‹ L'orgueil humainChapitre 12 sur 45 · L'OEUVRE D*HOMÈRB ET D'ESCHYLE · texte numérisé non relu

L'OEUVRE D*HOMÈRB ET D'ESCHYLE

Eschyle, défendant Prométhée contre Zeus, combat la mythologie nouvelle, qui déformait les antiques croyances et finit par les supplanter. Sa piété s'indigne contre ces idées grossières qui ravalent les Dieux aux passions humaines. « Le vent fatal de la haine qu'Apollon a vouée à la race de Laïos » souffle à travers une partie de son œuvre, et l'on sent que le poète est offusqué des émanations d'injustice et de malheur qui s'en dégagent. A la fin de sa vie, il aboutit à une conclusion ferme. Le coup d'Etat moral qui termine VOrestie est la condamnation définitive de la nouvelle mythologie grecque, et un appel pathétique à la loi, à la vérité, à la justice. Le poète chassait de la Conscience grecque les atroces légendes qui déformaient la divinité. A leur place, il instaurait le culte de la loi soutenu par le sentiment profond des forces innombrables de la nature.

Donc les contradictions d'Eschyle au sujet de Zeus ne sont qu'apparentes. Elles s'effacent dans la beauté de la conclusion à laquelle il est parvenu. Dans le Prométhée, il proteste contre la tyrannie et l'aveuglement de Zeus, appuyé sur le pouvoir et sur la force, ces deux enfants du Styx ou de l'Effroi; dans le premier chœur à'Agamemnon, il chante la grandeur morale du maître des dieux;

enfin, dans un fragment émouvant, il exprime toute sa pensée. Il n'en est pas de plus profonde, puisqu'elle réintègre et idéalise le naturalisme primitif.

Zevç è^Tiv aîOi^p, Zev; 8à yf), Zeùç S'oupavdc Ze\3ç TOI Ta nàvTa, x<»>ti tôv ô'uTcépTepov.

« Zeus est Téther, Zeus est la terre, Zeus est le. ciel, Zeus est le tout, et il est encore au-dessus du tout. »

Ces deux vers ont été longtemps attribués à Euripide; mais la découverte, à Herculanum, d'un traité de Philodème a fait connaître le titre de Toeuvre d'où ces deux vers sont détachés. Cette œuvre est un drame, les Héliades, et ce drame est d'Eschyle (45). Ces deux vers, profonds et pleins, sont d'Eschyle et manifestent sa plus originale pensée. En voyant dans Zeus la puissance qui gouverne l'éther, le ciel et la terre, le poète parle comme un adorateur d'Agni; en proclamant que Zeus est au-dessus de tout, il dégage l'idée morale qui éclate dans la nature aimée et comprise. Fidèle au devoir qui incombe aux sages, il conserve le naturalisme primitif, et il le prolonge dans le domaine de la morale. Il ne se détache pas de la nature ; il l'embrasse par sa pensée ; il la pénètre

l'œuvre D'HOMÈRE ET D'ESCHYLE 77

de son amour, et il adore la puissance infinie qui se dégage de la nature.

Ces deux grands vers forment le testament légué par Eschyle à l'humanité : ils renferment toute la vérité et toute la sagesse ; ils proclament l'union, l'union intime et nécessaire, entre le naturalisme primitif et la plus haute morale.

Page 1