‹ L'orgue de Jean-Sébastien BachChapitre 46 sur 61 · P. VI · texte numérisé non relu

P. VI

des figures infernales, sorties de profondeurs inconnues, s'élancent à l'assaut de la noble mélodie du choral»1. Mais de tels moyens, intéressants dans le prélude pour orgue, y sont mieux à leur place, appartenant plutôt au style instrumental : dans la cantate, ces contrepoints sont confiés à une voix de basse ; tout en essoufflant le chanteur, ils communiquent à l'auditoire une anxiété fatigante: «Sans doute, dit M. Ed. Hanslick, Bach obéit à une belle pensée symbolique en laissant le choral calme et inébranlable à une voix, tandis que l'autre, en un dessin recherché, rampe autour; mais tout ce qui a une signification symbolique n'est pas beau par cela même. »

On sait que la dernière œuvre de Bach fut un prélude de choral, qu'il dicta, sur son lit de mort, à son gendre Altnikol, sur la mélodie de: «Wenn wir in hôchsten Nôthen sein », ou «Vor deinen Thron trete ich» 2, et qu'on réunit aux planches, malheureusement perdues, de «l'Art de la Fugue », que Bach préparait à cette époque.

1 Cart. Un maître deux fois centenaire.

2 « Quand nous sommes en extrême péril », ou o Je m'avance près de ton trône ». P. VII, 58. — B.-G. XXV.

«Pour remplacer la partie inachevée de la dernière fugue, l'ouvrage a, comme supplément, un choral à quatre parties : «Wenn wir in hôchsten Nôthen sein », que Bach dicta quelques jours avant sa mort à son gendre Altnikol. Je ne dirai rien de l'art qu'il a déployé dans ce choral, car cette science profonde de la musique était si familière à l'auteur qu'il la pouvait exercer même dans sa maladie; mais l'expression de pieuse résignation et de dévotion dont il déborde m'a toujours profondément ému, toutes les fois que je l'ai joué; aussi ne pourrais-je dire laquelle des des deux choses je préférerais voir manquer, ou ce choral ou la fin de la fugue *. »

Le texte de ce choral était, du reste, singulièrement approprié à l'état où se trouvait Bach lorsqu'il le composa, soit qu'il se plaignît des affres de la mort, soit qu'il se déclarât prêt à paraître devant le trône de ce Dieu dont il invoquait l'aide en tête de ses compositions2.

1 Forkel, traduction F. Grenier, p. 235.

2 II inscrivait, au commencement de ses compositions, les initiales : J. J. (Jesu Juva) ou S. D. G. (Soli Deo gloria).

Nous devons, pour compléter cette étude, signaler

l3o L'ORGUE DE JEAN-SÉBASTIEN BACH

On a appelé ce choral le « Chant du Cygne ».

les accompagnements de chorals que fit Bach pour soutenir le chant de la communauté, empruntés à un manuscrit de Kittel (P. V, Appendice. Nos i, 3, 6, 7 et dernier) et à une copie de Forkel (P. VI, 26).

Ils sont tout différents de ceux qu'il faisait, en 1706, à son retour de Lubeck, et dont la paroisse d'Arnstadt, embrouillée (confondiret) dans ses fioritures, fut si fort scandalisée.

Page 1