hasard dont ies muscles saillants avaient tenté le désir maladif, la folie de ses sens exaspérés. Des lampes triangulaires, en forme de sexe de femme, pendaient, par trois chaînettes dorées, des voûtes. Scellés aux murs, des bras érigeaient des membres humains d’où la lumière tombait fuligineuse et brouillée, empuantissant l’atmosphère de relents d’huile brûlée, mêlés au?c parfums crapuleux des basses prostituées. Des fresques obscènes ornaient chaque côté des longs corridors, rayonnant autour de l’atr'ium où se tenait, immuable, la mérétrix, les mains faisant tinter des as et des deniers et distribuant des tessères.
Le portefaix et l’Augusta virent ainsi défiler les amours de Jupiter et de Léda, l’enlèvement d’io, que le dieu, formidablement armé, saillait. Ailleurs, des corps s’enchevêtraient, en un pêle-mêle de croupes,' de seins nus que des mains agrippaient, de bouches agrafées, de mâles et de femelles, fous de voluptés, bouches âpres et délicieuses, crispant des sourires sur des lèvres tordues des douleurs exquises du spasme.
Ici, sur un lit d’or que des peaux de panthères recouvraient, une femme blonde se livrait à trois hommes, et les ^eux de la voluptueuse exprimaient une béatitude suprême, grands ouverts et comme figés. — Ailleurs, des Bacchantes harcelaient un Silène comme des abeilles s’abattant en tourbillon sur une fleur convoitée par chacune ou sur un ra^on de miel. Pas une fossette du demi-dieu, pas un sillon de chair blanche et rosée où des majns ardentes et des lèvres cupides n’aillent butiner des joies qu’elles pantelaient toutes de compléter du grand baiser. Des couples s’ébattaient autour du groupe principal : des faunes, des s^lvains et des Pans, acharnés après des nymphes, des femmes, dont fleurissaient les nudités en rut. Des lesbiennes, tendrement, se caressaient en face d’hommes furieux, liés en des étreintes où les sexes demeuraient séparés. Des bêtes, des cerfs, des sangliers, des léopards, des tigres et des lions, des ours monstrueux et des aurochs, s’accouplaient en une furie bestiale. D’étranges baisers, des querelles et parfois du sang; des scènes de festin et d’orgie, des danses et des offices orientaux où des hommes violaient des pierres en forme d’or-
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ganes féminins et les femmes baisaient des phallus d’airain, d’ivoire, de marbre ou de bois.
Les vestibules résonnaient des pas des couples de hasard, des soupirs, des odeurs de chairs enamourées, des bruits de baisers, des frôlements, des cris de volupté, des Voi?c disputeuses, à propos du salaire des baisers que les courtisanes rançonnaient; des injures se croisaient avec des' éclats de Voix en échos. Parfois les gardiens devaient intervenir, et les coups de leurs lattes de bois sur des dos qui fuyaient ou dans les jambes d’hommes qui ne voulaient pas partir, brisaient la rumeur perpétuelle de volupté douloureuse de la maison infâme. Des portes s’ouvraient pour laisser partir les mâles repus, claquaient sur les couples s’enfermant dans les cellules.
Il y avait des cubicules de genres divers : uniformément, à droite, un lit de pierre ou de briques maçonnées, une lampe à trois becs fumeuse au plafond; et, creusée dans une dalle, une Vasque où de l’eau, par un conduit, sourdait; sur un piédestal, toujours, une divinité phallique, une Vénus physica ou Vénus impudica, narquoise, souriait, fai' sant le geste de la vie. Des roses, des lys, des couronnes de jasmin, en offrande, les paraient.
^ Selon le prix de la tessera, les lits étaient recouverts de peaux de buffles ou de belles toisons de fauves. Une clepsydre, dans les chambres les ptus riches, laissait monotonement tomber avec lenteur des goutelettes d’eau parfumées.
Les ptus pauvres cellules étaient jonchées de roseaux ou de paille. Sur te sol pavé d’une mosaïque de petits cubes d’une composition imitant la pierre, abaculi, — c’étaient encore, figurés par cette marqueterie polychrome, des orchidées aux pistils dressés, ou des phallus, des lèvres entr’ouvertes de femmes, des doigts câlineurs, des symboles sensuels ou des devises érotiques.
Déjà,' entre les bras du portefaix, tous deux proférant des^ paroles reconnaissantes pêle-mêle 'avec des grossièretés, des ordures intimes,
Mes Et, bientôt, comme prise d'une soudaine furie profession¬
nelle, elle le poussait dehors, sous des insultes de poissarde très en verve, parce qu’il n’avait à lui donner qu’un pauvre denier d’argent et deux as.
Un délite passait, qu'elle entraîna,
Fuis, dans une salle au milieu de laquelle était un piscine pleine d’eau tiède, Messaline se livra auK masseurs tybiens. Lorsque, après les baisers de trois amants successifs, après les multiples caresses dont tous ses nerfs avaient vibré, l’Augusta - songeant toujours à Sépéos, à l’Ég^ptien qui l’avait repoussée, — reparut au milieu de ses familiers, impatients et las, sous la colonnade de la maison de débauche, les >?eu?c cernés de bistre, courbée par la fatigue des stupres, les porteurs noirs L’étendirent sur la 'litière, affalée, rompue, éreintée, mais pourtant insatisfaite.
X 111. - IDVLLE A SUBURRE
F ILIOL A, devant la porte de la popina, tressait des joncs en corbeille. Dans l’auberge vide de clients à cette heure, Lenia allait et venait, essuyant et rangeant des brocs d’étain > et d’argile cuite, où des coqs étaient grossièrement peints, se querellant ou chantant à des soleils dont les faces vers le col des brocs ou au bord des coupes, riaient largement. Gueranus était parti pour acheter des vins à Néapolis, où les vendanges mettent en joie la contrée sulfureuse et fertile, que le Vésuve, perpétuellement, menace de son cratère fumant le jour, fulgurant les nuits, parmi les étoiles.
Filiola rêvait, en tressant les joncs, dans la douceur du soir qui commençait de décroître. Un pas ferme, sur les pavés inégaux, tira de ses songes Filiola. (Elle le reconnaissait à présent entre
L'IMPÉRATRICE NUE
tous, ce pas, comme entre toutes, la 'Ooijc sonore et chantante de Sépéos.) Et elle tressaillit d’un grand bonheur. Ainsi, presque chaque soir, à présent, au sortir de l’École des Gladiateurs, au lieu de courir avec ses camarades les cabarets de l’Aventin et de Suburre, les lieux de plaisir qui foisonnaient dans ttou/ les bas quartiers, il s’acheminait, sitôt après le bain, vers la maison de Gueranus, à l’heure où il savait trouver la jeune fille presque libre et souvent seule, puisque Lenia commençait à ce moment de préparer les mets pour le repas du soir.
U la salua, penché vers elle qui leva des yeux d’améthyste, que la lumière pailletail de lueurs d’argent.
— Ave, Sépéos, — dit-elle en souriant — te voilà libre... Oh! tu as marché bien vite pour être ici déjà. A peine si le soleil approche de la sixième heure aux cadrans piqués d’un triangle.
— Oui, j'étais triste et je suis venu. Tu me dis souvent des mots que je comprends mal, mais qui me câlinent comme des caresses. Et puis, venu de toi toute, un fluide m’enveloppe, qui ensommeillé mes douleurs. Tu es si bonne et si jolie.
Il lui prit les mains ; elle les laissa entre les siennes, mais, comme il se penchait pour effleurer ses lèvres, Filiola se leva, se dégageant de Tétreinte du gladiateur :
— Tu es fâchée, Filiola? — dit-il, un peu honteux de sa brusquerie.
— Non 1 Seulement mes lèvres appartiennent à l’Époux. Je lui ai voué ma personne tout entière.
— Quel est-il donc, cet heureux?
— Il sera celui que Kreistos voudra, ou Krcistos lui-même, par delà l’existence terrestre.
— Je ne comprends pas. Comment Kreistos te possédera-t-il, si tu n’es plus la Filiola vivante, si ton corps, ta chair sont inertes, et que ton âme t’ait délaissée?
— Tu le sauras, si tu veux, de Celui qui m’enseigne la véridique croyance. Je ne la comprenais pas non plus, au commencement, Mais Kreistos, par lui, a dessillé les yeux de mon esprit. Et j’ai vu et je suis heureuse. (Oui, un charme étrange émanait des-- yeux de Filiola, d’elle toute, et comme un exquis parfum de mystère, surtout quand elle lui parlait de Kreistos et des idées nouvelles que ses apôtres semaient
par tout l’univers, semence, malgré les persécutions, levant au centuple.)
— Pourtant, Lenia te bat; Gueranus est brutal et grossier; on te (ait travailler parfois jusqu’à épuisement de tes forces, ils t’obligent à demeurer au milieu d’orgies qui t’écœurent... Tu aurais 'dû naître patricienne, Filiola... Hais alors, je ne t’aurais pas connue.
— Peut-être n’aurais-je pas eu tes mêmes bonheurs; Kreistos préfère les pauvres et les humbles.
L’horijon pourpre, vert, orangé, pâlissait. Les arcs de triomphe, les obélisques et les colonnades se notaient dans la diffuse clarté de l’atmosphère qu’envahissait peu à peu l’ombre, de minute en minute plus dense. D’instinct, à mesure que la nuit Venait, les voix des amoureux, sans le savoir, se firent plus basses et comme attendries.
Filiola avait laissé choir de ses doigts frêles la corbeille achevée. Elle rougit, parce que sa subucula s’était un peu défaite, laissant apercevoir un coin d’épaule et la rondeur de son jeune sein. Pendant ce temps, des artisans dont le labeur était achevé, des courtisanes qui commençaient à travailler, des lanistes et des gladiateurs, des valets de l’amphithéâtre, peu à peu, affluaient vers le quartier des tupre. De la voie Appienne, du Forum et du Palatin, une rumeur montait. Suburre commençait de grouiller d’êtres en quête de bas plaisirs et de lucre nocturnes. Déjà des militaires, de-ci, de-là, Vociféraient des mots grossiers, en réponse aux appels des vendeuses d’amour, et des étrangers rôdaient, reconnaissables à leur air hésitant et curieux.
Interrompant la causerie des jeunes gens, au crépuscule, dans la rue, sur le seuil de la popina, des habitués, Saper, Lacero, Birus, Hucius Saphis et Candilia entraient chej Gueranus. Filiola les servit prestement, puis, sur le seuil, elle rejoignit Sépéos, — qui n’avait pas encore faim, avait-il dit, — épris de grand air> peu soucieux du tapage renaissant et des relents de la taverne.
La jeune fille soupira :
— Us sont contents et font du bruit. 11 aura de grands jeux pour les calendes, et du sang coulera dans l’arène. Ils auront de l’or, ceux que les glaives n’auront pas tués 1 La malédiction des temps les aveugle.
— Je suis désigné pour combattre à ces jeux.
L'IMPÉRATRICE NUE
— Toi! toi aussi, tu es un homme de sang 1
Elle avait crié presque ces mots, puis soudain, fondit en larmes.
— La bravoure est-elle donc un crime à tes >?eux, Filiola ? Que m’importe à moi, le trépas ou la vie! Mon cœur est mort... Pourtant, il tressaille encore, en ta présence, et je crois, par ton charme, qu’il revit.
Ton cœur peut et doit vivre, situ es encore capable d’amour, Sépéos.
— Ne le sais-tu, ne le sens-tu pas, Filiola? Je rêve, parfois, de te prendre dans mes bras et de t’emporter loin d’ici, de commencer auprès de toi une existence nouvelle...
Lenia, d’une Voix rauque, appelait la petite servante, grondait après elle: « — Veux-tu t’occuper des clients, sacrée fainéante! > Très vite, en s’évadant et retirant ses mains qu’il avait reprises :
— Alors attends-moi, cette ‘nuit, si tu le veux, vers la dixième heure, au coin de la Voie et de la rue des Boulangers. J’aurai une rose piquée sur mon cuculle blanc, et nous irons ensemble aux catacombes.
— Où çà?
— Vers la Vérité, vers la Lumière.