‹ L'origine de l'idée de DieuChapitre 17 sur 55 · I.'origino du sacrifice et de In prière · texte numérisé non relu

I.'origino du sacrifice et de In prière

Dans un seul point, Lang professe une opinion singulière qui a déjà percé un peu dans l'exposé que nous venons de donner et qui exige une discussion plus immédiate. Elle se rapporte à l'origine du sacrifice et de la prière. Lang fait toujours particulièrement remarquer (|ue les êtres suprêmes

L'origine do l'Idée de Dieu. IIS

des races inférieures, de même qu'il ne possédaient ni temples ni images, n'étaient pas non plus objets d'un culte et qu'on ne leur adressait presque pas de prières. Le seul culte qu'ils exigeaient et qui leur était rendu était l'obéissance à leurs commandements, une vie vertueuse et probablement aussi quelques rites solennels. Il avoue lui-même que cette règle souffre des exceptions, d'abord par rapport aux sacrifices, puis surtout pour les prières. Aux exemples déjà mentionnés par lui-même j'ajoute encore celui des Pygmécs africains, des Anas et des Akposos dans l'Ouest de l'Afrique (Togo). D'un autre côté il faut lui accorder que spécialement tous les Australiens ne paraissent réellement connaître aucun sacrifice, et — circonstance curieuse — ne font des prières que — quelques uns — pour les morts (MR p. 191, MCR p. 48—68).

Lang fait dériver l'origine des sacrifices du culte des ancêtres, il se base sur ce que les sacrifices ne seraient.au commencement que des ali- , mcnts dont, d'après l'idée des sauvages, l'âme des défunts a besoin dans l'autre monde; ou bien ce sont encore des hommes, des esclaves qui doivent leur rendre service, des femmes qui doivent les suivre. En leur envoyant tout cela dans l'autre monde par la destruction de la forme terrestre, on se; met à couvert des tracasseries que les esprits des défunts exerceraient sans cela, on les apaise, on gagne leur bienveillance, leur secours. De cette manière on répétait ces dons, ils devinrent usuels en d'autres occasions pour s'assurer les bonnes grâces des esprits. On ne pouvait pas offrir de semblables dons ù l'Etre suprême qu: n'était jamais mort. Du reste, dans sa toute-puissance, il possédait déjà tout, et dans sa justice, il ne se laissait pas déterminer par ces dons à des choses qui ne se seraient pas harmonisés avec cette justice. Ces deux circonstances: l'incapacité d'être influencé par des dons et l'indifférence dans les affaires de la morale devait rendre particulièrement précieux le culte des ancêtres; on se tourna donc de plus en plus vers lui. L'Etre suprême fut de plus en plus relégué à l'arrièrc-plan, ou, s'il voulait conserver sa position, il devait descendre au niveau des esprits des ancêtres et agréer également des sacrifices. Telle est l'hypothèse de Lang (MR p. 257).

On ne peut pas nier que les sacrifices du paganisme furent offerts dans une très large mesure dans cette intention de «corrompre» les dieux, comme Lang le décrit. Même chez les Israélites, cette conception animiste du sacri-| fice menaçait de tcinps en temps de se fixer et alors les prophètes s'éle- 1 vèrent et insistèrent sur l'inanité du sacrifice extérieur et la grande valeur i d'une vie juste devant Dieu. On n'aurait pas même besoin de nier absolumont que les sacrifices des Israélites tirent également leur origine de semblables conceptions animistes. Car, par exemple la circoncision est un usage qui est résulté d'idées de ce genre', mais plus tard elle fut adoptée comme

' Nous devons ici contredire le P. Lagrangc (Études sur les religions sémitiques p. 24'2ss.) quand il prétend que la circoncision a été presque universellement répandue, qu'elle l'est encore il qu'elle a toujours une signification religieuse («c'est comme une consécration, par un sacrifice sanglant, de la vie sexuelle à laciuelle le jeune homme est désormais admis-). La signification religieuse de la circoncision chez les Israélites n'est plus en question. Mais il parait de

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symbole religieux. De telles adoptations peuvent avoir lieu toutes les fois que la signification primitive de l'usage est ou bien tombée dans l'oubli ou rejetée expressément, et si l'objet en question a des qualités qui le rendent propre à servir, dans la plupart des cas, comme symbole, à des fins religieuses plus élevées. Absolument parlant, quelque chose de semblable serait aussi concevable pour le sacrifice. Il faut du reste faire remarquer que le christianisme a aboli tous ces sacrifices comme imparfaits et ne reconnaît qu'un seule «ratioiiale holocnustiun» du divin Médiateur dont le sacrifice est un sacrifice d'obéissance jusqu'à la croix, une tradition de tout son être sous la volonté de son Père.

L'argument proprement dit contre la théorie de Lang, nous le tirons de l'ethnologie même. Il semble qu'en ce point Lang est encore resté avec un pied dans l'ancienne théorie qui se défie trop des forces de l'homme primitif. Lui aussi ne croit pas cet homme capable d'avoir pu offrir des sacrifices d'une tout autre manière et pour d'autres fins qu'il n'était spécifié dans la théorie animiste (MR. p. 255). Est-ce que le sacrifice n'a pas pu être un signe de la reconnaissance du domaine universel provenant de la causalité

plus en plus douteux si elle a ce caractère chez les peuples non civilisés. Il semble qu'il devient de plus en plus manifeste que chez ces peuples elle devait, d'après leurs suppositions naïves et erronnées, faciliter l'acte de la génération et elle se pratique dans la plupart des cas dans ces mystérieuses fêtes de la puberté, quand l'âge viril est atteint. Ceci se manifeste surtout en Australie, où, dans le Nord-ouest, on joint à la circoncision la subincision qui certainement n'a aucun but de sacrifice, aussi peu que les terribles manipulations que doivent y subir les jeunes filles (HSE p. 642 ss.).

La connexion de tout cet usage avec l'idée totémiste est certainement d'origine secondaire. Ici il faut insister énergiquement sur le fait que précisément les peuples les plus primitifs ne connaissent aucune forme de la circoncision et ce sont les mêmes peuples chez lesquels nous avons trouvé et nous trouverons encore dans sa plus grande force et pureté la reconnaissance d'un seul être suprême. Ce sont les Australiens du Sud-est (Cfr. HSE p. 5r2ss.) et, tant qu'on les connaît, tous les peuples pygmées, les Semangs (v. W. W. Skeat and Ch. 0. Blagden, Pagan Races of the Malay Peninsula, l.ondon 1906, II, p. 33—34), les Andamanais (E. rf. Man, On the Aboriginal Inhabitanls of the Andaman Islands, p. 115), les Négrillos de l'Afrique (Mgr. I.c Roy, Les Pygmées, Tours, p. 89), les Buslimen (B. Ankermann, Kulturkreise in Afrika, dans: Zeitschr. f. Ethnologie, 1905, p. 66, où l'auteur trace un excellent tableau de la propagation de la circoncision en Afrique). Chez les Australiens du Sud-est on pratique souvent dans les cérémonies de la puberté le limage d'une incisive, usage qui chez les autres tribus d'Australie et dans la plupart des cas aussi en Afrique, vient s'ajouter à la circoncision (et subincision), (^hez les Semangs il est douteux si le limage est chez eux primordial; les Andamanais, les Négrillos africains et, à ce qu'il paraît, les Bushmen ne connaissent rien de semblable. Le but et la signification de cette mutilation des dents sont encore moins clairs que ceux de la circoncision. La circonstance qu'en dehors des cas où elle fait partie du rite funéraire, cette mutilation se pratique ordinairement dans les cérémonies de puberté, laisserait supposer qu'elle aussi doit rendre plus apte à la génération et on pourrait, pour cette raison, se rattacher à l'opinion de Preuss (Cilobus, t. LXX.WI (1904), p. '.M^'ï) qui y voit une facllitation d'une 'haleine génératrice» par laquelle l'âme doit être transmise à l'enfant, (xpendant des raisons graves s'opposent à cette hypothèse et les raisons que R. I.asch allègue on faveur d'une signification à l'origine purement cosmétique, méritent encore toujours qu'on s'y .irrête (Mittcilungen dor Wiener .^uthrop. (jesellsch., XXI, 1901, p. 21 ss.).

Tout au moins nous croyons avoir montré que la chose n'est pas aussi simple que le P. Lagrange le suppose et qu'il est bien douteux que la circoncision ainsi que les autres mutilations corporelles aient eu, à leur origine, le caractère d'iui sacrifice.

i. iiriKini' (II- I Idtc (11- iJicii. 117

universelle de Dieu? Ensuite, l'homme n'a-t-il pasuiipenclunt naturel à manifester son amour et sa vénération par des dons? De telles idées ne sont-elles pas surtout la base des sacrifices des prémices, quand on offrait les prémices du festin, de la naissance, du produit de la chasse et de la moisson'!

Mais il est vrai, ceci sont des observations purement théoriques, et il faut avouer simplement que, tant que s'étendent nos connaissances actuelles, le sacrifice et la prière paraissent être rares chez les peuples les plus primitifs, chez ceux donc qui ont gardé plus fidèlement l'idée du Dieu. Un, {|ue, par contre, le sacrifice et la prière deviennent plus nombreux, plus compli(iués et plus artificiels dans la mesure que l'être suprême s'efface et que les formes nouvellement développées de la religion animiste prévalent. Mais même chez ces peuples primitifs le sacrifice et la prière ne manquent jamais entièrement et un examen plus immédiat les mettra encore mieux en relief.

Pour les Australiens du Sud-Est, Howitt ne fait aucune mention de prières cl de sacrifices. Mais le trait suivant qu'il raconte des Narrinycris, d'après le Révérend Taplin, n'a-t-il pas l'air d'une invocation de l'être suprême avant la chasse et d'un sacrifice à cet être? «Quand les indigènes curent atteint les terres de chasses, un wallaby qui avait été tué en chemin fut apporté et un feu fut allumé par les femmes. Ensuite les hommes se placèrent autour du feu cl exécutèrent une espèce de chant en frappant en même temps (la niesiire) avec le pied. Le wallaby fut mis sur le feu et quand la fumée monta en l'air, les chasseurs, à un signe donné, se précipitèrent sur lui en dirigeant leurs armes vers le ciel . . .» «J'appris plus tard, raconte le Rév. Taplin, que cette cérémonie avait été ordonnée par Nurrundere'^ (HSE. p. 488 489). Howitt se souvient lui-même de la cérémonie identique que les Yuins exécutèrent à l'ouverture du kuringal (HSE. p. 528 — 529). Est-ce que cette cérémonie ne s'expliquerait pas de la même manière?

Pour la tribu des Euahlayis dans l'Australie centrale. Miss K. I- Parker rapporte expressément qu'elle n'y a trouvé aucune trace de sacrifice^ Elle parle cependant de quelques prières: aux cérémonies d'initiation, le plus ancien des sorciers récite avec ferveur et la face tournée vers l'orient une prière à Byamee, pour qu'il daigne accorder une longue vie aux noirs, puisqu'ils ont fidèlement gardé sa loi (1. c. p. 79); même on récite une prière sur la tombe pour l'Ame du défunt, afin que Byainec le rct^oive dans le bulliniah (le ciel), puisqu'il a observé les lois de la boorah (1. c. p. 89); on (lit aussi que Byamee envoie la pluie sur la prière d'un orphelin, et une vieille femme raconte qu'elle avait envoyé son esprit tutélaire à Byamee avec la Hiême prière et que celui-ci l'avait exaucée aussitôt'* (1. c. p. 8).

' Voyez .lussi l'excellent exposé du P. Lagrange (!•(. sur les rcl. sém., pp. 269ss., 273), qui voit également dans le sacrifice des prémices la forme la plus ancienne du sacrifice. L'idée de -sacrifice de désacralisation» que MM. H. Hubert et M. Mauss attribuent au sacrifice des prémices (lissai sur la nature et la fonction du sacrifice, Année Sociologique, Paris 1899, p. 95) reste enfoncée dans toute l'insuffisance de la théorie du magicisme impersonnel si cher à ces deux auteurs.

' L'être suprême des Narrinyeri, voyez p. 571.

' The Euahlayi Tribc, p. 9.

' Dans la revue -Man» vol. VII, 1907, p. 2, R. R. Marctt doute de la véracité de ces communications. Le tout est un modèle d'opiniâtreté qui fait une impression d'autant plus

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Des Semangs (Malacca) W. Skeat^ rapporte qu'ils faisaient des prières, mais non par des formules consacrées; celui qui prie se contente d'exprimer ses désirs dans des phrases prises de la langue ordinaire qu'il adresse à la divinité. Une telle manière de prier, qui n'est pas encore astreinte à des formules fixes, sera probablement la plus fréquente chez les peuples primitifs et des recherches postérieures devraient en tenir compte. C'est à peine autre chose qu'un sacrifice quand les Semangs prennent en temps d'orage quelques gouttes de sang des environs du tibia, le mélangent d'eau et le jettent vers le ciel. Kari, l'être suprême, quand il voit ce signe de contrition sur les péchés commis, s'apaise et fait cesser le tonnerre et la foudre-. D'autres sacrifices ne sont pas mentionnés par les explorateurs.

Pour les Andamaiiais, E. H. Man, qu'il faut certainement regarder comme un explorateur de grande valeur, nie toute espèce de culte extérieur de Dieu: «no forms of worship or religious rites are to be found among them»^.

Il en est autrement des Négrillos africains. Mgr Le Roy en rapporte expressément un cas oii un pygmée, un Boni dans l'Est Africain, raconte lui-même: «Quand je tue un buffle, je prends un petit morceau, le meilleur; je le mets sur le feu, une partie reste à brûler et je mange le reste avec mes enfants. Quand je trouve du miel, je n'en emporte rien avant d'en avoir jeté quelque chose dans la direction de la forêt et vers le ciel. Et quand j'ai du vin de palme, je dois d'abord en verser un peu sur la terre.» Voilà des sacrifices des prémices in optima forma. Et en même temps on récite la prière suivante: «Waka^ tu m'as donné ce buffle, ce miel, ce vin. Tiens, voilà ta part. Donne moi encore force et vie et que rien de mal n'arrive à mes enfants»^.

Nous avons déjà vu plus haut que les Bushmen invoquent Kcigc; on ne trouve pas de renseignements sur les sacrifices chez eux.

ctrnnge qu'on conn;iit la joyeuse Icgèretc avec laquelle il accepte des choses qui conviennent à sa théorie. Il aurait pu s'épargner la remarque que les ipsissima verba ne sont pas cités par K. Langloh Parker, puisque N. W. Thomas l'avait déjà dit dans le compte-rendu public dans «Man» (1906, p. 42). Comment peut-il poser la question, si la pratique de la prière était «occasional» dans la cérémonie de la boorah, puisqu'elle est racontée de la même manière et au mOme degré que l'audition des légendes et du chant de Byamee? Ces cérémonies étaient-elles aussi «occasiona!» ? Mail il outrepasse certainement la mesure quand il vient encore nous parler du Baiainé introduit pir les missionnaires, après l'exposé irréfutable de N. W. Thomas («Man», V, 1905, p. 49 ss.) sur la question de l'influence de.s missionnaires à propos de Baiamé, après que Lang lui aussi avait depuis longtemps communiqué les détails nécessaires sur les Euahlayis. Le «bad case of colouring» qu'il constate soigneusement à la fin de son article n'est d'aucune importance pour In question: ce que Mrs. Langloh Parker avait auparavant déjà rapporté étaient des faits si bien racontés et d'origine absolument n on -européenne et non-chrétienne, qu'un peu de «colouring» ne peut pas avoir produit de choses semblables.

' L. c. II, p. 198.

' On the Aboriginal Inhabitants of thc Audaman-Islands, p. 88.

' Waka est certes le nom que les Gallas donnent à l'Etre Suprême ^v. plus bas). Mais si le nom est emprunté, il n'est pas prouvé que le sacrifice le soit aussi. Cependant nous concéderons que le cas devient en quelque degré douteu.x.

' Le Roy, Les Pygmées, p. 176. Cfr aussi p. 178.

L on)4inc de I Idce de Dieu. 1 19

Si nous nous rendons en Afrique en des pays où les divinités inférieures se sont déjà développées, mais se trouvent encore dans une stricte subordination à l'être suprême qui seul est créateur et seigneur, nous trouvons un culte très richement doté en prières et sacrifices de supplication, prières et sacrifices de réparation et d'actions de grâces, et, chez les Bukus et les Anas dans i'Atapkame, même des voeux et des pèlerinages'. Il resterait cependant à examiner si ces rites n'ont pas été transplantés d'autres religions. En faveur de leur originalité il y a le fait important que le dieu Oriyame (Onyarif'komponf') des Tchis reçoit des sacrifices semblables même quant aux cérémonies extérieures'^. Cependant ces sacrifices ne sont pas fréquents. Les sacrifices des prémices sont aussi de règle. Chaque fois avant de boire du vin de palme on en verse quelques gouttes par terre; de même, quand on mange du /«/«, on en jette quelques bouchées par terre. Quand on leur demande pourquoi ils font cela, ils répondent: «Pour remercier Dieu»-\ Les Malinkés offrent à leur être-suprême, dont on tient ordinairement très peu compte, des sacrifices d'actions de grâces: l'objet qu'on avait voué est donné aux pauvres, à des amis ou aux enfants; ou bien ce sont encore des sacrifices d'impétration; ces dernières sont offerts avec une formule déterminée; on appelle ensuite les enfants du village et on leur donne la matière du sacrifice. Avant que ceux-ci le mangent ils vont devant la maison de celui qui a fait le sacrifice, élèvent les mains et disent trois fois: «Puisse Dieu agréer ton sacrifice»*.

Résumons. On peut constater que, bien que les prières et surtout les sacrifices semblent être plus rares chez les peuples plus primitifs qui ont des idées religieuses plus pures, ces deux choses ne manquent cependant pas chez plusieurs de ces peuples. Le fait cependant que précisément le sacrifice des prémices y est au premier rang, détruit la théorie de Lang sur l'origine du sacrifice et de son entrée dans les religions supérieures. Nous pouvons bien aussi faire observer que le premier sacrifice mentionné dans l'Ecriture Sainte, celui de Caïn et d'Abel, parait avoir été un sacrifice de prémices et qu'en tout cas le sacrifice principal des Israélites, l'agneau pascal, en était un, puisqu'il était le rachat de la primogéniture qui appartenait au Seigneurs

' P. h"r. Muller S. V. D. Uii; Vcrclirung des liochstcn Wcsens (Biiku) in Atakpamc d.ins • Anthropos», I (1906), p. 512ss.

' I.'«autcl- de Buku, okpa Hiikii (bâton de Dieu) est un bâton semblable couvert en haut d'une pelote de limon, de sang et de cendre, comme aussi VOnyame dna (arbre d'Onyame); seulement ici il est de bois, là de fer.

' E. Perregau,x, Chez les Achanti.s, dans le Bulletin de la Société Neuchâteloise de Géographie, XVII, UK)6, p. 279.

' V. P. Brun, Notes sur les pratiques religieuses des Malinkés. Anthropos, 11 (1907), p. 724.

' De tout cet exposé sur les sacrifices on voit comment il faut entendre cum grano salis ce que dit le P. Lagrange dans ses «Études sur les religions sémitiques» (p. 247): «Le sacrifice se trouve dans toutes les religions, dès les origines, autant que nous pouvons les atteindre». Les sémitistcs et les cxégètcs devront s'occuper un peu plus d'ethnologie pour ne pas constater trop tôt les «origines-.

12U 1'. U. Sclimldt, S. V. U..

Infliu'iice favorable de l'a ni mis me. Dével(jppcment d'une conception plus

exacte de l'idée de l'esprit.

Nous reprenons notre exposé sur le développement ultérieur de l'anirnisnie. Apres avoir vu quels raviigcs l'évolution animiste a exerces sur la rclio;ion, beaucoup n'hésiteront pas à croire qu'il faille la rejeter dans son ensemble. En est-il vraiment ainsi? L'animisme n'a-t-il réellement eu qu'une influence dégénérative, dévastatrice? Nous avons déjà touché brièvement à ces questions. Lang y répond par un «non» décidé. 11 voit aussi dans ces menées confuses un essai de l'humanité: «quaerere Deum, si forte attrectent cum, aut inveniant» (Act. 17, 27), et bien que conduisant par des sentiers tortueux il y aurait eu ici aussi une «-rn^jar[if)'[ifj.» du genre huiuain, et celle-là aussi «Êtç Xfi'.CTÔv», et elle aurait eu un succès positif. La manière dont Lang expose cette idée est vraiment d'une beauté profonde et téirioigne de sa grandeur d'âme qui sait trouver et apprécier le bien partout. En suivant ses idées (MR. p. 299 ss.), nous les élargissons quelque peu pour rendre plus accessible toute leur substance.

L'idée de Dieu chez l'homme primitif était en substance assez élevée mais, au point de vue formel, sans réflexion, naïve, embryonnaire. Ainsi surtout on n'avait jamais posé la question formelle: Dieu est-il un esprit ou un corps ou les deux à la fois? Cette question devait cependant s'imposer d'une luanière ou de l'autre, des que, avec l'évolution croissante de l'esprit, on voulait aborder p. ex. la question des propriétés de Dieu, de son omniprésence et de son éternité. Mais d'où aurait -on pu tirer la notion de l'esprit pur puisqu' in reruni natnra il ne se montre nulle part à l'homme. C'est le grand mérite de l'animisme d'avoir laissé se développer cette notion par les différentes conjectures primordiales sur le sommeil, les rêves, la luort, conjectures qui n'atteignaient pas toujours la pleine vérité, mais qui conduisirent toujours plus avant sur les traces de connaissances plus justes pour aboutir finalement, par une philosophie perfectionnée, à des résultats importants. La notion de l'esprit ainsi acquise pouvait être appliquée également à Dieu.

Puis, l'éthique de l'hotuiue primitif avec sa sanction non seulement par la peine et la récompense en cette vie mais aussi dans l'autre était d'une haute dignité intrinsèque, mais au point de vue formel elle était de nouveau sans réflexion, sans évolution. Maintenant, la question devait se poser: L'hoinme sera-t-il dans l'autre monde puni ou récompensé en son entier, tel qu'il vit ici-bas? Comment le corps passe-t-il dans l'autre monde puisqu'il reste ici et se décompose? Ou bien: comment se fait-il qu'il n'y a pas de mort dans l'autre monde? De quelle manière s'y réjouit-on, souffre-t-on? Ces questions et d'autres ne peuvent recevoir de réponse satisfaisante que si on admet une âme immortelle, essentiellement différente et indépendante du corps, qui entre seule dans l'éternité pendant que le corps reste ici; une âme dont les intérêts sont calculés sur l'éternité, sont différents de ceux du corps et y sont souvent opposés, de manière qu'il puisse être nécessaire de sacrifier les derniers aux premiers. La pensée du salut de l'âme prend du relief; maintenant seulement l'appel: "sa/va animant /nom» peut être lancé et obtenir un effet. C'est de nouveau un mérite de l'animisme d'avoir avancé le dévcloppeiuent

i.uiiginc ili- I IiIl-i; de Uii-ii. iji

(le lii notion formelle «le l'iime, même à travers bien des erreurs (MR p. 264 ss.).

A cet endroit Lwv^ ulj>ur\L ijue le peuple iINriiel, i<urluut dans les premières phases de son évolution, lit preuve d'une grande indifférence et hésitation dans ses vues sur le sort de l'àme individuelle dans l'autre monde', il était plutôt destiné à s'absorber entièrement dans la formation minterrompue de la conception du théisme, de la foi en un seul Dieu juste et éternel. D'un autre côté, le paganisme égyptien et romain et beaucoup d'autres peuples payons montrent le plus vif intérêt pour le sort de l'âme individuelle dans l'autre monde, comme le prouve la crainte des punitions dont on serait frappé et les efforts pour s'en préserver de quelque manière.

"Dans la religion de Notre Seigneur et des Apôtres, résume alors Lang, les deux courants de la croyance en un seul Dieu juste et du soin pour l'âme individuelle furent purifiés et unis. «Spiri/iis i:st Dcus, et cas qui adorant ctini, in spiiitu et vcritatc oportct adorarc'-. "Le christianisme réunit finalement ce qu'il y avait de bon dans l'animisme, le soin pour l'àme individuelle comme d'un esprit immortel et responsable pour l'éternité, avec le Dieu L'n, Juste, Eternel des prophètes d'Israël et ainsi se couronna l'éducation théologique de l'humanité, si longue, si compliquée, si pleine de mystères. (1. c. p. 303, 299).

Malheureusement l'impression grandiose qui se dégage de cette magnifique conclusion est quelque peu gâtée par un écho moins satisfaisant. Immédiatement après les paroles «Dieu est un esprit» (Spiritus est Deus) Lang continue par des paroles qui, bien qu'il n'ait pas intention de blesser, font preuve, plus qu'il ne faudrait, de son éducation: «L'homme aussi est un esprit et comme tel il ne peut pas être réconcilié devant Dieu par le sacrifice d'un iiomme ou par les cérémonies d'un moine. Nous savons comment cette doctrine fut renouvelée par l'animisme et par le sacrifice et la liturgie de l'Eglise du moyen âge. Dans son zèle excessif «de se faire tout à tous» cette grande et charitable mère du christianisme introduisit de nouveau l'animisme antique sous les formes nouvelles du culte des saints, de pèlerinages, de cérémonies populaires — choses qui sont bien loin de l'honnêteté de la vie et du désintéressement sanctionnés par les mystères sauvages (de l'antiquité), mais choses qu'on regarde généralement pour leur équivalent. Le tout fut introduit avec un égal calcul sur la tendresse et sur la dureté du cœur humain, ainsi, p. ex., aussi les messes pour les chers défunts» (I. c. p. 303).

Que r«Eglise du moyen âge» ait regardé ces choses comme l'équivalent de rhomiétcté et du désintéressement est une erreur qu'il est vraiment étonnant de trouver chez un homme de l'érudition de Lang et sur l'inanité tolalc de laquelle Lang aurait pu se renseigner chez beaucoup d'auteurs, p. ex. chez son corn- 1 patriote, Ken cl m Henry Digby «Mores Catholici Ot Ages of Faith».

Que dans toutes ces choses que Lang qualifie ici de nouvelles formes de l'animisme il faille quelquefois se mettre en garde contre un certain péril

' 11 f.iiit cependant faire remarquer que X'Arallee des Assyriens égale presque le Sclicol

des Israélites par sa désolation (P. Lagrange, Etudes, p. 336 ss.).

122 P. G. Schmidt. S. V. D.,

que leur nature, bonne en elle-inènic, ne se change dans des formations animistiques, nous le savons très bien. Mais nous croyons que le bien, qui est dans l'essence de ces choses, l'emporte de beaucoup sur le péril d'une dégénérescence. Vu la nature à la fois matérielle et spirituelle de l'homme et sa destinée à la vie sociale, elles sont moralement nécessaires, il y a quelque chose encore de plus «what is good in animism» que le soin abstrait du salut de l'àme. Lange lui-même le déplore immédiatement après: «La pensée moderne a encore détruit dans la religion ce qui y était resté d'humain et nous a finalement volatilisé l'idée de Dieu jusqu'à n'être plus qu'un «ghost of a ghost» et notre âme n'est plus qu'une «négation or a wistful doubt>\ une négation ou un doute rêveur» (1. c. p. 303 — 304).

La cause de cet état déplorable n'est-elle pas qu'on a trop déanthropomorphisé la religion, jusqu'à ce qu'elle ne corresponde plus à la nature de l'homme, de cet homme qui a besoin d'un corps tant pour recevoir une irripression spirituelle, comme est celle de la religion, que pour satisfaire à un besoin intime, celui de répandre au dehors ce qui produit en lui une impression si vive?

Coup d'reil rétrospectif.

L'exposé que nous avons donnée ici du système d'A. Lang laisse deviner très peu du charme qu'on éprouve à la lecture de ses ouvrages même. Nous avons dû laisser de côté cette variété infinie de traits d'esprit et de saillies, toute la richesse et le groupement artistique des pensées, la causticité et à la fois la noblesse du style, pour ne tracer que les lignes droites d'un exposé clair et net. En cela notre pédantisme allemand a peut-être eu une part trop large. Mais nous avons cru rendre aussi service à la bonne cause en projetant dans un bref résumé les traits principaux de la thèse et en sacrifiant même les aménités d'un «beau style» aux intérêts majeurs de la vérité.

Quiconque embrasse encore une foi d'un coup d'œil tout le système d'A. Lang et se rappelle la puissance de l'animisme qui domine partout et a même pénétré dans les milieux théologiques, comprendra en quelque manière quel étonnement dut provoquer partout un pareil système, qui dans une telle mesure attaquait tout ce qui était vénéré dans les cercles de la science moderne, qui avait même l'audace de s'approprier les thèses principales de la vielle théorie parfaitement abandonnée de la dégénérescence et qui avec cela allait dans son «orthodoxie» jusqu'à citer la Bible et les Pères de l'Eglise. On aurait pu nommer terreur cette surprise, si elle n'avait pas été accompagnée d'une certaine ironie.

En Angleterre la critique commença bientôt son travail. En présence du contraste révolutionnaire dans lequel la théorie la plus moderne se plaça avec les autres théories modernes, en considération de la haute estime dont jouissait celui qui la proposait, on aurait pu s'attendre que la discussion et, le cas échéant, l'antagonisme fut général et très vif. Mais quand Lang, dans les réponses qu'il fit suivre aussitôt aux premières critiques, éclaircit quelques inexactitudes qui s'étaient glissées dans son premier exposé et renonça à

quelques points tout à lait secondaires, on i>e donna l'air comme si Lang avait au moins fait une demi-rctractation et sous cette forme, disait-on alors, la chose n'était plus si scandaleuse et se laissait supporter plus facilement.

On entra donc avec tranquillité dans la période de la tolérance tacite, qui maintenant encore n'est à peine interrompue que par quelques coups d'épingles de R. R. Marett. qui se donne assez de peine pour y apparaître le plus possible spirituel, il est vrai que ses cercles ont été dérangés d'une manière fâcheuse par la théorie de Lang.

Si nous faisons abstraction de l'opposition résolue mais noble de M. Sidncy Hartland, qui cependant ne se fait plus remarquer dans les derniers temps, le fait e.st acquis que les deux autres adversaires principau.x, Tylor et Frazcr', n'ont pas pu être déterminés à rompre le silence malgré les sommations directes de Lang plusieurs fois réitérées.

L'e-xcmple de ces deux savants a été aus>i suivi p;ir les savants étrangers, comme nous l'avons exposé plus haut, ce qui nous donne un nouveau document de la solidarité internationale de r«activité» scientifique.

En face de tout ceci nous devons dire avec Lang, mais dans un sens un peu différent: «1 cannot understand this method»-. La théorie de Lang,

' Les quelques pages que Krazer publia dans In «I-ortniglitly Review» (July 190.5, p. 162—172) ne peuvent pas être regardées comme une réponse et cela pour deux motifs. D'abord parce que l'article tout entier ne se compose que de citations très longues, entre-mêlées de courtes affirmations de Frazcr sans valeur démonstrative, sans aucime critique des soirrces qu'il utilise, en laissant entièrement de cftté tout ce qui peut être dit à leur adresse, enfin sans raisonnement aucun. Rien que la disposition et la succession des citations trahissent la grande habilité du compositeur ; les observations de l'Australie du Sud-est y figurent par une page tirée de Howitt et sont pour ainsi dire écrasées par la foule des phénomènes magiques dont les autres pages sont remplies. Dans di.x lignes entières il présente comme vraisemblable l'emprunt des êtres suprêmes de l'Australie; un passage de trois lignes tiré d'une lettre de son ami, le professeur lîaldwin Spencer, y joue un rCi\f spécial. Une telle frugalité serait étonnante chez n'importe qui; quand on la trouve chez l'auteur du «Golden Bough», qui ordinairement déploie une si grande richesse de documents, il ne faudra pas s'étonner si beaucoup y voient l'aveu de l'incapacité de réfuter ces observations.

L'autre défiiut bien grave de l'article de Frazcr consiste en ce qu'il dédaigne entièrement tout ce que d'autres savants ont écrit sur les mêmes matériaux qu'il a utilisés. Ainsi il ne dit pas un mot des tliéories de Lang, et cela bien que Lang lui eût jeté un défi spécial dans •Magic and Religion- (1901, p. 1 1-1, 46- 75). C'est du solipsisme scientifigiie au dernier degré. Si d'autres savants voulaient adopter des habitudes semblables, l'activité scientifique s'éparpillerait bientôt en un certain nombre de communautés ou de revues L-^olées où chaque savant pourrait exposer à un public dévoué et crédule ses nouvelles et admirables théories sans avoir à craindre les critiques de collègues envieux.

Pour CCS deux raisons il est superflu d'entrer dans les vues de Frazer ; elles ne contiennent rien (pii n'ait pas été déjà dit ailleurs. Il semblerait qu'on ne rend pas suffisamment justice à un .s;ivanl de la valeur de l'auteur du -("iolden Bough-, si on ne lui consacre qu'une petite note, mais nous ne saurions comment il a mérité ici mieux.

' On ne peut pas épargner à Lang le reproche qu'il a amené ce résultat par sa propre faute. Il ne laissa pas le repos suffisant au monde savant. Dès l'année 1903 il publia un ouvrage «Social Origins» par lequel il posa toute une série de nouvelles questions d'ordre sociologique. Continuant sa marche, il fit paraître en 1905 le -Secret of the Totem- dans lequel il entreprend de résoudre la question extrêmement difficile de l'origine'du tctémisnic. Bien qu'il s'y pose parfois en adversaire de certaines idées modernes, il reste, quant au fond,

124 P. G. Schmidt, S. V. D.,

s'oppose tellement à tout ce que dans les derniers temps on admettait comme certain en ethnologie, en science comparée des religions qu'on aurait dû s'attendre à une réaction violente contre elle uniquement déjà par des raisons de sensibilité. Si l'on voulait admettre que des motions de ce genre ne peuvent pas se produire chez nos savants dans leur sérénité olympienne, nous devrions cependant insister que si jamais, il y avait ici l'obligation d'une discussion scientifique. Ce devoir n'était pas seulement général; il regardait toute une série de savants en particulier, puisque Lang les avait apostrophés directement. Si donc nous ne pouvons pas, dans tous ces cas, admettre une infidélité au devoir, nous devons supposer qu'on agit ici d'après l'adage: ultra passe nemo tenetitr, on ne répond pas parce qu'on ne sait pas que répondre.

Nous reproduirons cependant intégralement dans les chapitres suivants les critiques qui ont été effectivement adressées au.x théories de Lang et nous nous efforcerons d'en faire justice. Là où Lang lui-même y a répondu, nous donnerons aussi sa réponse. A notre tour nous soumettrons la critique et la réplique et beaucoup plus encore tout le système de Lang à un examen détaillé, tel que nous ne l'avons pas encore fait dans le chapitre actuel.

fidèle à l'école cvohitionistc. C'est peut-être pour cette rnison (pic ces deux ouvrages ont excité plus d'intérêt, niêiiie à l'étranger, ijuc .The AlaUing of Religion» et les autres ouvrages qui s'y rapportent.

Cimpitrc V.

Ci'iti«|U<> <!<> la lli<''orie «le A. Laii^.

Il sera juste de donner la parole d'abord à ces savants qui ont expliqué les faits sur lesquels Lang a construit son système, dans un sens qui logiquement ferait crouler sa théorie de prime abord par la base. Plus tard nous citerons les auteurs qui combattent ou l'authenticité des faits ou les conclusions que Lang en a voulu déduire.

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