‹ L'orgie latineChapitre 36 sur 74 · R 1. — VERSETS DU LYS · texte numérisé non relu

R 1. — VERSETS DU LYS

1. Les esclaves noires sont venues à la prison creusée sous la porte Capènc. Et elles ont montré au gardien une < tessera i d'ivoire, où un ordre était gravé :

2. i Donne-nous Filiola, la petite servante, afin que nous l’emmenions devant Messaline, la magnifique divinité, suivant qu’il nous a été commandé, i

3. Et les esclaves noires dirent à la Vierge en tunique blanche, dont les ÿcuk — au fond de la souterraine prison, — s’étaient déshabitués de la lumière : 1 Voici que notre Impératrice a voulu qu’on délie tes mains et tes jambes. Car tu es destinée à de plus douces étreintes. »

4. Or, frissonnante, la Vierge se laissa entraîner. On ta porta, dans une litière, jusqu’au palais des Césars, sur le Mont Palatin.

5. Et Messaline a tressailt' de joie, en la voyant craintive devant

die et tremblante, les mains jointes, les ^eux levés vers te del, poyr une imploration suprême.

6. Des vieillards et des jeunes hommes, derrière l'Augusta, plaisantaient, en dévisageant la Vierge. L’Impératrice désigna, de sa droite. Filiola : * N’est-ce pas, dit-elle, un don impérial, que je veux faire à mes fidèles ? î

7. Elle appela l’Archonte et dit au vieillard dont tes ym* concupiscents, sous le front ridé et le crâne luisant, fulguraient d’ignobles désirs:

< Tu es le plus vénérable, Melkios; c’est toi qui, le premier, respireras son parfum ! Prends-la î Elle est à toi, d’abord.

8. Puis à tous mes amis qui sont les tiens. Je veux que tous aient leur tour et que chacun ait sa part de cette virginité. >

9. Et les Augustans crièrent : c Evohé î Vivat Augusta perennis, Diva ] >

10. Alors, l’Archonte emmena la vierge, évanouie, dans sa lectica, portée par vingt Nubiens aux têtes -enturbannées de pourpre.

11. Le soir, ils étaient trente, trois par trois, sur des lits autour des tables d’un festin magnifique. Dans V fond, un lit de repos, immense, était dressé, drapé d'étoffes extraordinaires.

12. L’Archonte voulut que la petite captive — à la grâce frêle visible à travers les voiles de Cos dont on l’avait vêtue comme une femme de plaisir ou d’art, chanteuse, courtisane, danseuse, — vint et se tint contre son vieux corps, pendant l’orgie.

13. Il força la Vierge à boire des vins capiteux, la faisant tenir pour lui ingurgiter les vins précieux et l’obliger à l’ivresse. Et les hommes riaient. Des patriciennes divorcées et deux célèbres professionnelles de

joie applaudirent.

14. A présent, Filiola, nue, son corps blanc inanimé, gît sur des coussins, au centre de la salle, parmi des pétales de roses effeuillées.

15. Tous — et toutes, — après les vains efforts du vieillard sadique, pour polluer, le pnmier, selon le caprice de Messaline, la blancke fleur-femme, - tous et toutes l’ont viole < Evanouie, elle reste inerte, brisée jusqu’à laisser croire qu’elle est morte.

16. Des lèvres d’hommes et de femmes ont brûlé la chair glacée, la

LES MARTYRS

chair intime de Filiola, blessée et maculée toute la nuit. Des mâles, brutalement, déchirèrent sa jeune virginité, chacun davantage, et, sans pitié, la meurtrirent, 1

17. parmi les rires, et, de-ci, de-là, les chatteries des femmes.

18. Et lorsque, pâle d’une pâleur de mort, la blanche petite servante fut reportée dans le souterrain où elle devait attendre l’heure de mourir, délivrée, elle était semblable, toute pareille, à U coupe d’un grand lys qui, de toutes parts, déborderait de stupre.

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