Ep. l\, ad Agricum
On a fait état d'une poésie de Fortunat de Poitiers pour prétendre que la cathédrale de Paris avait, au vr siècle, un orgue : la méprise est par trop grosse. Le correspondant de l'évêque saint Germain loue en efifet l'organisation du chant dans cette église, en donnant une description imagée des voix, qu'il assimile aux instruments les plus variés :
« La foule... tisse une lyrique modulation sur les cordes du psaltérion (le psautier), en conduisant avec amour le chant divisé en versets. Ici l'enfant fait résonner les tuyaux des plusaigusdes or^wes ; là, le vieillard fait sortir de sa bouche comme le son d'une large trompette ; les voix se mêlent comme les cymbales et les pipeaux aigus, et la flûte résonne doucement dans des modes divers. Les rauques ^;^wjt7anow5 des vieillards se mêlent à la tibia enfantine, et le chant des paroles forme comme une Ifi'e humaine ^ »
De là, à prétendre que l'église de Paris entretenaitalors unorchestre, il y a loin ! Mais c'est, en tout cas, le dernier texte où, dans les Gaules, figure la mention de l'orgue, et encore ! dans une fantaisie de littérateur.
Cependant, dans son récit d'un voyage sur la Moselle, le même auteurdit : Vocihus excussis pulsaba7it organa montes, mais le texte amphibologique ne permet pas de se rendre compte si l'auteur parle d'orgues ou bien d'instruments en général, car il cite les chalumeaux et des cordes.
Et, dans tout l'Occident même, si Cassiodore * et saint Grégoire le Grand ^ parlent de l'orgue, à eau ou à soufflets, en gens qui le connaissent, Isidore de Séville, vers 63o, semble ne plus le mentionner que par ouï-dire *. Seules, Constantinople et les villes de l'empire byzantin allaient conserver, pendant quelques siècles, le secret delà facture et de la conservation des orgues.
1. Voir mon Histoire du chant liturgique dans l'église de Paris, I, p. 5 à H ; Paris, Poussielgue, 1904.