I XV 11. - IN CARCERE
LES PRÉTORIENS, aussitôt, conduisirent Sépéos jusqu’à une prison souterraine, creusée sous les fortifications qui entourent la porte Capène, au pied de l’Aventin.
Les jeux avaient vidé, d’un grand nombre des chrétiens qui ^ étaient enfermés, les immenses salles. Quelques vieillards, aux barbes et aux cheveux hirsutes, traînaient des fers rivés à leurs chevilles; une femme, sur un lit fait de vêtements dont les autres s’étaient dépouillés, grelottait de fièvre, dans un coin sombre. Et parfois, les ^eux de la malade brillaient dans la demi-nuit de la geôle, où le jour ne pénétrait que par des soupiraux creusés dans te tuf et barrés de fers de lances. Les autres
prisonniers étaient des soldats de la légion de l’Alouette, qui avaient refusé d’adorer les statues des divines Majestés et confessé Kreistos. Ils étaient sept, très grands, auxquels on avait enlevé leurs armes et jusqu’à leur justaucorps de buffle, de sorte qu’ils tremblottaient, en leurs minces tuniques par ces nuits fraîches d’automne. — Tous portaient.
V IMPÉRATRICE NUE
îT'îte aux chenilles, une chaînette de bronze qui sonnait à leur moindre mouvement, et, sinistrement, frappait les dalles. Les femmes restaient sans entraves, mais leurs Visages creusés décelaient la faim et la fièvre qui les rongeaient.
Sépéos fut jeté parmi eux, sans qu'on lui eût mis aucun fer.
A l’entrée de leur nouveau compagnon de souffrances, et qui partagerait sans doute leur martyre prochain, ils se levèrent et tous le saluèrent :
— Salut, frère; que Dieu soutienne ton âme et te préserve des défaillances.
— Tu es ainsi que nous, un chrétien? — dit l’un des soldats. Et je Vois, à ton pourpoint de cuir, que tu es aussi un soldat.
Sépéos hocha négativement la tête :
— Non, frère; je ne connais de Kreistos que des histoires, qu’on m’a racontées... Je suis gladiateur impérial, et j’ai tué Simias, Kerbrix, Chylaïdès, vaincu Cornelio.
Les femmes réprimèrent mai un geste d’horreur et de recul.
— Frères — dit l'un des vieillards — et vous, mes sœurs, ne repousse? pas celui qu’aveuglent les erreurs du monde. Ce Gentil peut être l’un des élus de l’Agneau.
— Alors, pourquoi, frère, t’ont-iis arrêté?
— Je n’en sais rien; je sortais aujourd’hui même du Cirque où, pour la troisième et la quatrième fois, j’avais été Vainqueur. Un décurion m’ordonna de le suivre.
L’Egyptien alla s’accroupir dans un coin, la tête dans les mains, pour être seul et réfléchir sur sa nouvelle aventure. Bientôt la lourde porte d’airain roula sur ses gonds avec un bruit sourd, qui se répercuta aux voûtes. Entrèrent : Macris, poussé par des gardiens vêtus de tuniques de cuir, quatre hommes en toge, et Filîola, dont les •yeux semblaient prêts de pleurer. Et, de nouveau, la mélancolique formule de bienvenue accueillit les arrivants :
— Ave, fratres! Ave, sororl — Salut, frères] Salut, sœur]
Et, tout de suite, ayant reconnu l’apôtre, les chrétiens l’entourèrent, l( louant d’avoir confessé le Christ une fois de plus.
Des colloques s’engageaient; les quatre nouveaux captifs, Mauricius,
un ancien centurion ; Leracio, Verus, et Sigillex, connaissaient plusieurs des autres prisonniers.
— Frères, la mort nous réunira dans le Ciell
— La Foi unissait déjà nos coeurs sur la terre. Ensemble nous gra- Virons le chemin de gloire.
Ainsi s’exaltait l’un des captifs, MileVius. Mais Macris observa :
— 11 ne faut pas concevoir de l’orgueil, de peur d’en souiller notre pur sacrifice.
Filiola, en soupirant, répliquait :
— Hélas, Macris, que n’avons-nous autant que toi de sainteté et de sagesse pour racheter nos fautes! Toi, tu peux envisager la mort avec sérénité. Tes martyres successifs ont prévenu les anges, et, sur l’ordre de Kreistos, ils achèvent de tresser ta couronne.
— Sais-tu, Filiola, si je ne porte pas de lourds péchés? Comment me jugerais-tu, si tu n’es pas entrée dans mon âme? Mais, en vérité, Kreistos nous favorise et il a su reconnaître ses serviteurs ; il leur tend des palmes et la mort salue, en nous emportant, mptre suprême Bonheur.
— Pourquoi donc — questionna l’un des légionnaires de l’Alouette cette jeune fille et Macris ont-ils été arrêtés?
— Ont-ils donc renversé des dieux?
— je ne sais; c’est au sortir du Cirque.
A ce moment, des rayons pourpres et or, les derniers du jour, passaient par les soupiraux ouverts sur le couchant. L Egyptien, levant le front, au bruit des voix» aperçut la petite servante de Gueranus, son amie.
— Filiola mea! ,
— Toi, Sépéos!
— Ils veulent te tuer, toi aussi!
— Mais comment a-t-on eu l’idée de te prendre, toi, un gladiateur de l'Impératrice?
— C’est Elle! - répondit Sépéos — Elle, Luxuria, qui me déteste et se venge.
Dans les bras l’un de l’autre, — tandis que, chastement, il la berçait, — le gladiateur et Filiola pleuraient de douces larmes.
L'IMPÉRATRICE NUE
— Je ne Veux pas, mon ami, que tu meures.
— C’est toi qu’il faut sauver! Tu es un tys pas encore éclos; moL j’ai jonché mon coeur de chagrins, comme les feuilles jonchent un parterre, en automne.
Nacris s’approcha d’eux.
Filiola, soudain, s’échappant de l’étreinte du gladiateur, s’agenouilla devant l’apôtre :
— O père! prie Dieu et son Fils et l’Esprit de me pardonner. Je suis coupable et je Veux crier ma faute devant mes frères. J’aime et je voudrais arracher de mon âme cette fleur vénéneuse... Nais!...
Elle haletait d’angoisse; pourtant, elle reprit :
— ... Je ne peux! je ne peux! Et Kreistos ne me repoussera-t-il pas du Royaume des Cieux, jaloux de cet. amour terrestre?
— Non, Filiola! Kreistos ne peut te rejeter de son Royaume, puisque Son être est tout amour. Il ne jalouse point l’amour terrestre, si cet amour est pur. L’Agneau, qui est toute tendresse, ne défend pas l’affection à ses fidèles.
— Père, Sépéos n’est pas encore chrétien, mais il est brave et très bon! Son coeur s’ouvre peu à peu, comme une corolle sous la rosée matinale, à la Vérité qui se lève sur le monde.
— Sois donc, Filiola, le jardinier qui fait éclore les âmes, et ton affection restera pure et sainte.
La nuit s’était faite. Deux gardiens, éclairés par des lanternes de corne, apportaient aux captifs des plats d’étain, clos d'un couvercle, où stagnait un brouet à demi-froid. Puis, ils allumèrent, suspendu aL centre de la Voûte, un tychnus à quatre becs.
Jusqu’à l’aube, les chrétiens dormirent, sauf celui d’entre eux qui, à tour de rôle, veillait la fiévreuse. Elle geignait lamentablement, comme une enfant qui souffre; enfin, tout se tut et le souterrain sombre fut plein de silence où brûlaient seuls des souffles rythmés.
Sépéos, torturé par sa haine, s’éveilla longtemps avant que le jour eût jeté des flèches d’argent et d’or par les quatre soupiraux qui, de la prison, montaient vers ia surface de la terre. La lampe agonisait.
Mais il cul le temps ‘de contempler les murs nus, faits de marbre blanc, jusqu’aux Voûtes bombées, au centre desquelles, quatre arcs, servant d’arêtes aux parois. De place en place, des crampons de fer et des anneaux scellés aux murailles, pour mettre aux fers les captifs récalcitrants, semblaient de perpétuelles menaces. Des inscriptions, le long des murs, disaient quels prisonniers avaient souffert là, quelles misères et quelles ignominies avaient langui pendant les jours d’attente, avant le supplice.
Trois larrons avaient énoncé, en versets iambiques, leurs méfaits :
« — Aux bords du Tibre, c’est moi, Salvus, qui étranglai le riche Egyptien Arôm. Il avait, dans sa ceinture, deux cents aureus; ce fut pour moi le moyen d’être, pendant deux mois, un honnête homme, i
c — Moi, Laurus Ficus, j’ai su détourner deux mille deniers des caisses d’un intelligent questeur qui m’accuse d’avoir volé, à main armée, son coffre, déçu qu’il est de ne pas avoir pu jouir de cet or public. >
< — Dix meurtres et un viol sont mes titres de gloire : je n’ai tué que des patriciens. »
C’étaient encore des croix nombreuses avec, en exergue, des invocations, des figures grossièrement sculptées au moyen d’une pointe quelconque, le poisson symbolique. C’étaient des inscriptions infâmes que des amants unisexuels, aux beaux reins, avaient composées en l’honneur de leurs gitons, ou des hommages mémoriaux pour d’immondes prostituées. Sépéos, pour passer le temps, examinait ces mots mystérieux, qu’il ne savait pas tire, quand la lampe s’éteignit. Bientôt, le jour blêmissant des soupiraux laissa distinguer, dans l’ombre dense, les gamelles d’étain vides et les fleurs vernissées des cruches d’eau. Du dehors, les pas réguliers des soldats et leurs colloques parvenaien à Sépéos, ainsi que les bruits de Rome qui s’éveillait. Des Voix de femmes anxieuses s’informèrent des prisonniers; l’une, au timbre très jeune, demandait au centurion si ce seraient ceux-là qu’on livrerait aux tigres d’Asie débarqués d’un navire qui, d’Ancône, était venu à Ostie pour le compte de Simo Barbax.
Puis, il distingua les gazouillements de Candillia, Linela, Baltrix et
L’IMPÉRATRICE NUE
Sabina qui, Uolubiles, en caressant l’officier, s’inquiétaient anxieusement du sort de lui, Sépéos, et de Filiola, demandant si c’était bien là qu’on
les avait enfermés. Elles proposèrent même de l’argent aux soldats qui le prirent, pour procurer à leurs amis quelques douceurs et afin qu’on donnât l’ordre aux gardiens de ne pas les mettre aux fers.
Et, de nouveau, ce fut l’invasion brutale, par la porte résonnante, soudain ouverte, des hommes bardés de cuir, aux larges ceintures de qui sonnaient des clefs massives contre la gaîne d’airain de coutelas d’acier. — Avec d’ignobles épithètes, les geôliers dénombraient ceux dont ils avaient la garde, ensuite, ils leurs apportèrent des cruches pleines d’eau et des pains grossiers qui devaient durer six jours.
Or, les chrétiens, sans récriminations ni plaintes, s’abluèrent les mains et le visage, puis, rangés autour de Nacris ils écoutèrent les
I XVUL - L’ULTIMATUM DE LUXUR1A
paroles fortifiantes de i'apôtre. Enfin, dans un élan mystique de tout leur esprit, ils louèrent Dieu, Kreistos et sa mère, en des chants, matines qui appelaient ardemment une aurore éternelle.
VQRGIE LATINE
C’EST TOI, le gladiateur du corps impérial qui se nomme Sepéos? - C’est moi - dit l’adolescent - que me veuK-tu encore?
— Mors, suis-moi; quelqu’un de puissant veut te voir. Tu as des amies fort belles, surtout celle-là qui est supérieure, en Vérité, oui, divine, par Jupiterl... Elle peut te sauver, mon cochon, mieuK que leur crucifié
; \î\t d’âne et à queue de poisson.
L’homme ricana, l’un des geôliers. U n’était point trop dur et ne s’acharnait pas en des cruautés contre ses prisonniers. Mais il se plaint § rnontr<M* tf'n mépris de polythéiste fervent pour les adorateurs d’un larron gaüléen, d’un homme de rien et un Barbare. Et il le faisait joyeusement, avec une jovialité de bon citoyen à la conscience paisible.
L'IMPÉRATRICE NUE
Sépéos se leva donc. Il avait bien pense', une minute, à résister, à demeurer muet et inerte, car il soupçonnait de quelle visite il était question. Qui sait ? Ce pouvait être aussi Candilia ou Linela, ou quelqu’autre petite folle de Suburre, émue de pitié et qui, confiante en sa joliesse pour fléchir les geôliers, serait venue lui offrir sa consolation.
11 traversa un couloir sombre, derrière le gardien, dont la lanterne de corne remuait des lueurs dans la nuit opaque, où semblaient massées des ombres. Deux autres geôliers suivaient Sépéos, ce qui le fit sourire, à cause du respect envers sa force que témoignait cette précaution. Ensuite, ils traversèrent d’immenses salles dallées, où des fûts de colonnes tronquées s’érigeaient pour des flagellations. Aux murs, la lanterne du geôlier en chef laissait apercevoir des instruments de torture : des tenailles de toutes les formes pour dépecer les chairs des patients : il ^ en avait de semblables a de gigantesques pinces de homards; d’autres étaient pareilles à des tenailles de forgeron; d'autres affectaient des formes de fleurs dont chaque pétale était une lame torse ou courbe — et coupante — et dentelée. Des chevalets, des brodequins, des coins pour disjoindre les os, tout ce que l’Afrique et l’Asie avaient légué à Rome pour raffiner les tortures, figuraient là.
Hais une grande clarté de jour, sitôt après la montée d’un escalier et l’ouverture d’une dernière porte de bronze, éblouit les ^eux de Sépéos déshabitués de la lumière crue. Là, les geôliers l’attachèrent, - le torse nu, n’a^ant aux reins que sa ceinture et sa tunique, - au pied d’une des colonnes du vaste atrium, avec une chaîne maintenue aux chevilles par deux anneaux qui lui entravaient les jambes, et le laissèrent seul. Au centre de cet atrium - s’ouvrant sur le bleu du ciel par un impluvium, ouverture carrée qu’un vélum blanc, tendu à demi du côté par où venait le soleil, préservait des ardeurs trop violentes — ' le miroir d un bassin était fleuri de lotus, entre lesquels passaient des lueurs dorées et rouges de caprins orientaux. Un lit de repos, de bois de citronnier, couvert de coussins multicolores, une petite table d’ébène incrustée d’ivoire, des chaises, aux bras courbes que des têtes de lions sculptées terminaient - toute cette simplicité somptueuse semblait être celle d’une pièce de gynécée, chej un patricien pauvre.
Un bruit de lourde portière ou’on tire <t qu’on referme. L’Êg^p-
tien avait eu le temps d’apercevoir des esclaves thraces commandés par un géant; et Messaline se dressait devant le prisonnier, en une pose de majesté souriante et ironique :
— Te voilà dans mes mains, Sépéosl... Eh bien, oui, c’est moi1.... Est-ce donc là tout ce que tu dis à une femme, beau garçon, et à la femme la plus belle, à ce que raconte un peuple indiscret, la plus amoureuse de Rome?
Les regards de Sépéos, hardiment, soutenaient le feu des prunelles de l’Omnipotente. Splendidement drapée dans une palla amarante et violette, où des oiseaux d’or, aux yeux de pierreries sertis en l’étoffe, s’éployaient, l’Augusta semblait, avec son visage fardé, une divinité
lascive.
— Ta liberté, ta vie, Sépéos, valent bien l’étreinte de ces bras impériaux... Ne le penses-tu pas?
Entr’ ouvrant sa palla, d’un geste lent et gracieux, elle laissa glisser une tunique de lin de Cos, albe et bordée de pourpre, si fine qu elle était transparente. Cette chute, comme de pétales de roses blanches, découvrit l’épaule droite, l’aisselle épilée et un peu de son sein, dont la pointe jaillit. Sépéos gardait le mépris dans ses yeux. Puis, Messaline, ayant laissé choir à ses pieds ce petit nuage clair, qui la cachait à peine, elle écarta derrière elle, - sur les promesses de ses yeux, de sa bouche, de sa langue un instant dardée, sur tout l’éventaire de son corps luxurieux, — sa palla de sindon amarante et violette; un instant, le jeune gladiateur se détourna à demi pour ne pas voir cette tentation, puis il la contempla paisiblement, avec les prunelles ennuyées d’un soldat de garde sur une place publique.
Un flot de colère, sarcastique et cruel, tordit les lèvres de l'Impératrice, — nue vainement ;
- N’es-tu donc pas un homme?... Seuls, les eunuques restent insensibles... Encore, ne m’en suis-je pas assurée par moi-même. Quelque blessure te rendrait-elle impuissant?
L’Égyptien frémit à l’insulte :
— Es-tu donc une femme, toi ? — gronda-t-il. — Mais non, tu es un monstre infernal, une goule impure, femelle ignoble aux chairs diffamées.
Vers lui, Luxuria fit un pas et voulut, d’un mouvement brusque, Capote? l82
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turer, de la main, son cou, et de ses lèvres, sa bouche. Hais Sépêos, trébuchant dans son recul, à cause de sa chaîne, parvint pourtant à se dérober.
Elle, la poitrine gonflée de stupre irrité, Vêtue seulement de bracelets et de colliers précieux, de son diadème étincelant, le menaça :
— Choisis entre l’amour et la mort.
— Je préfère la mort.
— Sur la croix. Le supplice ignominieux; tu entends ?
— 11 le sera moins que ton baiser,
Énervée, elle tendit Ven lui une main impudique, qU'j| repoussa.
— Je t’aurai î — murmura-t-elle, entre ses dents serrées — je t’aurai ! malgré toi...
Sépéos, moqueur, éclata d'un rire retentissant :
— Un homme peut violer une femme. Il la prend et la pénètre, malgré sa volonté. Mais quelle femme pourrait, s’il ne consent, posséder un homme? Ton contact, Impératrice, aveulirait mon sexe, comme si, par mégarde, il frôlait une ordure.
— Fou! Misérable insensé! Tu me braves! moi, la Toute Puissante! Ne sais-tu pas que je saurai trouver des moyens dont tu ne te doutes pas, pour te contraindre et t'avoir, mon cher? Car je te veux; et tu seras à moi, malgré toi et malgré tout.
— Essaie donc, Luxuria, et tu verras bien si tu peux quelque chose contre un homme de ma sorte.
Elle regardait avec une colère, où se mêlait de la stupéfaction, ce baladin de peu — mais beau garçon! — ce gladiateur prisonnier, des entraves aux pieds, attaché au fût rouge d’une colonne, énorme, en ce moment, pour Messaline d’une ironie latente.
Que faire?
Impératrice nue, haletante de désir, énervée, humiliée dans son orgueil de femme et de divinité, devant ce mâle superbe et stupide, incapable de la comprendre, restait là, impuissante, cherchant un mo>?en d’arriver au bout de son aventure,
quand même.
Après un l ong silence érotique et furieux, elle clama, croyant avoir trouvé :
— À des filles, à des prostituées, je te livrerai là, par terre, tout nu!
Elles sauront bien, par leurs caresses que tu seras forcé de subir, par les frôlements experts de leurs mains, les baisers goulus de leurs lèvres, les chatteries de leurs langues se disputant ce succès, enflammer ta chair, t’obliger au désir... Alors, moi, beau garçon, à califourchon sur toi, )C t’aurai
— Peut-être feront-elles bouillonner ma virile force, celles-là, mais tu ne m'auras pas plutôt effleuré que toute ardeur tombera I... Essaie l...
Sépéos, dont tout l’être signifiait le dégoût, défiait l’Augusta, doutant qu’elle osât plus que de le faire mourir. Messaline frappa deu?c fois, de ses doigts bagués, la paume de l’autre main. Le géant thrace et une décurie de Barbares, armés de glaives larges, entrèrent :
— Lie? mimx cet homme! — dit-elle.
A l'une des colonnes soutenant le toit — autour de l’impluvium et du bassin où brunirait, monotone et douîe, le murmure d’un jet d’eau, — au fût cannelé où il était déjà tenu par sa chaîne, Sépéos fut attaché, de plus près, par les pieds et les mains ramenées derrière son dos. Puis, sur un signé impérieux de Messaline, les soldats sortirent.
— Je te veux, Sépéos 1 Je te prendrai. Je jouirai de toi, à mon caprice. Après, — après, — tu pourras vivre ou mourir. Un tigre, dont tu as l’air parjois... ou quelque gladiateur plus fort que toi... aura raison de ton orgueil... Mais, auparavant, je t’aurai eu, mon cher!...
Non, Impératrice! Contre ma volonté absolue, contre mon inertie en face de ton obscène domination sur le monde.
rien ne prévaudra.
L'IMPÉRATRICE NUE