CHAPITRE Y
Camtéreneem <*t comliliialMMUi p«liiâ«|
Les mécomptes du passé obligèrent les puissances occidentales à étudier sérieusement la véritable situation de la question capitale, ainsi que toutes les circonstances qui Tentouraicnt. Mais quel fut leur étonnement lorsqu'elles observèrent que dans l'empire de Constantinople les populations chrétiennes, formant un ensemble d'environ dix-huit millions, ainsi que celles des mahométans, au nombre de près de dix miUions, étaient également en proie
tels. L'armée fraoçaise montra à cette occasion son amour ordinaire poar la gloire militaire et wn dévouement pour riionneur du drapeau national. Au moment où les Français venaient de pénétrer dans la tour de Malakoflf quelques explosions eurent lien, et la conviction que toute la place était minée et qu'on allait sauter gagna tout le monde. Pour arrêter l'ettél de c<>tte panique, les officiers supérieurs qui commandaient Tattaque se portèrent au centre de la redoute... Les Russes de même constatèrent dans cette circonstance les sentiments du vrai patriotisme dans toute leur gimiH deur. Le Jeune colonel comte Nicolas Orloff (actuellement général prince Orloff, aide de camp de l'empereur Alexandre) en a donné la preuve la plus éclatante : iils unique d'une des plus nobles et des plus considérablaa (t^ milles, il avait insisté pour prendre part à cette expédition comme voloniaire et se trouvait dans l'armée comme aide de camp du général Pâske' vitz. Mais ne voulant pas être volontaire seulement dans le camp, il voulut l'être aussi sur le champ de bataille. L'affaire de Silistrie se présente : Orloif se mêle avec les soldats et saute le premier sur les murs ; une balle lui perce le bras, mais Orloff, sans y faire attention, crie en avant et encourage les soldats ses camarades •, il reçoit un coup de sabre à la tête, mais il continue d'avancer Jusqu'à ce que l'éclat d'nne bombe le renvene et lui ête toute connaissance. Les soldats russes, n'ayant pas pu effectuer l'assaut, battent en retraite ; mais le grand courage de celui qui avait daigné se nommer et être de fait leur camarade les a tellement impressloniiét, ({ue, quoiqu'ils le crussent déjà mort, ils crient tous d'une même voix x Sauvant le corps d'Orioff!,,, Us retournent sur leurs pas, le cherchent, le retirent d'un fossé et le transportent presque mort dans leur ctinp.
DE L'BMPIBB BY2AMT1.N. fl
à la phiB profoode misère et se troufaient livrées aux vexations les plus barbares et les plus arbitraires! .... Les puiâsances purent se convaincre en même temps que ees populations, réduites au désespoir, aspiraient de tous leurs vcBUx, tant les unes que les autres, au renversement'de la domination du Sultan, aux employés duquel ces popula^ tions imputaient justement tous leurs maux.
Les puissances occidentales, persuadées alors que cet état de choses ne saurait se prolonger sans amener infailliblement, de terribles secousses et des complications m^ naçantes, crurent d'une nécessité indispensable de prévenir ce grand danger par une réforme du soi-disant gouverne* ment du Sultan, laquelle réforme «erait en même temps la solution définitive de la question d'Orient.
Les conférences de Vienne et le traité de Paris procédé* rent alors à la solution de la question d*Orient, en la conformant au but principal de cette question, la délivrance des chrétiens d'Orient du joug mahoméUm et le rétabHeu-ment dans ce pays des gauuememfnts basés sur la civilisa-tion chrétienne. C'est ainsi que dains les conférences de Vienne elles avaient décidé le quatrième point, objet principal de la question d'Orient, en assurant aux chrétiens sujete du Sultan leurs droits religieux et politiques. Dans le traité de Paris, prenant également pour base la décision précédente, elles sanctionnèrent soleunelleuieiit les réiormes qu'elles avaient imposées au Sultan pour parvenir i ce grand but, et que ce souverain avait avec empresse<* ment acceptées et présentées formellement au congvès comme gage de sa conduite dans laveuir. L'émancipation des chrétiens d'Orient et l'acceptation de la part du Sultan de la civilisation et des principes administratifs des gouvernements chrétiens ont donc été le but et les bases de ces réformes, de même que ces points furent le but et les bases de la question d'Orient ; de sorte que, soit que les
puissances occidentales, favorisées par les circonstances, aient obligé la Russie à renoncer à la prétention de diriger seule cette importante question, soit que la Russie ait consenti volontairement à rendre commune à toutes les puissances chrétiennes la direction d'une question qui les intéressait toutes également, les conférences de Vienne et le traité de Paris ont replacé la question d*Orient dans sa primitive et véritable voie, en décrétant sa solution définitive d'après les principes et le but invariable que toute la chrétienté lid avait toujours assignés.
Toutefois on ne saurait trop louer la façon prudente et délicate dont les grandes puissances s'y prirent pour sauvegarder l'autorité et la dignité du Sultan dans la rédaction et la proclamation de cette réforme ; car leur intention n'était pas d'affaiblir, mais bien de consolider le pouvoir de ce souverain. Aussi, loin de l'humilier aux yeux de ses peuples, elles tâchèrent de leur persuader que le Sultan était le promoteur spontané de toutes ces améliorations.
Cette conduite des grandes puissances envers le Sultan était d'autant plus juste, que ce souverain a toujours donné individuellement des preuves éclatantes de sa sollicitude pour le bien-être de tous ses sujets.
Cependant les grandes puissances avaient fait comprendre préalablement à Abdul-Medjid que cette réforme était le seul moyen de conserver sa dynastie, et que ce n'était qu'à cette condition qu'elles consentiraient à l'accepter dans leur famille et à le faire jouir de tous les avantages des gouvernements civilisés. Le Sultan l'a promis, et dès lors il a été définitivement arrêté entre lui et les puissances chrétiennes que la nouvelle réforme aurait pour base l'application des principes des gouvernements chrétiens à l'empire byzantin.
Toutefois les grandes puissances chrétiennes n*ont pas voulu se fier à de simples promesses de la part du Sultan
et de ses ministres, elles ont exigé des actes formels; aussi, avant Touverture des conférences de Paris, qui devaient régler définitivement la marche que la question d'Orient suivrait à Tavenir, réglementation de laquelle dépendait Fexistence de la dynastie du Sultan, les puissances occidentales voulurent faire reposer leur grande œuvre sur des bases réelles et solides; c'est pourquoi elles persistèrent à demander qu'avant tout le Sultan exposât bien clairement les principes fondamentaux de la nouvelle réforme qu'il avait promis d'introduire dans son empire, et qu'il formulât par écrit ses intentions.
C'est pourquoi les grandes puissances ont obligé l'em^ pereur de Constantinople à signer et à sanctionner le hatti^oumayoun , dont leurs représentants lui avaient dicté tous les points. Mais ses ministres ont montré dans la rédaction de cet acte leur mauvaise foi habituelle et leur répugnance obstinée pour tout ce qui tient à la civilisation chrétienne : ils ont défendu pied à pied leurs vieilles habitudes et discuté tant qu'ils ont pu le contenu , les expressions et jusqu'aux termes de cet acte. Enfin, malgré la bonne volonté du Sultan, ces hommes ne s'y sont soumis que contraints par les événements.
Après avoir longtemps hésité, ils ont même osé demander aux représentants des grandes puissances de leur garantir, en compensation de leur complète adhésion aux réformes libellées dans le hatti-houmayoun : l"" la dynastie du Sultan ; 2* Constantinople pour capitale ; 3® la religion mahométane comme religion d'État.
De ces trois garanties, les deux premières, quand même les grandes puissances les eussent accordées, auraient été aussi solides que la feuille de papier sur laquelle on les aurait écrites; quant à la troisième, elle était contraire au bon sens, diamétralement opposée au but des puissances et au désir du Sultan d^aecorder Vigalité des droits relh'
n LES Mfonuu
qieux à touê ses sujets indistmetement ; enfin elle était en flagrante contradiction ayèc l'esprit et la lettre du baitihoumayoun, gui proclamait r égalité des cultes , frein impogié à la religion mahométane, dont la profession a jusqu'ici donné seule tous les droits de citoyen, à l'exclu^ sion de toute autre qualité. Un des personnages les plus distingués de la plus haute diplomatie de Constantinople écrivait à ce moment à Paris : Les ministres turcs démons traient par la demande des deux premières garanties qu'ils ne se faisaient point illusion sur les conséquences qu'auraient les réformes promises^ s'ils ne se décidaient pas à les appliquer sincèrement^ chose quHls n'ont jamais eu l'intention de faire. Ils demandaient en même temps la troisième garantie dans Vespoir de surprendre comme d'habitude la bonne foi des puissances chrétiennes en se procurant^ par la création d^une suprématie officielle de la religion mahométane sur toutes les autres^ un prétexte quasi-légal pour annuler ensuite tous les points contenus dans le hatti-houmayoun en faveur des chrétiens.
Mais les grandes puissances ne se laissèrent pas prendre cette fois encore aux roueries mal déguisées des ministres turcs. Les trois conditions furent lejetées aussitôt que proposées, sans qu'on en ait même entendu parler dans la suite, et le hatti-houmayoun fut purement et simplement accepté et sanctionné par le Sultan. Les grandes puissances engagèrent alors ce souverain à le faire porter par son i^rawd vizir dans la capitale du monde civilisé et à le déposer solennellement au sein du congrès de Paris, comme une satisfaction due à l'humanité du côté des Turcs, comme une amende honorable offerte à la civilisation chrétienne de la part de l'islamisme 1...
Le Sultiin avait même ordonné à son grand vizir Aal^- Parha dv déclaier aux plénipotentiaires du congrès que cet acte émanait do la volonté spontanée de son maître et
DE L^BMMRE BYZANTIN. »
que le Sultan promeUait d*6n fiiire une application com«* plète.
Le hatit*houmayoun devint donc la garantie officielle de la bonne foi et des engagements solennels du Sultan envers les puissances chrétiennes. Il dut être considéré par conséquent comme la solution de la question d*Orient, qui avait été la cause de la guerre, et dont la réglementation définitive devait être la base de la paix.