Suétone, Sero, ch
figure de l'hydraule. L'inscription d'un de ces trophées porte autour de l'instrument l'exergue : Laurenti Nika, ce qui peut signifier soit : « Au lauréat : victoire » ou « Victoire de Laurent » (en supposant une crase du premier mot); dans ce dernier cas, nous aurions ainsi le nom d'un des premiers prix d'orgue de ce temps-là ^
Ainsi, il y avait déjà des concours d'orgue dans la Rome impériale, vers l'an 70 de notre ère ! Nous avons donc à rendre grâces à Néron, par qui l'orgue prit son premier lustre. Il eut des imitateurs : nous trouvons d'autres médaillons encore, du même genre, avec l'effigie de Trajan, ou celle de Caracalla 2, et (beaucoup plus tard il est vrai), avec celle d'un Valentinien (v" siècle).
Au III'' siècle, les empereurs Héliogabale et Alexandre Sévère illustrèrent encore l'orgue ^ ; le premier savait en moduler; le second, qui jouait volontiers de la cithare etde la « tibia », aimait aussi àsonner de la tuba accompagné par l'orgue ^. Le bas-relief d'Alexandrie pourrait servir à commenter ce texte, ou, mieux encore peut-être, la mosaïque gallo-romaine de Nennig^, à peu près du temps d'Alexandre Sévère, où un organiste, derrière un instrument à une vingtaine de tuyaux de façade, accompagne un personnage somptueusement vêtu, jouant de cette longue trompette recourbée autour du cou, et qui est peut-être le cornu.
Pendant ce premier âge de l'orgue, l'instrument nouveau avait ainsi peu à peu conquis le monde gréco-romain, et partout rencontré un vif succès, de curiosité tout au moins : car il restait encore pour beaucoup de gens un sujet d'étonnement. Athénée, racontant l'invention de Ctésibios, met en scène, — c'était vers l'an 200 de notre ère, — un interlocuteur naïf qui croit, dans les tons de l'orgue, entendre un nouvel instrument à cordes "^ et ne peut pas comprendre comment des tuyaux puissent parler avec égalité, d'une manière pour ainsi dire mécanique, sous la pression de l'eau.
Cette eau elle-même semblait durement peiner pour forcer l'air à pénétrer dans le sommier, et son bouillonnement, — non pas son « ébullition », comme on l'a inexactement traduit, — donnait fort à penser aux curieux. D'autant plus que déjà, vers le m'" siècle, l'instrument commençait à devenir important : « Regardez, — disait Tertullien" à ses auditeurs de Carthage, — regardez la grandiose magnificence d'un Archimède : je veux dire l'orgue hydraulique; tant de membres,
!. Deux médaillons de ce genre se trouvent à la Bibliothèque Nationale de Paris, Cabinet des médailles. On en trouvera la description dans Sabatier, Description générale des médaillons contorniates, Paris, 1860, planche X, n*"" 7 et 8.