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les deux témoignages australiens; qu'on fasse des recherches. Mais tant qu'on n'a rien trouvé, il ne peut être permis de représenter cette distinction comme connue et employée chez tous les peuples.
Sous un rapport, cependant, Lang a fixé la distinction d'une manière objective et sans porter un jugement sur la valeur des idées: c'est quand il dit que la conception religieuse naît de l'intelligence par la méditation sérieuse et l'assujetissement [de la volonté à Dieu], tandisque les idées mythiques, procèdent de l'imagination enjouée et inconstante (MRR I, p. 5).
Voilà, à notre avis, une distinction claire et objective des deux éléments: l'un, procédant de la raison, devrait être nommé rationnel; l'autre, procédant de l'imagination, serait l'élément fantaisiste. Le premier a sa source dans l'instinct de causalité, l'application du principe de la raison suffisante, l'autre dans l'instinct de personnification qui n'est qu'une actuation spéciale de l'instinct de causalité et dont l'organe principal est l'imagination. Tant que l'instinct de causalité tient les rênes, l'élément supérieur prédominera; mais si l'imagination prend la direction, elle mettra à ses services même l'instinct de causalité. L'imagination, qui selon sa nature n'est pas retenue par des considérations logiques et morales, produira alors toujours plus de formations grotesques, ridicules, obscènes, qui déjà en soi doivent diminuer ce respect qui avait pris naissance dans les régions de l'instinct de causalité ; une volonté inclinée au mal, qui agrée volontiers ces formations, réagira sur l'activité de l'imagination pour la confirmer dans le sens de l'immoralité et des obscénités.
Telle est notre théorie sur la différence des deux éléments et leur évolution; nous y reviendrons plus en détail au cours de notre travail, et déjà à la fin de ce chapitre nous verrons dans un quel haut degré elle s'accorde avec ce que nos recherches démontreront sur les êtres suprêmes de l'Australie d'Est.
Nous voilà arrivé : à la dernière observation critique de Hartland. «Un de mes griefs contre la méthode de Lang, dit-il, est qu'il dirige ses yeux exclusivement sur une série d'idées et qu'il se détourne des autres comme n'étant que des mythes. L'étude scientifique de la place que les conceptions des sauvages occupent dans l'histoire de la religion doit mettre en balance tous les facteurs et donner à tous le poids qui leur revient» (H 1, p. 52). Ici il faut distinguer: si on a constaté une fois qu'une certaine série de conceptions religieuses a participé tout seule à l'origine de la religion, on peut naturellement, en étudiant cette première phase, laisser de côté toutes les autres idées; en étudiant les phases consécutives de l'évolution, on devra naturellement de nouveau en tenir compte. Or, Lang, n'a pas fait autre chose, il a établi une hypothèse sur l'origine de la religion, rien de plus, comme il l'affirme maintes fois; d'après cette hypothèse, les conceptions sur les êtres suprêmes sont, en attendant, toutes seules décisives dans cette question; il avait donc un droit hypothétique de laisser de côté les autres facteurs animistes; pour les phases qui suivent, il les a de nouveau et pleinement utilisés.
Il y avait cependant encore une raison pratique qui justifie cet exclusivisme de Lang. Ce culte de l'être suprême chez les peuples primitifs était une question que l'ethnologie officielle avait jusque là presqu'entièrcmcnt