I. 'origine (II- l'Idée dt Dicii. 2i^i
figures mytiiologiqucs dans leur contraire, à voir le représentant du soleil dans celui de la lune.
i.a transformation liistoriquc du Kaucon dans la mythologie Baiame.
Nous avons vu qu'on insiste encore plus sur le rôle de Daramulun comme ancêtre des peuplades /?a/(7wr que ce n'est le cas pour Pfl/)'3'an chez les tribus liuiidjil.
La raison en est que les cérémonies d'initiation et l'usage qu'on y fit des rhombes en offraient davantage l'occasion, tandis que ces rites semblent tombes en décadence chez les tribus hundjil (HSE p. 609 ss.). Dans ce rôle de Daramulun par lequel il ressemble entièrement à Palyyan, se trouve le motif principal qui l'a fait déchoir de la position du Faucon-Soleil victorieux dans les territoires Bundjil pour devenir le représentant vaincu de la lune dans le pays Baiame. Même dans ce pays, on n'a pas oublié que Daramulun est le faucon, mais le faucon n'y est plus le représentant du soleil. Il n'y est regarde que comme ancêtre de la race subjuguée et pour cette raison on l'identifie avec le représentant de la lune vaincue par le soleil.
Il n'est pas permis de douter que Daramulun ait passé pour l'ancétrc des tribus Baiame. On pourrait exiger la preuve pour ce qu'il a ici supplanté un autre ancêtre primitif. Cette preuve peut être donnée avec une certitude absolue. La qualité d'ancêtre de la tribu repose sur le caractère de totem sexuel des hommes ou s'identifie avec lui. Or, n'importe oij l'on rencontre le totémisme sexuel dans l'Australie sud-est, jamais le faucon ne figure comme totem sexuel; ceux-ci sont pour les tribus du sud l'êmou-roitelet, pour les tribus du nord la ciiauve-souris. Ceci n'est qu'un argument négatif. Mais nous en avons aussi un positif. Chez les Yuins, Daramulun est aujourd'hui l'être suprême, mais il y était auparavant aussi l'ancêtre, car il est encore actuellement identique avec le rliomiie. Mais dans cette tribu il n'y a que l'êmou-roitelet et la chauvesouris à jouer le rôle de totem sexuel et donc aussi d'ancêtre. 11 est probable que de ces deux, la chauve-souris a été l'ancêtre primitif des tribus Baiame, puisque le totem sexuel des femmes, dhiel, l'engoulevent, est le même que celui des tribus de Victoria qui ont la chauve-souris seule comme totem masculin.
On ne comprendrait pas que Daramulun fût déjà parvenu au rang d'être suprême dans le pays des tribus Baiame actuelles comme chez les Yuins, Wolgals et Ngarigos — , quand cul lieu l'invasion du courant des tribus de Baiame dans le domaine actuel de ces tribus. Car alors les traits de l'être suprême se retrouveraient dans Baiame revêtus de ceux du faucon et de son nom, au lieu de l'inimitié passionnée qui subsiste maintenant entre ces deux. Si Daramulun était, dans le pays des tribus Baiame, seulement l'ancêtre et jamais l'être suprême, il ne doit avoir été une fois rien d'autre que l'ancêtre également dans le pays des Yuins, des Wolgals et des Ngarigos, ou plus exactement il doit y avoir eu une identification entre le Faucon et l'ancêtre. Car le type de Daramulun est certainement venu du sud dans le pays actuel de Baiame, du pays des Wolgals, Yuins, Ngarigos; quand il partit de là il n'a pu y être que simple ancêtre et point l'être suprême, car il n'est pas concevable que, s'il
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était déjà l'être suprême dans ce dernier pays, il serait descendu, dans le pays oîi il entrait, au rôle de simple ancêtre.
Si ces réflexions sont justes, et je crois qu'elles le sont, il en résulte une conclusion très intéressante pour le pays des Yuins. Nous avons vu que dans le pays Bundjil, toutes les propriétés attribuées autrefois à la corneille furent transportées sur Palyyan, l'ancien ancêtre, notamment aussi que dans la lutte avec le représentant du soleil, il avait été blessé au pied. Ce trait caractéristique doit avoir été transporté sur l'ancêtre des Yuins, Wolgals et Ngarigos, quand le courant Faucon-Corneille y fit invasion, car ce dernier passa par le pays Bundjil. En opposition à cela, il y manque à présent chez le Daramuliin qui est être suprême de ces tribus, comme on peut s'en persuader par les figures de terre AtDaramiilun, en usage dans le rite de l'initiation (HSEp.553). Ceci est d'autant plus curieux que pour le Daramulun du pays Baiame, on insiste particulièrement sur cette propriété. Nous sommes donc en face du fait intéressant qu'un trait avilissant du mythe a été omis consciemment, quand il s'agissait de le transporter sur l'être suprême. Il est évident qu'on ne fit pas disparaître ce trait dès que le rôle de l'ancêtre de la tribu se fusionna avec le Faucon, mais seulement quand à ces deux caractères vint s'adjoindre celui d'être suprême; ceci ressort clairement de ce que, dans le territoire Baiame Daramulnn-Faucon porte encore toujours ce trait.
L'indépendance de la mythologie de Baiame se manifeste plus ouvertement en ce que la transposition du contraste entre le soleil et la lune sur les deux figures du Faucon et de la Corneille y manque entièrement. De la corneille on n'entend rien du tout et par rapport à la position du faucon on fait preuve d'un tel manque d'intelligence qu'on a pu lui assigner le rôle de son adversaire, la corneille, comme nous l'avons fait voir plus haut.
Nous croyons avoir suffisamment prouvé que la mythologie de Baiame est également une mythologie solaire et lunaire. Mais il reste douteux, quelles formes extérieures ce contraste revêt et on ne voit pas s'il se personnifie dans deux oiseaux ou, plus généralement, animaux, et dans lesquels. Car si Daraniiilnn est le faucon, il le doit à la mythologie Faucon-Corneille et on ne voit pas quelle est la personnification du représentant de la lune, propre au cercle Baiame. C'est encore moins le cas pour Baiame lui-même qui ne paraît sous aucune forme animale. 11 a cependant des relations particulières avec certains animaux et entre celle-ci ce sont surtout ses rapports avec l'émou qui s'imposent le plus à notre attention.
Baiame et l'Emou.
Nous avions, plus haut, identifié les deux mères-émous de l'être suprême Daramulun avec les femmes Gunanlntly de Baiame et nous y avions reconim des représentations des deux lunes obscures (p. 227). Nous avions, de plus, reconnu que l'hostilité de Baiame contre Daramulun était, en partie, fondée sur ce que ce dernier avait chassé l'émou consacré à Baiame. Cette consécration trouve aussi son expression en ce que chez les Wiradjureis, on défend aux jeunes gens à initier de manger de l'émou parce qu'il est la nourriture (le Baiame (HSE p. 588). Chez les Yuins, où Daramulun est l'être su-
L'orijjini: <It l'Idcc de Dieu. 231
préme, la chair de l'émou leur est défendue parce que l'cmou est la mère de Daramuinn ( femme de Baiame). Chez les Wolgals et les Kamilaroïs du Nord, il est défendu de manger des œufs d'émou (HSE p. 569, 595); qu'on se rappelle aussi les deux mythes sur les œufs d'émou, v. plus haut p. 228.
La mythologie d'Émou qui se manifeste ici fut regardée dans les pays Faucon-Corneille comme quelque chose d'étranger et d'hostile, comme le témoigne le mythe suivant.
Ngindyal était un animal semblable à un oiseau, de la forme et du plumage d'un émou, mais beaucoup plus grande. Elle était une sorcière très habile et tuait et dévorait tous les hommes. Un jour, elle poursuivait, pleine de rage, la corneille. Celle-ci prit la fuite et appela à son secours les deu.x héros du pays Bramhrambult (Hram-hram-bulaitj). Ils réussirent à tuer l'émou dans un combat acharné dans lequel l'alouette les aida et porta le coup décisif. L'émou occupe maintenant la tache obscure dans la constellation de la croix du sud, pendant que la corneille fut changée dans l'étoile Alpha d'Argus qui «se tient à une distance respectable de ses anciens persécuteurs'.»
Dans une autre région, nous trouvons également des traces d'une mythologie d'Emou, et, en partie, une hostilité contre lui. Chez les Arandas, l'être suprême, Altjira, a la peau rouge et des pieds d'émou^. En plusieurs endroits, il se manifeste dans les mythes des Arandas une hostilité directe contre les gens Émous. Surtout parmi les hommes Émou, rapportc-t-oii, au sud, le dérèglement des mœurs, la transgression des lois du mariage est arrivée à un niveau scandaleux; on veut exprimer par là, d'une manière exagérée, que les lois du mariage, actuellement en vigueur chez les Arandas, ne sont pas observées par eux, mais plutôt leurs lois indigènes des tribus Émou^. Les gens Émou qui habitent au sud sont qualifiés de moralement corrompus f7?an/;a^*; plus tard, on parle "d'hommes Emous ignorants» qui durent être instruits". On craint différents vents parce qu'ils amènent des êtres mauvais dont le caractère méchant s'explique d'une manière naturelle: ce sont des serpents, des scorpions ou des êtres phantastiques dont le caractère nuisible est connu par les mythes. Quand, au contraire, on craint le vent du nord parce qu'il amène deux émous des excréments desquels un feu nuisible s'élève, ce mythe ne peut provenir que de l'hostilité contre l'émou*^. Dans les cérémonies de l'émou, on chante des cantiques curieux qui sont encore remarquables, parce qu'un certain nombre de mots de la langue Loritja leur ont été empruntés'^, qui sont totalement différents de la langue Aranda et sont apparentés avec les langues australiennes ordinaires, dont les langues des peuplades Baiame font aussi partie, pendant que la langue Aranda en est foncièrement distincte**. Chez les Loritja occidentaux, l'être suprême lui-même, appelé Ttikara, a des pieds d'émou.
' R. H. Matlicws, Ettmological Notes etc.. p. lt)3 165.
' V.. Strelilow, Die Aranda- und l.oritja-Stiimme in Zentral-Anstralien, p. 1--2.
' L. c. p. 13. Cfr. la description des vents cliez les tribus Raiaine, plus liant p. 227.
' L c. p. 42 ss.
" 1. c. p. 12 ss. Peut-être faiit-il mettre sur la même ligne le mytlie de lÏMnoii amaigri
qui vint du nord-est (Spencer et (jiUen, Native Tribes. p. 551ss.). l£n tout cas, le mythe de
232 P. ('■ SchniicU, S. V. D.,
Il n'est pas facile et pour le moment encore il est tout-à-fait impossible de déterminer plus exactement la position de l'émou dans la mythologie Baiamc. Ce que j'essaie d'établir n'est donc qu'une hypothèse. Les deux émous que nous retrouvons comme mères de Daramulun et, par conséquent, =-- Gunanbiily qui est l'une des femmes de Baiame, me semblent n'être qu'une transformation des deux cygnes noirs empruntés ensemble avec Daramulun à la mythologie Faucon-Corneille. L'émou primitif de la mythologie Baiame me semble être Binahgnooloo. Comme elle est chère à Baiame, ainsi l'émou lui est consacré. Et l'enfant de l'émou c'est le jeune soleil (Buma-huma-knowie), ou bien le jeune soleil sort de l'œuf de l'émou.
Cependant il est raconté que Baiame n'a pas engendré d'enfants avec Birrahgnooloo. Peut-être sommes-nous alors en face d'un mythe de iriatcrnitc virginale 1 qui dépend d'un m.ythe d'un œuf primitif^. Il semble alors que la relation entre le soleil et la lune ne doit plus être comprise comme entre deux êtres du même sexe ou sans sexe, qui sont hostiles l'un à l'autre, tels que nous les voyons dans la mythologie Faucon-Corneille, mais qu'ici on conçoit le soleil (Baiame) comme un être masculin et la lune (l'émou) comme féminine, comme la femme, ou peut-être, parce que Baiame n'engendre pas d'enfants avec elle, comme la sœur du soleil, en tout cas en rapports amicaux. Ce serait là une conception répandue ailleurs par le monde entier, mais absolument neuve pour l'Australie, où l'on conçoit, au contraire, le soleil comme être féminin et la lune comme être masculin. Et tandisque dans la mythologie du Faucon-Corneille l'idée fondamentale est donnée par le cours mensuel de la lune et le rôle joué par le soleil dans celui-ci: le thème principal de la mythologie de Baiame serait le sort journalier du soleil, surtout sa naissance quotidienne au matin.
Ce nouvel ordre d'idées ne se trouve pas, dans la mythologie Baiame, pur et sans mélanges, mais il s'est confondu avec les idées de la mythologie du Faucon dont il a emprunté surtout le caractère double du fils-frère de Baiame; la mythologie du Faucon de son côté a apporté, du terrain du totémisme sexuel, la figure de l'ancêtre de la tribu. —
La mythologie du Faucon et le totémisme sexuel trouvèrent leur expression dans des formations sociologiques déterminées, et l'étude de celles-ci nous a fourni bien des lumières pour la connaissance de la mythologie. Examinons s'il en est de même pour la mythologie de Baiame.
l'origine du premier couple cmou est ici à sa place. Miss Howitt, Somc Native Legcnds froiii C. Australia, p. 407; van Gennep, 1. c. p. 148. D'un autre côte, il est très intéressant que Tuanyiraka. l'esprit du rhombe, qui par conséquent y occupe la place d'ancctre de la tribu, est compté parmi les êtres qui peuvent à volonté s'enlever une jambe pour marcher sur une seule. La nature lunaire de cet être ressort entre autres de ce qu'il s'entortille de tout côté de serpents (Strehiow, 1. c. p. 102), cfr. E. Siecke, Drachenkampfe, p. 7. Le mythe de Balilû. la lune, chez les Nungahburrah, prouve qu'en Australie aussi la lime est mis en rapport avec les serpents; on y cnumcrc comme «chiens de la lune»; la vipère (la pleine lune), le serpent noir (la nouvelle lune) et le serpent tigré (la demi-lune), cfr. K. L. Parker. Austr. Leg. Taies, p. .8 ; van Oe nn ep, p. 183.
' L'robenius, Im Zcitalter des Sonnengottes, p. ■2'24 ss.
' L. c. p. 269 ss.
Sous-classcs
Kubathin
Ipai et Kumbo
Dilbi
Murri et Kubbi
Yibai et Wumbe
Murri et Kubbi
Mukula
Ipai et Kumbo
Budthurang
Murri et Kubbi
Ngielbumurra
Ipai et Kumbo
Mukumurra
Murri et Kubbi
Hepai et Kombo
Mûri et Kubi