AU MOYEN AGE
UOrgue en France au moyen âge
La cinquième année du règne de Pépin le Bref, en ySy, après plus d'un siècle d'oubli, « l'Orgue arriva en France, pejiit oj^gamnn in Francia » ; ainsi s'expriment, en apparence naïvement, les auteurs des diverses annales ^ de l'empire carolingien, mentionnant le fait comme d'importance. C'est qu'aussi bien, c'en était un ; l'Orgue — le seul que connussent ces annalistes — comptait au nombre des présents de valeur envoyés à Pépin par l'empereur byzantin, Constantin Copronyme.
On commençait, en effet, dans la France d'alors, à parler de ce genre d'instrument, et des merveilles qu'on racontait sur lui en Orient, où la tradition s'en était conservée, où d'ingénieux chercheurs imaginaient de nouvelles machines sonores, comme ce Maurostos, dont on a récem.ment découvert les descriptions, et qui, sur l'ordre de l'empereur, travailla précisément pour le roi des Francs (voir plus loin).
D'autre part, les maîtres venus de la Schola cantorum de Rome, à l'exemple du « secondicier » Siméon, à partir de l'an 734, avaient fait connaître à nos chantres l'art d'exécuter diverses mélodies grégoriennes à deux voix 2, ce qu'on appelait aussi, à l'imitation de ce qui se pratiquait sur l'instrument de musique : organum '^. On ne sait pas à quelle époque remontait cet usage, qui était appliqué surtout aux antiennes et à certains versets ; était-ce un héritage de l'antiquité ? Était-ce une innovation? Un vieil auteur \ souvent fantaisiste, égaré par un texte mal compris, a imaginé que le pape Vitalien (635-672) aurait introduit Tusage de Vorganum ^ dans l'église : la chose est peut-être vraie, bien que le texte original n'en dise rien ^\ et ce genre d'exécution aurait été le propre de certains chanteurs romains nommés intaliani. Cela, en tout
1. Ces annales sont publiées dans le tome V du Recueil des Historiens delà France et dans les tomes I et II des Monumenta Germaniœ historica ; Scriptores.