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L'CEUVRE D'HOMÈRE ET D'ESCHYLE

lumière. De là ce caractère singulier de la mythologie homérique, qui ne semble pas moins la traduction plastique et spontanée des émotions silencieuses que l'expression des enthousiasmes qui projettent notre vie sur la nature. Le mystère sort de la nuit et l'invisible se revêt de brillants symboles. Athéna, par son air éclatant, figure ces inspirations soudaines qui illuminent les ténèbres de nos tâtonnements. Homère apporte aux hommes déjà déformés par l'homme la suprême vision d'un monde disparu.

On trouve dans V Iliade les éléments affaiblis et dispersés de cette Vie primitive. En les groupant, on constate, entre la vie des hommes et la vie des choses, une harmonie presque aussi intime que dans les hymnes du Rig-Véda.

Les comparaisons homériques, qui prolongent les phénomènes de notre existence dans les phénomènes de la nature, montrent que la vie do l'univers enveloppe encore la vie humaine. Même la douleur et la mort trouvent leur expression dans les attitudes des choses. En comparant les souffrances de l'homme aux scènes de l'univers, l'aède donne à nos misères un air naturel, magnifique et apaisé. Ces rapprochements, qui abondent, répandent au-dessus de l'œuvre le geste auguste

de la nature rapprochant et confondant tous les êtres. Les manifestations de notre vie paraissent des épisodes de la vie universelle. Ce n'est plus l'identité absolue de la terre et du ciel que révèle le Rig-Véda : c'est encore la conviction que la vie humaine est intimement liée à la vie des choses.

L'airain des armes étincelle : à cette vue, des images de deuil s'éveillent dans notre pensée, et nous évoquons des spectacles sanglants, des femmes qui se lamentent et des enfants délaissés dans la solitude. L'aède fait surgir un épisode de la vie des champs. « On dirait un feu ardent qui incendie une forêt immense au sommet d'une montagne. » La vie humaine est rattachée à la vie de la forêt. Le poète est-il insensible et se détourne-t-il de nos douleurs pour décrire l'incendie qui illumine la montagne? Non certes; mais il semble incapable de séparer la tristesse de l'homme de la tristesse des choses.

Cette peinture ne sert pas à illustrer le récit : elle appuie la vie des hommes sur la vie de l'univers. Grâce à cette comparaison, la nature s'avance vers nous et nous enveloppe et nous fait sentir la ressemblance de nos agitations et de ses tressaillements.

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