DEUXIÈME PARTIE
L'œuvre du moyen âge :
la nature absorbée dans le dogme.
I. — En quoi consiste le scandale du moyen âge. — Il ne convient pas de reprocher au moyen âge son ignorance des vérités scientifiques. — L*usurpation du sentiment de la nature.
— La nature devient le commentaire du dogme. — Le Miroir de la nature de Vincent de Beauvais. — Le symbolisme de TUnivers et le livre de M. Mâle.
IL — La vision du moyen âge dans Notre-Dame de Paris de Victor Hugo. — Erreur et beauté du roman. — L'évocation du poète illustre notre conclusion. — Quasimodo et la Cathédrale.
— L'ombre du dogme olTusque la réalité des choses. — Le moyen âge a porté sur la nature une main ignorante et confuse.
— Quasimodo et Claude Frollo. — L^inquiétude de Claude FroUo.
— 11 semble transporter dans la cathédrale le laboratoire de Faust. — Le contraste de Quasimodo et de Frollo symbolise Topposition des deux conceptions de la vie que la Renaissance mettra en lumière.
Nous allons voir le danger des doctrines qui ne reposent pas sur le sentiment et le respect des iorces naturelles. La nature ne souffre pas d'être
oubliée : les dogmes qui la violentent sont fragiles et tombent bientôt en poussière.
Le scandale du moyen âge fut d'avoir fait sortir du dogme sa conception de la nature. De là des erreurs singulières, des préoccupations enfantines, l'air incohérent et obscur de son œuvre scientifique. Le dogme étant conçu comme immuable »t tout étant suspendu au dogme, la nature fut considérée comme immuable. Non seulement le sens du relatif,' c'est-à-dire de la vie, fut périmé : ignorance fâcheuse, mais dont le dogme n'est pas responsable, car nous n'adresserons pas au moyen âge le reproche un peu niais de n'avoir pas prévu les conclusions de notre savoir. Mais, ce qui fut fâcheux et blâmable, la nature même fut obligée de plier ses formes aux conceptions de la théologie. Entre la nature et l'esprit de l'homme, la grande ombre de Dieu s'interposa : elle remplit tout.
Partant elle effaça tout. La nature visible fut le vêtement de la nature invisible, et la nature invisible fut imaginée d'après les prescriptions du dogme. L'univers parut n'avoir qu'une existence de reflet, une valeur d'emprunt. Quand elle ne fut pas la représentation de Dieu, elle passa pour une mascarade diabolique. Souvent même ses beautés
semblèrent plus dangereuses que ses imperfections.
Démunie de sa valeur propre, la nature subi|. la violence des plus étranges imaginations. Elle perdit son essence même. Elle dut se réduire à être le commentaire du dogme.
Nous pouvons garantir la justesse de notre conclusion. Le moyen âge fut l'époque des encyclopédies prématurées, vastes et vides, parce qu'il voulut plier la vie de l'univers à la glorification de sa foi. Le jeu d'une dialectique scolaire, habituée à confondre la cohérence de la logique verbale avec l'expression de la vérité, suffit à inventer un ordre de choses qui correspondît à la discipline du dogme.
Le Miroir de la nature de Vincent de Beauvais forme le manuel scientifique du moyen âge. Il est la traduction du dogme chrétien dans les formes de la nature. Or ce symbolisme n'est pas la création personnelle des moines, ni un enseignement ésotérique réservé aux initiés. Il compose l'enseignement officiel, livré par les Pères de l'Eglise aux générations successives des clercs. Il est la science cléricale, rattachée à la Bible, asservie au dogme, transmise de bouche en bouche, toujours respectée dans ses essentielles parties, à peine
diversifiée çà et là par rimagination individuelle. Les sermonnaires trouvent dans ce recueil des preuves pour illustrer les vérités de la Foi. Les artistes y cherchent des motifs de décoration et la forme nécessaire de leur vision des choses. Enfin la cathédrale du xin* siècle fut la traduction plastique du Miroir de la nature.
Empruntons au livre de M. Mâle sur L'art religieux du XIII'' siècle quelques exemples qui manifestent ce symbolisme de l'univers, la tyrannie du dogme sur la nature. « Adam de Saint-Victor, dans le réfectoire de son couvent, tient dans sa main une noix et il réfléchit : « Qu'est-ce qu'une « noix, dit-il, sinon l'image de Jésus-Christ. L'en- « veloppe verte et charnue qui la recouvre, c'est sa « chair, c'est son humanité. Le bois de la coquille, « c'est le bois de la croix où cette chair a souffert. « Mais l'intérieur de la noix, qui est pour l'homme « une nourriture, c'est sadivinité cachée. » — Pierre de Mora, cardinal et évêque de Capoue, dans son jardin, contemple des roses. Il n'est pas ému par leur beauté païenne, car il suit des pensées qui se déroulent en lui. « La rose, se dit-il, est le chœur des martyrs, ou bien encore le chœur des vierges. Quand elle est rouge, elle est le sang de ceux qui sont morts pour la foi, et quand elle est blanche
elle est la pureté virginale. Elle naît au milieu des épines, comme les martyrs s'élèvent au milieu des hérétiques et des persécuteurs, ou comme une vierge pure éclate au milieu de l'iniquité. » —^Hugues de Saint-Victor regarde une colombe, et songe à l'Eglise : « La colombe, dit-il, a deux ailes, comme il y a pour le chrétien deux genres de vie, la vie active et la vie contemplative. Les plumes bleues de ces ailes indiquent les pensées du ciel. Les nuances incertaines du reste du corps, ces couleurs changeantes qui font penser à une mer agitée, symbolisent l'océan des passions humaines, où vogue l'Eglise. Pourquoi la colombe a-t-elle les yeux d'un beau jaune d'or? Parce que le jaune, couleur des fruits mûrs, est la couleur même de l'expérience et de la maturité. Les yeux jaunes de la colombe, c'est le regard plein de sagesse que l'Eglise jette sur l'avenir. La colombe, enfin, a les pattes rouges : car l'Eglise s'avance, à travers le monde, les pieds dans le sang des martyrs. » — Marbode, évêque de Rennes, considère les pierres précieuses et il découvre entre leurs couleurs et les choses de l'âme de mystérieuses consonances. Le béryl brille comme l'eau quand le soleil la traverse, et il réchauffe la main qui le tient. N'est-ce pas là l'image du chrétien?
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Le Christ est le soleil qui l'échauffé et rillumine jusque dans ses profondeurs. La rouge améthyste semble jeter des flammes. Elle est l'image des martyrs, qui, en versant leur sang, prient pour leurs bourreaux. Dans le monde, tout est sjrmbole. Le soleil, les constellations, la lumière, la nuit nous parlent un langage solennel. En hiver, quand les jours diminuent tristement, quand la nuit semble vouloir triompher à jamais de la lumière, à quoi pense le moyen âge? Il songe aux longs siècles de demi-jour qui précédèrent la venue de Jésus-Christ, il comprend que la lumière et les ténèbres ont aussi leur rôle dans la divine comédie. Il appelle ces semaines de décembre les semaines de F A vent (Adventus), et il exprime par des cérémonies liturgiques et des lectures l'attente du vieux monde. Et le fils de Dieu naît au solstice d'hiver, au moment où la lumière va reparaître dans le monde et grandir. L'année d'ailleurs est faite tout entière à l'image de l'homme : elle raconte le drame de la vie et de la mort. Le printemps qui renouvelle le monde est l'image du baptême, qui, à l'entrée de la vie, renouvelle l'homme. L'été est une figure; ses brillantes ardeurs et sa lumière nous font songer à la lumière d'un autre monde, au rayonnement de la
charité dans la vie éternelle. L'automne, saison des récoltes et des vendanges, est le symbole redoutable du jugement universel, du grand jour oùnous moissonnerons ce que nous aurons semé. L'hiver enfin est l'ombre de la mort qui attend l'homme et le monde. Ainsi le penseur marche au milieu d'une forêt de symboles, sous un ciel peuplé d'idées. Sont-ce là des interprétations individuelles, des fantaisies mystiques nées de l'exaltation du cloître, ou nous trouvons-nous en présence d'un système et d'une antique tradition? Il suffît d'avoir parcouru les œuvres des Pères de l'Eglise et des docteurs du moyen âge, pour que le doute ne soit pas possible. Jamais doctrine ne fut plus solidement liée et plus universellement acceptée (88). »
Ainsi les ^ormes naturelles des choses sont effacées. Un voile, d'un symbolisme naïf et compliqué, cache la nature. L'homme, qui était la proie d'un rêve tissé par le dogme, exigeait que les choses fussent la traduction visible de ce rêve.
Insistons sur ce phénomène d'illusion qui empêcha le moyen âge de vivre et de saisir direc-
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tement la nature. Le chrétien absorbait alors l'œuvre dans la cathédrale, car la nature entière fut transportée dans l'édifice élevé pour illustrer le dogme. Le désir qui possède l'homme de vivre dans la nature est si indéracinable qu'il insinue la vie de la nature dans les œuvres mêmes qui reposent sur le mépris ou Toubli de la nature. La cathédrale fut le grand livre où le moyen âge inscrivit ses pensées, ses rêves, sa conception de l'univers.
Victor Hugo l'a compris. C'est pourquoi, parmi les ruines de son roman, Notre-Dame de Paris y un grand fragment se dresse, inaccessible à l'usure des âges. Il a transposé dans son œuvre et décrit avec plénitude l'existence morale du moyen âge : sujet vaste, aussi vaste que la vie de plusieurs siècles.
Les erreurs d'interprétation foisonnent. Même l'idée initiale du roman n'est plus soutenable. Il est inexact de dire, avec Victor Hugo et Violiet, le-Duc, que la cathédrale fut l'œuvre de l'esprit laïque, se dérobant à l'influence du clergé et se libérant du joug des croyances. M. Mâle a mis en lumière cette vérité que la cathédrale a été le souverain acte de foi au moyen âge et le commentaire plastique des dogmes. Mais Terreur du
poète, qui l'a souvent égaré dans la déclamation, a été non seulement atténuée, mais effacée par la sûreté de son coup d'œil de peintre. De même que la prodigalité de son invention verbale lui a fait souvent découvrir entre les choses des rap-! ports secrets dont la valeur étonne les sages,' ainsi sa puissance à évoquer la vie d'après le décor où elle se manifeste lui a permis de comprendre la cathédrale gothique dans ses caractères essentiels.
La partie résistante du roman de Victor Hugo illustre la conclusion à laquelle nous sommes parvenus, et nous sommes heureux d'appuyer notre pensée sur l'évocatrice énergie du poète. L'esprit du moyen âge a plié l'univers à ses dogmes. Ainsi Hugo a placé la cathédrale au centre de son œuvre. Elle constitue le personnage essentiel, qui s'impose non seulement par sa masse, mais par le souvenir de son influence et la protection inévitable de son ombre majestueuse.
Le moyen âge voyait et sentait la vie d'après l'enseignement de la foi. Ainsi Hugo conçoit et représente ses personnages d'après la cathédrale où ils doivent vivre. Détachés d'elle, ils ont une existence incompréhensible et morne; rattachés à elle, ils vivent d'une vie symbolique.
L'homme du moyen âge a Tair hagard au milieu de la nature. Habitué à se détourner d'elle, il mène une existence égarée et nocturne. Ainsi Quasimodo est décrit avec son air inachevé, son allure tâtonnante et crépusculaire. Ici Fart du poète atteint à la puissance de la grande épopée, puisqu'il dépeint, par la vie de Quasimodo, la vie du moyen âge.
Notre conclusion va paraître de plus en plus éclairée. Quasimodo grandit. Il entend le chant des cloches et son union avec la cathédrale commence : union si intime, qu'en dehors de l'édifice il ne voit, n'entend et ne comprend plus rien. Quand il regarde la nature, sa vision est incomplète et confuse. Il est « sujet à mille illusions d'optique .» Sa perception du monde est « tordue » comme son corps, et « il ne tourne qu'à regret sa face du côté des hommes ». Ainsi le moyen âge, se détournant de l'univers, se condamne à une vie contournée et douloureuse. Il vit loin des choses dans une attitude défiante et hostile. De là ce mot profond du poète : « Le monde extérieur lui semblait beaucoup plus loin qu'à nous » (89).
Quasimodo, oubliant les choses et les hommes pour vivre de la vie de l'édifice, est disposé à croire que la cathédrale contient la figure et
l'histoire du monde. C'est pourquoi il s'épanouit, le jour où les cloches chantent. Ce sourd, qui n'entend pas le langage de la nature, entend la voix des cloches. Ce muet, qui ne parle plus à la nature, parle le langage des cloches. Le chant de la cloche exprime la fusion de l'âme de la cathédrale et de l'âme de Quasimodo. Comme l'univers était absorbé dans la cathédrale, Quasimodo s'absorbe dans l'édifice : « il s'y incruste à en faire partie intégrante » (90).
Enfin le poète lui-même va se charger d'expliquer la conclusion qui se dégage de notre étude. En interposant le dogme entre la nature et l'homme, le moyen âge a pu élever le symbolique édifice de ses pensées et de ses croyances. Mais si la foi tombe, la vie du monument se fige. Quand les fidèles n'emplissent plus le grand édifice, quand les cloches se taisent, quand le sens de son symbolisme s'efface et se perd, la cathédrale demeure comme un témoin du passé. Cette pensée émouvante, Hugo Ta rendue avec une puissance incomparable, car son regard, en saisissant le décor de la vie, pénétrait la vie même, à fond. La présence de Quasimodo dans l'église explique la palpitation de l'église. La grande masse de pierre, qui semble endormie et pesante, s'anime devant son regard,
comme si le regard du peuple en prières dégageait la vie contenue dans les statues des colonnes et les portraits des vitraux. Le type de Quasimodo
grandit jusqu'au symbole : ce sonneur de Notre- Dame, rabougri et monstrueux, représente le peuple du moyen âge. « La présence de cet être extraordinaire faisait circuler dans toute la cathédrale je ne sais quel souffle de vie. Il semblait qu'il s'échappât de lui une émanation mystérieuse qui animait toutes les pierres de Notre-Dame et faisait palpiter les profondes entrailles de la vieille église. Il suffisait qu'on le sût là pour que Ton crût voir vivre et remuer les mille statues des galeries et des portails. Et, de fait, la cathédrale semblait une créature docile et obéissante sous sa rnaiii ; elle attendait sa volonté pour élever sa grosse voix ; elle était possédée et remplie de Quasimodo comme d'un génie familier. On eût dit qu'il faisait respirer l'immense édifice... Si c'était une nuit de Noël, tandis que la grosse cloche qui semblait râler, appelait les fidèles à la messe ardente de minuit, il y avait un tel air répandu sur la sombre façade, qu'on eût dit que le grand portail dévorait la foule et que la rosace la regardait. Et tout cela venait de Quasimodo.
L'Egypte l'eût pris pour le dieu de ce temple ;
le moyen âge l'en croyait le démon : il en était l'âme » (91).
Tant que Quasimodo vit dans l'Église, la cathédrale vit d'une vie fantastique, puisqu'elle offre au peuple en prières une image déformée et incomplète, mais encore émouvante de la nature. Lorsque Quasimodo a disparu, c'est-à-dire, lorsque le moyen âge, croyant et mystique, s'est évanoui dans la nuit du passé, le symbolisme de la cathédrale s'efface, la puissance d'irradiation de ses pierres se dissout et une sorte de torpeur enveloppe la grande masse abandonnée. Quasimodo est mort : l'âme du moyen âge cesse d'animer l'édifice, et l'édifice prend un air accablé et morne.
En effet, sous le jour assombri qui tombe de ses voûtes, si la cathédrale est vide, ou si quelques fidèles, égarés dans l'ombre des chapelles, n'arrivent pas à troubler le silence qui emplit le grand vaisseau, ce doit être pour le spectateur resté croyant une pensée accablante, quand il voit errer, autour des colonnes silencieuses, le Fantôme du Passé dans l'abandon où on le délaisse, et il se demande si le temple, qui retentissait naguère des cris joyeux ou plaintifs de la foule en prières, n'est pas aujourd'hui une
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muette nécropole, et ne sera pas demain un monument désaffecté.
Le moyen âge avait absorbé la nature dans la cathédrale et avait étendu sur la nature Tombre irrésistible du dogme. V. Hugo a eu raison d'incruster Quasimodo dans l'édifice et de montrer que l'homme du moyen âge saisissait la vie de l'univers à travers les formes de la cathédrale (92).
Nous sommes amenés à cette conclusion : Le moyen âge a porté sur la nature une main ignorante et confuse. Il l'a contrainte à figurer ses croyances. En se détournant de la contemplation de la nature, de la recherche de ses lois, de la souveraine leçon qu'elle dégage, l'homme s'égara et sa vie fut assombrie par cette défiance. Pour remplacer l'enseignement qu'elle est seule à fournir, il a demandé à la Foi une conception de l'univers qu'il a projetée sur les choses, et les choses lui ont paru travesties et lointaines. Seule la cathédrale vivait pour lui, et cette vie lui semblait bruissante, énorme et splendide. Mais, parce que la cathédrale reposait sur une conception déformée de l'univers, l'esprit de l'homme, pour connaître l'univers, ne regardera plus la cathédrale. Quasimodo mourra; le moyen âge mourra; et l'édifice du moyen âge restera comme le témoin
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du Passé, qui proclame révolution inévitable de la vie, c'est-à-dire la puissance inépuisable de la nature.
Cette signification du caractère de Quasimodo semble fortifiée par celui de Claude FroUo : ces deux personnages s'opposent, et, par leur contraste, s'éclairent.
Claude FroUo a Tâme ardente, avide. Il veut connaître le sens de ces symboles plastiques dont se pare la cathédrale. H s'étonne de chercher dans les ténèbres et sa foi va se perdre dans la révolte. Quasimodo s'est adapté à la vie de l'édifice : il est calme. Cl. FroUo se détache de la cathédrale : il a perdu la paix. Il se réfugie dans sa « cellule secrète » (93), et demande à l'alchimie le secret de tant d'énigmes. Derrière les formes du monument que contemple l'âme simple, engourdie et confiante de Quasimodo, il cherche les vérités et les lois de la nature. Il se sent déplacé parmi les hommes, car il apporte un désir qui ne peut être encore assouvi, et une méthode qu'ils ne comprennent pas. Claude FroUo semble transporter dans la cathédrale le laboratoire de Faust : de là son inquiétude, ses recherches émouvantes, son air égaré. Telle est la signification de ce caractère, si on le dégage, comme il convient, de la partie
mélodramatique de son rôle, de sa passion pour Esmeralda, où le poète n'a pas su dominer ses préjugés romantiques.
En accusant le contraste des deux caractères, Victor Hugo semble mettre en présence les deux conceptions, qui, depuis la Renaissance, vont se développer parallèlement, puis se heurter : lutte pathétique, où l'âme des hommes, égarée par l'oubli ie son premier culte, cherche à rejoindre ses énergies dispersées, à rétablir l'ordre dans le tumulte de ses tendances, à retrouver l'apaisement.