‹ L'orgue de Jean-Sébastien BachChapitre 38 sur 61 · EP · texte numérisé non relu

EP

Gia trafit-to ha il mesto

Ul ..7i 6

se

no

chi soc - cor - so, o

ciel mi da ?

Ej^|g " s^-El

Dans la 2e «Sonate à Programme» de Kuhnau (1700) on doit voir, dans ce motif, peser la mélancolie de Saûl l :

-^f^r-rr

SrftF* fr

1 Rappelons que, à l'imitation de ces mêmes sonates, Bach, composant le Lamento du Capriccio sopra la lontanan^a del suo Fratello dilettissimo (1704), emploie ce motif en basso quasi ostinato, et que, dans la cantate de Pâques de la même année, il fait pleurer l'alto sur ce même thème.

Purcell1, dans YaOrpheus ôrttanmcus» (London 1706), nous en donne plusieurs exemples. Entre autres (Book I, p. 171 : O, o let me weep! — O laissez-moi pleurer ! — )

<lteâ0£U±

7Zh

Et (Book I, p. 206: Hère the Deities approve).

mm

^^^mm

Nous le répétons, c'est bien en réminiscence des « Fiori musicali », avec intention, que Bach, ici, met en usage une formule qui lui était, du

1 Son compatriote J. Bull (mort à Anvers en 1628) avait déjà écrit sur ce motif une série de variations. (Cfr. A gênerai History of Music of Charles Burney. London, 1789, p. n5.)

reste, si familière : c'est par des détails de ce genre que Ton arrive à prendre possession d'un style qu'on veut imiter. Bach, pour cela, n'oublie pas qu'il écrit à près d'un siècle d'intervalle ; c'est, si l'on veut, le tableau d'un primitif repeint par un artiste moderne qui saurait en redresser la perspective, mais lui conserverait tout son charme archaïque, ajoutant même à ce qu'il peut avoir d'aimable. Ainsi, dans la canzone, cette progression du soprano (à partir de la mesure 48), qui monte comme un chant des violons, puis s'infléchit dans une ligne gracieusement arrondie , opposition expressive , toute de tendresse, à la raideur austère du rythme scolastique sur lequel, en un contrepoint suranné, le contre-sujet poursuit en même temps sa marche alourdie.

Voilà qui est vraiment « cantable»1, comme le disait Bach, qui ne craignait pas d'inventer des mots français : la seconde partie de la canzone qui suit cette marche délicate est écrite en

1 C'est le terme que Bach emploie dans la préface de ses alnventionen und Sinfonien», rédigées en 1723 pour que, par leur étude, les élèves «obtiennent un jeu cantable».

-p suivant la règle établie, plus abstraite, et non sans longueurs.

Si toute la grâce, le tour mélodique des aCanzone» de Frescobaldi sont passés dans cette œuvre, un «Alla brève»1 en ré majeur nous rappelle plutôt le travail serré, le mouvement continu des Ricercare, avec quelques réminiscences d'une pièce que Pachelbel écrivit dans le même ton et sous le même titre2.

La Passacagh'a3 nous est un autre exemple de Fhabileté judicieuse que Bach apporte désormais dans ses imitations; il se sent maintenant audessus de ses modèles et donne à ses pastiches la valeur d'un commentaire critique. Cette fois, il nous ramène à Buxtehude.

Dans les œuvres de ce dernier se trouvent plusieurs pièces du même genre, Passacailles ou Chacones, écrites sur un ostinato, qui n'est pas forcément maintenu à la basse sous sa forme primitive, pouvant passer aux tons relatifs ou s'annoncer aux autres parties.

La gravité de la Passacaille de Bach (il écrit

Page 1