LES
PÏ|ÉTE)S[DUS IJ^^^COyvlBUSTIBLES.
La Pazzia. regina del mondo, s’écriait Erasme, U tcmjis cio la Scolaslirjue, La Folie est la reine da ■londe. La reine du monde aujourd’liui, c’osi la Icience. Elle domino tout : morale , jiolilicjuc , héàtro, roman, religion. « Le pouvoir do la science — a dit Napoléon — fait désormais partie de la ■cience du pouvoir ;■> ; l’art dramaticpic, dans pluleurs pièces récentes, ajtpollc également la science . son secours, et les religions elles-mc^mos lui nendient dos preuves à l’appui de leurs textes, ilais la science, cllo-mèmo, n’a toute sa force cjue légagée du merveilleux dont on se plaît encore à ’cntourcr.
On s’est ajcpliqué, dans ces derniers temps, à dgnalcr comme un des caractères du siècle l’cn- ’ahissement du roman par les sciences. Les diHnes de Walter Scott. d’Hugo, de M“'‘ de Staël.
t’ORIGINE DE LA VIE.
de Th. Gauthier, do Georges Sand; que sais-je encore, de Flaubert, de Bouilhet, d’ About lui-même, ont, en effet, accueilli à l’euvi l’élément scientifique, C’est l’esprit de l’époque. Les faits, pour arriver aux masses, revêtent toutes les formes, tous les déguisements imaginables.
En revanche, l’introduction du roman dans la science a été rarement mise en relief, peut-être parce qu’elle est de tous les temps. On a fait des livres avec les erreurs et lespréjugés populaires, on ferait des bibliothèques avec les erreurs et les préjugés scientifiques. Quel que soit son caractère, il semble que l’homme soit fatalement conduit à rechercher l’illusion et le paradoxe ; il lui faut le roman ; chaque jour, nous le voyons improviser la . science qui ne s’improvise point.
« La science, dit M. Lucien Platt, a ses romans . comme l’histoire ; c’est au public à discerner la vérité. Quand, par exemple , Alexandre Dumas raconte que Louis XIV a été mis traîtreusement à la ^ Bastille par une intrigue des amis de Fouquet, les commis en nouveautés peuvent le croire ; les gens instruits s’aperçoivent bien vite que le spirituel romancier veut rire , mais ils poursuivent leur ; lecture, parce que « tous les genres sont bons, hors le genre ennuyeux. »
Je ne parlerai pas de l’introduction, dans le domaine de la science, des fable.s théologiques. Le
.enips est venu où, eu pareille matière, on lit et lasse outre. Entre une vérité métapliysique et une l'érité scientifique, il y a un abîme.
Mais la médecine fournirait, à elle seule, la madère de mille volumes à qui voudrait dresser le catalogue des conceptions les plus romanesques dont le cerveau de l’homme puisse être le laboratoire, et le merveilleux ne fait pas non plus défaut dans les œuvres des naturalistes.
Bonnet, jiar exemple, est convaincu que chaque être est une petite terre où il aperçoit en raccourci toutes les espèces de plantes et d’animaux qui s’ofrent en grand sur la surface du globe. « Un chêne me paraît, dit-il, composé de plantes, d’insectes, de coquillages, de reptiles, de jioissons, d’oiseaux, de quadrupèdes, d’hommes même. Je vois monter dans les racines de ce chêne, avec les sucs destinés à sa nourriture, des légions innombrables de germes. Je les vois circuler dans les difTérents vaisseaux, se loger ensuite dans l’épaisseur de leurs membranes pour les augmenter en tous sens. » Folies , dira-t-on, et reléguées dans des œuvres enterrées à jamais. Erreur. Ce sont ces hommes dont les adversaires de la génération spontanée exhument pour la plupart, aujourd’hui encore, l’autorité, en encombrant l’air de germes [métaphysiques.
Toute bibliothèque un peu complète possède le
uo
l’origine de la vie.
Mnndus subtcrraneus du P. Kircher, œuTre d’une érudition très grande et dédiée au pape Alexandre VII. Il y a beaucoup à apprendre en ce livre, , ne fùt-ce qu’il suffit d’ensemencer la terre avec • des serpents pulvérisés pour récolter une moisson de ces animaux, et que des fragments de tiges de ' certains végétaux, en tombant dans leau, s’y trans- . forment en animaux divers. Il est vraiment en- ■ rieux de jeter un coup d’œil sur les figures dont ‘
il accompagne son texte ; de voir avec quelle exactitude il représente les expansions en forme do pattes qu’il fait naître symétriquement de chaque coté de ces tiges, dont les extrémités se métamorphosent simultanément en tête et en queue. Tout cola, il l’a vu, bien vu, et il est aussi sincère que le jésuite Lapide qui affirme sérieusement avoir vu la manne tomber du ciel. C’est que les Bons Pères, en plus d’un point, n’y voient pas comme tout le monde.
Nous voilà naturellcrnent amenés à parler des
r.KS l’RÉrKNL'US INCOMUUSTIULES. ili
RésurrectioüS qui ont soulève, daus ces deruiei’s •emps, une polémique comme Thistoirc des sciences ■su offre peu d’exemples. Depuis deux siècles, il Vest coustammeiit trouvé des hommes qui, iu- ,-estis du pouvoir d’Esc ulape, ressuscitèreut des morts aussi facilemeut que le P. Kircher faisait des inimau.x avec des bouts do l)ois. Pour cela, il Icui suffit de les cuire jusqu’à ce qu’ils ne possèdent dus la moindre humidité, et de les noyer ensuite vvcc toutes sortes de précautions; ils reviennent infailliblement à la vie. « Le Lazare microscopique renaît », pour nous servir de la spirituelle e.xjiression de M. h. Figuier, que nous regrettons de voir ainsi d’un mot, prendre rang juirmi les vulgarisateurs du mcrveillou.x. Nous ferons la môme remarque relativement au I)^ Ilœtcr, dont tout le monde sait apprécier la science et le haut mérite, et qui, daus ses F.tudcs familières de la Kalure, ])arle encore « d’ôtres qui ressuscitent apres leur mort. »
Leuwenhoek raj)porte avoir vu des rotifères se ranimer aju’ès être restés dans du sable sec pendant presque deux ans de suite ; Baker copie I,cuwenhock ; Spallanzani reprend le fait, consacre tout un chapitre do Opuscules de phtisique animale et vcqclale à ce singulier j)hénomènc et Doyère. enfin, le remet à l’ordre du jour en IH-Pd.
.le lis daus les Souvenirs d’un Nuturalislc , de
M. de Quatrefages : « être singulier, qui ne peut vivre que dans l’eau et habite pourtant la mousse de nos toits , qui meurt chaque fois que le soleil dessèche sa retraite , pour ressusciter aus^tôt qu’une ondée de pluie fait pénétrer jusqu’à lui le liquide nécessaire à son existence et qui peut ainsi employer plusieurs années à dépenser les dixhuit jours de vie que lui départit la nature. »
Qu’est-ce que l’imagination , cette folle du logis, ne s’est pas plu à accepter sans examen? Combien d’auteurs , citent ce phénomène merveilleux, mais combien peu disent : j’ai vu , j’ai vérifié?
Il est vrai que M. de Quatrefages qui, je ne sais pourquoi , fixe à dix-huit jours la durée de la vio des rotifères , a , depuis , annoncé qu’il n’avait
employé les mots « mort » et « résurrection», que pour se conformer à rus.igc ; mais, qu’il admet encore chez le rotifèrc [larfaitemcnt sec, i- un fil de vio », une « vie latente. » M Doyère dit « mort virtuelle, potentielle. »
•:< Une vie très-faible, très-petite, avait pourtant dit iSpallanzani , sur l’autorité diupicl on s’ajipuie, est toujours une vie , et entre elle et la mort il y a une distance immense , comme entre l’Etre et le non- Etre. » Et lorsqu’il vient à sc ticmander s’il no serait pas jiossiblc que les animaux morts en apparence , conservassent une étincelle de vio, il finit par conclure que dans ces êtres, devenus secs et maigres, la vie est « entièrement perdue. »
Le vocabulaire dos résurrectiounistes que nous sommes loin d’èpuiser, (on a aussi parlé do synco-
]ies, de léthargie, de catalepsie ), est on le voit
assez chargé et ne lirille pas par la clarté.
Nous avons essayé, ainsi . que i\EM. Pouchet et Tincl de ramener la question à des termes précis que les savants qui sc sont occupés avec nous de ce sujet, ont du reste acceptés. Il no s’agit donc plus que de savoir si des animaux qui, en état d’activité, dans l’eau ou dans la terre humide , ne présentent rien de spécial sous le rapport pliysiologiquc, peuvent sc ranimer au contact de l’eau, lorsque, par l’évaporation , on les a amenés à un état de dureté et d’immobilité complètes.
II faut bien avouer que si, depuis Spallanzani , la reviviscence a rencontré de nombreux et puissants adversaires , l’opinion générale de l’époque actuelle (en France, du moins) , est en sa faveur.
Les travaux de Schultze et de Doyère sont venus , dans ces derniers temps, lui donner une importance qu’elle était loin d’avoir avant eux ; le remarquable Mémoire de M. Davaine , sur l’Anguillule du blé niellé , confirma leurs opiuions, et enfin, le savant Rapport de M. Broca , tout en restreignant énormément la réviviscence, ne l’a pas moins posée à la hauteur d’un fait.
Devant l’opinion de savants aussi justement estimés, nous aurions reculé, sans doute, à e.xprimcr la nôtre , si, d’une part , nous n'avions dans notre camp des noms également célèbres, et si, ensuite, nous ne trouvions une excuse suffisante dans le droit universel au libre examen.
Aujourd’hui que les points en dissidence sont nettement formulés , tout malentendu est devenu impossible , toute polémique est heureusement hors de saison.
Ainsi que le dit M. Broca, le débat se trouve concentré sur un seul point.
« Un corps desséché aussi complètement que jiossiblc , par des moyens artificiels , est-il privé do vie ? Oui répondent d’une commune voix les biologistes des deux camps.