CONCLUSION
Dans l’ouvrage intitulé : « Mahomet fut-il sincère? », le Père Lammens déclare : « Nous excluons de la sincérité tout alliage. La loyauté existe ou n'existe pas ; mais elle ne peut se combiner avec une dose même infinitésimale de duplicité, de vues intéressées » (3).
Nous ne saurions trop applaudir à la magnifique intransigeance de cette définition. N’estce pas la condamnation définitive de la doctrine fameuse de la « restriction mentale », préconisée jadis par le Père Escobar, de la Compagnie de Jésus, et répudiée aujourd’hui par tout Jésuite éclairé?
Malheureusement, le Père Lammens, dans la
(1) Lammens, « Mahomet fut-il sincère », p. 54.
(2) Lammens, « Fatima », p. 46.
(3) Lammens, « Mahomet fut-il sincère », p. 4. ■ — Le Père Lammens refuse naturellement à Mohammed une pareille sincérité. Le contraire . eût étonné le lecteur.
composition de ses ouvrages, semble tenir compte bien plus de la doctrine du vieux casuiste de son ordre, que de sa propre définition... Quoi qu'il en soit, nous résistons sans peine à la tentation d’user de trop faciles représailles, en l’imitant ; nous préférons appliquer le précepte de la charité musulmane que nous lisons dans le Corane : « Ne disputez, sur la Religion, avec les gens du Livre ( c est- à-dire les Juifs et les chrétiens), qu'avec la plus grande courtoisie » (i).
(i) El Corane, t. XXIX, p. 45. — Que resterait-il des Evangiles, par exemple, si on leur appliquait la méthode du Père Lammens ? Mais aucun des disciples de Mohammed n’oserait ou même ne supporterait une semblable caricature de la grande figure de Jésus qu’ils vénèrent tous si profondément.
En échange, nous pouvons espérer que les vrais. disciples de Jésus sauront juger, comme ils le méritent, les étranges procédés employés contre notre Prophète par ce savant chrétien, aussi oublieux des principes de la science impartiale que de ceux de la charité chrétienne.
Nous irons plus loin, nous n’hésiterons pas à en appeler aux propres frères du Père Lammens, c’est-à-dire aux nombreux Jésuites qui, ayant une compréhension plus moderne et plus large des choses religieuses, réprouvent le fanatisme, et surtout le fanatisme maladroit.
D’ailleurs, l’Institut des Jésuites de Beyrouth a déjà infligé un formel désaveu aux enfantines imprécations du Père Lammens, lorsqu’en 1920, il fit officiellement participer ses élèves aux grandes fêtes destinées à commémorer la naissance du Prophète.