C. Th. PrcuB
«Der Ursprung der Religion und Kunst. Vorlaufige Mitteiiung von K. Tii. PreuC», tel est le titre d'un travail paru dans le «Globus»' duquel nous nous occuperons à présent. Ce titre indique assez justement le singulier mélange de définitif et de provisoire qui caractérise cette dissertation. Au grand détriment de tout le travail, ces deux éléments sont répartis assez souvent dans l'ordre inverse: le caractère du provisoire se retrouve dans les présuppositions et les preuves, la décision apodictique est mise en usage dans les conclusions. Preufi lui-même admet le caractère provisoire de son argumentation, en disant: «Je ne veux cependant fournir la preuve qu'en tant que je cite une chaîne en quelque manière continue de documents dont l'autorité est évidente en elle-même, supposé que les exemples purement explicatifs soient complétés et confirmés par les nombreux témoignages qui sont à ma disposition, et que les anneaux qui manquent encore puissent être ajoutés de la même manière»^.
Je montrerai par quelques exemples que les matériaux assemblés par M. PreuC ne forment très souvent pas «une chaîne en quelque manière continue» ; l'espace manque pour entrer dans tous les détails et cela ne rentre pas non plus dans le cadre de mon travail. Ce qui nous regarde davantage c'est l'interprétation que PreuG donne aux faits cités par lui et les principes psychologiques sur lesquels il se fonde. C'est de ceux-ci que je m'occuperai en premier lieu et de préférence, d'autant plus qu'avec eux, beaucoup plus que par les faits ethnologiques, les thèses de Preuf3 tombent ou se soutiennent.
Au point de vue formel, il y a surtout un défaut qui fait tort à PrcuB, c'est le manque de ce que j'appclerai: sens de la réalité. M. Richard M. Mcycr qui dans son article «Mythologisclie Fragen»'' s'opposa vivement à toute la
' Année 1904. vol. LXXXVI, pp. 321-327, 355-363. 375-379, 388-392; année 1903, vol. l.XXXVIi, pp. 333 337, 347-350, 380 384, 394 400, 413-419.
' Pour Otrc plus bref, je désigne p,nr A la partie de l'article contenu dans l'année 1904 du .Globus-, et par H colle de 1905.
' Arcliiv ftir Rcllgionswissenscliaft, vol. XX (190li\ p. 417 — 128.
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théorie magique, et surtout aux exagérations de PreuB, croit néanmoins que Preul3 a été, en raison de ses études, particulièrement compétent pour écrire son travail. Je crois que ceci n'est exact qu'en partie, et que la marche des études suivie par PreuB n'a pas été, sous certains rapports, un avantage pour lui, puisqu'elle le conduisit principalement par des sentiers oii les limites bien définies font défaut. L'étude des dessins d'ornamentation des Papouas et des Semangs et Sal<eis dont Preufl s'est occupé quelque temps, et les hiéroglyphes mexicains auxquels il se consacra dans la suite, sont des branches scientifiques où, en beaucoup d'endroits, les faits positifs font défaut, ce qui est une tentation à faire un usage immodéré des hypothèses ; ce sont des terrains à peine commencés à explorer, où bien souvent les lignes principales ne sont pas même tracées, ce qui mène à une liberté trop grande; ce sont des branches de la science où très peu travaillent, d'où le manque de contrôle par d'autres savants; finalement il y règne une extrême complication, surtout pour les hiéroglyphes mexicains.
Par la suite, le genre associatif, irrégulier, de penser s'est, chez PreuB, développé à un tel degré qu'il est, très souvent, tout à fait congénial à ces choses et qu'il saisit par là, il est vrai, bien des choses qui auraient échappe à d'autres. Mais, dans la même mesure, les lois psychologiques lui restent souvent cachées, ces lois qui sont pourtant toujours la base même de ces raisonnements magiques et mythologiques en apparence si arbitraires.
En effet, comme il a été dit, les principes psychologiques sur lesquels repose toute la théorie de PreuB sont d'une nature très précaire. Ils peuvent être réduits à deux groupes, dont l'un se rapporte à la formation du principe de causalité chez l'homme primitif, l'autre à la personnification et, en connexion avec elle, à la possibilité des transformations magiques.
En suivant le préanimisme jusqu'à sa dernière limite, PreuB veut examiner le premier état intellectuel de l'homme après son élévation au dessus de la brute, pour y découvrir les racines de la religion. «L'animal, dit-il, est empêché, par son instinct, de réfléchir sur des choses qui ne regardent pas immédiatement la conservation de son espèce. Le trait distinctif de l'homme, qui différencie l'homme et l'animal au point de vue intellectuel, c'est la sollicitude pour son espèce allant au delà de l'instinct. Dès que ce facteur entra en action, dès que l'instinct cessa de diriger cet être vivant, l'homme en évolution, celui-ci dut commettre une série infinie d'erreurs qui ne l'anéantirent pas dans la lutte pour l'existence uniquement parce que le principal, l'instinct et l'imitation des choses existantes, persévéra. Cette «stupidité humaine primitive [Urdummheit]'» que C. Beck (Die Nacliahmung, Leipzig 1904, p. 142 s.) ne croit pas pouvoir admettre à cause de son incompatibilité apparente avec la théorie darwiniste sur la lutte pour l'existence, est l'origine de la religion et de l'art. Car toutes les deux procèdent de la magie qui, de son côté, est la conséquence immédiate de la sollicitude de la vie allant au delà de l'instinct» (B. p. 419).
' Les passages mis en parenthèses rectangulaires [ ] donnent on le texte original d'une traduction ou une addition explicative faite par moi-même. P. G. Schmidt.