L'Anonyme, publié par Bellermann en
2. On en a plusieurs fois donné des dessins, depuis qu'il fut découvert en i883 ; les reproductions les plus complètes sont celles de F.-W. Galpin dans le numéro de juillet 1904 de The Reliquary (London, Bemrose and Sons). Il y en a aussi dans la Revue S. I. M., au cours d'un article de Gh. Mutin, en 1910.
sion faire sonner les tuyaux seuls* : c'était toutefois le propre de la fîstula, assez peu appréciée des Gréco-Romains, et qui est la vraie « fîûte ». 11 est probable que de bonne heure on eut l'idée d'en joindre la sonorité à celle de Vaulos puissant. Néanmoins, si l'on peut supposer la présence de tels tU3'aux dans l'hydraule perfectionnée, il faut descendre au V" siècle pour trouver, dans un curieux sermon d'un évêque du Midi de la France, la mention de la flûte dans l'orgue 2.
Un autre texte, à peu près du même temps, mentionne également la fistula, en nous apprenant que les doigts des « maîtres » peuvent tirer des pneumatiques de « très douces cantilènes » mises en opposition avec la « puissante sonorité » (grandisonam) des autres résonances ^. Il y a donc, dans lorgne ainsi pisé, deux espèces de jeux, sans hésitation possible. Or, le mot fistula désigne effectivement, dans le langage romain, l'instrument de bois, à bouche, au son doux, mais « aigu » par rapport à la tibia, sonnant ainsi une octave au-dessus : ceitQjîstula était donc une « flûte douce de 4 ».
L'orgue romain a donc pu comporter trois jeux : un jeu d'anche à languette battante, de huit pieds par rapport aux nôtres ; un jeu de flûte douce de quatre ; un nasard, ou mieux, ce qu'on nommait autrefois une <t quinte-flûte ».
Nous savons enfin, par Vitruve, que l'on pouvait porter au moins jusqu'à huit le nombre des rangées de tuyaux.
Etendue. — Il est impossible de fixer avec précision l'étendue du clavier antique, pas plus qu'on ne saurait dire sur quel mode il était basé, toutes les hypothèses qu'on a proposées là-dessus étant également hasardées. Il est possible d'ailleurs qu'il y ait eu quelque latitude, suivant les desseins des facteurs ou les désirs des acheteurs ; on ne saurait s'appuyer sur les monuments figurés, où les artistes, non musiciens, qui ont représenté des orgues, n'ont fait qu'indiquer les tuyaux, ou en ont donné un nombre très approximatif.
Les dessins, tout schématiques il est vrai, du manuscrit de Héro, n'ont que sept tuyaux, et quelques représentations antiques, des plus grossières, n'en ont guère plus. Mais celles qui sont les plus soignées, — comme la terre cuite d'Alexandrie, celle de Carthage, une gemme gravée conservée au British Muséum, la mosaïque de Nennig, etc., celles-là offrent de quinze à vingt tuyaux par rang : on peut donc supposer que les meilleurs instruments comptaient à peu près ce nombre qui correspond d'ailleurs au nombre des sons du u grand système parfait » de deux octaves diatoniques des anciens, en y faisant entrer le double tétracorde du milieu, pour les « conjointes » etles« disjointes », c'est-
1. Cf. le scholiaste de Pindare, sur Pythique XII, i, à propos de Midas, qui a.vait cassé la languette de son instrument, et qui continua quand même à jouer.
2. Habes organuvi ex diversis fistulis sanctorum apostolorum, doctorumque omnium ecclesiarum, aptatum quibusdam accentibus... Ad hiiius organi suavissimas et diiicissimas voces, etc. (Sermons de Prosper d'Aquitaine, Patrologie latine, t. LI, col. 856). Le même texte appelle déjà les touches, claves, parce quelles ouvrent et ferment l'accès des tuyaux.