C. f. Rûch-Positiv
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Les chorals de Y Orgelbûchlein avaient été réunis par Bach dans un but d'instruction, comme nous l'avons vu. On ne peut savoir s'il eut l'intention de les publier, non plus que les 18 préludes l de chorals, — 16 autographes et 2 de la main d'Altnikol, — dont le manuscrit est conservé à Berlin. Du moins ceux-ci seraientils plutôt destinés à un usage personnel qu'à servir d'exercices à des élèves.
Dans ce recueil se présente une forme d'arrangement du choral que nous n'avons pas rencontrée dans Y Orgelbûchlein: le trio 2. D'un motif tiré de la mélodie du choral, Bach forme un thème, qu'il développe à trois parties dans le style des
1 P. VI et VII. — B.-G. XXV (2* vol., 3e partie).
2 Par exemple sur les mélodies de : « Allein Gott in der Hôh' sei Ehre» (plusieurs variantes) — «Nun komm der Heiden Heiland » — - « Herr Jesu Christ, dich uns zu wend ».
sonates, à deux claviers et pédale : des fragments du canto fermo repassent en ces arabesques, soit que les claviers manuels se les renvoient, parfois en écho, soit que la pédale s'en empare à la fin, reconstituant le choral en entier, conclusion solennelle. Ce que Bach appelle « Fantasia » ' est d'une contexture analogue ; la différence consiste en ceci que les parties sont plus nombreuses et nJont plus un dessin aussi strictement continu.
Une fusion du style de Pachelbel avec le style des organistes du Nord, atténué cependant, donne un nouveau type ; la mélodie est ornée, il est vrai, mais très discrètement, et les phrases qui la composent, exposées séparément, sont, chacune, précédées d'un contrepoint quila reflète. Le choral « An Wasserflussen Babylon » (super, flumina Babylonis)2, par exemple, est ainsi
1 « Nun komm der Heiden Heiland ».
2 II existe plusieurs arrangements de Bach pour ce cho raf; nous devons citer, en particulier, celui qu'il fit avec double pédale, sur les mêmes basses que celui-ci. 11 dut être composé pour le voyage à Hambourg (en 1720), où Bach arracha au vieux Reinken l'aveu d'une admiration qu'il était loin de prodiguer, par ses improvisations sur ce thème. Reinken avait aussi fait un prélude sur
écrit. Le cantus firmus se tient au ténor, à peine varié, soutenu d'une riche polyphonie, imitations curieuses de ces divers motifs.
D'une même composition, en de plus poétiques intentions, est le prélude au choral «Schmucke dich, o liebe Seele»,
« Schmucke dich, o liebe Seele ! » orne-toi, ô chère âme, que tu sois pleine de vertu pour plaire à Dieu, mais que, étant très pure, ta vertu te soit toute facile et légère ! que tu sois pleine de grâce, que ta vertu soit une chose très belle : tu n'as, sans doute, jamais péché, et ce n'est pas du repentir qu'il s'agit... Cela évoquerait quel-
« super flumina ». Il est intéressant de comparer la profusion d'ornements dont il rend la mélodie méconnaissable, avec le dessin élégant que Bach lui communique. Voici comment Reinken en dénature le commencement :
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Avec une Toccata et un autre prélude de choral, cet arrangement est tout ce qui nous reste de cet organiste.
que tristesse, et nulle tristesse ne respire ici ; tu es déjà bien noble, et c'est de t'ennoblir qu'il est besoin; très limpide, deviens plus limpide : encore que loin de la terre, monte maintenant vers les cieux... Sublime, il faut que tu te fasses divine!... Quêta vertu soit une chose très belle !
« Schmùcke dich, o liebe Seeleî» orne -toi, ô chère âme! Et Jean-Sébastien prend une phrase du très calme et trop austère choral : cette bure un peu sévère, il la pare sous des ornements simples et suaves comme des lis qui vivraient sur un autel uniforme et nu... et c'est ainsi qu'un prêtre habile et saint dit des paroles qui charment en sanctifiant, et que ses mains ne restent pas croisées sur sa poitrine, mais que son geste monte vers Dieu, à peine attristé d'un éloignement qui bientôt cessera... la vertu est une chose joyeuse !
«Schmûcke dich, o liebe Seele!» orne-toi, ô chère âme ! Et voici que, tout à coup, sur un très lointain clavier, le cantique calme et moins austère se fait entendre : ces voix vont-elles vers Dieu, ou si c'est du ciel qu'elles appellent? est-ce une prière qui monte, ou la rosée d'une grâce qui pleut doucement?... Et les ornements suaves
d'une simple mélodie vivent ainsi que des lis et ne respirent nulle tristesse, car la vertu est
belle et joyeuse « Schmùcke dich, o liebe
Seele ! » orne-toi, ô chère âme !
Bach fit un dimanche ce choral comme un homme pieux trouve en son cœur une belle et enfantine prière, parce que le ciel est très pur ce jour-là et que son âme est toute candide l.
A la fin de ce recueil sont les « Variations en forme de canon» sur le chant de Noël : « Vom
1 Schumann disait, au sujet de ce prélude, dont luimême fut influencé dans certaines compositions (Cologne) : « Tu jouas, Félix Meritis (Mendelssohn)
le prélude d'un de ses chorals variés : « Orne-toi, ô mon âme», disait le texte; la mélodie semblait entrelacée de guirlandes d'or, et l'œuvre respirait une telle félicité que tu me fis cet aveu : a La vie m'aurait-elle arraché toute foi, toute espérance, que ce simple choral me les rendrait de nouveau». Je me tus, puis, presque inconsciemment, je me retrouvai au cimetière, et je ressentis une douleur poignante de ne pouvoir couvrir de fleurs la tombe du grand Bach ». (Écrits, ier vol., p. 219). Mendelssohn avait joué ce choral à un concert donné à l'église Saint-Thomas, pour subvenir à l'érection d'un monument au souvenir de J. S. Bach.
La mélodie de ce choral se trouve dans les livres de cantiques depuis 1649.
Himmel hoch da komm ich her»1. Les combinaisons où Bach entraîne le thème de ce choral, déjà souvent traité par lui, peuvent effrayer un contrapontiste : nous ne voulons y voir que cette richesse mélodique originale, souvent touchante, dont se cache un travail aussi ardu, aux entreprises invraisemblables. Fatigué d'en suivre le dédale, impuissant à en dénouer le lacis inextricable, l'esprit se rattache à ces fils ténus, encore qu'indéfinis, musiques tantôt surhumaines, en des froissements d'ailes invisibles qui se replient ou, soyeusement, se frôlent, d'un choc, glissement plutôt qui n'évoquerait pas tel son, mais en laisserait inventer l'auréole d'harmoniques ; ou bien écho, où l'on croit se répercuter, par lambeaux d'aperception, la chanson que prient les voix des âmes, — les blanches âmes des simples, — ces voix aux accords de paix, étrangement soutenus , ou si doucement obsédants, que des saints entendirent, par des extases, que l'on pensa deviner en rêve, chanson murmurée à l'Enfant que les astres ont révélé et que berce
1 Einige kanonische Verânderungen ûber das Weinachtslied : « Vom Himmel hoch da komm ich her ».
Pincommensurable balancement du concert universel émané de Dieu1.
La troisième partie de la Clavierùbung contient 21 arrangements de chorals2. Les «Chants du catéchisme» et le cantique de confession en fournissent 12, chaque mélodie deux fois traitée avec pédale ou sans pédale. Ces chorals se rapportent à des types déterminés : il est inutile de le rappeler pour chacun d'eux, laissant au lecteur le soin d'un tel classement. Quelques-uns cependant méritent une mention : le «Vater unser im Himmelreich », traité en canon, pour ses di-
1 Ces variations ont été publiées à part ; Bach les fit graver, vers 1746, chez Balthasar Schmidt, à Nuremberg, afin de les présenter à l'épreuve d'admission que la Société des «sciences musicales», fondée par Mizler en 1738, imposait à chacun de ses membres. Bach y fut reçu en 1747. Il avait dû les composer, cependant, quelques années auparavant. Le manuscrit et l'édition gravée présentent, en effet, de nombreuses différences de rédaction.
2 P. VI et VII. — B.-G. III.
mensions étendues, sa plénitude harmonique; le « Aus tiefer Noth » (De profundis), à six parties avec une double pédale, présentant ceci de particulier qu'elle semble écrite pour deux claviers de pédale d'intensité différente, la mélodie devant dominer par son éclat, criée, au milieu du chaos symbolique de cette polyphonie gigantesque.
Nous ne reviendrons plus sur cette faculté qu'avait Bach de traduire en musique les paroles des chorals dans leur sens même le plus caché ou leur signification pittoresque la mieux définie. « Ein' feste Burg ist unser Gott»1, c'est un rempart que notre Dieu, chante Luther, et Bach en affirme le solide appareil en asseyant la mélodie sur les basses de l'orgue les plus profondes, mais cette fermeté ne se témoigne qu'après une attaque déjà donnée, les contrepoints s'étant, tout d'abord, livré un combat sous ses murs. C'est le même procédé que dans la cantate de la « Réformation » (duetto) : « Und wenn die Welt voll Teufel wâr' », et si le monde était rempli de démons, dit le cantique de Luther, « aussitôt