Dans une lettre de janvier ibii
4. J'entends l'anche toute montée, ce qui est le vrai sens du mot, c'est-à-dire la portion de demi-tuyau sur laquelle vibre la languette, et non pas cette languette seule.
5. La trompette et \e posaune {■= trombone) sont cités dans la facture allemande dès i5i I, par Arnolt Schlick dans son Spiegel des Orgelmacher.
Au fur et à mesure que se développaient les jeux des grandes orgues, les régales disparaissaient peu à peu des inr.truments d'église, où on ne les rencontre plus que rarement. Il est assez remarquable qu'en i6?2, Titelouze, dans le devis qu'il établit pour le grand orgue de Saint- Godard de Rouen, préconise ce jeu au lieu de la voix humaine ^ : seraitce que déjà en ce temps-là les facteurs réussissaient rarement ce dernier jeu ?
La vieille régale restait néanmoins la base cju petit orgue domestique encore très en faveur au xvi^ siècle, mais l'amélioration précédente s'y remarquait. En effet, depuis les premières années du siècle, on la construisait sans tuyaux, ce qui constitua tout d'abord une étonnante nouveauté -. L'absence de tuyaux qui laissait ainsi les anches sur le même plan, comme dans nos modernes harmoniums, fit donner à ces instruments pour l'usage privé le nom d'orgue « en table » qu'ils conservèrent longtemps ^.
Des contrats et devis, récemment mis en lumière, soulignent la faveur donnée aux jeux nouveaux.
Parmi ces derniers documents, le marché qu'au milieu du siècle la fabrique de Saint-Etienne de Troyes passa avec un facteur (parisien, croyons-nous) est très caractéristique de la recherche et du choix des jeux nouveaux, que les cinquante années précédentes avaient imaginés. En i55o, on décide de changer les orgues •« d'où elles sont pour les placer vers la grande porte, [etl y faire plusieurs jeux nouveaux ». Ces jeux sont spécifiés, avec de très curieuses et, pour nous, fort instructives explications, dans le contrat, signé l'année suivante.
L'orgue était « au ton de six pieds » : son clavier commençait ainsi au /a; on y prévoit donc qu'il y aura une montre de six pieds,
garnie de tuyaux aussi gros que ceux de la montre de l'orgue de Sainte-Geneviève de Paris ; sur laquelle il y aura un Saint-Etienne se mouvant comme s'il estoit en vie !
Quant aux « jeux nouveaux », ou non, l'acte précise, avec quelque mélange dans l'ordre des espèces, mais en accord avec la lettre d'Erasme :
Ung plein jeu ■* de Jlûies à neuf trous ; ung de haubois , avec la sacqueboutte et le cornet sonnant comme quatre joueurs ; ung de voix humaines contrefaites ; ung de fifre ; ung de cymbales ; ung de doubles flûtes ; ung de doucine ; ung ressemblant à la voix d'un fausset ; ung de harpes ; ung chantant comme pèlerins qui vont à Saint-Jacques, avec une voix tremblant ; ung de fiffre d'Allemand sonnant comme
1. Voir Pirro, Notice sur Titelouze, i»' volume des Archives des Maîtres de l'Orgue,
p. XIV.
2. l,a première mention s'en rencontre dans le Journal (Diario) de Cuspiniano, à propos de l'entrevue entre le roi de Pologne et l'empereur en i5i5 (cité par Ritter, Geschichte des Orgelspiels, p. 83). Le petit orgue de Cabeçon précédemment cité, conservé à l'Escorial, appartient à ce genre.
3. Voir la réédition de VArt du facteur d'orgues, de Dom Bédos, supplémentée par Hame!, tome III, .:i 323 et s., et planches, où ce genre est encore décrit.
4. L'expression « plein jeu « veut dire ici un jeu complet, entier, par opposition au cornet, à la trompette, etc., qui longtemps ne furent construits au'en « dessus ». à partir du milieu du clavier.
en une bataille ; ung de musette *, sonnant comme ung berger estant aux champs ; une batterie de sonnettes, sept marches avec pédales ; une voix de rossignol ' se mouvant et battant des ailes comme s'il estoit en vie ; une trompette sonnant comme en une bataille avec le tabourin s.
Le reste, malheureusement, est illisible. Mais telle qu'elle est, cette liste est fort intéressante, puisqu'elle porte précisément presque exclusivement sur des variétés nouvelles, encore qu'il ne soit toujours pas possible de les identifier parfaitement, Mais on peut les classer toutefois ainsi :
Fonds : fliïte à neuf trous ; elle est indiquée par Mersenne comme flûte douce de i pied ; la flûte ordinaire étant de 4 pieds, la double flûte serait ainsi, poursuivre le langage de l'ancienne facture française, une flûte de 8 p. *,
he Jï/j^e est l'analogue du flageolet, jeu de flûte de deux pieds ; le /ift'e d'Allemand doit être le même jeu que l'on nomme un peu plus tard fliite allemande^ que l'on fait souvent en 2 pieds, bouchée, sonnant ainsi 4 pieds ; je pense que la harpe^ comme l'était le jeu de l'époque carolingienne où Ton croyait reconnaître le pincé de la lyre, devait être une sorte de viole ou viole de gambe ^.
Anches : trompette; sacqueboute, qui, étant le nom français ancien du trombone, doit désigner, ici et dans la lettre d'Érasme déjà citée, la « basse-trompette », la trompette d'orgue ne s'étant longtemps faite qu'en « dessus » ; hautbois ; musette ; voix humaines.
Mutation : cornet, on remarquera, à propos de ce jeu, la mention de sa force, spécifiée dans le marché de cet orgue de Troyes : « sonnant comme quatre joueurs » ; rossignol, mutation composée donnant ordinairement une « sesquialtera » dans les degrés aigus, ut, sol, mi.
J'ignore si la doucine est un jeu de fonds ou un jeu d'anches ; au xiv^ siècle et au xv% doucine et douçaine désignent à l'orchestre tantôt une flûte, tantôt une variété de hautbois, et on trouvera plus tard encore à l'étranger des dénominations similaires dans des jeux des deux espèces : dulciana, dulcan, etc. Pour le fausset, je ne voyais pas tout d'abord ce que pouvait être ce jeu : mais M. Raugel me communiqua fort aiinablement que le grand orgue de la cathédrale de Béziers, en 1623'', possédait au positif une j>oix de petits enfants, de quatre pieds. On peut l'assimiler au fausset de Troyes, c'est-à-dire à une voix humaine sonnant à l'octave.
N'insistons pas sur : la batterie de sonnettes, — le « Saint-Etienne
I. 2. Mersenne s'exprime donc d'une manière large, lorsque vers iG3o, il parle des orgues « dont on augmente encore tous les jours les inventions », comme « rossignol, musettes, haut-bois ». (Je cite plus loin ses ouvrages.)
3. Publié par l'abbé A. Prévost, op. cit. dans l'étude précédente, p. 100 et suivantes.
4. On ne saurait la confondre avec la doppel-ou duijlôtc allemande, qui est une « bifara * formée de tuyaux à deux bouches.
5. Ce jeu de vihuela existait au cours du xvi» siècle dans les orgues espagnoles.