‹ L'orgueil humainChapitre 9 sur 45 · L*CEUVRE D'HOMÈRE ET D'ESCHYLE · texte numérisé non relu

L*CEUVRE D'HOMÈRE ET D'ESCHYLE

taires des hommes. C'est pourquoi les effusions lyriques de ses aveux ressemblent souvent aux hymnes védiques.

Le phénomène de la rosée trouve encore dans la poésie d'Eschyle un magnifique symbole. Ces larmes de la nuit, qui brillent au matin et nourrissent la sève des plantes, apparaissent aux premiers hommes comme le produit de l'hymen de la Terre et du Ciel. Dans les Védas, la rosée est une liqueur divine que l'amour de la Terre et du Ciel répand sur les choses, car le Ciel est l'amant de la Terre, et la Terre désire les baisers du Ciel, Dans la poésie d'Eschyle, où semblent retentir les derniers échos des prières primitives, ce mariage du Ciel et de la Terre est décrit avec une simplicité solennelle. « Le ciel pur aime à pénétrer la terre; la terre, de son côté, aspire à l'hymen; la pluie tombant du ciel amoureux féconde la terre, et celle-ci produit pour les mortels les pâturages des troupeaux et les biens de Cérès. » Renan, frappé par ces beaux vers, déclare avec raison qu'Eschyle est « un excellent interprète des vieilles fables » (39).

On peut dire que la tragédie d'Eschyle repose sur la vénération des grandes forces naturelles, et que la lutte de cette mythologie antique contre la

mythologie nouvelle explique le caractère tragique de la pensée qui a dicté son œuvre (40).

La tragédie d'Eschyle se développe sur trois plans : au fond se déploie le Chœur des grandes forces de la nature; au milieu se déroule une mythologie déjà déformée, dans laquelle les dieux se mêlent aux événements humains avec des passions humaines agrandies et multipliées par l'immortalité divine ; au premier plan apparaît la pensée d'Eschyle, qui proteste contre une mythologie corrompue, et veut substituer au règne de l'arbitraire et de la violence la discipline de la loi, c'està-dire la sagesse. — De là, le sens du Prométhée,

Dégageons-nous vite du fouillis des commentaires. Ne cherchons pas si Prométhée représente range déchu, ou le Christ rédempteur, ou l'humanité, ou même un héros déjà romantique, expiant dans le malheur les découvertes de son génie. Bornons-nous à retenir et à comprendre les déclarations très nettes du poète. Prométhée est un dieu plus ancien que Zeus. Il est le fils « de l'infaillible Thémis », qui personnifie la loi du monde, et le parent de ce vieil Océan, que la poésie épique néglige, et qu'Eschyle, le premier, tira de l'ombre. Or Thémis se confond avec la Terre : ainsi Prométhée est le fils de la Terre. En outre,

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