‹ L'origine de l'idée de DieuChapitre 20 sur 55 · P. G. Schmidt, S. V. D · texte numérisé non relu

P. G. Schmidt, S. V. D

1586, renseignements du mathématicien Hériot sur l'être suprême des Vir-

giniens.

1612, renseignements du capitaine Smitii sur VOki de Virginiens. 1611 — 1612, renseignements de Stracli sur l'être suprême Ahone et sur

l'esprit vengeur Oki.

1622, renseignements de Winslow sur l'être suprême Kiehtan des habitants du Massachussets.

Ces témoignages, qui remontent tous aux premiers temps de l'arrivée des Européens et précèdent l'arrivée des missionnaires, ne peuvent que renverser la théorie tylorienne d'un emprunt. Par rapport aux Indiens Mandanes, Tylor se réfute lui-même. Car, en la présente question le prince Max de Wied, un savant d'autorité même aux yeux de Tylor, parle sinon d'un «Grand Esprit», du moins d'Omahank Niunakchl, «un créateur, dont le nom semble signifier «maître de la terre».

Nous reconnaissons que pour les exemples d'êtres suprêmes que l'on cite de l'Amérique du sud, comme pour le Purninawinari du P. Gilij, le Ginipari (= Kurupari) d'Yves d'Evreux, peut-être aussi VAygnaii de Jean de Lery, la théorie d'emprunt semble plus applicable; du reste, nous ne sommes nullement de l'avis que des emprunts d'idées religieuses n'aient jamais eu lieu. Mais tous ces cas se trouvent en dehors du domaine dont il s'agit à présent. Nous allons avoir l'occasion de constater cela en Australie, où

Tylor passe maintenant.

b) Les Australiens.

Tout d'abord nous ne pouvons pas trouver suffisamment logique la critique de Tylor contre le rapport de Mgr. Salvado sur Motogon et Cienga, divinités des Australiens. Qu'il nous indique les raisons pour les quelles les vocabulaires de G. Grey et de G. F. Moore mériteraient plus deconfiance que le rapport d'un évêque missionnaire, Mgr. Salvado, qui connaissait également la langue des Australiens. Qu'il nous dise ensuite d'où les noirs auraient tiré tout ce qu'ils racontaient à Mgr. Salvado, puisqu'avant Mgr. Salvado il n'y a jamais eu de missionnaire dans ces contrées. Ou bien Mgr. Salvado aurait-il exagéré son rapport? Cependant tout ce qu'il raconte n'est pas du tout ciirétien, mais entièrement australien dans le goût de plusieurs de ces ' tribus: un homme dans la décrépitude de la vieillesse, qui est déjà mort, auquel on ne rend aucun culte, tel est l'être suprême qu'il décrit.

De même, la critique sur le rapport d'Oldfield n'est pas entièrement concluante. Les cornes et la queue de l'être suprême dont celui-ci parle, peuvent être des additions de temps postérieurs, le personnage lui-même peut néanmoins dater d'un temps plus reculé.

L'insuccès de Tylor est plus éclatant pour le cas auquel il a consacré le plus de peine et qui est aussi le plus important, celui du Baiamai des Kamilarois. Il croit que Baiamai est mentionné pour la première fois comme créateur dans le rapport de H. Haie' en 1840; les trois prédécesseurs de Haie: Buckley, Backhouse et Threlkeld, n'en savaient rien. Baiamai aurait été

' United States Hxploriiig F-xpcditinn "F.tlinnlogy and Plilloldgy", p. 110.

L'origine de l'Idée de Dieu. H-^

évidemment iiilroduit par les missionnaires: ainsi le terme se trouve pour la première fois dans un abécédaire d'un missionnaire, qui le dérivait de baia, faire.

Lang a déjà fait remarquer à ce propos (McR, p. 25 ss), que des trois auteurs antérieurs à 1840, Buckiey avait été un homme ignorant, Backliouse n'était pas une autorité indépendante, mais s'appuyait sur Threlkcid qui avait travaillé comme missionnaire de 1825 à 1841. Il était donc tout naturel que les deux premiers témoins n'eussent rien à rapporter sur Baiamai. Quant au troisième, Threlkeld, Haie lui est redevable de ses renseignements, comme il le déclare lui-même, détail qui a échappe entièrement àTylor'. Donc le seul auteur dont on a à tenir compte avant 1840 a pourtant su quelque chose de Baiamai créateur. Le nom n'en a pas été ni inventé ni introduit par Threlkeld ; dans les livres qu'il écrivait dans la langue des indigènes, il se servait pour désigner Dieu des expressions Eloi et Jehova-ka qu'il ne réussit cependant pas à faire accepter. L'abécédaire du missionnaire Ridley — c'est celui dont Tylor parle — qui contient le nom de Baiamai ne date que de l'année 1856-. Or un abécédaire de l'année 1856 ne peut pas bien être rendu responsable de ce que le nom de Baiamai existait déjà en 1840.

La preuve du contraire a été ensuite faite d'une manière irréfutable par N. W. Thomas dans dans son excellent article "Baiame and the Bcll-bird''», où il allègue toute une série d'autres auteurs hors de tout soupçon, qui ont mentionné Baiamai avant 1840:

1829-30 Hendcrson^ raconte, avant l'arrivée des missionnaires dans le pays (Wellington Valley), qui n'y vinrent qu'en 1833, que Piamc a créé Mudgegong: ce dernier est devenu actuellement un mauvais esprit, et il détruisit tous les enfants de Piame en les changeant en animaux sauvages, à l'exception de deux qui devinrent les ancêtres des habitants actuels. Piame dort maintenant au Nord; une fois qu'il se réveilla et se tourna de l'autre côte, il se produisit un tremblement de terre et une haute marée; quand il se réveillera de nouveau, cette haute marée reviendra.

1832. Ouverture de la mission de Wellington Valley; une année plus tard, donc certainement avant que les habitants, qui étaient très attachés à leurs croyances et coutumes, eussent pu subir une influence par rapport à ces choses, les missionnaires parlent de Baiame qui a fait tous les hommes et habite au delà des nues; une autre série de renseignements incertains dans les années suivantes prouvent que les missionnaires ne pouvaient que très lentement arriver à connaître ces détails.

1837. Mac Arthur'' rapporte que les indigènes ont une idée générale d'un créateur qui lui-même n'est pas créé et qu'ils exécutent des danses en honneur de Baiame, en février et mars.

' L. c. p. 110. McR p. 28.

' Gurre Kamilaroi, or Knmil.iroi sayings, Sydney 1856.

' Man 1905. p. 44 -52.

* Observations on the Colonies of N. S. Wales and \'an Diemcns Land.

> J. H. Lang, Cooksland, p. 159.

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1839. L'archidiacre Giinthcr publia un «Vocabulary of Wirradhuri, spoken in tlie Wellington Valley». Puisqu'il contient le chiffre considérable de 2500 mots il faut supposer qui! a travaillé plusieurs années à les réunir, avant de publier son dictionnaire. Il y écrit: «Je ne doute pas que le terme Baiame se rapporte à l'être suprême et les conceptions qui sont admises à son sujet parmi quelques uns des indigènes qui réfléchissent davantage sont des restes de traditions originales qui régnaient parmi les anciens [among the ancients] sur la divinité. Baiame me fut décrit par un indigène des plus intelligents et qui réfléchissent davantage de la manière suivante que je rapporte ici en traduisant ses paroles si simples en français': \° Il vit très loin de la terre vers le lever du soleil. 2" Il y a été toujours assis [ou: il y a toujours vécu]"'^ pendant un temps très long. Il ne meurt jamais.

3° Il peut faire ce qui lui plait; quand il désire ou ordonne quelque chose, il faut le faire; quand il désire manger du pain ou des poissons, ils doivent venir vers lui.

4° Il est très bon ; il ne fait de mal à personne, il aime les noirs qui sont bons.

Ceux qui refléchissent davantage croient que les indigènes qui sont bons vont à Baiame quand ils meurent. Je ne dois pas non plus omettre de mentionner que de temps en temps, c'est-à-dire tous les trois ou quatre ans, une cérémonie curieuse a lieu chez les noirs. Plusieurs tribus se réunissent alors, ce qui doit être un vestige d'un rite religieux quelconque. Un cantique avait été envoyé pour cette solennité par Baiame ou son fils; tous les assistants le chantèrent, une procession solennelle eut lieu, certaines figures mystérieuses peintes sur des morceaux de peau humaine et d'autres objets furent montrés à cette occasion.

I! était impossible d'obtenir tous les détails de cette cérémonie, parce qu'elle était gardée par les indigènes comme un secret. Mon interlocuteur, en osant révéler quelque chose à ce sujet, m'imposait l'obligation de n'en rien dire.

J'ajouterai encore, que l'idée d'une vie future n'est pas entièrement éteinte chez eux, bien que quelques uns d'entre eux parlent comme des infidèles et ne veulent rien entendre d'un autre monde . . . .»

A tous ces témoignages vient s'ajouter encore celui de Mr. K. Langloh Parker qui, dans son ouvrage «The Euahlayi Tribe» 1905 (p. 5), rapporte ce qui suit: La première nouvelle de Byamee me fut communiquée en chuchotant par un indigène très vieux, Yudtha Dullehah (tête chauve), dont on disait qu'il avait déjà eu les cheveux gris au temps où Sir Mitchell découvrit en L846 le Naran. Mon interlocuteur me disait qu'il fut instruit sur Byamee dans son premier

' Naturellement l'original porte «en anglais».

' Ce verbe aura en dans la langue des indigènes la même signification que le verbe yaSah en hébreu, yagab en syrien, qui signifie d'abord «être assis», «habiter», ensuite «rester» et finalement «être».

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