‹ L'origine de l'idée de DieuChapitre 38 sur 55 · I. oii^iilc lie 1 ItJcc (le Uicu. 2^>i · texte numérisé non relu

I. oii^iilc lie 1 ItJcc (le Uicu. 2^>i

spécial. Tous leurs dieux sont des divinités tutélaires de la tribu. Quelques uns sont bons ou méchants dans leurs actions; ils agissent toujours par impulsion sans plan arrêté. Comme les indigènes eu.x-mémes, chacune des grandes divinités tuerait un noir errant seul pendant la nuit. Les dieu.x dans leur personnes, leurs dispositions et leurs facultés sont essentiellement les types des tribus indigènes» (vol. Il, p. 178).

Autant de phrases, presqu'autant d'erreurs psychologiques et ethnologiques. Je me contente de leur opposer les faits exacts qui viennent ici en considération:

1" Les êtres suprêmes de l'Australie du sud-est ne sont pas des divinitésesprits ou des divinités-amc.s, cfr. ci-dessus p. 104. 2° Dans l'Australie du sud-est, on ramène fréquemment les forces magiques aux êtres suprêmes, cfr. Howitt, Native Tribes etc., p. 246—247. 3° Ces êtres sont plus que des divinités tutélaires de leur tribu, v. ci-dessus p. 239. 4° Il sont généralement seulement bons et ne commettent pas des actions mauvaises, comme les indigènes savent le faire, v. ci-dessus p. 169. 5" Tout leur être va loin au delà de la représentation du type du sauvage, 1. c. p. 174.

On peut excuser Kîng en quelque manière parce qu'il ne connaît visiblement que les publications plus anciennes do Howitt. Il leur attribue une grande importance et il s'en rapporte une fois formellement aux «deepcr rcsearches of such men as Howitt», comme à des autorités absolues. Il ne pourrait donc s'empêcher, si de «tels hommes comme Howitt» font maintenant des recherches plus profondes, de leur attribuer une importance encore plus grande et de modifier en plusieurs points essentiels son exposé sur la religion australienne.

Par curiosité j'ajoute encore que King fait naître le «grand esprit» des Indiens du Nord de l'Amérique de la connaissance que ceux-ci firent avec «Sa Majesté Catholique le roi d'Espagne, avec le roi Georges d'Angleterre et le Grand Père à Washington». Car il faut savoir que la théorie de King exige que tous les dieux-uniques aient été formés d'après le modèle de la royauté terrestre. On voit combien violente est la contrainte qu'une théorie exerce même sur des hommes d'esprit.

A King revient le mérite d'avoir attiré l'attention sur des choses qui, effectivement, ne sont pas expliquées par l'animisme de Tylor, je veux dire sur cette partie de la religion qui repose sur l'activité de l'instinct de classification et de causalité. Son erreur à été de diriger son attention uniquement sur les manifestations anormales de ces instincts, tandis que les manifestations normales sont plus importantes, par rapport au temps et en elles-mêmes. C'est par suite de cette omission qu'il n'a pas apprécié à sa juste valeur la signification de la personnification qui est en relation étroite avec le fonctionnement normal de l'instinct de causalité.

3° R. R. Marett.

Comme je l'ai dit plus haut (p. 509) l'article de Mr. Marett «Pre-animistic Religion"' ne peut pas être regardé plus longtemps comme l'inauguration du

' Diiprcs iiiK' conférence tenue dans la Folk-i.ore Society. 15 nov. 1899; Foik-Lorc XI (1900), p. l()i- 18'2, réimprimée dans l'ouvrage collectif «Tlie Tlireshold of Religion- parle même auteur, I.ondon 1908, p. 1 32.

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25» P. Cl. Sclimiilt, S. V. U.,

nouveau prcaiiiiiiisiiic magique. Mais ce n'est pas seulement la chronologie par laquelle Mr. Marett se distingue de Mr. King, c'est aussi le fonds et la forme de son article qui diffère sensiblement de l'ouvrage de King. Mr. Marett lui-même dit qu'il a «recueilli à la hâte ses matériaux du peu de livres qui étaient sous sa main» (1. c. p. 163). Il fait remarquer que «pour les choses qu'on ne peut établir que d'une manière indirecte, comme le sont les premiers débuts de la pensée humaine, seul le témoignage cumulé de renseignements très nombreux. et de caractère varié peut fournir une base suffisante pour une preuve plausible» (p. 172). 11 déclare donc lui-même qu'on ne doit pas lui prêter l'intention «de dogmatiser à l'étourdi sur l'origine de la religion parce qu'il a présenté quelques formules expérimentales pour voir si elles se montreront utiles à l'un ou l'autre savant qui peut-être n'a besoin que d'une simple ficelle pour lier ensemble ses scopae dissoliitae et en faire un balai maniable, bien que provisoire» (p. 163)^ On le voit, Marett n'a rien de l'assurance et de la résolution de King. Et pour de bonnes raisons. Car les arguments qu'il allègue en faveur de sa théorie qui est, en beaucoup de points, identique à celle de King, appartiennent pour la plupart, de son propre aveu, à une époque postérieure, celle de l'animisme. Ainsi, pour le culte préanimiste des pierres, il cite quatre arguments,"' mais des deux premiers il dit lui-même: «Now, this is no longer animatism, but animism proper» ; du troisième il est dit qu'il est «transitional», le quatrième se trouve déjà «on tlie verge of Animism» (p. 175). De même les exemples du préanimisme pris dans le culte des plantes et des animaux (p. 177), du corps décédé (p. 178), de la maladie (p. 179), du sang (p. 180), sont peu satisfaisants, un «I hâve no doubt», «1 fancy» ne sont pas en état d'y remédier. C'est surtout le «horror sanguinis» dans lequel M. Marett voit une preuve convaincante de sa théorie. Il m'est impossible de saisir cela; il me paraît plutôt que même dans les premiers débats d'un raisonnement vraiment humain il était facile à saisir que le sang est le "fons vitae» d'une personne ou d'un être conçu comme personne.

Mais l'argumentation de Marett n'est pas seulement insuffisante pour sa thèse, il contribue encore lui-même positivement à la détruire. Le sentiment aussi général que possible du respect de la crainte, de l'admiration [avve, wonder], les «attributs vagues mais redoutables de la puissance» (p. 174) seraient, selon Marett, le terme de départ de la religion. Mais en même temps, continue-t-il, «il se produit, dans la région de la pensée humaine, une impulsion puissante à rendre objectif et même à personnifier ce quelque chose de mystérieux et de «surnaturel» qu'on ressent» (p. 168).

C'est, en effet, un résultat bien précieux que Marett place la personnification dès le commencement. Seulement il aurait dû s'en apercevoir que le «sentiment indéterminé» et la personnification s'excluent mutuellement; il n'y a rien de plus déterminé que l'individu personnifié et son concept. Et il ne peut pas être douteux que l'honnne primitif a eu ce concept. Il n'a pas été

' Comp. cgalcincnt la préface de .son ouvrage «The Tlireshold of Religion-, p. V'Ill ss.

' Ces quatre arguments ont été tires, par liasard du domaine des peuples austroncsicns.

En traitant la religion de ces peuples, encore dans le courant de cette année, j'aurai l'occasion de

[itrer la vraie origine de ce culte de pierres, qui n'a rien à faire avec la théorie de M. Marett.

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ce paresseux songeur tel que Mr. Marett parait se le figurer, qui se serait livré il un lourd ctonncment, à une vague crainte; dans ce cas il aurait bientôt été anéanti au milieu des adversités qui l'entouraient de tous côtés. Mais il était un rude travailleur, comme les outils préhistoriques l'attestent assez clairement, il ne se tenait pns timciis ac tnniens à la face de la nature, mais il commença hardiment à la maîtriser. Cependant ces deux choses, la confection des outils et leur emploi, comme la subjection de la nature auraient été impossibles pour lui s'il n'eût pas connu la relation entre le moyen et le but, entre la cause et l'effet, s'il n'eût pas maîtrisé d'abord dans l'intérieur de son esprit la multiplicité des choses qui l'entouraient, en les faisant plus accessibles à son raisonnement par la formation des idées universelles. Ainsi nous sommes assurés que la vie spirituelle de l'homme primitif, qui fut un vrai homme, ne se contenait pas dans les bords d'un vague étonnement et d'une peur indéterminée. Mais là, déjà, il y avait la claire lumière de la formation des idées universelles et de la connaissance des causes. Ces deux choses suffisaient pleinement à l'homme primitif pour parvenir à une vraie religion, à la connaissance d'un être suprême.

La contradiction dans laquelle Marett tombe par l'association de deux éléments si opposés, du sentiment indéterminé et de la personnification, se manifeste aussitôt quand il cite, comme exemple d'un sentiment vague de peur, la peur des Australiens du Sud-Est devant l'aurore boréale et celle des habitants de la Terre de Feu en tuant un animal, pendant que dans un cas comme dans l'autre, il s'agit de la peur bien précisée des peines portées par un être suprême personnel (voir ci-dessus pp. 219, 103)'.

Si je ne puis apprécier, à cause des raisons données ici, l'article «Preanimistic Religion» de M. Marett si hautement qu'il semble être par d'autres, je ne puis, par contre, qu'approuver pleinement, e.xcepté quelques détails, son article «From Spell lo Prayer^», qui me parait être le meilleur de tous les traités de M. Marett. Et cela non seulement pour la polémique élevée contre la théorie de Frazcr sur l'origine de la religion prise dans la magie, quoique je la croie juste sur tous les points, mais pour les recherches précieuses sur l'Origine des paroles ou phrases magiques prise dans le genre plus universel des gestes sympathético-magiques, qu'il fait dériver des gestes accompagnant le déchargement spontané et inconscient de l'affectus. Je ne puis que tenir pour une représentation vraiment classique des propositions comme les suivantes: "If, then, the occult projectiveness of the magical act is naturally and almost \ inevitably interpreted as an e.xertion of will that somehow finds its way to ! anothcr will and dominâtes it, the spell or uttered «must» will tend, I con-

' Dans la préface à son ouvrage •Tlircsliold of religion- (p. XVlll) M. MarcU, renseigné par M. Mollis, re.xceticnt connaisseur des Masais, résigne à l'exemple, cité par lui, du Ngai des Masais. et il reconnaît que c'est incorrect, puisque 'Mgai est un dieu franchement antliromorphlquc-, donc non pas un qiiiil imicterminatum. mais une personne individuelle déterminée. Je voudrais prier M. Marett d'omettre de même l'exemple du Andriamanitra des Madegasses. Car également ceUii-ci n'est pas une vague force impersonnelle, mais une personne déterminée, comme je montrerai plus tard en traitant la religion des peuples austronésiens.

' D'abord dans «l-olk-Lore- juin 19()4, p. l.î'2 (i.'), puis réimprimé dans «Tliresliold of Religion- p. 33 84.

260 1^ U. Sclniiidt, S. V. D.,

ceive, to embody tlie very soûl and life of tlie affair. Nothing initiâtes an imperativc more cleaniy, cutting it away from the matrix of thought and launching it on its free carccr, than tlie spoken word. Nothing, again, finds its way liome to another's mind more sharply. It is the very type of a spiritual projectile», (p. 61 — 62). Seulement on aurait aimé à lire expressément dans cet article ce que Mr. Marett a eu l'amabilité de m'écrire: «I hâve said in the Article "Prayer" about to appear in the new 'Encyclopaedia Britannica' that prayer may well be as primitive as anything in religion».

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