I.KS PRKTKNni'S INCOMBL'.STIBLES. il
» Mais ce corps , hydraté de nouveau, peut-il reprendre la vie qu’il a perdue? C’est ici que surgit la controverse.
» M. Doyère dit ; lorsque l’expérience est faite avec les précautions convenables, lorsqu’on procède d’abord à la dessiccation, ])uis à l’huinectation avec assez de lenteur et de circonspection, le corjjs le plus desséché ])cut conserver encore sa propriété de réviviscence.
MM. l’ouchet , Pennetier et Tincl disent an contraire ; aucune ]irécantion cxjiériinentale ne peut soustraire un animal aux conséquences ordinaires de la dessiccation , et lorstiu’une fois il est bien desséché , rien désormais ne peut lui rendre la vie. »
Nous prétendons que rentretien de la vie, nécessite la présence <le l’eau et (juo la mort « définitive est le résultat de son absence « absolue. » N'uus croyons avec M. liroca que l’animal dcssi'‘ebé a perdu, en même temjis que les manifestations de la vie , la forme, la dis])osition , le volume et jusfju’à la constitution mob'culaire do scs organes ; mais ce que nos expériences ne nous jiermettent point d’admettre, c’est (]uc l’humidité puisse rétablir non-seulement les fonctions éteint(‘s, mais l’état anatomique ])rofondémcnl altéré
Nous avons jusqu’ici démontré l’hétérogénic par l’observation directe et l’expérience à ciel ouvert;
l’origine de la vie.
rien ne venait entraver la marche des phénomènes, la plus surprenante fécondité se rencontrait partout où nous mettions la matière organique dans des conditions favorables.
Mais, la force organisatrice que possède la matière organique, propriété immanente, car Matière et Force sont identiques, est tellement puissante, que la genèse spontanée se produit encore, quoiqu’avec moins d’intensité , lorsque nous en troublons, dans une certaine mesure, les manifestations par des agents destructeurs.
Naturellement, les adversaires de l’hétérogénie, les Panspermistes, comme on les appelle, ont affectionné ce mode d’expérimentation, et comme ils admettent que partout où la vie apparaît, elle dérive de germes qui ont bravé la destruction, ils se sont vus dans l’obligation, à mesure que l’expérimentation devenait plus rigoureuse, d’étendre chaque jour davantage la résistance vitale de leurs œufs ou de leurs semences.
Nous devons donc, avant de continuer notre démonstration de la genèse spontanée, parles expériences en vases clos, fixer rigoureusement la résistance que les Microzoaires et les Microphytes présentent aux températures extrêmes, sèches ou humides.
Depuis un siècle et demi, la question des « Reviviscences » divise le monde savant, et, il faut le
LES PRÉTENDUS INCOilBÜSTIBLES. 147
dire, des noms également célèbres figurent dans les deux camps.
Mais, bien loin de rester dans le domaine des faits, un grand nombre d’observateurs se laissèrent malheureusement entraîner par des considérations theologiques ou philosophiques , à nier ou à accepter à priori les assertions de leurs prédécesseurs. Souvent ils se sacrifièrent même aux idées et aux exigences de l’époque à laquelle ils écrivaient. Ne voyons-nous pas un Foutana, l’im des promoteurs des résurrections, reculer épouvanté devant les conséquences qui en découlent. «Il n’ose point écrire sur ce sujet, dit Dupaty, il craint d’être excommunié : tout le pouvoir du grand-duc ne le sauverait pas. »
La découverte des animaux qui ont servi à eclairer la grande et complexe question qui nous occupe, date de l’emploi du microscope.
Le premier m.crographe, Leuivenhoek, découvre en 1 /01 le Rotifère, et dès le début de la question,
ni met son nom en tête de la liste des anti-résur- I rectionnistes.
Mais, nnooes plus tard, Nccdliam
ttrouve les auguillules do la aielle et signale cl.cn ■elles la propriété de reviviscence.
En 1776, Spallanzani découvre les Tardigrades ■et les Anguillules des toits; il fait sur eux de nombreuses expériences de revivification et ini-
prime le plus remarquable ouvrage du siècle dernier sur cette question.
Les écrits du savant de Pavie trouvent d’abord de nombreux prosélytes; le phénomène de la revivification est presque unanimement accepté; lorsque Bory de Saint-Vincent et Elirenberg vien-
nent, en rinfirmant, jeter le doute dans les esprits et appeler sur lui de nouvelles recherches.
De nouvelles expériences paraissent , en effet . Dugès en 1838 et Diésingen 18.51, professent l’opinion d’Ehrenberg et de Bory de Saint-Vincent.
Mais les écrits de Spallanzani sont confirmés par Doyère en 184L^ dans un mémoire , devenu célèbre, sur les Tardigrades, et par M. Davame, en 18.56, dans son remarquable travail sur les Anguillulcs de la nielle. Ces deux savants, par leurs dé- •couvertes, donnent une grande extension au phé-
iiomène. De son côté, Dujardin, après avoir formulé sa théorie du sarcode, se proclame naturellement résurrectionniste.
La question en était là, lorsque la presse scientifique, au commencement de 1859, vint porter de nouvelles atteintes aux écrits de Spallanzaui et de ses successeurs. MM. Pouchet, dans ses Recherches et ses Nouvelles expériences sur les animaux pseudo-ressuscitants ; Tinel, dans différents Mémoires sur les Rotifères et les Tardigrades des toits , et l’auteur de ce livre, dans plusieurs Mémoires sur ces mômes animaux ainsi que sur les Anguillules des toits, ont été amenés, après de nombreuses expériences, à nier de nouveau le principe des reviviscences.
L’auteur du Mémoire de 1842 revint soutenir que ces animalcules « peuvent supporter une température qui peut aller jusqu’à 150 degrés centigrades, sans perdre la faculté de revenir à la vie lorsqu’on les réhumecte > ; et bientôt M. Gavarret, tout en restreignant les conclusions de ce dernier, adhéra cependant au principe biologique qu’il avait soutenu. Il réduisit à 110 le nombre de degrés auxquels peuvent résister les animaux, et conclut que « la température à laquelle l’altération des matières organiques s’effectue, est comprise entre 110 et 115 degrés centigrades. >
Les discussions qui, depuis 1701, séparaient sur
l’origine de la vie.
ce sujet les savauts en deux canijis bien tranchés, devinrent plus vives que jamais, lorsque les deux partis se donnèrent, en 1860, rendez-vous devant une société savante pour y répéter leurs expériences. La Société de Biologie de Paris qui accepta cette mission, en institua, de sou côté, de nouvelles et restreignit encore les conclusions de M. Gavarret.
Les savants qui se sont occupés de cette importante question de physiologie générale ont donc successivement restreint les prétentions de leurs prédécesseurs. M. Doyère lui-même , en expérimentant devant la Société de Biologie, essaya de ranimer des animaux chaufTés à 120 et à 140 degrés et il échoua; il ne dépassa pas 98.
Nous avons alors, dans un nouveau travail : De la Reviviscence et des Animaux dits ressuscitants, fait connaître (en résumant le savant Rapport de M. Broca) les résultats obtenus par la Société de Biologie,* et nous avons exposé nos récentes expériences sur les jioints où elle était restée en dissidence avec nous.
Les conclusions de la Commission, composée de MM. Balbiani, Berthelet, Broca, Brown-Séquard, Dareste, Guillemin et Ch. Robin, portent successivement sur les animalcules — exposés à l’air libre, à l’ombre ou au soleil ; — exposés aux agents physico-chimiques ; — soumis à des changements brusques de température ; — soumis à la tempérarature de 100 degrés.
L’exposition prolongée à l’air libre, dit la Commission, constitue pour les animaux reviviscents une épreuve très dangereuse (Pouch. , Penn., Tin,) et détruit en ]ieu de mois leur propriété de reviviscence.
Les Rotifères et les Tardigrades peuvent être soumis à un froid de 17 degrés, puis exposés subitement à une chaleur de 78 degrés, et subissent ainsi, instantanément, un changement de 95 degrés de température, sans perdre leur propriété de reviviscence. (Pouch.)
Enfin , au milieu d’un grand nombre d’expériences diverses, la Commission n’a jamais pu revivifier d’anguillules des toits ; elle en a vu seulement se ranimer une , adulte , chauffée trente minutes à 78 degrés. Mais, M. Broca fait avec raison remarquer que M. Davaiue a toujours vu périr les anguillules de la nielle à 70 degrés, et que nous, qui avons vu une fois se ranimer une toute petite anguillule des toits à cette température, n’avons jamais pu la dépasser. 11 ajoute que l’anguillule que nous avons revivifiée était toute jeune, et que la sienne , au contraire , étant adulte , il n’oserait affirmer que des anguillules plus petites et plus jeunes auraient pu résister à 78 degrés. Le maximum de la résistance vitale de ces animaux aux températures élevées, d’après le relevé de nos expériences, est, en effet, de 70 degrés, et nous l’a-
l’orïginb db la vie.
vons porté théoriquement à 75 pour u’être pas accusé , dans des recherches ultérieures , d’être au dessous du vrai.
M. Ferez qui, dans ses Recherches sur les Anguil- Inles terrestres a cru trouver, six ans après nous, que cet animalcule ne pouvait être impunément desséché et que lui soustraire l’humidité, c’était lui enlever infaillihlement la vie, voudra donc bien se reporter à la liste bibliographique qui termine ce volume, il y verra qu’entre les travaux de Dujardin et les siens, il y a plus d’un Mémoire dont la lecture aurait pu abréger ses recherches.
Mais, d’après les termes précis du débat soumis à la Société de biologie, la Commission a été principalement instituée pour vérifier l’expérience du chauffage à 100° pendant 30 minutes, e.xpérience fondamentale et qui devait servir de base aux conclusions du Rapport.
Or, des expériences faites par la Commission, à cette température et avec l’appareil ci-dessous, conçu d’après les indications de M. Berthelet etadopté par M. Pouchet, tous les Tardigradb.s, comme toutes les Anguillules, sont sortis absolument morts, et, sur quatre-vingts Rotifères, ONZE seulement ont été vus exécuter des mouvements d’ensemble.
Ces résultats successifs, obtenus à mesure que les moyens d’expérimentation se perfectionnaient.
sont bien dénaturé, ce nous semble, à jeter quelques doutes sur ce que Spallanzani appelle « la
vérité la plus paradoxale que puisse offrir l’his- I toire des animaux. »
Nous avions soutenu, MM. Pouchet, Tinel et moi, que ni anguillules, ni tarcligradcs, ni rotifères, ne résistaient trente minutes à la température seclie de 100 degrés. Or, si les conclusions de la Société de Biologie, nous donnent raison pour les deux premiers, (ce qui nous dispense de reproduire ici nos espériences sur ces animaux), la Commission nous oppose, relativement aux Ilotifères, les quelques individus (il sur 80), qui paraissent avoir, dans son expérience, bravé cette température. Il importe donc que nous donnions la clef de ce résultat positif.
Après avoir laissé pendant une heure vingt -etune minutes, ces animaux exposés à une température variant seulement de 60 à 65 degrés, elle leur a fait franchir 40 degrés (de 60 à 100) Qn dix minutes seulement, tandis que, dans nos recherches antérieures, nous ne montions graduellement, ainsi que MM. Pouchet et Tinel, que de 6 à 10 degrés par heure, c’est-à-dire que nous mettions plusieurs heures à atteindre une température qu’elle n’a mis que quelques minutes à obtenir. Il est, en effet, de la plus haute importance de s’assurer que tous les animalcules, ceux de la superficie comme ceux du centre du terreau, ont bien acquis la température voulue, ce qui n’a pas dû certainement arriver dans l’expérience de la Commission.
Cette seule objection suffirait, ce nous semble,
LES PRÉTENDUS INCOMBUSTIBLES. 155 pour infirmer, jusqu’à nouvelles preuves, l’arrêt de la Société de Biologie relatif aux rotifères. C’est pourquoi nous avons répété de nouveau, au mois d’octobre 186Ü, cette expérience de chauffage à 100 degrés, en nous conformant toujours aux exigences de nos adversaires.
Parmi ces dernières, figure celle de n’expérimenter que sur des espèces qui vivent dans les lieux exposés aux alternatives de sécheresse et d’humidité ; celles qui vivent constamment submergées, ne possédant pas en effet, au dire des résurrectionnistes eux-mêmes et de M. Davaine en particulier, la propriété de reprendre les manifestations de la vie après avoir été déchessées, même pendant un court espace de temps.