‹ L'orgie latineChapitre 40 sur 74 · X VI. - LE MIRACLE · texte numérisé non relu

X VI. - LE MIRACLE

LÀ VU DES SAINTS, dans les pages consacrées â Saint-Macris, raconte ainsi le miracle arrivé durant la nuit qui suivit le martyre de Filiola; et l'auteur de ce livre ne fait que transcrire U légende relatée par un pieux hagiographe :

Macris était resté dans la prison creusée sous les remparts, auprès de la porte Capène. Les gardes prétoriens et les valets du cirque ne l’avaient point emmené en même temps que Sépéos et Filiola.

Us ne le prirent pas davantage au nombre des captifs qui devaient être livrés aux bêtes, à la fin du spectacle, - soit qu’il ait été oublié dans la prison, soit que le nombre désigné ne comportât point son départ.

Tout le jour précédent - comme les malheureux devinaient l’heure venue, entendant les allées et Venues des soldats et les rugissements plus proches des animaux féroces que les bestiaires menaient du vivarium aux vomitoires des fauves sur l’arène - Macris avait catéchisé les condamnés.

11 demeura seul et déçu. Même il avoua, plus tard, s’être tour-

mente : t Pourquoi, se disait-il, mon maître m’épargne-t-il? Serait-ce pour châtier mon orgueil et parce que je me croyais digne de souffrir la mort, pour la gloire de son nom ? »

liais il se repentit de sa présomption, en demanda pardon au Christ et s’endormit d’un profond sommeil, après avoir prié.

Soudain une voix le tira de son sommeil, en l’appelant par son nom :

Maoris! Macrisl Jésus m’envoie, vers toi, pour te conduire hors de cette geôle, c*r Dieu a fondé sur toi de grands desseins.

— Seigneur î Seigneur î Serait-ce Vous-même ? L* lampe s’est éteinte, mais je crois reconnaître la voix céleste dont parlent Pierre et Paul de Tarse, qui eurent le bonheur de Vous connaître avant votre serviteur.

— Lève-toi, dit le messager de Dieu, et suis-moi.

— Seigneur, les gardiens m*ont mis aux chevilles des chaînes dont le bout est scellé dans la muraille, et mes mains sont liées aussi avec des chaînes de fer. Comment pourrais-je me tenir debout et marcher? Qui donc ouvrira les portes ?

— N’as-tu plus de foi, toi qui as confessé ta croyance au milieu des supplices? Lève-toi, te dis-je, et suis-moi. *

Macris, ne voyant personne ni rien, se dressa sur ses pieds meurtris et il s’aperçut que ses chevilles étaient libres, qu’aucune chaîne ne le retenait plus. En même temps, celles qui tenaient liées ensemble ses mains, tombèrent. U loua le nom de Dieu, qui permettait ces prodiges, en faveur des siens.

Il commença de distinguer une ombre lumineuse, de forme humaine, dont l’auréole le guidait. — La porte du cachot était ouverte. Dans la salle des gardiens, tous dormaient d’un profond sommeil. Plusieurs manquaient qui, après le cirque, étaient allés fêter les calendes, avec le denier de vin et d’huile, et le blé de la distribution du matin.

Macris et l’Inconnu traversèrent un atrium vide, puis trouvèrent le janitor endormi dans sa logette. Et la dernière porte s’ouvrit, sans que Macris sut comment, par quel pouvoir, les lourds verrous et les cadenas avaient été défaits.

Mais il ne douta point que ce fût un miracle du Christ.

Dehors, l’ombre fut opaque et comme faite de nuages. Mais l’Être

LES MARTYRS

lui dit : i Regagne ta maison du Transtévère et nul ne t’inquiétera, car ton heure n’est pas encore Venue. Bénis le Christ et dis à tes frères comment il t'a sauvé des mains des bourreau* et des griffes des bêtes féroces, i .

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