‹ L'orgue en FranceChapitre 29 sur 49 · Abréviation douteuse et peu lisible · texte numérisé non relu

Abréviation douteuse et peu lisible

F°* 123 verso et 124, relevé minutieux des fournitures, touche par touche, du vieux positif, accompagné de la note ci-jointe :

Huic tergali positive communis omnium canonicorum tenet assertio, simile dulcedine sub sole irreperabile ; et eatenus diligentissime et ad unguem istic annotavi, nec inest quin istic annotatum reperies.

El nota quod anteriores principales sunt stannei, omnes vero auxiliares et posteriores coprincipales sunt plumbei : et sunt calami valde ponderosi, quasi in triplo spissioreres [sic] calamis stanneis lam parvi quam magni. Et nulla est in foraminibus pedum dyapason '. Divisio qua foratur c ^ [ut aigu] est ita magnum uti superius / [fa]. Et unius est latitudo, alius stricti ; alius altitudo, alius bassi ; nulla est penitus mensura. Et tamen approbatissimus est ab omnibus qui audierunt ; dicetur quod [totum (?)] de artificialiter composite.

Après le relevé des tuyaux :

Veraciter et sine defectu et sunt 195 calami.

F" 127 et 127 verso, relevé du poids des anches et des dimensions principales des tuyaux du jeu de chalumeau, assez curieusement dénommés calami deicustodientes. Le détail en figure au f° 184 verso.

F° i32 Verso: « Fournitures des vielles orgues de Nre-Dame de Dijon ». A la fin, « Somme toute : 768 » [tuyaux]. Puis, renvoi à un autre folio pour les soufflets.

F" 184 verso : « Isti sequentes calami sunt plumbi antiqui et pulverosi, operis Virginis gloriose in Divione ». Détails très minutieux sur les proportions des tuyaux.

F° i35, description des soufflets, curieusement mélangée de français et de latin :

La longeur des soufflés de Nrë Dame de Dijon : inter A et w, quinquies habite, et inter a txb '^.

La largeur entre A et y bis sumpta, et inter a et c addito.

Nota : que le cuyr qui circuit le sofflet au bout devant sur le museau retient une X petite pièce, que reflectitur super promucidem, autant que a et d, et autant d'aultres part.

La haulteur du museau devant, comprend la planche de dessoubz qu'est d'épesseur d'entre a et e, et la dessus pareillement est comme d'entre a et /. Et chascun soufflet a iij costés distants devant également, et la levée du darrier est entre /\ et w.

Item la largeur du cuyr de dessus le museau est d'entre A et g.

Et nota : que dessous les geus il y a autant de basaihne crue, et dessous ce y a basainne de toute la largeur du soufflet, reflectant en bas d'une partie et d'aultre en chascune d'ung poulx ; dessus laquelle basainne se réflecte ladfite] pièce procédant du cuyr que dit est, (respice supra sub signo x) ; et lad [ite] basainne entre lesd.[ites] deux pièces est chargée de semblable cuyr qui circuit led.[it] soufflet, [note en renvoi : ] laquelle pièce ou remplissement est de trois pièces sans cousture]. Et dessus le tout une aultre pièce de cuyr semblable, tout au large dud.[it] soufflet et passant en bas, d'autant que la planche dessous est espesse. | Soubz le bout duquelle sunt deux aultres boutz qui descendent jusques en bas, et fort clous

I- Diapason signifie, dans le langage des facteurs du xvo siècle, la proportion régulière entre les tuyaux, établie d'après les diapasons dont les traités donnent les schémas pour la taille et la longueur de chaque tuyau.

?. Ces signes et ces lettres se réfèrent à des échelles portées sur le manuscrit, et dont on peut déduire les dimensions que j'ai données page 45.

avec guyndes ; et les clos près l'ung de l'aultre aut.[ant] que entre a et ^i ; et entre deux en y a ung petit.

F° i3o bis, formule d'alliage (voir ci-dessus, § II, p. 36) ^.

Ad faciandum [solidam tubam] optimissimam. , . . . ,

rPrimo stanni] boni et puri libre ij.. [plumbi] puri libra j. Et hquefacies insimul Quou^que desuper color celestis vel lasurius iUa bene depingatur vel excumatur. Postea infandesS [... r] [mercurii] et misceas bene, per spacium umus miserere, cum bacillo vel ferro. Et si vis appone 3 B (?) stanni vel aliquantulum mirus (r) et de glaciali. Interea [cave a fumo mercurii] quia venenosus est.

Le manu«=crit original, qui est un traité de mécanique, d'astronomie et de facture d'instruments \ est dû à Henri Arnault, médecin-astrologue des ducs de Bourgogne, et dont une partie des observations faites ici sont datées de 1425 à i43o. D'après deux notes émanant de possesseurs de ce manuscrit, entre autres de Jean Le Franc, secrétaire du cardinal de Guise, Henri Arnault était né à « Zuvolis in Germania », et mourut en 1460 ou 1465 (cf. f° 1 et xx,) ; il fut enterré à Saint- Étienne de Dijon, dans la nef du milieu, devant la chapelle des fonts

baptismaux. . . , .

Les diverses notes additionnelles, telles celles que ] ai reproduites, ne sont pas toutes de sa main, et il semble que les premières lui aient ete envoyées par un correspondant, dont la missive a été intercalée entre deux pages du livre.

Au nombre des facteurs belges cités pp. 45 et 47. il f«"t 3)°"^^^ P^^'' '^ "" '^^ XIV. siècle, Jean Kyre, « maistre d'orgues » de Bruges, qui coristruisit un orgue nour Arra; à la demande du duc Charles le Bon ; l'orgue, fait de toutes pièces a Bruges fut' transporté « par forche de gens, tant par l'eauwe comme par terre de Bruges à Arras . Ccecilia, revue musicale pour les Pays-Bas, 18 ^6, p. 114 ; citée par Ritter, op. cit., p. 56.

1 Je mets entre crochets les mots écrits en cryptographie dans l'original.

2 Cette partie au moins du manuscrit mériterait les honneurs d'une reproduction intégrale y compris, bien entendu, les figures et schémas qu'il contient, des plus précieux pour la construction des orgues et d'autres instruments.

J'en ai présenté la description, et les photographies dues à mon ami F. t-corcheviUe (mort au champ d'honneur en 191 5), dans une séance de la Société Française de Musicologie ; voir Bulletin de cette Société, no 4, p. 195*197 (Pans, 1919)-

De la fin du XV^ siècle jusqu'à 1635

L'Orgue en France et son style

de la fin du XV' siècle jusquà 1635

L'orgue, avec ses fonds de 8, de 4, de 16 et même de 32 pieds ; ses mutations : quinte, octavîn ou doublette, fournitures et cymbales, était donc constitué au dernier quart du xV siècle. Un chalumeau puissant y constituait le seul jeu d*anche, ou une simple régale dans les orgue^ moins importantes.

Comme beaucoup d'instruments ne descendaient encore qu'au sol ou au fa, la dimension respective des jeux était, le plus fréquemment, 6 pieds pour le diapason ordinaire, et, à l'aigu, 3 pieds par conséquent, ou, au grave, 12 et 24 pieds. La dernière octave était donc incomplète : on n'y comptait guère, comme « feinte )),que le si bémol, mais souvent un tuyau supplémentaire donnait Vut grave ^

S'il est vrai que la presque totalité des orgues françaises n'avait encore qu'un seul clavier, cependant bon nombre d'entre elles étaient accompagnées, depuis le xiii'^ siècle, d'un positif séparé, et, depuis peu de temps, on savait construire deux et même trois claviers manuels superposés, et un clavier de pédale parlant en « tirasse » avec le grand clavier. Les accouplements, quoique d'un maniement difficile, puisqu'il fallait prendre les poignées d'un clavier pour l'accrocher à l'autre, pouvaient se faire du grand orgue au positif.

Pour le troisième clavier et les autres, quand tout à fait exceptionnellement on en ajouta, nous avons vu qu'il s'agissait soit d'un second positif, soit d'un jeu d'anche séparé. (Voir chapitre précédent.)

I. Si la facture française (comme aussi celtes des Pays-Bas, de l'Espagne et de l'Allemagne) connut de bonne heure d'intéressants développements, les factures italienne et anglaise restèrent longtemps fidèles à l'orgue ainsi constitué. Tels les instruments de cinq registres décrits dans les inventaires italiens du moyen âge (L. Nerici, Storia délia Miisica in Liicca, p. i25 et s., 141 à 143), tel à peu près cet orgue des environs de l'an i5oo conservé à Saint-Pierre de Rome, tels on construisit encore ces instruments jusqu'au xix« siècle : la plupart du temps un seul clavier, pas de pédalier ; très rarement un jeu de détail : flûte « solo » (de 4 pieds), cornet

Les facteurs vont s'ingénier, dès lors, à multiplier les timbres et les différences de qualité dans les jeux. Au début du xvi* siècle, apparaît le cornet^ — ainsi, à Saint-Pierre de Rome, — ce qui implique l'établissement d'une « tierce » pour donner la sonorité de ce jeu ^ En 1547, on dut déjà procéder au relevage des cornets de l'orgue de Sainte- Madeleine de Troyes, ce qui implique qu'ils existaient depuis un certain temps.

Dès i5i5, on signale un jeu de Jlageolet dans l'orgue que Pierre de Estrada dut faire pour l'église Saint-Vivien de Rouen-. Bientôt les jeux d'anche nouvellement découverts apparaissent: Érasme parle des orgues qui se font entendre dans les églises de Paris, avec sacqueboiite, trompette^ cornet, fifre 3, ce dernier étant l'équivalent du flageolet de Rouen.

On avait fini par observer, en effet, — nous ne connaissons pas l'auteur de cette découverte, et il est singulier que dix-sept cents ans eussent été nécessaires à cela, — on avait observé que les anches pouvaient fort bien parler au ton déterminé sans avoir besoin d'un tuyau sonore, pourvu qu'elles fussent proportionnées au son adonner. C'était le renversement d« ce qui constituait la fondation de l'orgue antique, comme de l'instrument d'orchestre d'où il émanait. Ici, l'anche donne surtout la qualité du timbre, le principal volume du son étant obtenu parle tuyau. Avec la nouvelle découverte, — qu'on ne pouvait d'ailleurs observer qu'au moyen d'une pression de vent comprimé plus forte, — l'anche '^ est à la fois la productrice du timbre et de la hauteur du son, le tuyau n'étant que l'amplificateur.

C'est là ce qui détermina l'invention des jeux de trompette, de sacqueboute qui en est la basse, de clairon qui en est l'octave, jeux où le tuyau n'est qu'un porte-voix ^.

ou voix humaine. J'ai cité déjà le curieux positif mobile de Sainte-Prisque (voir chapitre précédent, p. 43).

Le « grand-orgue » de Saint-Pierre ici mentionné compte simplement deux « principali», de 8 et de 16 pieds, une « ottava » (prestant), avec leurs fournitures sonnant en plein-jeu, et deux cornets : il fut construit sous Alexandre VI (1492-1503). [W.AXb. C2.men\, Appendice k Girolamo Frescobaldi in i?oma, Turin, 190», extrait de la Rivista Musicale Italiana.) A Saint-Jean-de-Latran, un orgue du xvi^ siècle a un principal de 24 pieds.

En Angleterre, les 16 pieds n'apparaissent presque jamais avant le xvni» siècle : encore les mentions qu'on en fait se réduisent-elles aux douze tuyaux les plus graves, comme en plein moyen âge (p. ex. : cathédrale d'Exeter, en i6ô5). Le troisième clavier n'est en usage guère qu'à la même époque, et encore fort rarement ; presque jamais de jeux de détail. Enfin, le pédalier, et encore par simple tirasse, n'y est employé pour la première fois qu'en 1790. (Voir l'article Organ dans le Dictionnaire de Grove.)

1. On sait que le cornet est un jeu de mutation composé au moyen d'un 16 pieds, d'un 8 pieds, d'un 4 pieds, d'un 2 p. 2/3, d'i pied et d'une tierce.

2. Pirro : Notice sur Le Bègue, dans les Archives des Maîtres de l'Orgue, en tête du volume des œuvres de Le Bègue, p. x, note.

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