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CE QU’IL N’Y A PAS DANS L'AIR

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Le propre d’une vérité en physiologie , est da recevoir sa démonstration de divers côtés à laj Ibis.

Par l’observation directe, nous avons suivi les dilTerentes phases de l’embr3'ogénie des microzoaires, depuis l’apparition de l’ovule spontané jusqu’à son éclosion: jjrocédons maintenant à l’examen microscopique de l’air et montrons qu’ü n’est pas, comme on l’a supposé, le véhicule de germes de toutes sortes. Nous prouverons ensuite expérimentalement l’hétérogénie, après avoir fixé la résistance des infusoires ou de leurs œufs aux températures extrêmes.

L’air avait été étudié au seul point de vue de ses propriétés physiques et chimiques, lorsque MM. Moscati, Robiquet, Baudrimont et Pouchet songèrent à le soumettre à l’examen microscopique.

M. Pouchet se servit pour cela , entre autres moyens, d’un instrument de son invention, VAéroscope , qui projette l’air sur des disques do verre

CE qu’il n’t a pas dans l’air.

y concentre tous les corpuscules qu’il contient. ILorsqu’on Tient à examiner la poussière ainsi .■cueillie , on la trouve composée de nombreux Ibris de notre alimentation ou de notre industrie,

lîls que fécule, grains de silice, filaments de laine, e soie ou de coton , parcelles de terre , parcelles i e fumée, débris de plantes ou d’insectes. Quelques porcs et de rares infusoires ordinairement con- ’ ractés en boule, viennent dans certains cas comdéter ce catalogue.

Si, au lieu d’opérer dans les cités populeuses,

I >n recueille l’air dans les solitudes les plus profon- 1 les, sur les montagnes ou au milieu de la mer, on • /oit naturellement varier la nature des corpuscules iu’on en recueille.

l’origine de la vie.

MM. Pouchet , Joly et Musset qui, par des procèdes multiples et dans les lieux les plus divers ont analysé l’air, attirent tout particulièrement l’atten-

tion sur la rareté ou , le plus souvent , l’absence i’œufs d’infusoires ou de spores de cryptogames.

Ces savants eurent l’idée ingénieuse de faire, l’examen microscopique de la neige qui dans sa I chute entraîne les poussières de l’air, et ils arrive- J rent au môme résultat. j

M. Pouchet examina de môme les poussières j

CI5 cjr'iL n'v a pas dans l’air. J27

ntraiiiéos par l’air dans les os pueumatiques des iseaux et trouva leur composition parfaitement in rajiport avec celles des lieux qu’liabitent ces nimaux. La poule élevée près de nous dans nos illcs et le faucon sauvage offrent à cet égard des ifférences notables. i\Iais, — ce point est capital, — on ne rencontre pour ainsi dire jamais ni une ouïe spore, ni un seul œuf de microzoaire.

De leur côté, Tlurdacli , de P>aër, Ilensche, îlirenberg, R. Wagner, R. Leuckart et, tout ré- :emment, .feff. Wyman , Réchi, Schaaffausen et faudrimont signalent également dans rairl’absencc lormale d’œufs et de spores. « Je me hâte de dire , ijoute ce dernier oliservateur, que jusqu’à ce jour e n’ai point rencontré dans l’air que nous respi- 'ons , tous ces êtres fantastiques , tous ces monstres dont l’imagination do l’homme s’est ]du à le peupler. » « Adonné nous-mème , jiendant trois ounées consécutives , dit également M. Musset, à l’étude dos spores des champignons , nous avons pu nous convaincre que la dispersion de ces organes reproducteurs était infiniment moindre que no le faisait présumer la théorie de la dissémination dos germes au sein do l’atmosphère. » Ainsi donc , pour tous ceux qui se sont occupés de la micrographie do l’air, celui-ci ne contient que par exception, quelques œufs d’infusoires ou quelques spores de ervptogames.

l’origine de la. tie.

Dci niei enieut cepeudant , M. Pasteur, reuouve- j lant l’hypothèse des Bomiet et des Spallanzani,

1 en déclara surchargé et il motiva son opinion sur , 1 expérience suivante : On k filtre, dit-il, un volume j d ail déterminé, sur du coton-poudre, soluble dans | un mélange d’alcool et d’éther. Les fibres du coton 1 arrêtent les particules solides. On traite alors le j coton par son dissolvant. Après un repos suffisam- I mentprolongé, mutes les particules solides tombent j au fond de la liqueur ; on les soumet à quelques lavages, puis on les dépose sur le porte-objet du microscope. »

A l’aide de ces manipulations , M. Pasteur re- s connut dans l’air la présence de corpuscules « dont 1 la forme et la .structure annoncent qu’ils sont or- j ganises » mais, ajoute-t-il, « quanta afürmer que ’ ceci est une spore , bien plus , la spore de telle * espèce déterminée , et que cela est un œuf et l’œuf ] de tel microzoaire , je crois que cela n’est pas pos- i sible. » j

Voilà ce que M. Auguste Laugel , dans un livre | récent, remarquable du reste à beaucoup d’égards, J les Problèmes de la vie, appelle avoir « arrêté au I passage, touché du doigt, manié, pesé, analysé les 1 germes sans cesse suspendus dans l’atmosphère. » ^

Je crois M. Laugel convaincu , je le crois même ^ plus convaincu que le défenseur de la jianspermie dont le langage est assurément moins catégorique ; ]

CE qu’il n’y a pas dans l’air. 129 lais , je ne suis pas bien sur que M. Pasteur lui-

lême, ne l’ait pas intérieurement accusé d’étre

plus royaliste que le roi. »

Ce que le savant chimiste ne parvient pas à dis- :nguer, les micrographes chaque jour, le font ans peine aucune. MM. Turpin , Montagne , l'ulasne , Ehrenberg, Dujardin, Robin, Iloirman , ^ouchet, Joly, Musset, etc., reconnaissent parfaiement les spores ou les œufs qu’ils ont dans le hamp de leur microscope.

Que M. Pasteur ne se retranche pas dans des ntités métaphysiques ; puisqu’il voit des corpusules qui ressemblent à quelque chose d’organisé 1 ne peut plus soutenir avec Bonnet que les ger- .les sont invisibles et d’une transparence tellement larfaite que la lumière les traverse sans réfraction, ioutenir d’ailleurs, qu’il existe dans l’air des œufs l’infusoircs ou des sjiores de cryptogames , mais u’ils sont trop petits pour être aperçus , c’est ■vouer qu’on ne peut rien savoir de leur c.xisence.

Que M. Pasteur cosse donc de se maintenir dans e vague , qu’il découvre dans l’air les œufs paraitement connus et décrits des infusoires ciliés, u’il y montre les grains de levure do bière qui ont fort visibles et dont on connaît les dinumsions.

Les panspermistes sont vraiment remarquables lar leurs dissidences et leurs contradictions.

Bonnet croit que les germes des animalcules ou des plantes des infusions proviennent du corps putrescible ; ailleurs , il professe avec Spallanzani qu’ils viennent de l’air ; Ehrenberg pense qu’ils sont apportés par l’eau ou les substances que l’on met à infuser. Ceux qui soutiennent la panspermie aérienne ne s’entendent pas davantage : les uns disséminent les germes partout, les autres avec M. Pasteur les font parcourir l’atmosphère sous forme de zones, de veines, de nuages. C’est toujours la panspermie , mais la panspermie revue, corrigée et considérablement diminuée.

Affirmer que l’air est d’une manière ou d’une autre , encombré de germes , ce n’est pas le prouver et M. Pasteur qui a le secret de les découvrir eût dû se rendre à la prière des micrographes qui le mirent en demeure de les leur montrer? Ceci eût clos le débat. « Qu’on me permette à ce sujet, dit M. Pouchet , une comparaison triviale mais décisive cependant. Que penserait-on d un savant qui viendrait dire que l’atmosphère est partout encombrée d’une infinité de graines de pavot , de chénevis ou do lentilles, et qui, cependant, ne pourrait jamais en mettre une seule sous les yeux de personne? on lui tournerait le dos et en souriant Eh bien! le cas est absolument le même.

Les spores et les œufs des organismes qui nous occupent, ont des diamètres qui varient de 0'""',006

CE qu’il n’y a pas dans l’air. 131 0,04; aussi, nos microscopes nous les font-ils percevoir du diamètre des graines que je viens e citer ; c’est même une observation grossière, -lors , quiconque dira à un micrograplic e.xercé :u’il y en a dans l’atmosphère sans pouvoir les lui lontrer, se fera également tourner le dos. »

Mais, ces fameu.v germes que M. Pasteur a :ontres à tout Pari.<i (les micrographes e.xceptés), ! docteur J. Lemaire crut un jour les aA'oir saisis ans l’atmo.sphère. Ce savant, recueillit dans des ibes la vapeur d’eau qui s’exhalait de la surface e deux étangs marécageux de la Sologne, celle U .Jardin des Plantes qui est, on le sait, voisin e la rivière de la liièvre et contient des collections 'eaux stagnantes, celle enhn de Romainville. Il ondensa cette vajicur par le froid et examina en- Liite sa composition. Au moment de sa condeiisa- 011 , le liquide contenait des cellules de diverse.s imensions , des spores et des petits corps semiansparents de formes différentes , des débris véstaux, des grains d’amidon, de la poussière ; et, eux jours apres , il était peujile de microzoaires . de microphytes.

Bien avant M. Lemaire, un grand nombre d’ob- 3T"vateuis a\ aient constate tlaiis la vapeur qui s’é» ^ve des étangs, des eaux stagnantes et des inaréiges, la présence d’une quantité notable de niaère putrescible. Qu’y a-t-il donc d'étoniiant

l’origine de la. vie.

qu’elle produise, au contact de l’air, des protoorganismes animaux et végétaux ?

Les spores de beaucoup de mucédinées sont connues ; pourquoi M. Lemaire ne siguale-t-il pas celles qu’il rencontre ?

Il ne fait pas figurer dans son énumération la levure agrostique qui se rencontre toujours dans les marécages ! Ses petits corps somi-transparents . ovoïdes ne sont très probablement pas autre chose, j et comme les grains de levûre germent et devien- j lient des mucédinées, nous ne trouvons rien d’étonnant à ce que le liquide se soit peuplé de végétaux.

Il ajoute que l’eau recueillie en Sologne était riche en proto-organismes ; que celle du Jardin des Plantes en contenait moins et que dans celle de Romainville , qui est un endroit salubre, les microphites étaient rares. Tout cela est évident. Plus le liquide est ]>utrescible, plus la faune et la flore obtenues par genèse spontanée sont abondantes et . ont de durée .

Mais, quand M. Lemaire aurait constaté (ce qu’il n’a pas fait) la présence des œufis de tels infusoires, des spores de telles mucédinées dans la vapeur qui s’exhale d’un étang marécageux où ils pullulent, qu’y aurait-il encore là d’étonnant? L air qui avoisine les forêts de Pins et de Sapins est.» riche en grains de pollen, au moment de la llorai- ‘

CE qu’il n’y a pas dans l’aiu. 133 <on de ces arbres ; est-ce à dire qu’il en contient lonnalement et partout?

A l’heure qu’il est, aucun micrograplie ne jieut donc se vanter d’avoir trouvé dans l’atmosphère tes germes des innombrables organismes qui peuplent les infusions. Pas même M. de Quatrclages. qui crut reconnaître dans l’air, des œufs d’une extrême petitesse: car, iNI. Pouchetlui apprit qu’il n’avait affaire quà des grains de fécule de diverse taille, à des granules de silice et à des granules calcaires devenus transparents par leur immense ténuité.

Les grains dcsilire ont tout à fait Vapparence <hpell(s evufs ; mais M. Pouchet s’est assuré de leur nature par une ojiératiou fort sim])lc. Il les porte a la température rouge, dans un creuset do platine, puis il les traite par l’acide hydrochloriciuc. Ils sortent de cette épreuve parfaitement intacts et avec leur aspect oviforme.

Nous rapportons également à ces granules de silice ceux des petits corps semi-transparents de M. Lemaire, qui sont sphériques, de môme que nous avons rapporté ceux qui sont ovoïdes à la levure agrostique. Nous y sommes d’autant jilus autorisé que cet auteur constate dans son licpiidi' une certaine quantité de poussières.

La fécule entre en ])roportion considérable dans les poussières qui flottent dans l’atmosjihère des

l’origine de la vie.

cités populeuses. MM. Pouchet, Jolj, Musset, Robiu l’ont parfaitement démontré, et M. Pasteur l’a admis.

Elle s’y offre môme sous trois états différents : normale, panifiée et bleue.

La fecule normale, facilement reconnaissable à la piopriete qu elle possédé de bleuir l’apidemenl au contact de l’iode et a celle de polariser la lumière, se rencontre, ainsi quel’a signaléM. Charles Robin, jusque sur notre peau, libre ou adhérente aux lamelles qui en forment l’épiderme. Elle est parfois si abondante, que M. Pouchet en découvre une trentaine de grains sur les ailes de chacune de nos mouches et eu trouve parsemée chaque feuille des arbres de nos jardins.

Naturellement, dans les grandes villes, c’est surtout a l’état de fécule panifiée qne nous la renconcontrons ; elle est alors composée de grains plus gros, souvent éclatés et agglomérés parla euissou. L'iode, enfin, la colore moins fortement.

Parfois aussi , des graius de fécule d’un beau bleu et de taille moyenne apparaissent sous le champ du microscope. Doivent-ils leur coloration à l’iode dont M. Chàtin a signalé la présence dans l'atmosphère ?

D’après ce qui précède, il est donc de toute évidence, pour un esprit non prévenu, que, normalement, l’air ne contient ni œufs ni spores, et que

CE qu’il k’y a pas dans l’air.

■si jamais uu obsérvateur est tenté de soutenir le I contraire, il est, avant tout, tenu de les montrer.

Mais, l’auteur^^ d’un. Essai' fort remarquable sur niistoii-e (les fermerits, M. Ch. de '\’’auréal, se demande si dans l’air, où il est bien constaté qu’il n’y a ni œufs ni spores, il ne pourrait pas y avoir encore des permes ?

Je ne sais vraiment ce qu’entend jiar là M. de Vauréal ; on nomme (jerme le rudiment d’un nouvel être, la juirtie de l’ovule qui, après la fécondation, deviendra l’embryon, et si Bonnet et Spallanzani pouvaient, d’une manière générale, emjiloyer cette expression comme synonime de corps reproducteurs à une éjioquc où l’on ne connaissait ni les œufs des micro/.oaires, ni les spores des cryptogames microscopiques, elle est aujourd’hui saus signification aucune.

Les phanérogames, dit M. de Vauréal, produisent des graines ; mais les cryptogames se reproduisent par des germes. A quoi servent donc les spores?

La notion du germe est assurément une notion positive eu jihysiologie, mais elle est inséparable de celle de l’ovule ; il n’existe pas de germe sans ovule et rien n’autorise à les isoler.

D’ailleurs, nous pourrons supjjoscr la présence daus l’air de ce cpielque chose d’indéfini , lorsque nous interpréterons jilusieurs expériences, et nous

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verrous quil est impossible de lui faire jouer le

moindre rôle dans les expériences d’hétérogénie.

« Depuis que j’ai quitté le maillot classique et qne je pense un peu par moi-même, écrivait dernièrement un savant professeur de la Faculté de Médecine de Paris, je me suis rangé parmi les partisans de la génération spontanée, et la seule chose qui me surprenne, c’est qu’il y ait de bons esprits capables d’accepter l’invention ridicule de la panspermie. » Invention ridicule, en effet; doctrine fondée sur une raison de commodité (Montesquieu); Faux fuyant, hypothèse du juste milieu (Ch. Musset).

D ailleurs, « c est a celui qui affirme une proposition de la prouver. Celui devant qui on l’affirme n’a qu’une seule chose ci faire : attendre la preuve et y céder si elle est bonne. On serait venu sommer Buffon de donner une place, dans son Histoire naturelle, aux Sirènes et aux Centaures, Buffon aurait répondu : Montrez-moi un spécimen de ces êtres, etjeles admettrai ; jusque-là, ils n’existentpas pour moi. — Mais, prouvez qu’ils n’existent pas. — C’est à vous de prouver qu’ils existent. — La charge de faire la preuve, dans la science, pèse sur ceux qui allèguent un fait. » (Renan. — Les Ajmtres.)

Entité métaphysique, rêve charmant d’un autre ilge, l’hypothèse de la Panspermie est donc une de ces idées abstraites, imaginaires, qui n’ont de réalité que dans l’organe cérébral de ceux qui leiî émettent.

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