Lib. 11, c. vil, dans les mêmes collections
4. Adduxerunt etiam idem missi omne genus organormn, sed et vciriarum rerum secum, quae cuncta ab opificibus sagacissimi Karoli quasi dissimuîanter aspecta^ accurratissime sunt in opus conversa. Et praecipue illiid musicorum organum praestantissimum, quod, doliis ex aère conJJalis foUibusque taurinis, per fistulas aereas mire per/lantibus, ritgitum quidem tonitrui boatu, garrulitatem vero Ij'rae, vel cym' bali dulcedinem coequabat. Quod ubi positum /tient, quamdiii duraverit, et quomodo inter alia rei publicac dampna perierit, non est hujus loci vel temporis cnarrare.
C'est cependant ce texte où l'on a vu que les ouvriers de Charlemagne avaient construit un orgue à l'imitation de celui-là, qu'il avait des tuyaux de plomb et de cuivre, etc. !
en œuvre [c'est-à-dire «c remonté »], et particulièrement ce très remarquable orgue musical qui, sur des coffres arrondis que des soufflets de peau de taureau remplissaient d'air, égalait, par des tuyaux d'airain sonnant d'admirable manière, le grondement du tonnerre, la ténuité de la lyre, ou la douceur du cymbalum. Quant à ce qui concerne l'endroit oii il fut placé, combien de temps il dura, et comment il périt entre autres choses appartenant à l'État, ce n'est pas le lieu ni le temps de le raconter. »
Que cet orgue ait été celui de Compiègne, ou un autre placé à Aix, il n'en est pas moins vrai que ses timbres étaient variés. Il semble bien que la distinction est assez nettement marquée par cette description entre un jeu d'anches, un jeu de fonds sans doute de menue taille comme nos gambes, et une « cymbale », dont nous allons plus loin citer d'autres exemples, montrant l'emploi traditionnel des jeux de mutation, déjà constatés dans l'orgue antique.
En dépit des affirmations de certains auteurs, les annales relatant dans le détail ^ les règnes de Pépin et de Charlemagne ne citent pas d'autre orgue ; celui-ci dut disparaître rapidement, dans des conditions que le moine de Saint-Gall, lui, familier de Tempereur Charles le Chauve, savait, mais sur lesquelles, on le voit, il n'a garde de s'étendre. On ne parle d'aucun orgue préexistant lorsque, en 826, le palais - d'Aix-la-Chapelle s'enrichit d'un nouvel instrument, une hydraule cette fois, dont la construction est due à un certain prêtre vénitien, du nom de Georges, « homme de bonne vie, qui avait promis de construire un orgue à la manière des Grecs ». Ce facteur avait été présenté à Louis le Débonnaire, par Baudry, comte du Frioul ; l'empereur le reçut avec bienveillance, et donna les ordres nécessaires pour que choses et gens fussent mis à sa complète disposition ^. Georges réussit dans son entreprise, et c'est à son œuvre que s'appliquent les curieuses apostrophes d'Ernold Nigellus et de Walafrid Strabon*. Ces
1. Ainsi, dans les très curieux passages qui regardent les échanges d'ambassades et de présents entre Charlemagne et Haroun-al-Raschid (que nos chroniques nomment Aaron-Amir el Moumim). On y voit, entre autres choses, que le roi des Francs avait le plus vif désir de posséder un éléphant, dont la demande, l'expédition, l'arrivée et plus tard la mort sont soigneusement notées, entre deux traités de paix ou d'autres importantes affaires (l'éléphant — le seul, comme l'orgue — mourut en 810). Les présents de Haroun comportaient des objets divers, produits de l'industrie orientale, les clefs de la basilique du Saint-Sépulcre, une horloge sonnant, ce qui ne s'était jamais vu, etc. ; il n'y est nulle part question d'orgue ou d'autre instrument de musique.