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DERNIER REFUGE DES PANSPERMISTES

Le 22 août 1863, MM. Poucliet, Joly et Muss('l partaient de Barjnèrcs-de-Luchon, accompagnés diguides et munis de provisions de toutes sortes. Ils parcoururent d’abord un chemin ricliemeni ombragé; puis, rasant les bords d’énormes précipices ils parvinrent au port de Vénasque, franchirent les frontières d’Espagne, se dirigèrent à travers les blocs chaotiques, les troncs d’arbres brisés par les avalanches et gagnèrent ainsi le ])lateau de la Renclusc au pied du Mont-Maudit.

Epuisés de fatigue ils s’arrêtèrent, mirent plusieurs expériences en train et passèrent la nuit dans un creux de la montagne. Au lever du jour, ils so remirent en route au milieu des rocs dénudés, pour gagner les sommets glacés de la montagne Maudite, l’uuc des cimes les plus élevées des Pyrénées espagnoles.

Ayant atteint le but de leur ascension, ils s’arrêtèrent sur les hautes collines de glace séparées

l’origine de la. vie.

par des crevasses profondes, de la véritable Maladella et, après avoir mis en train une nouvelle .série d’expériences ils songèrent au retour.

Chargés de leurs matras au long col effilé et de nombreux ballons remplis de l’air et de l’eau do neige et de glace, de l’eau des lacs et des torrents de la Maladetta et de la Rencluse, ils redescendirent les rochers escarpés au milieu d’un violent orage, par une pluie battante et sur un sol glissant. Enfin, le port de Vénasque franchi, il.s aperçurent le ciel de France et sans encombre, regagnèrent Luchon.

Quel motif avait poussé ces trois savants à s’élever ainsi jusque dans les régions glacées des neiges éternelles? Un seul, contrôler juir l’expérience une nouvelle affirmation de leur adversaire .

« Partout, 811-10(07110711 partout, avaient dit les liétérogénistes, l’air est constamment fécond.» «L’air ambiant, répond M. Pasteur n’offre pas, a beaucoup près, aiioc continuité, la cause des générations dites spontanées et il est toujours possible do prélever, dans un lieu et à un instant donnés, un volume considérable d’air n’ayant subi aucune espèce d’altération physique ou chimique, et néanmoins tout à fait improjirc a donner naissance a des infusoires ou a des mucoriuées. .»

Ainsi donc, l’atmosphère n’est plus, comme

DERNIER REFUGE DES PANSPERMISTES. 259 dans i’h}-pothèse de la dissémination universelle, de toutes parts encombrée de germes, mais ceux-ci n’en existent pas moins, et, resserrés dans d’étroites limites, ils la parcourent sous forme de veines ou de nuages.

En présence du nombre considérable d’expériences entreprises par eux dans les lieux les plus divers, à la surface du sol, eu pleine mer, dans les cavernes ou dans les montagnes, les liétérogénistes ne sauraient protester avec trop d’énergie contre une telle affirmation. M. Figuier s’écriait, le jour de la naissance de la semi-panspermie, qu’il craignait bien que les nouvelles expériences de 1\I. Pasteur ne tournassent contre lui ; le lendemain prouva que ses craintes étaient fondées.

Partout, en effet, l’air est constamment fécond et l’aeVo^cope n’y décèle que par exception, la présence d’un œuf ou d’une spore. Il devrait cependant, dans l’hypothèse de la jianspermie , en contenir un nombre prodigieux piüsqu’au contact d’un seul décimètre culio d’air, il se développe toujours dix fois plus d’animalcules qu’il n’y a d’habitants sur le globe !

« Des expériences décisives, dit le D' Pouchet, m’ont môme démontré qu’eu mettant succcssivcmeyit le même air avec dos substances diverses, celles-ci, tour à tour, produisaient des générations d’animaux ou de plantes absolument s])écialcs. Et ces

L^(JÜ

curieuses reclierclics peuvent être prolongées autant qu’on A'eut ; elles n’ont de bornes que dans l’altération chimique de l’air. Un centimètre cube d’air a été mis successivement en contact, à l'aide de ]irécautions convenables, avec une macération de viande, et a produit des monades; avecune macération d’asperges, des bactéries ; avec une macération de foin, des colpodes ; enfin avec de la colle, des pénicilliums. »

Quelles sont donc les raisons invoquées ])ar M. Pasteur à l’appui do sa nouvelle hypothèse pansperiniste? Le résultat tantôt négatif et tantôt positif d’e.vpériences e.vécutées en des endroit.s divers de la surface du sol, dans les caves de l’Observatoire ou à diserses hauteurs.

Le savant chimiste emportant avec lui une certaine quantité de ballons entièrement privés d’air et remplis au tiers d’un liquide filtré et bouilli (composé de 50 grammes de levure de bière pour 1000 grammes d’eau), se rendit au jiied du Jura. Là, assez loin de toute habitation, il brisa à l’aide d’une pince à longues branches, la pointe effilée de vingt de ces malras, y laissa pénétrer l’air du lieu et les referma à la lampe. Il opéra de mémo sur l’une des montagnes du Jura, à 850 mètres d’altitude sur vingt autres liallons. Enfin, parvenu au Mo}}lanvc7't, pn-ès de la ^ler de Glace, à 2000 mètres au-dessus du niveau de la mer, il opéra une

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troisième prise d’air dans vingt nouveaux ballons. Or, ces diverses séries d’expériences donnèrent des résultats différents. Dans la première, douze ballons, sur vingt, sont demeurés stériles; quinze dans la seconde ; dix-neuf dans la troisième. D’où, M. Pasteur conclut qu’à mesure que l’on s’élève dans l’atmosphère, l’air est de moins en moins chargé de germes.

Dans le but de vérifier cette assertion, nous avons vu les hétérogénistes franchir les Pyrénées; se rendre d’abord à la Rencluse à 2083 mètres d’altitude, puis jusqu’aux glaciers de la Maladetta, à plus de 1000 mètres plus haut que ne l’avait fait M. Pasteur. Ils avaient emporté un certain nombre de ballons d’un quart do litre de capacité remplis au tiers d’une infusion de foin filtrée et bouillie pendant plus d’une heure. Ces ballons ayant été fermés à la lampe au moment de l’ébullition, étaient absolument vides d’air, et avant de les ouvrir on prit toutes les précautions indiquées par M. Pasteur. « Nous avons même eu soin — disentils, — de faire éloigner de nous les guides qui nous accompagnaient, ainsi que quelques chas- .seurs d’isards que la curiosité avait attirés auprès de notre laboratoire en plein air. Enfin, dans le but d’éviter la jjoussière de nos propres vêtements, et à l’exemple do M. Pasteur, nous avons porté le scrupule j usqu’à élever nos ballons au-dessus do

l’origine de la vie.

nos tôtes. avant d’en briser la poinle effilée et chauffée, à l’aide d’une lime préalablement passée dans la flamme de notre lampe eolipjle. »

Une première prise d’air se fit à la Rend use , une seconde au pied des glaciers de la Maladetfa et, lorsque de retour à Ludion, MM. Pouchet. Jol}' et Musset ouvrirent quatre et cinq jours après leurs ballons , tous, c’esL-à-dirc huit sur huit , étaient remplis d’infusoires ou de mucédinées.

Ces c.xpérieuces qui auraient dû d’après la théorie semi-panspermiste, fournir un résultat opposé, donnent donc le démenti le plus formel à cette hypothèse uniquement inventée pour sauver l’ovarisme du naufrage.

Mais, les hétérogénistes , pour briser la pointe de leurs ballons, s’étaient servis d’une lime sans manche et M. Pasteur d’une pince à longues branches ; il ne lui en fallut pas davantage pour motiver la diflercnce des résultats. Si MM. Pouchet , Joly et Musset, objecta-t-il , s’étaient comme moi servis d’une pince , leurs ballons seraient restés stériles; la lime a tout gâté!...

Mes lecteurs s’attendent assurément que devant une semblable critique , les hétérogénistes se sont contentés de sourire ; nullement. Ils se sont donné la peine de recommencer l’expérience avec des jiinces à branches gigantesques et les [22 ballons qui leur servirent cette fois , ont encore tous été féconds.

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Mais , avait également objecté M. Pasteur, si au lieu de huit ballons on en avait pris davantage , ces derniers eussent peut-être été stériles?

L’expérience recommencée avec 22, donna, nous venons de le voir, tous liquides fertiles ; si on eu avait employé 23 — répliquera peut être M. Pasteur — le 23“® n’aurait pas été fécond. Il n’y a pas de raison pour que cela finisse...

Devant cette persistance de M. Pasteur à maintenir son opinion, les hétérogéuistes émirent le- vœu et obtinrent que l’Académie des Sciences nommât une commission devant laquelle seraient répétées les expériences contradictoires.

On vit alors M. Pasteur à l’œuvre et tout s'expliqua. Ce savant prit un liquide préparé d’avance, filtra, remplit à moitié de cette liqueur plusieurs ballons à col effilé , fit bouillir et ferma à la lampe pour opérer ensuite des prises d’air en différents lieux.

Que se proposait-il de démontrer? La réalité de la panspermie localisée, l’exactitude des expériences du Montanvert. Que plusieurs de ses ballons restent stériles pendant que d’autres se peupleront d’animaux ou de plantes , il en conclura que les premiers ont été préparés dans une zône vierge de toute espèce de germes et les seconds au milieu d’une veine atmosphérique d’œufs et de spores.

l’ORICtINH de la vie.

Mais , M. Joly signala à la Commission et à M. Pasteur, une chance d’erreur. M. Pasteur, dit-il , lemplit ses ballons de liquide emprunté à un vaso qui eu contient environ dix litres. Depuis combien de temps cette solution est-elle préparée? Depuis plusieurs heures. Combien de temps durera le remplissage des ballons? de deux à trois heures. Or, le contenu du vase étant abandonné à lui-même pendant un si long laps de temps , il est inévitable que la composition du liquide que M. Pasteur ne prend pas même la peine d’agiter avant de le ver- ■ser, cesse d’être uniforme dans toute la hauteur du vaso ; le liquide du fond sera plus chargé que celui lin milieu, et celui-ci, plus que celui de la surface. Ce n’est donc pas à proprement parler la même solution ; ce sont des solutions dilîérentes que M. Pasteur introduit dans ses ballons , et ceux-ci ■ne sont pas réellernent comparables entre eux. Qu’aprè.s cela , les uns donnent des productions , et que les autres n’en donnent pas, rien de plus simple ; et ces résultats s’expliquent sans qu’on ait besoin de supposer que des œufs et des spores ont été introduits par l'air dans les premiers ballons et que Pair n’a rien introduit dans les autres.

M. Pasteur, continua M. ^lusset , fait bouillir inxyalemcnt ses ballons ; celui-ci pendant une minute , celui-lcà pendant dcu.x minutes ; cet autre pendant cinq minutes; mais qui ne sait que telle

DKllNIHR HKFURE UES PAXSPERMISTES. 2Ü5 substance qui conserve la projrriété de fermenter après avoir subi l’action du feu pendant un temps donné, la perdra ou ne la possédera plus qu’à un degré moindre , si on double , si ou triple , si on quatruple pour elle le temps de l’ébullition? Les ballons que prépare M. l?a.stenr ne contiennent donc pas une substance identique , elle est moins altérée, plus fermentescible ici que là, et pour cette raison encore , ces ballons no sont pas comparables entre eux. Qu’ils donnent des résultats différents, cela est donc de toute nécessité, et, cette différence dans les résultats s’explique sans qu’on ait besoin de recourir à l’hypothèse de la panspermie localisée.

Ces objections étaient si sérieuses que M. Flourens, l'un des membres de la commission , et l’un des adversaires les plus décidés de l’hétérogénie , ne pût s’empêcher d’observer que rien jusqu’ici u’avait été dit de plus fort contre les expériences de M. Pasteur.

Mous n’insisterons pas davantage; la panspermie localisée que l’on a vainement essayé de substituer au rêve dos Bonnot et des Spallanzani, est dénuée de tout fondement'; c’est comme ledit M. Musset, un faux-fuyant , une hypothèse de juste inilieu.

MUTATIONS DE LA MATIÈRE

Les instruments de plus en plus perfectionnés des astronomes, reculent chaque jour la limite de nos connaissances sur l’Univers sidéral et nous font découvrir par de la les étoiles accessibles à notre vue, plusieurs milliers de Nébuleuses, essaims elles-mêmes d’autres étoiles dont le nombre se compte par milliards. Par de là ces mondes félescopiqnes, il en est d’autres que la science découvrira demain ; plus loin, d’autres encore, dont l’homme ignorera toujours l’e.xistence.

L’Univers sidéral n’a donc pas de limites, l’Es-

l’ACE EST INFINI !

Un rayon de lumière parti de certaines Nébuleuses, met pour parvenir à la terre jusqu’à deux millions d’années, d’après le calcul de Ilum-

holdt et la lumière franchit 77,000 lieues par

seconde ! Cette decouverte, bien faite pour modiiier les opinions que l’on émet généralement sur l’dge de la Matière, cadre mal avec les traditions

MUTATIONS DE LA MATIERE

ju légendes que nous ont léguées les siècles l’ignorance et de superstition.

D’un autre côté, l’étude des lois qui régissent a matière, nous montre un enchaînement continu le causes et d’effets , sans que nous puissioms irriver à une Cause première, a un Effet derniei. fout phénomène est, à la fois, résultat d’un acte jui a précédé et origine d’un phénomène .subséquent. Rien ne se ])Crd, rien ne se crée, tout se fransforme. « Dans toute la rigueur du mot, la lature, selon la très juste remarque de M. Pasteur, ne connaît pas la mort; pour elle, la vie et la mort ne sont que des changements d’état. »

La croyance à une origine première et à une ffn dernière des choses, caractérise une des phases de l’évolution du savoir humain, m.iis rien, dans l’étatactucl de la science , ne permet d’établir la réalité d’une semblable origne ni d’une pareille fin.

Pour ce qui est de l’origine des choses,^ — dit le Df E. Daily, dans sa remarquable Introduction au beau livre d’Huxley sur laplace de l’homme dans la nature, — nous croyons qu’il faut désormais affirmer qu’il n’en est pas de concevable, c’est-àdire qu’il n’en est point.

Scientiliquemont , la Matière est éternelle,

comme l’Espace est inüui !

« Pour la science moderne, la matière est je ne

louigin'k de la vie.

dirai pas éternelle, mais sans commencemeE c’est-a-dire qu’on ne peut lui assigner un comme cernent, et elle est telle avec ses propriétés de p sauteur, de caloricité, d’électricité, de lumière d affiuué, de vie, dont elle ne peut jamais être d pouillée. Car la science moderne qui renonce concevoir tout commencement à la matière ne n nonce pas moins rigoureusement k concevoir u

commencement à ses propriétés. Ce fut la teuti lion etla tentative de la pensée juvénile etinexpi rimentée, d’imaginer des modes sous lesquels ell se representaitla matière ou primitivement produ te ou subséquemment tirée do l’inertie, et animé de facultés. L’illusion s’est dissipée. — Litthé.

Nous no connaissons la matière que par se manifestations et, cos dernières, varient aussi sot ^ ent que les conditions dans lesquelles elle pec se trouver. Matière et Force sont deux mots qu 1 abstraction seule isole, mais qui, dans le mond de la, réalité, sont .synonymes. La Matière enfin suivant la très-exacte expression de M. Letour neau, englobe dans son vaste flanc tout ce qui es sensible, tout ce qui est intelligible, même tout ci qui est en dehors du sensible et de l’intelligible le phénomène et la substance, l’acte et l’agent Elle est la base de l’Univers dans l’acception h plus large du mot, elle est l’étoffe de ce qui est.

Considérée sur le Globe dont nous habitons h

MUTATIONS DF. LA MATIFRE

lurface, Elle se présente à nous sous trois aspects lien tranchés : l’état minéral, l’état organique ;t l'état organisé;

Le inonde inorganique est exclusivement soumis lux lois de la mécanique, de la physique et de la ihimie ; la substance organisée présente, en outre les propriétés immanentes spéciales et provenant le sa composition élémentaire.

L’organisation a été fort bien définie par M. Ch. lohin : « Un mode particulier d’association molé- ■nlaire de princiiics immédiats de plusieurs espè- ;es.» Le caractère le jdus saillant, en effet, le seul lécessaire de toute parcelle de substance organisée, est d’ètre constituée jiar des prineipes imméliats nombreux, appartenant aux trois groupes suivants ; dos principes minéraux cristallisables )u volatils sans décomposition, comme l’oxygène, ’eau , la silice, les carbonates; des principes .enant à la fois de la matière minérale et de la substance organique projirement dite , comme 'acide urique, les alcaloïdes, les graisses; des prinnpos enfin non cristallisables mais coagulables, domine la fibrine et ralbuminc.

« Ou a imaginé, s’écriait Magendie, des propriétés vitales, pour la substance organisée, et je m’étonne que l’esprit puisse se contenter d’une semblable mystification. ;•> Dans les sciences d’observation, toute question en dehors do la pbénomé-

l’origixe de la vie.

milité est, en effet, ultra-expérimentale otpartar ultra-.scientifique et c’est avec raison que Sain Simon se plaignait de voir encore la physiolog dans la mauvaise position par laquelle ont pas; les sciences astronomiques et chimiques et demai dait avec instance que les physiologistes chassa; sent de leur société les métaphysiciens comme h astronomes ont chassé les astrologues, comme 1( chimistes ont chassé les alchimistes. <r Lorsqu celui qui parle, commence à ne pluf se comprcr die et que ceux qui l’ecoutent ne le comprennei ]dus du tout, la, dit Voltaire, commence la méta jihysique. .••>

L’e.xpérience démontre que la matière peu « successivement » revêtir les trois états ; minéral organique et organisé.

La chimie eu effet, grAce aux belles d'écouverte tle Wcchler , Berthelot et Sméc est récemmen jiarvenuc à créer de toutes pièces, à l’aide de corps simples qui les constituent, non-sculemen de l’alcool et dos corps gras, mais des corps qui tels que la chondrine et la fibrine n’ajiparais saicnt, disait-on, que sous rinflueucc de la vie ei activité. C’est pourquoi, M. Phipson est fort autorisé a soutenir que « toute la matière organique existant en ce moment sur notre globe, a été dérivée de la matière minérale , et que longtemps avant 1 apparition d’êtres organisés, des composés

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organiques ont pu déjà se former. Un coin du voile qui nous caclie l’origine de la vie sur notre planète, se trouve ainsi soulevé ; l’apparition de la matière organique expliquée

Mous ce nouvel état, cette dernière peut, ainsi que nous l’avons vu, s’organiser et donner naissance à pne foule de plantes, à de nombreux animaux ; nous pouvons donc concevoir scientifiquement comment la vie a jiu apparaître sur le globe.

Enfin, la mort et la putréfaction font retourner la matière organisée à la forme organique, et de là, à l’étatprimitif minéral. Ces trois phases ascendantes et ce retour à la forme initiale constituent un cercle dans lequel tourne éternellement la matière ; car tout est vie et transformation en ce monde, le repos seul n’existe pas.

I/ètrc organisé, animal ou végétal, est entièrement soumis aux milieux qui l’environnent, il on tire ses éléments et représente « un mode particulier d’association moléculaire », une manière d’ètre spéciale de la matière ambiante, à laquelle il reste toujours fatalement soumis. Par la présence de principes d’origine minérale dans toute substance organisée — dit fort bien nn dos professeurs qui honorent le plus la faculté de médecine de Paris, M. Charles Robin, dont les remarquables travaux ont conquis à « l’anatomie générale » le

l’origine de la vie.

rang quelle occupe aujourd’hui dans l’enseignement — par la présence d’une très-faible proportion de substances organiques dans les couches solides et liquides du globe, les êtres organisés se rattachent au globe terrestre au point de vue mônie de leur composition intime ou immédiate, par la, se manifeste leur soumission fatale au monde extérieur, d’une manière aussi énergique qu’ils lui sont subordonnés physiquement par la pesanteur.

Mais, aux conditions particulières dans lesquelles se trouve alors la matière, correspondent des manifestations nouvelles, de même que le corps composé, créé dans le laboratoire du chimiste, présente des propriétés dilférentes de celles qui caractérisaient ses éléments isolés et que 1 analyse ferait reparaître. C’est donc bien à tort que l’on s’est efforcé de creuser un gouffre entre la matière vivante et la substance inanimée ; la science d aujourd’hui a réduit cette prétention , à sa juste valeur, ne faisant d’ailleurs que confirmer on cela les idées de l’antiquité.

Sous un certain état, et placée dans certaines conditions, la matière possède donc une force organisatrice, en vertu de laquelle elle jirend la forme cellulaire et s’organise, ün nomme Gknèsh SPONTANÉE ce modc de transformation.

La genèse .spontanée est l’origine primordiale de la vie

MUTATIONS DE LA MATIERE

Mais, une fois formés, les corps organisés produisent eux-mêmes de la matière organique et leurs tissus présentent à leur tour des phénomènes incontestés de genèse spontanée. De hà, une genèse hétérogénique se manifestant eu dehors de tout corps vivant et une genèse liomogénique c’està-dire s’effectuant au sein même d’organismes semblables et préexistants.

De même que cette dernière ne donne jamais naissance qu’à des corps élémentaires, de même aussi l’hétérogénie ne peut produire que des êtres, animaux ou végétaux, d’uuc organisation fort simple.

N ous l’avouons donc en toute sincérité, les hétérogénistes seront toujours impuissants à satisfaire aux exigences de M. l’abbé Moiguo qui, pour prix de sa conversion, voudrait «une souris»; encore bien plus à celles de M. le comte de Careil qui exigerait « un singe » !.., —

L’apparition sur la terre du lion et de l’éléphant, du chêne et du palmier a une origine tout autre et dont la science poursuit activement la recherche, depuis qu’elle a cessé de s’incliner devant les affirmations d’un autre âge. Le problème est tout entier compris dans cette question : y a-t-il eu filiation entre les espèces animales ? Ces dernières proviennent-elles de «transformations » lentement opérées durant le cours immense

l’oiUGINK HE I.A VIE.

des àf^es, ou sont-elles le résultat de «formations immédiates», et l’espèce est-elle comme le veut Cuvier, fixe, invariable, prête à s’éteindre plutôt que de se modifier?

Toutes les branches de la science des êtres organisés aboutissent en dernière analyse, à la variabilité, à la mutabilité des formes organiques :

L'anatomia •philosophique, nous enseigne que les formes les plus éloignées en apparence peuvent sortir du même fond d’organisation ;

L’examen attentif de la série zoologique nous montre des « formes de transition » entre les grandes divisions du règne animal, comme aussi entre les êtres divers qui composent ces groupes ;

h'emhrgogénie nous révèle que chaque être, pendant sa vie embryonnaire, revêt transitoirement les caractères des formes inférieures à la sienne, quel que soit le degré qu’il doive atteindre dans l’échelle organique ;

La paléontologie fait apparaître sous nos yeux les anneaux de transition absents dans la nature vivante, elle relie les faunes anciennes à la faune actuelle et nous montre dans les formes éteintes les souches des animaux d’aujourd’hui;

La Tératologie, enfin, nous dévoile que les anomalies se produisent d’après les mêmes lois que l’organisation normale , et que des influences multiples peuvent faire dévier l’embryon de son type

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ordinaire et lui faire revêtir des caractères nouveaux transmissibles par voie de génération.

Chacune des classes qui composent le règne animal, pourra-t-on dire, forcé par l’évidence; chacune des divisions qui forment ces classes sont unies il est vrai par une chaîne intermédiaire fossile ou appartenant encore à la nature vivante , mais qu’est-ce qui démontre la « filiation » des chaînons? A cela nous répondons la science en main : indépendamment des preuves que nous fournit «l’embryogénie »; personne ne peut méconnaître l’importance des données « tératologiques » en histoire naturelle et chacun sait les^homologies souvent inattendues qu’elles font découvrir. Or, de môme que le retour anormal des organes floraux à l’état foliacé nous dévoile leur origine réelle; de même aussi, le retour d’un animal actuel aux caractères d’un type depuis longtemps disparu, nous montre la filiation qui existe entre les deux formes. Citons comme exemple le retour passager du cheval actuel aux caractères de Vhipparion de l’époque tertiaire établi par les travaux de MM. Gurlt , Hensel , Joly, Lavocat et Goubeaux.

La science est donc en mesure aujourd’hui d’affirmer que les animaux ne sont pas sortis un jour d’un germe resté latent depuis des siècles ; que les premiers mammifères, par exemple, n’ont jamais passé hors d’une matrice leur période embryon-

■JT6 l/ORlGlNE DE LA VIE.

iiairc pas plus qu’ils ne sont apparus subitement avec leur pelage , adultes et prêts à se reproduire.

Mais, la mutabilité dos formes organiques une fois démontrée on fait , la première partie du problème a seule reçu une solution. Le « mode » suivant lequel se sont opérées ees mutations reste encore à déterminer et, sur ce point, nous devons le dire, la science n’a pas définitivement prononcé ; la question à laquelle Darvin a, dans ces derniers temps, fait faire un si grand pas, est à l’étude.

La solution du problème de l'origine des espèces est encore incomplète, mais le principe de la mutabilité des formes organiques n’en est pas moins ])i'ouvé et admis par Lamarck, Geofi'roy-St-Hilaire. Eugène Deslongcliamps , Albert Gaudry, V. Meunier, G. Poucliet , E. Daily, la plupart des membres de la Société d’anthropologie de Paris, et défendu avec non moins de chaleur par R. Owen et Darwin en Angleterre , Huxley au collège des cliirurgiens de Londres , Cari Yogt à l’Université de Genève, etc., etc.

Cette opinion gagne chaque jour du terrain , et deruièreineut encore M. Laugel lui consacrait une page remarquable dans son livre des Problèmes de la vie. Ce savant a fait preuve dans ce chapitre, d’un véritable savoir et d’une critique impartiale que nous avons regretté de n’avoir pu constater à toutes les pages de son œuvre.

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La mutabilité des espèces, éteudue à l’iionnne , raA'ale, a-t-on dit, la dignité de son origine? Xullemcnt. Chaque découverte nouvelle nous montre, au contraire , la nature plus grande que nous ne l’avions rêvée, et c’est avec raison que le professeur Huxley répondit à l’évôque d’Oxfort : « 8i j’avais à choisir mes ancêtres entre un singe perfectible et un homme qui emploie son esprit à se moquer de la recherche du vrai, je préférerais le singe. »

« Nos chercheurs sont en chasse dit le D'' Georges Pouchet, nos paléontologistes furètent, creusent partout et voudraient remuer la terre d’un pôle à l’autre. Qu’ils l’avouent ou non , soyez sûr que tous n’ont qu’un rêve , une idée fixe , un but, trouver l’homme simien, détérer un crâne qui soit moins que celui d’un homme , plus que celui d’un singe. Et que diront alors ceux qui s’obstinent à croire qu’Eve est née de la côte d’Adam , Adam d’une bille d’argile et que tous les hommes descendent de Sem, Cham et .Taphet, fils de Noé qui planta la vigne? »

Nous assignons donc aux espèces deux origines au moins : VHétéroçjémc et \a Mxdahilitc , qui s’appellent et se complètent l’une l’autre. Nous ne pouvons savoir dans quelles limites l’hétérogénie a contribué à la création du règne organique, puisque cette question est étroitement liée à la déter-

l’origine de la vie.

inination encore a faire du nombre de types primordiaux ; mais peu importent les limites de l’iiétérogénie, puisque la mutabilité explique comment « avec le temps illimité comme condition », elle a pu contribuer inédiatement à la production d’organismes supérieurs.

Il est vrai que dans nos expériences de laboratoire, où nous n’operons que sur quelques grammes de matière, l’heterogenie ne donne jamais naissance qu a d’infimes infusoires mais nous pouvons cependant modifier a notre gré le degré de complexité des organismes que nous obtenons.

Opérons-nous en vases clos, avec des substances, bouillies et de l’air calciné, nous ne voyons apparaître que les microzoaires les plus inférieurs ; [monades, bactéries , vibrions.)

Cessons-nous de paralyser la marche régulière des phénomènes en mettant, en présence de l’air normal , des substances possédant toutes leurs vertus de transformation , il se produit des êtres relativement fort complexes, des microzoaires ciliés. fcolpodes, paramécies, vorticelles.J

Il n’est donc pas impossible , il est probable môme , que la Nature, possédant toute sa liberté d’action, ait pu produire des organismes plus parfaits encore et que la mutabilité a ensuite perfectionnés dans le cours immense des siècles.

Nous ne pouvons donc limiter le nombre de.s types originairement produits.

MUTATIONS DE LA MATIERE

C’est ce que nous avous essayé de dénioatreidans notre travail sur la Mutahilitc des formes orj/atriques auquel nous renvoyons ceux qui voudraient étudier plus à fond cette importante question delà < Genèse de l’espèce. »

La Genèse spontanée hétérogénique ne produit jamais, nous l’avons dit, que des êtres d’une organisation relativement fort minime ; les animaux supérieurs sont l’œuvre des siècles , le résultat de modifications multiples dans les formes organiques apparues spontanément. La Genèse spontanée homogéniquc de l’œuf des Mammifères ne donne pas non plus , au reste , immédiatement naissance à une organisation mammifère ; l’embryon est obligé avant de présenter la complication du père, de passer dans le sein de sa mère par des phases multiples, de refaire le chemin que son espèce a suivi, partant des bas degrés de l'échelle animale, gravitant insensiblement vers le degré d’organisation que possède son parent , et il n’éclot à la vie extérieure et libre que lorsqu’il y est parvenu.

co)S[^cLusior{.

vwwww

La science , qui élimine les interventions transcendantes, pénètre aujourd’liui les mystères dont les religions avaient seules le secret et l’histoire de l’origine des ôlres vivants ne lui est pas plus étrangère que celle- du globe dont ils peuplent la sui'face.

Nous voulons une conception positive du monde et nous cherchons à substituer aux affirmations gratuites d’un autre Age, un enchaînement de faits démontrés.

Mais, il s’agit l<à , de bien autre chose que d’un sujet de pure curiosité ; nous touchons à l’un des problèmes les plus graves que l’homme puisse aborder et peut-être , nous demandera-t-on si le nioment était vraiment venu d’entretenir le public d’une question .si controversée, si brûlante encore au sein des académies.

Si nous nous adressons à des esprits non prévenus , — et cet écrit est uniquement destiné aux

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