‹ L'orgue en FranceChapitre 22 sur 49 · Même ouvrage, p · texte numérisé non relu

Même ouvrage, p

2. On trouve un dispositif analogue dans les orgues italiennes, par exemple un orgue construit au xv siècle pour une église de Lucques comptait pareillement cinq « registres » : tenore (principal de 8 pieds), oltava, quintadecima, vigesima seconda, Jlauti. (Voir ^erici, Storia délia Musica in Lucca, p. i3i-i32.)

3. Même ms., fo I23:« Huic tergali positivo communis omnium canonicorum tçnçt 3'sertio simile dulçedine sub sole irreperabile d.

posait de deux petits principaux d'étain commençant au fa de la clef de /h, renforcés de quelques fournitures. C'est la première fois où apparaissent les tuyaux détain dans la construction d'un orgue ; les fournitures de ce même positif étaient de plomb. Une note additionnelle du même manuscrit, écrite à dessein en cryptographie que j'ai pu déchiffrer, conseille, pour obtenir de bons tuyaux, de mélanger à l'étain en fusion une proportion de plomb d'un tiers, et trois onces (?) de mercure pour deux livres d'étain en agitant le mélange avec un bâton ferré « pendant le temps d'un Miserere ». On peut aussi ajouter une petite quantité d'autres ingrédients que je n'ai pu identifier i, mais il faut « se garder de la fumée du mercure, qui est vénéneuse ».

Toutefois, il n'est pas encore dit que l'on savait faire parler le positii par un abrégé communiquant au grand orgue. Un organiste seul ne pouvait donc que jouer l'un et l'autre alternativement, en se retournant successivement, puisqu'il tournait le dos au positif.

Les claviers et les jeux s'enrichissaient peu à peu des degrés chromatiques. Déjà, vers l'an 1200, Pérotin, à Notre-Dame de Paris, emploie le si^, le do dièse et le fa dièse ; à la fin du xni^ siècle, les claviers pouvaient avoir au moins deux octaves complètement chromatiques, et Philippe de Vitry les mentionne, comme tels, pour la première fois, dans son remarquable traité de musique -. Leur étendue s'amplifiait aussi. Tandis que les orgues du xii^ siècle n'avaient encore que les vingt touches traditionnelles, de deux octaves semi-diatoniques, semichromatiques, partant de Vut ^ , le jeu de chalumeau de Dijon possédait trois octaves diatoniques, le positif trois octaves chromatiques, le grand orgue quatre octaves chromatiques, moins un degré. D'autres calculs pour la disposition des fournitures, qui datent du xiv^ siècle et du début du xv^ tels que ceux faits par Salinis, compositeur de talent (on trouve des compositions polyphoniques de Salinis, pour voix et instruments, entre autres dans le fameux ms. de Chantilly), s'appliquent soit à des orgues comprenant environ trois octaves dont au moins deux complètement chromatiques, avec, au grave et à l'aigu, deux demi-octaves incomplètes, soit même à des instruments atteignant déjà quatre octaves.

Les petits portatifs à bras continuaient d'être en grande faveur, mais on construisait aussi, sous le même nom de portatives, des petites orgues transportables, et que l'on pouvait placer sur une table, un support quelconque, ou qui elles-mêmes comprenaient tout un corps. Le fait de les poser où on le désirait leur avait valu aussi le nom dQ positives, passé rapidement, on l'a vu plus haut, dans le langage courant, puisqu'un grand orgue pouvait, dès la fin du xni^ siècle, avoirprès de lui un positif. Des miniatures, des tapisseries, des peintures, du xiv*" siècle et du XV', nous renseignent fort bien sur la forme et la disposition de ces « orghanes portatives » ou « positives ». On voit clairement que

Page 1