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CHAPITRE XXX

Madame Herbaut occupait au troisième étage de la maison qu'habitait aussi le commandant Bernard, un assez grand appartement; les pièces consacrées a la réunion de chaque dimanche, se composaient de la salle a manger, où l'on dansait au piano; du salon, où

étaient dressées deux tables de jeu pour les personnes qui ne dansaient pas; et enfin de la cliambre k coucher de madame Herbaut, où Ton pouvait se retirer et causer sans être distrait par le bruit de la danse et sans distraire les joueurs.

Cet appartement, d'une extrême simplicité, annonçait lamodeste ais^ce dontjouissait madame Herbaut, veuve et retirée du commerce, avec une petite fortune honorablement gagnée. Les deux filles de cette digne femme s'occupaient lucrativement, l'une de peinture sur porcelaine, l'autre de gravure de musique, travaux qui avaient mis cette jeune personne en rapport avec Herminie, la duchesse, nous l'avons dit, gravant aussi de la musique, lorsque les leçons de piano lui manquaient.

Rien de plus gai, déplus riant, de plus allègrement jeune, que la majorité de la réunion rassemblée ce soir-là chez madame Herbaut : il y avait une quinzaine de jeunes filles, dont la plus âgée ne comptait pas vingt ans, toutes bien déterminées à terminer joyeusement leur dimanche, journée de plaisir et de repos, vaillamment gagnée par le travail et la contrainte de toute une semaime, soit au comptoir, soit au magasin, soit dans quelque sombre arrière-boutique de la rue Saint- Denis ou de la rue des Bourdonnais, soit, enfin, dans quelque pensionnat.

Plusieurs d'entre ces jeunes filles étaient charmantes; presque toutes étaient mises avec ce goût que l'on ne trouve peut-être qu'à Paris, dans celte classe modeste et laborieuse; les toilettes étaient d'ailleurs très-fraîches. Ces pauvres filles, ne se parant qu'une fois par semaine, réservaient toutes leurs petites ressources de coquetterie pour cet unique jour de fête, si impatiem-

GS LliS SrPT PÉCHÉS CAPITAUX.

ment attendu le samedi, si cruellement regretté le lundi!

La partie masculine de l'assemblée offrait, ainsi que cela se rencontre d'ailleurs dans toutes les réunions, un aspect moins élégant, moins distingué que la partie féminine; car, sauf quelques nuances presque imperceptibles, la plupart de ces jeunes filloe avaient autant de bonne et gracieuse contenance que si elles eussent appartenu a ce qu on appelle la meilleure compagnie; mais cette différence, toute à Favantage des jeunes filles, on l'oubliait, grâce à la cordiale humeur des jeunes gens et à leur franche gaieté, tempérée d'ailleurs par le voisinage des grands parents, qui inspirait une sage réserve.

Au lieu de n'être dans tout son lustre que vers une heure du matin, ainsi qu'un bal du grand monde, ce petit bal avait atteint son apogée d'animation et d'entrain vers les neuf heures, madame Herbaut renvoyant impitoyablement avant minuit cette folle jeunesse, car elle devait se trouver le lendemain matin, qui à son bureau, qui a son magasin, qui la pension, pour la classe de ses écolières, etc. etc.

Terrible moment, hélas! que celte première heure du lundi... alors que le bruit de la fête du dimanche résonne encore à votre oreille, et que vous songez tristement à cet avenir de six longues journées de travail, de contrainte... et d'assujettissement.

Mais aussi, à mesure que se rapproche ce jour tant désiré, quelle impatience croissante!... quels élans de joie anticipée... Enfin il arrive, ce jour fortuné entre tous les jours, et alors quelle ivresse!!

Rares et modestes joies! jamais du moins vous n'êtes émoussées par la satiété... le travail au prix duquel

on vous achète, vous donne une saveur inconnue des oisifs.

Mais les invités de madame Herbaut philosophaient peu... ce soir-là... réservant leur philosophie pour le lundi.

Une entraînante polka faisait bondir cette infatigable jeunesse... Telle était la magie de ces accords, que les joueurs et les joueuses eux-mêmes, malgré leur âge et les graves préoccupations du nain-jaune et du lolo.,, (seuls jeux autorisés chez madame Herbaut) s'abandonnaient, à leur insu et selon la mesure de cet air si dansant, à de petits balancements sur leur siège, se livrant ainsi a une sorte de vénérable polka assise... qui témoignait de la puissance de 1 artiste qui tenait alors le piano.

Cet artiste était... Herminie.

Un mois environ s'était passé depuis la première entrevue de la jeune fille avec Gérald...

Après cette entrevue, commencée sous 1 impression d'un fâcheux incident... et terminée par un gracieux pardon... d'autres rencontres avaient-elles eu lieu entre les deux jeunes gens? On le saura plus tard.

Toujours est-il que, ce soir-la... au bal de madame Herbaut, la duchesse, habillée d'une robe de mousseline de laine a vingt sous, d un fond bleu très-pâle, avec un gros nœud de rubans roses au corsage et un nœud pareil dans ses magnifiques cheveux blonds, la duchesse él ait ravissante de beauté; un léger coloris nuançait ses joues; ses grands yeux bleus s'ouvraient brillants, animés; ses lèvres de carmin, aux coins ombragés d'un imperceptible duvet doré, souriant à demi, laissaient voir une Hgne d'un blanc émail, tandis que son beuusein virginal palpitait doucement sous le léger tissu

qui le voilait, et que son petit pied, merveilleusement chaussé de bottines de satin turc, marquait prestement la mesure de lentraînante polka...

C'est que, ce jour-là, Herminie était bien heureuse! . . . Loin de se regarder comme isolée de l'allégresse de ses compagnes, Herminie jouissait du plaisir quelle leur voyait prendre... mais ce rare et généreux sentiment ne suffisait peut-être pas a expliquer Tépanouissement de vie, de bonheur et de jeunesse qui donnait alors aux traits enchanteurs delà rfwdtes^e une expression inaccoutumée; on sentait, si cela se peut dire, que cette délicieuse créature savait depuis quelque temps tout ce quil y avait en elle de charmant... de délicat et d'élevé... Et qu'elle en était, non pas fière... mais heureuse... oh! heureuse... comme ces généreux riches, ravis de posséder des trésors... pour pouvoir donner beaucoup et se faire adorer!...

Quoique ta duchesse fût toute à sa polka et a ses danseurs, plusieurs fois elle tourna presque involontairement la tête en entendant ouvrir la porte... do l'antichambre qui donnait dans la salle de bal; puis, à la vue des personnes qui chaque fois entrèrent, ia jeune fille parut, tardivement peut-être, se reprocher sa distraction.

La porte venait de s'ouvrir de nouveau, et de nouveau Herminie avait jeté de ce côté... un coup d'œil curieux... peut-être même impatient.

Le nouveau venu était Olivier, le neveu du commandant Bernard...

Voyant le jeune soldat laisser la porte ouverte, comme s'il était suivi de quelqu'un, Herminie rougit légèrement, et hasarda un nouveau coup d'œil; mais, hélas! à cette porte qui si^ referma bientôt derrière lui, ap-

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parut un bon gros garçon do dix-huit ans, dune figure honnête et naïve, et ganté de vert pomme...

Nous ne saurions dire pourquoi, à l'aspect de ce jouvenceau (peut-être elle détestait les gants vert pomme), Herminie parut désappointée... désappointement qui se trahit par une petite moue charmante et par un redoublement de vivacité dans la mesure que battait impatiemment son pied.

La polka terminée, Herminie. qui tenait le piano depuis le commencement de la soirée, fut entourée, remerciée, félicitée, et surtout invitée pour une foule de contredanses; mais elle jeta le désespoir dansTâme

des solliciteurs, en se prétendant boiteuse pour

toute la soirée.

Et il fallut voir... la démarche quHerminie se donna pour justifier son affreux mensonge ( prémédité du moment où L'Ile avait vu Olivier arriver seul ]... Non! jamais colombe blessée n a tiré son pied rose d un air plus naturellement souffrant.

Désolés de cet accident qui les privait du plaisir envié de danser avec la duchesse, les solliciteurs, espérant une compensation, offrirent leurs bras à Tintéressante boiteuse; mais elle eut la cruauté de préférer l'appui de la fille aînée de madame Herbaut et se rendit avec elle dans la chambre à coucher, pour se reposer et prendre un peu le frais, disait-elle, les fenêtres de cet apparlement s'ouvrant sur le jardinet du commandant Bernard.

A peine Herminie avait-elle quitté la salle de bal, donnant le bras à Hortense Herbaut, que mademoiselle de Beaumesnil arriva, accompagnée de madame Laine.

La plus riche héritière de France porliùt une robe

de mousseline blanche, bien simple, avec une petite écharpede soie bleu de ciel; ses cheveux, en bandeaux, encadraient sa figure douce et triste.

L entrée de mademoiselle de Beaumesnil resta complètement inaperçue, quoiqu'elle eût lieu pendant lïntervalle qui séparait deux contredanses.

Ernestine n'était pas jolie; elle n'était pas laide non plus; aussi ne lui accorda-t-on pas la moindre attention.

Venue pour observer et se rendre compte de l'épreuve qu'elle voulait subir... la jeune fille compara cet accueil au tumultueux empressement... dont elle s'était déjà quelquefois vue entourée à son apparition dans plusieurs assemblées...

Malgré son courage... la pauvre enfant sentit son cœur se serrer... les paroles de M. de Maillefort commençaient à être justifiées par l'événement...

— Dans le monde où j'allais, on savait mon nom, se dit Ernestine, et c'était seulement \ héritière quelon regaidait, que Ion entourait... autour de laquelle on s'empressait !

Madame Laine conduisait Ernestine auprès de madame Herbaut, lorsque sa fille aînée, qui avait accompagné Herminie dans la chambre à coucher, lui dit, après avoir regardé dans le salon :

— Ma petite duchesse, il faut que je te quitte... je viens de voir entrer une dame de nos am'es, qui a écrit ce matin à maman, pour lui demander de lui présenter ce soir une jeune personne, sa parente... Elles viennent d'arriver... et tu conçois... — C'est tout Simple, va vite, ma chère Hortense... il faut bien que tu fasses les honneurs de chez toi... répondit Hermi-

nie, peut-ôtre satisfaite de pouvoir rester seule... en ce moment.

Mademoiselle Herbaut alla rejoindre sa mère, qui accueillait avec une simplicité cordiale, Ernestine présentée par madame Laine.

— Je vais vous mettre bien vite au fait de nos habitudes, ma chère demoiselle, disait madame Herbaut à Ernestine, les jeunes filles, avec les jeunes gens dans la salle où l'on danse... les mamans avec les mamans dans le salon où Ion joue... chacun ainsi s'amuse selon son âge et son goût.

Puis, s adressant a sa fille aînée :

— Hortense, conduis mademoiselle dans la salle à manger, et vous, ma chère amie, reprit madame Herbaut, en se tournant vers la gouvernante, venez vous mettre à cette table de nain-jaune ; je connais votre goût.

Madame Laine hésitait à se séparer de mademoiselle de Beaumesnil; mais, obéissant à un regard de celle-ci, elle la laissa aux soins de mademoiselle Herbaut, et alla s'établir à une des deux tables de jeu.

Cette présentation s'était passée, nous lavons dit, dans Imtervalle d'une polka à une contredanse, la duchesse avait été remplacée au piano par un jeune peintre, très-bon musicien, qui, préludant bientôt, convia par ses accords les danseurs à se mettre en place.

Mesdemoiselles Herbaut, en leur quahté de filles de la maison, et fort aimables, fort johes d'ailleurs, ne pouvaient manquer une contredanse; bientôt Olivier, portant avec grâce son élégant uniforme, qui eût sufiB pour le faire distinguer des autres hommes, lors même que le jeune sous-officier n'eût été très-remarquable

par les agréments de son extériour, Olivier vint dire d mademoiselle Hortense, qui entrait dans la salle à manger avec Ernestine :

— 3Iademoiselle Hortense... vous n'avez pas oublié que cette contredanse m'appartient? et nous devons, je crois, prendre nos places. — Je suis à vous dans l'instant, monsieur Olivier, répondit mademoiselle Hortense, qui conduisit mademoiselle d-e Beaumesiiil auprès d'une banquette où étaient assises plusieurs autres jeunes filles. — Je vous demande pardon de vous quitter si tôt, mademoiselle, dit-elle à Ernestine, mais je suis engagée pour cette contredanse; veuillez prendre place sur cette banquette, et vous ne manquerez pas, j'en suis sûre, de danseurs. — Je vous en prie, mademoiselle, répondit Ernestine, ne vous occupez pas de moi.

Les accords du piano devinrent de plus en plus pressants, Hortense Herbaut alla rejoindre son danseur, et mademoiselle de Beaumesnil prit place sur la banquette.

De ce moment commençait, a bien dire, lepreuve que venait courageusement tenter Ernestine; près d'elle étaient assises cinq ou six jeunes filles, il faut le dire, les moins jolies ou les moins agréables de la réunion, et qui, n'ayant pas été engagées d'avance avec empressement, comme les reines du bal, attendaient modestement, ainsi que mademoiselle de Beaumesnil, une invitation au moment de la contredanse...

Soit que les compagnes d'Ernestine fussent plus jolies qu elle, soit que leur extérieur parût plus attrayant, elle les vit toutes engagées les unes après les autres, sans que personne songeât à elle...

Une jeune fille, assez laide, il est vrai... partageai

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lo déUiissement de mademoiselle de Beaumesnil... lorsque ces mots retentirent. :

— Il manque un vis-à-vis... il faut tout de suite un vis-à-vis.

Le danseur dévoué qui voulut bien se charger de remplir cette lacune chorégraphique était le jouvencel aux gants vert-pomme. Ce bon gros garçon, de façons vulgaires, voyant de loin deux jeunes filles disponibles, accourut pour inviter lune d'elles; mais, au lieu de faireson choix sans hésiter, afin d'épargner au moins à celle qui ne lui agréait pas, la petite humiliation d'être délaissée api'ès examen, ce Paris ingénu, dont lirrésolution ne dura guère, il est vrai, que quelques secondes, se décida pour la voisine de mademoiselle de Beaumesnil... victoire que l'objet de la préférence des gants vert-pomme dut sans doute aux éclatantes couleurs et aux luxuriants appas qui la distinguaient.

Si puérile qu elle semble peut-être, il serait difficile de rendre Tangoisse étrange, amère, qui brisa le cœur de mademoiselle de Beaumesnil, pendant les rapides péripéties de cet incident.

Envoyant les autres jeunes filles invitées tour a tour sans que personne fit attention à elle, Ernestine, revenant déjà à sa modestie naturelle, s'était expliqué cespréférences... Cependant, à mesure que le nombre des délaissées diminuait autour d'e'le... son anxiété... sa tristesse... augmentaient. Mais lorsque, restée seule avec cette jeune fille. . . laide, dont la laideur n'était pas même compensée par quelque élégance de manières... mademoiselle de Beaumesnil se vit pour ainsi-dire dédaignée après avoir été comparée... à sa compagne... elle ressentit un coup douloureux...

a Hélas! se disait la pauvre enfant avec une indéfi-

nissable tristesse, puisque je n'ai pu supporter la comparaison avec aucune des jeunes filles qui se trouvaient à côté de moi... et même avec la dernière que Ton a invitée... je ne dois donc jamais plaire a personne?... Si Ion veut me persuader le contraire... Ion obéira, je n'en puis plus douter maintenant, à une arrièrepensée basse, cupide... Au moins toutes ces jeunes filles que l'on ma préférées, sont bien assurées que cette préférence est sincère... aucun doute cruel ne flétrit leur innocent triomphe... Ah! jamais je ne connaîtrai même cet humble bonheur! »

A ces pensées, lémotion de mademoiselle de Beaumesnil fut si poignante, qu'il lui fallut un violent effort pour contenir ses larmes...

Mais si ses pleurs ne coulèrent pas. . . son pâle et doux visage trahit un sentiment si pénible que deux personnes... deux cœurs généreux en furent frappés tour à tour...

Pendant que mademoiselle de Beaumesnil s'était livrée à ces réflexions cruelles, la contredanse avait suivi son cours ; Olivier dansait avec mademoiselle Hortense Herbaut et le jeune couple se trouvait placé en face d'Ernestine.

Lors d'un repos, Olivier, jetant par hasard les yeux sur les banquettes désertes, remarqua d'autant plus l'humiliant délaissement de mademoiselle de Beaumesnil, qui seule ne dansait pas, puis 1 expression navrante de sa physionomie. . . Olivier en fut sincèrement touché, et dit tout bas à mademoiselle Herbaut :

— Mademoiselle Hortense, quelle est donc cette jeune fille qui est là-bas toute seule, sur cette longue banquette et qui a l'air si triste?... je ne l'ai pas encore vue ici... ce me semble? — Mon Dieu non, mon-

sieur Olivier, c est une jeune personne qu'une des amies de maman lui a présentée aujourd'hui. — C'est donc cela... Elle n'est pas jolie... elle ne connaît personne ici... on ne l'a pas engagée... Pauvre petite... comme elle doit s'ennuyer! — Sr je n'avais pas été invitée par vous, monsieur Olivier, et si ma sœur n'avait pas comme moi promis d'autres contredanses, je serais restée auprès de celte jeune personne... mais... — C'est tout simple, mademoiselle Hortense, vous avez à accomplir vos devoirs de maîtresse de maison... mais moi... bien certainement, j'engagerai cette pauvre petite fille pour la première contredanse... Cela fait peine delà voir ainsi délaissée. — Ah! merci pour maman et pour nous, monsieur Olivier, ce sera une vraie bonne œuvre, dit Hortense, une véritable charité...

Peu de temps après qu'Olivier eut remarqué l'isolement de mademoiselle deBeaumesnil, Herminie, qui était restée seule et rêveuse dans la chambre a coucher, rentra au salon. Elle causait avec madame Herbaut, appuyée sur le dossier de son fauteuil, lorsque s'interrompant, elle lui dit en regardant par la porte de la salle à manger, dont les vantaux étaient ouverts :

— Mon Dieu, madame, que cette jeune fille, qui est Ik-bas toute seule, sur cette grande banquette, paraît donc triste!...

Madame Herbaut leva les yeux de dessus ses cartes, et, après avoir regardé du côté que lui indiquait Herminie, elle lui répondit :

— C'est une jeune personne qu'une de mes amies qui est la au nain-jaune m'a présentée ce soir. Dame!... ma chère Herminie... que voulez-vous? cette nouvelle venue ne connaît personne ici... et, entre nous, elle n'est

guère jolie; ce n est pas étonnant quelle ne trouve pas de danseur. — Mais cette pauvre enfant ne peut pourtant pas rester ainsi abandonnée, toute la soirée... dit Herminie, et comme, par bonheur, je suis boiteuse... je vais moccuper de Xétrangère, et tâcher de lui faire paraître le temps moins long... — Il ny a que vous, belle et généreuse duchesse que vous êtes, répondit en riant madame Herbaut, pour penser à tout et avoir une si bonne idée... Je vous en remercie, car Ilortense et Claire sont obligées de danser toutes les contredanses, et il est probable que cette jeune personne les manquera toutes. . . — Oh ! quant k cela , madame... ne le craignez pas, dit Herminie, je saurai épargner ce désagrément k cette jeune fille... — Comment ferez-vous, belle duchesse'^ — Oh! cest mon secret, madame, répondit Herminie.

Et elle se dirigea, toujours boitant... la menteuse... vers la banquette où était seule assise mademoiselle de Beaumesml.

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