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RÈGNE ORGANIQUE

LES MICROSCOPIQUES

« Les deux mondes, dit fort justement M Eugène Noël, dans sa Vie des fleurs, partent des infusoires

Oicillaire» d’adanson a divers degrés de développeracnl,vu8 au mitroseope.

et semblent suivre quelque temps une même ligne qui se biffurque pour s’en aller en se végétalisant d’un côté et de l'autre en s’animalisant. » «Successivement envisages comme des êtres

l’origine de la vie.

organiques parfaits ou comme dépourvus plus ou moins complètement des attributs ordinaires de l’animalité, les infusoires forment aujourd’hui non plus un monde à part dans la série organique mais des groupes naturels , ayant des connexions plus ou moins intimes avec les autres invertébrés.

Us sont tous à peu jirès translucides, ont un système cutané recouvert parfois d’une carapace solide et présentent le plus souvent à leur surface des cils nombreux dont les fonctions se rapportent à la locomotion ou à la préhension des aliments. Leur mode de progression est fort curieux à observer ; tantôt ils nagent comme des poissons, tantôt rampent à la manière des serpents ou se tortillent comme des vers de terre, tantôt euliu, comme cela se voit dans les « Volvoces », ils tournent constamment sur eux-mêmes.

Au-dessous de la cuticule ou peau, se voient le parenehyme musculeux et les organes de la digestion, de la respiration et de la génération.

Le tube digestif est ordinairement composé d’un nombre assez considérable de renllements ou estomacs ; le système respiratoire, invisible parfois, est très apparent chez les Vorticelles ; et l’organe de la cireulation consiste en une ou plusieurs vésicules douées, comme le cœur des animaux supérieurs, de mouvements de contraction et de dilatation. Pour plus de détails sur ces appareils, nous

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renvoyons à notre travail sur l’anatomie et la physiologie des Microscopiques.

Pour bien étudier l’organisalion des infusoires, il faut colorer le milieu dans lequel ils ■ s’agitent, avec du carmin ou de l’indigo ; ou place ensuite sur une ]daque de verre et à côlé d’une goutte

Infusoires dont les vcVculcs ialcslinabs sont en Ulalilc on en partie remplies (!e carmin.

d’eau pure, une goutte de la liqueur colorée, puis, à l’aide d’une aiguille, on met les deux gouttes en contact. Les infusoires pénètrent dans le liquide incolore et il devient alors facile de voir colorés eu bleti ou ou rouge les divers organes qui comjiosent leur canal digestif.

On n’est pas encore parvenu à démontrer anato • iniquement la présence chez les animalcules microscopiques, d’un appareil nerveux ; ils opèrentee-

l’origine de la. vie.

pcadant une foule d’actes parfaitement volontaires et qui semblent eu nécessiter l’existence. Il en est de même, selon nous, relativement aux végétaux. N’exé cutent-il pas des mouvements manifestes, partiels ou de totalité, et n’ont-ils pas le pouvoir de réagir sur les liquides auxquels on les soumet ? Bien plus , les poisons végétaux qui , dans les deux règnes d’êtres vivants , déterminent la mort sans laisser aucune trace de leur action, ne révèleut-ils jias chez les plantes un appareil correspondant au système nerveux des animaux?

Il nous reste à signaler les organes reproducteurs des infusoires. Leurs moyens de propagation sont multiples, ce qui nous explique le rôle énorme que jouent ces animaux dans la nature et comment, malgré leur ténuité extrême, ils ont, avec les siècles, constitué à eux seuls une partie de l’écorce terrestre.

Dans le mode de reproduction regardé comme le plus général, la division spontanée ou « scissij)arüé », l’animalcule se divise et chaque partie devenue indéjiendaute, constitue autant d’infusoires nouveaux. « Par ce mode de propagation, dit Dujardin, un infusoire est la moitié d’un infusoire précédent, le quart du père de celui-ci, le huitième de son aïeul, et ainsi de suite, si l’on peut nommer père ou mère d’un animal celui qui revit dans ses deux moitiés, aïeul celui qui, par une nouvelle

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1 division, continue à vivre dans ses quatre quarts.

I On pourrait imaginer tel infusoire comme une I partie aliquote d’un infusoire semblable qui aurait vécu des années et même des siècles auparavant, let dont les subdivisions par deux, et toujours par

■ deux, se seraient, continuant toujours à vivre,

■ développées successivement. » Ce phénomène est . infiniment moins fréquent qu’on ne le suppose et , a été, le plus souvent, confondu avec un état d’ac-

■ couplement.

Mantegazza , dans son très remarquable Mémoire sur la génération des infusoires, affirme que durant 11 mois pendant lesquels des millions de microzoaires de toutes les espèces, ont passé sous ses yeux, c’est au plus s’il a vu deux ou trois fois un animalcule se diviser. La Scissiparité ne peut donc être invoquée pour expliquer l’abondance des infusoires qui peuplent les macérations.

Jamais, en vingt années d’observations, M. Pouchet n’a pu rencontrer une seule Vorticelle en train de se diviser. Relativement au sectionnement de ces microzoaires, deux ordres de faits ont, selon lui, égaré les savants : les monstruosités et le parasitisme. Il croit que l’on a pris pour un commencement de scissiparité l’accolement tératologique de deux vorticellss, et pour une fin du même phénomène l’existence de deux vorticclles entièrement séparées et situées à l’extrémité

10 l’orkîine de la vie.

de la niôuie tige. Mai.s, pour lui, ce que l’on reucoutre bic.'i plus fréquemmeut, c’est le parasitisme de petites vorticelles libres crampounées par leurs cils à la naissance du fuiiicule d’individus adultes.

11 n’en a toujours rencontré qu’une pour un de

Vorlicella iiifusiouum. l'ouch.

ceux-ci ; et la grande différence de volume entre les deuxindividus ne permettait pas de soupi;onncr là une scissiparité.

Une a\itre variété de division sponla: ée, la reproduction par bourgeons ou « gemmes > .est éga-

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üementfort rare et restreinte à quelques groupes isolés.

.^Mais, il n’en est plus de même delà «génération semejle ». Un grand nombre d’infusoires, possèdent en effet les organes reproducteurs des aniimaux élevés : des glandes séminales, des ovaires. (Ces animalcules, comme l’a démontré M. Balbiani et comme nous l’avons admis nous-même, dans notre mémoire surles phénomènes de la vie chez les infusoires , s’accouplentpour se féconderetse servent à la fois et réciproquement de mâle et de feimelle. Une fois fécondés et l’accoujilement terminé, ce qui dure souvent plusieurs jours , les œufs sont émis au dehors, se développent et éclosent.

Les auteurs qui ont étudié les j^hases de cette reproduction sexuelle, tombent tous d’accord qu’elle exige des conditions multiples et elles sont loin d’avoir toujours lieu. L’apparition des aniimalcules peut alors avoir une tout autre origine, être due à une « genèse spontanée» et, dans les deux cas, l’œuf une fois produit, se développe en (présentant la même série de phénomènes.

R. Owen et Ehrenberg disent que le sommeil est inconnu aux animaux qui nous occupent. Il est vrai, qu’à quelque heure que nous les exami- I nions ils nous apparaissent toujours en mouvement ; mais, ne peut-on pas supposer que la lurmière qui est indispensable pour les observer, les

l’origine de la vie.

éveille aussitôt et ne nous permet pas de les saisir pendant le sommeil? Malgré l’autorité de ces deux grands noms, nous ne saurions donc être aussi affirmatif qu’eux.

La mort, chez les infusoires, se produit de plusieurs manières. Tantôt les éléments qui les constituent se désagrègent subitement, entrent en « diffluence, » pour employer l’expression de Dujardin ; tantôt ils « s’enkystent » avant de mourir, ou plutôt paraissent s’enkyster, carilsnefont simplement que changer de forme. Peu à peu l’animalcule s’immobilise, se contracte en boule, sou cœur cesse de battre, et son enveloppe cutanée se déchire.

Selon Muller, la physiologie des infusoires présenterait une particularité fort remarquable : leur diffiuence pourrait être incomplète. Il rapporte avoir vu un colpode se résoudre en molécules jusqu’à la sixième partie du corps et le reste se mettre à nager comme si rien ne lui était arrivé. Nous ne mettons nullement eu suspicion l’exactitude de l’observation de Muller, mais nous croyons pouvoir rapporter cette soi-disant parcelle d’animal qui continue de vivre à un embryon mis en liberté par une diffiuence complète de l’individu parent.

Les infusoires, cependant, au dire de quelques auteurs, offriraient encore un autre genre de dé-

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omposition. Nous le signalons sans en garantir iiuthenticité. « Si l’on approche, dit MoquinTan- :on, de la goutte d’eau dans laquelle ils nagent, aie barbé de plume trempée dans de l’ammoniaque, lanimalcule s’arrête, mais continue à mouvoir raidement ses cils. Tout à coup, sur un point de in contour, il se fait une échancrure qui s’agranit peu à peu, jusqu’à ce que l’animalcule entier oit dissous. Si l’on ajoute une goutte d’eau pure, .1 décomposition est brusquement enrayée, et ce i.ui reste de l’animalcule recommence à se mouvoir t à nager. (Dujardin). »

Pour se procurer des infusoires, le moyen est ien simple ; il suffit de mettre dans un peu d’eau ees substances animales ou végétales, des tiges, es feuilles, des fleurs, des graines. Peu de temps :prcs, si surtout la température est un peu élevée, !3 liquide se peuple d’un nombre tellement prodi- ::ieu,v de ces animalcules, qu’il devient souvent imossilile d’énumérer ce qu’en contient la plus peite goutte. La population, d’al)ord formée des i:irganisnics les plus simples, ne tarde pas à dispa-laîtrc pour faire j)lacc à d’autres, plus compliqués.

Inutile de dire que l’eau stagnante des étangs ou lies mares fétides, tient toujours à la disposition lie l’observateur des quantités innombrables d’alimalculcs de foutes sortes, affectant les formes es plus multiples, les structures les plus diverses.

Les animaux microscopiques sont loin d’avoir Ions le même degré de comj)lication organique. Leur taille est également fort vaidable. Le nom d’un certain nombre d’entre eux devant fréquemment revenir sous notre plume, nous allons en donner une description succincte en commençant par les j)lus infimes, ceux qui apparaissent les premiers dans nos infusions.

Les MONADES, dont les dimensions ne dépassent parfois pas celle d’un simple point, ont le corps sphérique et transparent. Un ou plusieurs filaments flagolliformes leur tiennent quelquefois lieu d’organes de mouvement. Les inicrographes ont

Monndes.

décrit un ti'ès grand nombre d’es])èccs, parmi Ics- <juellcs nous signalerons comme fort communes les ^[o^1as crcpuscvhnn: tenuo, punclinn cl lens.

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L'infiiiic petitesse du morias rrepusni/itm explique, ee nombre vraiment fabuleux do ces atômes vivants ]]ue les naturalistes ont parfois comptés dans une iseule goutte de liquide. C’est ainsi que R. Owen> U calculé qu’il en existait plus de 500,000,0 )0 dans mio gouttte d’eau,

La « monade lentille, » beaucoup plus volumiaeuse, a le corps ovale, presque globuleux, et pré-

Monnde lentille.

■sente h sa partie poslérieure une queue souvent trois ou quatre fois aussi longue qu’elle.

I>es Bactéries, que quelques savants classent encore parmi les végétaux, ont l’aspect de petits bâtonnets, ordinairement rangés cote à côte, et dont les mouvements fort rapides s’opèrent en ligne droite. Ils se rencontrent dans un grand nombre d’infusions ou macérations, entrent dans la composition du tartre dentaire, et, dans cei tains cas de maladie, font partie de quelques-unes de nos bumeurs. C’est ainsi que l’ont démontré entre

autres : MM. Poucliet, pour le catliarre des muqueuses enflammées; Tigri, pour les affections typhoïdes ; Davaine, pour la maladie de.s bétes à laine, connue sous le nom de sang de rate; Cozc et Feltz, de Strasbourg, pour les maladies infectieuses telles que la fièvre typhoïde et la A'ariole.

On en connaît plusieurs especes : les plus communes sont les bacterrums calenula, haciJhis et surtout le bacterinm lermo de Millier.

Nous indiquerons sous les noms de Vibrions et d’ANGuiLLULES, des animau.x filiformes, dépourvus d'organes de locomotion et dont les dimensions peuvent être très variables. Les espèces de ces groupes sont fort nombreuses. On les trouve dans l’eau des fossés, les infusions végétales, l’eau douce ou salée, les ruisseaux, les eaux stagnantes ; dans le vinaigre, la colle de pâte, le blé niellé, les truffes, le sable des toits, etc.

Le vibrion sinrillum a la forme d’un tire-bouchon et tourne sur lui-mème avec une rapidité extrême. « Il n’y a pas d’objet microscopique, dit

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Dujardin, qui puisse exciter plus TiA'ement l’admiration de l’observateur que le spiviUum tournoyant. »

Vibriun loiinioyanl.

L’Anguillule du blé niellé se rencontre dans les années humides principalement, sur les blés à tige basse, tortue, nouée et à feuilles d’un vert bleuâtre et recoquillées en différents sens. Ces animaux, dont l’organisation est relativement fort compliquée, se trouvent blottis par milliers sous des coques épaisses et dures, csjièccs de petits grains arrondis et noirâtres, moins volumineux que les grains de blé sains. Mais, si l’on examine un épi malade avant et après la maturité du blé, on trouve de notables différences dans les anguillules qu’il recèle. Ces différences tiennent à l’Age des animaux ; dans le premier cas, ce sont des V. adultes, » tandis que dans le second, ce sont des « larves. »

M. Victor Chàtel a vu apparaître des anguillules sur un morceau de truffe qui avait été pris dans la partie encore saine du milieu d’un tubercule commençant à se décomposer superficiellement. Je

l’origine de la yiE.

n’ose pas dire, écrit-il à ce sujet, que ces animalcules se développent spontanément, et, cependant, comment expliquer la préexistence de germes dans cette partie?

Nous signalerons enfin I’Anguillule des toits. Reconnue d’abord par Spallanzani, observée depuis lui, notamment par Dujardin, mais seulement en passant; nous croyons être le premier à avoir repris son étude physiologique dans nos Recherches sur les Anguillules des toits.

M. Ferez vient de publier sur l’anguillule terrestre une thèse remarquable; c’est à peine, cependant, s’il aborde la question de la résistance vitale de cet animalcule, et, qu’il nous permette de le lui dire, il s’attribue dans les quelques lignes qu’il lui consacre, des résultats à la priorité desquels nous croyons avoir nous môme quelque droit.

Les animaux microscopiques présentent des différences de taille considérables. Il y a entre l’infime monade et les infusoires ciliés dont nous allons nous occuper, une distance beaucoup plus grande que celle qui sépare le lion de la souris.

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Les PARAMÉCIES , Rcquièrciit une couiplicalioii organique fort élevée. Leur coiqis, ovoïde et légèrement amiuci eu avant eu forme de massue, est entièrement recouvert de cils vibratiles qui servent non-seulement à la locomotion mais aussi à la respiration et à la préhension des aliments. Elles ont une bouche distincte et présentent latéralement un pli oblique dirigé vers cet orifice. Les différentes parties du canal digestif sont moins bien dessinées, moins apjiarcntes que chez les Colpodes avec lesquels, elles ont d’ailleurs beaucoup d’analogie.

Les COLPODES, ont le corps cilié, ovale, en forme de rognon ; les bouts sont arrondis et l’antérieur souvent aminci. La transparence de leurs téguments

Kolpndu cucullus. Mïll.

rend très distincts les différents organes, estomacs, cœur, etc. Le Colpoâa cncullus , se rencontre dans un grand nombre d’infusions végétales et notamment les macérations de foin.

£0 . ^'origine de la vie.

Les STENTORS vivciit GH Rbouclancc dans les eaux stagnantes. Us sont totalement recouverts de cils vibratiles, ofFrent souvent une coloration bleue, verte ou noirâtre. Leur foi me variable^ est tantôt celle d’un fuseau, d’une sphère et souvent celle d’un cône dont la base est entourée d’une rangée <le cils très forts se contournant en spirale pour aboutir à la bouche.

Slfiilor Mullci'i. tür.

Les voRTiCELLES , composent un groupe fort nombreux en espèces. Ces animaux, véritables fleurs animées, sont nus, contractiles et présentent autour de la bouche, une rangée circulaire de cils (|ui, par leur agitation, produisent un tourbillon dans l’eau. Leur corps est conique, campanulé,[et présente , en arrière, un pédicule, espèce de queue subitement contractile en spirale, jamais rameux, qui les tient en laisse. Habitat ordinaire : eaux stagnantes , conferves , plusieurs infusions végétales, feuilles de végétaux aquatiques , infusion dans l’eau de mer, etc.

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Les HRACIIIONS, sont ciitièremeiil ou partiellement renfermés dans une gaine ou carapace, véritable jictite coquille. Ce caractère les diflerentie

•de suite des vorticelles qui sont nues mais, comme <'llcs, ils ju'ésenteut des organes rotatoires et une organisation fort compliquée. On rencontre les dilférentes espèces qui composent ce genre , au printemps, ilans les oau.x vives et courantes, les caii.v stagnantes, l’eau do mer, sur les lentilles <roau et les confervos.

~2 l’origine de la vie.

Lc.s ROTIFÈRES ont pour séjour liabiluel le sable- (les poutlières, les sillons des tuiles courbes et plates, les mousses des toits. On les rencontre également dans certains fossés, étang.s ou marais.

RotifiTfl.

Les Rotifères des toits {Rotifer tecloniin), classésd’abord parmi les Crustacés par Rnrmcister, mis ensuite dans la section des v('rs par 'Wieginami, Wagner, Milne Edwards, Berthold, Siebold ; enlin. classés plus rigoureusement ]iar Dujardin dans le groupe des « systolides broyeurs s et sur l'organisation desquels Ehrenberg a jeté une vive lumi('‘i'e, sont remarquables à plus d’un titre. Leur corjis est divisé en anneaux qui jieuvent alternativement rentrer les uns dans les autres et s’allonger

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(ensuite comme les tubes d’une longue vue; leur [partie postérieure est armée d’un trident, orjgane locomoteur et leur tête présente deux petits ■yeux rouges. Mais, ce qu’il y a de plus curieux à I noter, et ce sur quoi les auteurs ont surtout insisté, I c’est la présence , de chaque côté de la tète, de ' deux tronçons surmontés de deux espèces de roues mobiles au gré de l’animal et qui lui ont valu son nom {rota roue, ferre porter.)

RotiPcrc d«! (oitt.

Quelle est au juste la fonction de ces organes singuliers? Représentent-ils un système respiratoire ou des ébauches de branchies par paires symétriques comme le pense Bory-de-Saint-Vinccnt? Sont-ils destinés à conduire à la bouche du rotifèrc la matière dont il se nourrit, comme le veut Spallanzani? Ou bien, enfin, ont-ils pour mission ces deux fonctions à la fois, ce qui paraît assez probable? Mes observations ne m’ont pas encore permis de rien affirmer sur ce point do physiologie, de môme qu’il me serait difficile de

me jH'onouccr sur la véritable nature d’un petit organe doué de mouvements de contraction et de dilatation et situe vers le sommet du rotifére , esjièce de petite vésicule traversée par deux ligues eu croi.x que Leuvenlioek, Baker et Borj-de-St- Vincent regardent comme un cœur, mais que Spallanzani, se basant sur ce que cet organe ne bat que par intermittence, suivant la volonté de l’animal et concurremment avec le mouvement des roues, croit servir pour les aliments, de manière qu’il se contracte et se dilate jiour recevoir la nourriture. Deux faits cependant semlilont ici donner raison à Spallanzani : d’abord les mouvements de l’organe au gré de l’animal (il serait le seul, eu effet, chez lequel les battements du cœur seraient soumis à la volonté), ensuite la facilité avec laquelle il se colore lorsque l’animal est soumis à une eau dans laquelle on a jiréalablcment délayé une substance colorante, du carmin, par exemjile.

Spallanzani, en humectant le sable des rotifères, découvrit un nouvel animal qu’il prit d’abord pour un jietit insecte terrestre tombé par hasard dans ses crysta^ix de montre, mais qu’un examen plus suivi lui montra être particulier aux mômes localités que le rotifére et qu’il nomma Tardigrade, en raison do la lenteur (très contestable) de ses mouvements. Il appartient au groupe connu aujourd’hui sous le nom de « systolides suceurs. »

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La famille des tardigrades renferme trois genres iprincipaux auxquels les micrograplies ont donné

Milncsium tardigradum.

le nom d'Emydium, Milnesium et Macrohiotus. L’es- [pèee la plus commune est assurément le mac?’o5io<u^ 'hnfelandii, le milnesium tardigradum est rare; on ne ! l’avait môme guère rencontré qu’à St-Maur-les-fos-

sés, près de Vinccnnes, quand M. Doyère le trouva près de Toulon avec V Emydiurn testudo, également assez rare.

Le « Macrobiote cl’Hufelaud », le seul pour ainsi dire qui ait servi à nos expériences, car les Emydiunis nous ont paru rares à Rouen et dans ses environs, possède un corps oblong, granuleux, jaunâtre, contractile en boule, trois à quatre t’ois plus gros que le rotifère, donnant naissance de chaque côté, tV trois pattes courtes, coniques, composées de trois articulations terminées par des crochets dont la pointe est tournée vers le corps (comme dans les ongles recourbés de quelques insectes) et présentant à leur partie postérieure deux mamelons à crochets qui servent à l’animal pour se cramponner.

Macrobioliis llufflandii.

La nature des organismes est entièrement soumise aux conditions dans lesquelles se jiroduit leur genèse, et si la forme animale domine dans la putréfaction, les « protophytes » ou végétaux élémentaires prennent surtout naissance dans les fermentations.

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La famille des algues et eelle des champignons, ildans lesquelles se trouvent réunies les plantes les ;plus simples, sont également celles dont l’origine sspontanée est le moins contestable.

Ces plantes sont la plupart exclusivement cellulaires, et la cellule est le point de départ de l’oreganisation, l'élément fondamental de la végétation. ILes fibres et les vaisseaux qui, avec les cellules ' constituent les végétaux supérieurs, n’en sont que Ides modifications. Le tissu cellulaire est An véritable tissu générateur.

Ces cellules s’engendrent parfois très rapidciracnt ; on les peut voir alors se multiplier à vue d’œil. Un champignon, qu’en raison de sa forme, 'les savants ont nommé Craniuni, et qui est exclu- •sivement composé de cellules, se développe eu lune nuit de douze heures. Il y quelques années, :.un botaniste publiait qu’un végétal semblable contenait quarante-huit milliards de cellules; de matnière qu’il s’était développé quatre milliards de ces cellules par heure et quatre-vingt-seize millions par minute !

Au printemps et pendant les automnes pluvieux, les allées de nos jardins, nos murs et, en un mot, tous les endroits isolés se couvrent de plaques verdâtres ou rougeâtres. Ce sont autant de végétaux de la famille des algues.

La teinte rouge de la neige des hautes monta-

gncs de la Suisse, est également duc à la présence d'individus microsco])iques de la même famille.

Les jiluies dites de sang ont une semblable origine et s’expliquent aussi facilement que les pluies de soufre causées jiarle pollen inllaminable de certains -végétaux, que les vents allaitent sur les vûlles.

A la famille des champignons, nous devons ra^iporter les moisissures dont se rccoiivreuf, dans les lieux chauds et humides, le pain, les confitures, les tonneaux en caves ; l’oidium de la vigne, certaines taches que présentent les feuilles, sont également dues à des A'égéfaux microscopiques du groupe des champignons ; l’ergot de .seigle et celui du blé sont produits par le mi/celiitm (blanc de champignon), d’un de ces végétaux qui a pris la ])lace du grain. Les différentes sortes de levure (levure du cidre, levùre de bière, levure de vin, Icviire de jus de groseilles, etc.), sont autant de semonces, do spores spontanées qui se produisent pondant la fermentation, et qui, une fois germées, donnent naissance à des champignons appartenant surtout aux genres Pénicillium. Aspcrgillus , .Ucopliora, et CoUarium.

i.K s M ic U n N c O P : Q U us .

Pcnicilliiini )roliiil ic'iiuiii> s|mrrs de le'i'ire i{iil iiageul sur le cidrr.

Aspergilliis fiingcidc). Poucli.

On voit doue que les individus de ce groupe soûl loin d’avoir tous le même volume et le degré de complexité que nous présente le champignon servi sur nos tables. Les filaments connus sous le nom de « blanc de champignon, » et qui constitueni réellement la plante, naissent de cellules ou spores spontanées qui ont germé et se sont développées. A un moment donné, les organes dits de fructification apparaissent et produisent une poussière impalpable composée de cellules auxquelles les botanistes ont donné le nom de spores et qu’ils regardent comme de véritables graines.

Nous avons vu qu’un certain nombre de champignons vivaient en parasites sur d’autres plantes ; un certain nombre aussi croissent sur le.s animaux et déterminent parfois chez eux des maladies rebelles, telles que la «teigne tousuraute» la * pellade, » la « mentagre, » le « pityriasis versicolor, » la « teigne faveuse, .'> le « muguet. »

Les champignons alfectent principalement la peau ; les plantes parasites que l’on rencontre parfois à la surface des muqueuses, appartiennent, la plupart, au contraire, à la famille des algues. On en trouve dans la bouche, le tube digestif, la vessie, etc.

Un grand nombre de champignons ont, en effet, un habitat tout spécial. Il en est qui ne vivent que sur les excréments du chat; un autre, que sur

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ceux de la souris ; le cadavre des araignées donne également naissance à un végétal particulier, et il en est de même des sabots des chevaux en putréfaction. Certains champignons ne s’observent que sur des insectes et diffèrent même suivant qu’ils

CorJycéps Roberlsii lur la chenille de l’IIepialus vircicens. sont à l’état de larve, à l’état de chrysalide ou à l’état parfait. Il en est un fort remarquable, le Cordyceps Roberlsii, qui ne croît que sur une chenille.

l’origine de la vie.

Un ceiiaiii nombre de produits de notre industrie se rccouA’re de végétaux qui ne croissent nulle part ailleurs. Il en est de spéciaux pour la colle sèche, le fromage, les vieux papiers qui s’altèrent, le drap pourri, les murailles rccréjiies, etc.

Chaque fermentation, enfin, produit une végétation crjptogamique particulière » on croit généralement que le brasseur ensemence ses cuves ; il n’en est rien, il y met simplement un produit putrescible qui détermine la fermentation et cette dernière produit la levure qui. une fois germée,

Sjiorcs de levûro d;i eidro.

s’ofl'rc quelquefois à nos yeux sous forme de glaires. Cela est si A’rai que. jamais on n’ensemence le vin ni le cidre, et qu’ils donnent cependant naissance à une levure abondante.

i.KS MifHoscoi>iQrF..s.

Les ])roduits chimiques cux-inènies (loiineiit jiarfois naissance a des erv]itf)pamos jiarlieulici's ; Icmoins les solutions d'hydroclilorali' de bar\'1e,

Asperpilliis [ol^morp'iiis. [oucli. prod.ul pnr l« sporos do lov.irc n,;;Liiie ligiiroes ci-dfssus

)'-au distillée de sauge, le mucilage de gomme alragante, le sue do groseilles, etc. Kn a ariant les eomhmaisons, on fait également varier la végétation; nous donnons ci-dessous la figure <l’un eliamjdgnon microscopique d’un beau noir, al.soliimeiit inconnu, et que M. Pouchet, qui lui à donné le nom iVAs-pergilhs prinn-ycnius. a obtenu

L’OIuniNli DK I..V VIF,.

sur un sol préparé avec de la colle de farine reeonvcrtc d’une macération de poudre de noix de galle.

L’hétérogénic, qui va maintenant nous occuper, ne peut produire que des organismes, végétaux

ou animaux, de la nature de ceux que nous venons do citer, c’ost-à-dirc d'une structure fort simple. Le chêne et le palmier sont, comme l’oiseau et le mammifère, l’œuvre des siècles. La mutalnlilé des formes avec celle des milieux et avec le temps illimité comme condition, peut rendre comjite de leur apparition sui la teiie.

HISTOÏ^IQUE

DE

LA GÉNÉRATION SPONTANÉl*:

La notion de la sjiontéparité est de tous les âges, l’anUrjuik- semble môme n’avoir ]>as soupçonné qu’elle ])ùt être l’olqet d’un doute. Le sol de lEg\pte, au dire de Plutarque, passait pour engendrer des rats, et Virgile, dans ses Georgiquea, fait naître des abeilles de la chair d’un bœuf en putréfaction.

Mais la génération .spontanée était entendue alors dans une- tout autre acception qu’aujourd’lmi, et le^ principe de l’organisation spontanée de la matière subsiste seul. Personne ne discute plus la question de savoir si l’iiétérogénic peut créer un être de toutes pièces ; ses partisans voient dans la genèse spontanée l’origine de la vie et se croient seulement en mesure de démontrer, qu’en dehors de tout corps vivant, il peut dans certaines conditions, se former une matière organique amor-

l’oRIGINK de la VIH.

j)lic, c’csl-à-dii-c sans forme délermiuéc, aux dépens de laquelle rélément anatomique initial d’un grand nombre d’animalcules ou de jjlantcs, peut spontanément a]i]iaraître.

La « Genèse sjiontanée liétérogénique, » admise ])ar les anciens, a vu dejmis s’élever contre elle lie nombreux adversaires, mais, en même temps, l'onservait toujours de fervents adeptes. Elle subit le sort commun à toutes les grandes vérités. Comme la fécondation végétale elle a eu ses Pontédéra et scs Tournefort, ajirès avoir été accejitée des anciens ; mais, comme elle aussi, des Lcvaillant, des Camérarius ])Our la délcndrc, des Linné ])Our la démontrer.

Les ])hilosoj)bcs et les savants de l’antiquité ont tous eu, avons-nous dit, le sentiment de l’existence de la spontéjiarité : des rats, des sciqicuts et des taujics jiouvaicnt surgir, selon eux, du sein de la terre ; des grenouilles, des poissons de toutes sortes, de la fange des marécages ; des insectes, de la viande eu voie de décomposition. Aristote lui-inôme , croit que les anguilles naissent du limon de nos fleuves.

Ces idées curent généralement cours dans la science, jusqu’au X\ I' siècle. Sur la foi d Aiistotc, le Moycn-àge et la Renaissance acceptèrent, sans contr’ile, les théories des anciens sur ce point, mais ens lilo, les savants aidés du micros-

■cope , se partagèrent eu deux camps et purent s’opposer bientôt des noms également célèbres.

Le premier adversaire sérieux que rencontra riiétérogénic (telle que l’entendaient les anciens', fut Rédi, savant médecin llorentin.

En 1638, il vint annoncer devant l’Académie dcl •Cimento (de l’expérience), dont il était membre, que « les vers qui naissent dans les chairs y sont produits par les mouches et non par ces chairs elles-mêmes. »

Pour le démontrer, il recouvrit simplement d’une ^aze, des viandes eu putréfaction, et fit voir qu’il n’y naissait rien tandis que le voile qui les entourait, était couvert des œufs que les insectes, attirés par l’odeur, y venaient déposer.

fi’expérieuce était décisive et bien qu’elle vint Tcnverser des idées accréditées depuis des siècles, il fallut se rendre à l’évidence. Rédi, que les panspermistes modernes, donnent comme le chef des adversaires de l’hétérogéuie, n’en resta cependant yias moins partisan , bien qu’il en ait ainsi réduit considérablement le cercle.

Une découverte aussi importante fut naturellement le point do départ de nouvelles recherches, et l’hypothèse des générations spontméos rc(;ut <lc graves atteintes.

Ses partisans, eux-mêmes, passèrent pour la plupart au camp opposé ; mais, ils durent bientôt

l’origine de la vie.

reveuir à leur ancieiiue cro}'ance, et virent môme leur liste s’accroître d’une manière notable à mesure que le microscope fit de nouvelles conquêtes.

Xous arrivons à l’époque de Needbam et de Buflon dont les remarquables travaux rencontrèrent cependant encore un adversaire sérieux dans l’italien Spallauzani.

En 17-15, Xecdliam, membre de la Société royale de Londres, soutint avec un rare talent la cause de la génération spontanée, et affirma que si la putréfaction n’engendre point d’insectes, ainsi que llédi l’avait démontré, elle donne du moins naissance à des myriades d’animalcules microscopiques.

Quatre années après la publication du livre de Xeedliam, Bud’on exjiosa sou système des molécules organiques et, comme son jirédécesseur, combattit vaillamment en faveur de l’iiétérogénie ; c on s’assurera, môme, dit-il, que cette manière de génération est uou-seulemcut la plus fréquente et la plus générale, mais la plus ancienne, c’està-dire la première et la jilus universelle..-»

Pendant que l’Angleterre et la France ressuscitaient ainsi la théorie de la spontéparité, l’Italie, ])ar l’organe de Sjuillanzaui, essa3T.it de la faire sombrer de nouveau. Les rôles sont aujourd’hui changés ; défendue au delà des Alpes, elle est.

par la science officielle du moins, s^'stématiquement combattue eu deçà. Mais, n’anticipons pas sur les dates et mentionnons de suite la polémique célèbre qui s’éleva entre Spallanzani et Needham.

Le savant professeur de Pavie, admit donc que l’air transporte partout avec lui les germes des animaux de nos infusions et crut anéantir ainsi les expériences du physicien anglais.

Mais, quatre ans plus tard, en 1769, Needbam annotait une nouvelle édition de Spallanzani et répondait à toutes ses objections.

D’ailleurs, quelques-uns des résultats obtenus ]>ar l’auteur des Opuscules phijsi(pies , semblaient favorables à la génération spontanée et ce n’est que, par un artifice, renouvelé de nos jours, qu’il parvint à en tirer des arguments contre elle. Ses infusions, préalablement bouillies en vases clos, se peuplaient-elles d’animalcules, il en inférait que leurs germes avaient pu résister à la température de l’eau bouillante.

Indépendamment du grave reproclic que l’on est en droit d’adresser à Spallanzani de n’avoir point fait connaître les espèces d’infusoires qu’il a oliservées, nous signalerons l’objection judicieuse que Nccdliam lui fit d’arrêter souvent la production spontanée d’organismes par la manière dont il torturait ses infusions et altérait l’air de ses

L’ORUilN'K DH LA VIE.

vases. Xous appelons d’autant plus l’attention sur cette cause d’erreur, que do nos jours encore on n’en a peut-ôtre pas tenu assez compte.

Pendant que l’abbé Spallanzani, d’un côté, réfutait Noodliam, il entretenait de l’autre une correspondance intime avec le Genevois Ch. Bonnet, fléfenscur aussi ardent que diffus de la célèbre théorie de l’emboîtement des germes.

Pour Bonnot, la matière organique et inanimée est saturée de germes prêts à éclore, ils tombent également de l’air dans les infusions et ont souvent la propriété de résister au.v temjiératures les plus élevées. Ses assertions, sur ce dernier point, cadraient parfaitement avec celles de son ami, renchérissaient mémo sur elles; nous les verrons se rej^roduiro de nos jours avec plus de hardiesse encore et malgré les faits les mieux démontrés de la jihysiologie .

Les recherches d’O. F. Muller et de Gleicheu vinrent alors successivement apporter de nouveaux faits en faveur de l’hétérogénie. Mais abrégeons, et passons de suite aux travaux de notre siècle.

La découverte du microscope achromatique lit entrer la question qui nous occupe dans une nouvelle voie plus brillante, plus philosophique.

Tréviranus découvre que les espèces d’animalcules varient avec les jilantes des infusions, et apporte ainsi aux hétérogénistes un de leurs princijiaux argument;.

Cinq ans plus tard (1809) apparaît l’un des plus 'bcau.x; livres du xix° siècle, la Plulosophio zoologique, où Lamarck se déclare l’iui des plus fervents adeptes de la cause que nous soutenons aujourd’hui. « Les corps, dit-il, sont sans cesse assujettis ù des mutations d’état, de combinaison et de nature, lau milieu desquelles les uns passent continuellement de l’état de corps inerte ou passif à celui qui permet en eu.v la vie. tandis que les autres repassent de l’état vivant à celui de corps brut et sans ■ vie. Ces passages de la AÙe à la mort et de la mort à la vie, font évidemment partie du cercle immense de toutes les sortes de changements auxquels, pendant le cours des temps, tous les corps physiques ■sont soumis. » Et, il complète sa pensée de la manière suivante : « La nature, à l’aide de la chaleur, de la lumière, de l’éleetneité et do l’iiumidité. forme des générations spontanées ou directes à l’extrémité de chaque règne des corps vivants, où se trouvent les plus simples de ces corps. » Cabanis, dans scs Rapqoorls du physique et du moral de il’houime, professe également que la matière inanimée est capable, dans certaines circonstances, de s’organiser, de vivre et de sentir, et Oken, dans sa Philosophie de la nature, que « le coi-ps animal n’est qu’un édifice de monades, et que « la putréfaction n’est autre chose que la désagrégation des monades, le retour à l’état premier du règne animal. »

l’origine de la vie.

J3orv St-Viiicenf, Jlrcmser, Tiedemann, J. Muller, Dumas et Dujardin, entre autres, llgurent également sur la liste des spontéparistes de cette époque, que viennent compléter Burdack, dont le Traite de physiologie contient l’exposé le plus étendu qui ait jamais paru sur cette matière, et Pineau, qui suit pas a pas le développement sjiontané de plusieurs microzoaires, et met ain.si la question sur le terrain que, plus tard, M. Poucliet exploitera avec tant de succès.

Mais la première moitié du XIX' siècle compta aussi des panspermistes dans P. Gervais, Sclnvann, Scliultze et Elireuberg.

C’est principalement dans son remarquable Mémoire sur le ^développement et la durée de la rie des infusoii'es, qii Ehrenberg émit ses priuci])aux arguments contre la spontepanté. Il prétend avoir constate que la reproduction de ces animalcules se fait noimalement a 1 aide d’eeufs. L’observation ultélieure démontra qiiil s était trop avancé et (|u’uii lait vrai, pour ipielques microzoaires élevés, était faux pour beaucoup d’autres. Dans tous les cas, de ce qu un animal possédé des organes génitaux et, a un moment donné, peut se re]iroduire jnir la génération sexuelle, il no s’en suit nullement qu’il ne ])uissc, dans certaines conditions ajiparaitre spontanément.

Jusque la, jilusicurs travaux imjiortants avaient

■eu réduit, il est A’rai, le cercle de la geucsc spoiiuée, iuai.s personne n’était parvenu à la faire imbrer complètement, lorsque deux expérimenteurs , Scliultze et Scliwaun , pensèrent avoir teint ce but. Leurs résultats devinrent le point ! ralliement des panspermistes. Schultze prétenlit qu’une liqueur fermentescible portée à la tcraerature de 100“ ne produisait aucun organisme ■land l’air ne rentrait dans le ballon qu’après roir traversé de l’acide sulfurique et s’ètre ainsi argé des germes qu’il pouA-ait contenir. Scliwann, ; son côté, obtenait les mômes résultats en ne isant arriver dans ses matras que de l’air préala- .emeut calciné.

Pour être scientifique, un fait doit fatalement se îproduire toutes les fois que des conditions idenques se présentent ; or, il suffit, nous le verrons, 3 répéter les expériences des deux saAmnts alle- .ands pour obtenir des résultats opposés aux lurs.

Quoiqu’il en soit, les adversaires de la spontéirité crurent aa'oir vaincu ; l'eurs arguments se lulliplièrent. Lieberkuln, dans son mémoire pré- ;nté en 1858 à l’Académie des sciences et qui obnt le grand prix des sciences physiques, fit conlître chez les Paramécies des organes remplis e spermatozoaires et annonça de nouveaux faits e scissiparité et de gemmiparité. A la môme épo-

(jiie, M. Balbiaiii dans une Note sur l’existence d une génération sexuelle chez les infusoires, dceii\it chez la Paramécie verte des orgaues sexuels mâles et femelles et un accouplement qui se prolongerait pendant cinq a six jours. Les travaux de ces deux savants auxquels nous devons joindre ceux de MM. Claparède et Laclimann et au mérite desquels nous rendons pleinement justice, ne prou\ eut cependant rien contre l’ajiparitiou spontanée primitive des animaux eux-mémes qui ont servi a leurs expériences.

La science en était là, lorsqu’au mois do déccmlire de la mémo année, ^I. P. -A. Pouchet reprit la cause de l’hétérogéuie en la faisant entrer dans une voie nouvelle. l\r. Pouchet avait démontré eu 1817, dans son licau travail sur la Théorie positive de l’ovulation spontanée, que la scissiparité est infiniment moins fréquente qu’on ne le prétend ; il avait formulé les lois de l’ovulation et reconnu l’o- . rigiue spontanée de l’œuf des mammifères; il annonça en 185.9, que la génération primordiale comme la génération sexuelle, a lieu à l’aide d’œufs, avec cette seule différence que dans la seconde ils sont sécrétés par l’ovaire et que dans la première, ils sont le produit d’une pscudo-memlirane formée à la surface des infusions.

Le 20 décembre 1858, l’Académie des sciences recevait le premier travail de INI. Pouchet sur l’iié-

HISTORIQUE DE I,A GÉIXERATIOX SPONTAKÉE. ‘lô

rrogéiiie, cinnonçaut la procliictiou cl organismes ins lin milieu privé d’air atmosphericjue et comosé de fragments de foin chauffés a 1 etuve et de izoxigoije ou d’air artificiel. îilM. ^lilnc-Edvvards, laveii, de Quatrefages,' Claude Bernard et Diluas, dociles aux opinions reçues, se soiilevercnt nmédiatement contre les assertions de leur couvre, mais au lieu de tirer leurs objections de scs xpéricncos mêmes, ils ne lui répondirent, pour i jdupart. fjue par des arguments indirects. Ceeiidant êil. Lacaze-Dutliiers vint aussitôt « réclaler une ]>art dans la jirotcstation éncrgicjue » de académie contre les générations spontanées. Ccst-cc jias ici le cas de rapjielcr ces belles paolcs de fjamennais : <■ Il n’est jioiiit d état ]ilus léraisonnable cjue de rester immobile dans les uôiiies idées, quand elles ne sont jias de celles [ui forment en quelque manière le lit sur lequel mule perpétuellement la vérité progressive. Cet stat implique ou la persuasion que l’on sait tout, pie l’on a tout vu, tout conçu, ou la volonté de le pas A'oir plus, de ne jias concevoir mieux. Et orsqu’en outre on prétend faire de cette A'érité quelconque , à laquelle on s’est cramponné en jassant, comme à une pointe de rocher pendante ■mr le fleuve, la station dernière de l’humanité, aucune langue ne fournit un mot pour exprimer tin pareil excès d’extravagance. »

l’origine de vie. :

Dev'ant cette levée de boucliers, cette bourrasque d objections, M. Poucliet accepta néanmoins le combat et jirit en main la cause jiroscrite de 1 hétérogénie ; on s’aperçut alors qu’une question que 1 on croyait résolue était encore à résoudre ; les camjis opposés recrutèrent de nombreux partisans.

A ni ne pont d’hérésie accuser le comjms Ni décréter qu’un corps tournant ne tourne pas.

(Pons.\rd).

Aussitôt la lutte engagée, l'Académie des sciences reçut (le ^I. IMantcgazza, de Turin, communication dos recherclws sur la génération des infusoires qu’il avait adressées à l’Institut lombard en 18.5d et qui concordent jiarfaitemcnt avec les résultats ■ obtenus jiar i\I. Pouclict. iUais en même temps, ]\PM. Van Benedcn, Joliard et Gaultier de Claubry ■ vinrent prendre rang jmrmi les jianspermistos sou- • tenant que la résistance vitale des germes est beaucoup plus considérable qu’on ne le suppose, et que les moyens de destruction mis en usage par les liétérogonistes sont insuOisants. De son cédé,

M. Do Quatrefages, soutint avoir rencontré, en grand nonibie, dans l’air qu’il a examiné: «de ces petits corps sphériques ou ovoïdes que connaissent bien tous les micrographes et qui fout naître involontairement l’idée d’un œuf d’une ei- j cessive petitesse. »

m.^TORIQUE DE LA GÉXÉRATIOX SPONTANÉE. 4/

Attaquée ainsi de toutes parts, ou put croire lui astant l’hétérogéiiie vaincue , ceux qui l’avaieut éclarée «indigne d’occuper les esprits sérieux» emblaicnt presque justifiés lorsque les assertions .e M. Gaultier de Claubry tombèrent devant les ésultats tout-à-fait contradictoires du docteur F. jRuras, et celles de De Quatrefages, devant ■es nouvea^ix faits apportés par IVI. Pouebet.

M. Pouebet, soumettant ou effet à l’examen microscopique, les coiqiuscules en suspension dans ’atmosjdicrc, n’y put reconnaître la présence de ces innombrables germes dont on l’encombrait et ipprenait à M. De Quatrefages que ses œufs n etaient que « des grains de fécule et des granules de silice ...»

Pendant ce temps, la scène ebangeait a l’Institut et l’Académie des sciences qui, sur la foi de quelques-uns de ses membres, a\'ait renie les immortels travaux des Muller, des Trevirauus, des IBurdacb, ... et mettait la question de l’bétéro- .géuie au nombre de ces bypotbeses gratuites qui ont pu avoirlcur temps,^mais indignes aujourd’bui d’occuper les esprits sérieux, l’Académie des 'Sciences comprit que le doute était maintenant le iplus sage parti. Aussi proposa-t-elle pour 1862, un ] prix de deux nulle cvnrj^ cents francs à celui cjui, pai des expériences bien faites , jettera un jour nouveau sur la questio7i des cjcnérations dites spontanées. « Les

LORICtIXK liîi RA, VI K.

inoillcur.-i cs])nts et les ])lus savants lioinmes de ce temjis ont souvent commis cette faute d’oublier que la science du lendemain s’est toujours faite avec les jirétcndues absurdités de la veille, et qu’il c.st ])lus qu’imjirudcnt, à notre (qioquc , de décréter l’imiiossible de ce qu’on ne connaît pas. rnion mc.licalc.» Quelle est donc actuellement la situation ? Le doute est formulé, les arguments et les e.vjtériences qui faisaient la sécurité des jian.spermistes sont olliciellcment déclares insullisants. iiU ju'cmiérc camjiagne des bi'ti’rngénistes est signalée ]iar un succès.

J- action do la temjiéi'ature et des autres agents Jdl^.siques sur la rc.sistance ^■ltalc des organismes i il léi leu I s , dc\ait naturellement être invoquée. Cette grande question caractérise en effet la seconde ])liasc du débat actuel. C’est contre la revivification ou résurrection des animalcules dessé- (diés que l >s sjiontéparistcs vont avoir à combattre. Nous ii’insistcrous pas sur la polémique qui s’engagea alors entre M. Loycre d’un côté; cl de 1 autre IMM. Pouclict, Lincl et l’auteur de ce travail ; il en sera question dans le cliajiitrc consacré a la résistance vitale où nous aurons à signaler également les travaux de MM. Davainc. Gavarret et Broca sur le môme sujet. Disons seulement que nbus croyons avoir démontré que les animaux qui ont servi à nos ex])ériences ne résis-

HISTORIQUE DE LA GÉNÉRATION SPONTANÉ. E 49 teot point à une température sèche de 100 degrés et que les concessions que nos antagonistes ont été successivement obligés de nous faire, prouvent peu en faveur de leur cause.

Mais il fallait à tout prix sauver l’ovarisme du naufrage et l’hypothèse de l’incombustibilité des germes était bien séduisante; c’est pourquoi nous verrous bientôt M. Pasteur, abandonnant les notions les plus élémentaires de la physiologie, soutenir contre M. Claude Bernard, entre autres, eue, rebelles a 1 action de l’eau bouillante elle-môme, les œufs de certains infusoires peuvent braver une température humide de cent degrés. Il fut plus tard suivi dans cette voie par M. Gaston d’Auvray qui, au commencement de 1864, proclama l’incombustibilite absolue des œufs et des sjiores des proto-organismes. Inutile de dire qu’il resta seul à soutenir une opinion qu’il semble lui-même par son silence, avoir déjà abandonnée. Ce n’est jioint ici le lieu de rappeler les expériences nombreuse.s au moyen desquelles les hétérogénistes renversèrent de semblables prétentions , nous aurons plus d une fois l’occasion de revenir sur ce point important de la question.

L apparition en octobre 1859 de I’IIétérogénie ou traité de la (jénération spontanée du physiologiste rouennais, est le point de dépifrt d’une nou- ■vclle phase, dans laquelle combattirent principa-

l’origine de la vie.

lement, en France, MM. Pouchet, Joly et Musset, d’un côté ; M. Pasteur de l’autre. Mais un fait bien digne de remarque et que la suite ne fera que confirmer, c’est la stabilité des convictions des hétérogénistes, et la mutabilité des assertions de leurs contradicteurs. A mesure quelespremiers se succèdent, ils confirment les expériences de leurs prédécesseurs, avant d’apporter les faits qui leur sont propres ; les panspermistes, au contraire, loin de s’entendre, se contredisent les uns les autres, voltigent d’hypothèse en hypothèse, suivant le besoin du moment, et tombent successivement sous les coups de leurs adversaires pour disparaître de l’arène. Les hétérogénistes, au contraire, sont sans cesse prêts à la lutte, et ceux qui combattaient hier pour elle, sont encore ceux qui la défendent aujourd’hui. Les panspermistes ne reconnaissent comme vrais que les faits qui sont d’accord avec leurs idées, et partant, comme non avenus, ceux qui les contrarient. Nous en savons môme un qui, après avoir cité tout de travers un adversaire, lui reproche ensuite les erreurs qu’il lui prête. Sans affronter la lutte, on n’obtient pourtant qu’une victoire factice.

Dans son ouvrage, M. Pouchet, après avoir étudié les conditions préliminaires de la spontéparité, discute l’hypothèse de la dissémination des germes organiques, et fait assister le lecteur

aux diverses périodes du développement spontané des microzoaires. Il joint enfin aux preuves géologiques de la Genèse spontanée celles que fournit le régné végétal, et se trouve en mesure de formuler les lois de l’heterogénie. Ses nombreu- :ses publications ultérieures ne firent, en apportant des faits nouveaux, que confirmer ses premières assertions.

La démonstration du problème des générations spontanées faisait ainsi de notables progrès, les réfutations devenaient cliaque jour plus embarrassantes et 1 ovai’isme allait inévitablement sombrer, lorsque, le 6 février 1860, M. Pasteur releva le gant que M. Pouchet venait de jeter aux successeurs de Spallanzani.

Une lutte de quatre années s’engagea, et, bien qu’elle dût se terminer encore à l’avantage des hetéi ogenistes, nous devons ici rendre hommage à 1 habileté avec laquelle le savant chimiste sut, pendant quelque temps, défendre une cause désespérée et en ajourner la solution.

Après avoir procédé à l’examen microscopique de la poussière flottante, et constaté la réalité de plusieurs des assertions de M. Pouchet, il reconnut cependant dans Hir la présence de corpuscules organisés, bien qu’en trop petit nombre pour justifier l’assertion qu’un volume très restreint d’air soit capable de faire naître, dans une

iufu.sion, toutes les espèces d’infusoires et toutes les cryptogames propres à cette infusion. Mais il prétend que cette opinion est fort exagérée, et que l’on peut toujours mettre en contact avec une infusion qui a été portée à l’ébullition, un volume d’air considérable, sans qu’il s’y développe la moindre production organisée.

Il est fort à regretter que M. Pasteur, qui, par sa découverte de corpuscules organisés dans l’atmosphère, était en possession d’un argument sérieux contre scs adversaires, ait refusé dans la suite d’en justifier la véracité devant eux, lorsqu’il s’est trouvé à même de le faire. Quanta sa seconde assertion, elle est également contredite par les faits.

Vers la même époque, M. Joly, professeur à la Faculté des sciences de Toulouse, se livrait, de concert avec M. Musset, à l’étude microscopique de l’air. Ces deux savants constatèrent, dans plusieurs Mémoires successifs, la pauvreté de l’atmosphère en fait de germes vivants, et arrivèrent ainsi aux mêmes conclusions que M. Pouchet.

Il eu fut de même de tous ceux qui, dans la suite, s’occupèrent de micrographie aérienne, qu’ils s’appellent Béchi, V^ymann ou SchaalThausen.

IM. Pasteur n’en persévéra jias moins dans ses recherches, et, réunissant en un volume ses pre-

HISTORIQUE DE LA GÉNÉRATION SPONTANÉE. 53 laières communications, il publia, en 1861, son Mémoire sur les corpuscules organisés qui existent ians l’atmosphère,

Les hétérogénistes, aussitôt, réfutèrent un à un •es différents chapitres de ce travaü sur lequel VI. Joly lut plus tard à l’Académie des Sciences ■le Toulouse un Examen critique devenu l’une des principales pièces de la discussion.

Voyant s’écrouler par la base leur AÙeille hypo- -hèse de la dissémination universelle, les pauspermistes avaient songé à la remplacer par une autre ion moins ingénieuse, mais non moins gratuite, le veux parler de la panspermie limitée de M. Pasteur. L’atmosphère n’est jilus de toutes parts encombré de germes, mais ceux-ci n’en existent pas moins, et, resserrés dans d’étroites limites, ils le parcourent sous forme de veines ou do nuages.

Que deviennent alors toutes les expériences antérieures lancées contre les générations spontanées ? M. Pasteur, dans cette concession in extremis, ne s’est point aperçu qu’il réduisait à néant tout le bagage expérimental de son école ; mais nous le verrons, ce n’est point la seule fois qu’une assertion du savant adversaire de l’hétérogénie détruit radicalement celle de la veille et est détruite elle-même par celle du lendemain. Toujours changer, dit au reste spirituellement Victor Meunier, est une sorte de constance.

l’origine de la. vie.

Ainsi donc, la Panspermie universelle, ce beau reve de Bonnet et de Spallanzani, ce point de ralliement des adversaires de l’Iiétérogénie, est déclaiee fausse par M. Pasteur, et mise au nombre des erreurs de la veille. Qu’en pensent MM. Milne Edwards, Payen, Dumas, de Quatrefages, Lacaze Duthiers, etc. ? Je ne sais, mais ils ont couronné M. Pasteur. Reconnaissent-ils l’exactitude de sa théorie ? Je ne sais encore, car ils se sont donné garde de le déclarer clairement.

Le 3 octobre 1860, M. Pasteur reconnut, avec les hétérogénistes, que « si la plus minime portion d air ordinaire développe des organismes dans une infusion quelconque, il faut, de toute nécessité, au cas où ces organismes ne sont pas spontanés, que dans cette portion si petite d’air commun, il y ailles germes d’une multitude de productions diverses, et qu’cnfin, si les choses sont telles, l’air ordinaire (selon les expressions de M. Poucliet) doit être encombré de matière organique ; elle v formerait brouillard. Ce raisonnement, ajoute-t-il, est assurément fort sensé, d’autant plus que toutes les espèces inférieures qui se montrent distinctes, semblent l’être réellement et provenir, par conséquent, de germes différents. »

Mais l’habile chimiste, qui sent bien toute la force de l’argument, ajoute ; Il n’est pas vrai qu’il y ait continuité de la cause des générations spontanées dans l’atmosphère terrestre.

Les hétérogéaistes niout formellement l’assertion de leur adversaire ; 'partout et toujours leurs ballons sont féconds et ce n’est qu’en paralysant les conditions fondamentales de la genèse spontanée qu’ils obtiennent à leur gré les résultats de M. Pasteur.

Mais l’habileté de cette nouvelle conception de la panspermie, ne saurait être mise en doute : les ballons de l’expérimentateur (faute de se trouver dans les conditions voulues) restent-t-ils stériles ? c’est qu’il a opéré dans une veine stérile ; sont-ils féconds ? c’est que le hasard l’a plongé dans un nuage de germes. C’est, comme eût dit Montesquieu, imaginer très à propos une nouvelle « raison de commodité » et comme ne craint pas de le dire M. Musset trouver un « faux fuyant y, une « hypothèse de juste milieu. » Nous ne saurions donc trop applaudir à cette juste appréciation de M. Noël. «Après avoir hautement prétendu que des myriades de germes existaient dans la matière putrescible, dans l’eau et dans l’air, on en fut réduit à n’admettre plus leur présence que dans l’air ; et voilà qu’aujourd’hui l’on s’en tient tristement à ne plus les admettre que dans certaine.s zônes atmosphériques. Ne serait-il pas temps d’avouer résolument sa défaite et de renoncer à la panspermie et à la quasipanspermie , de même qu’en politique ou l’a fait pour la légitimité et la quasi-légitimité ? »

Les brochures s’amoncelaient, les communications de part et d’autre se succédaient à l’Institut, lorsqu’enfiu l’époque du concours arriva. Les commissaires nommés étaient MM. Geoffroy saint-Hilaire, Serres, Milne Edwards, Brogniard et Flourens. La majorité s’était à l’avance déclarée pauspermiste, MM. Geoffroy St-Hilaire et Serres seuls n avaient point d’opinion arrêtée ; le premier mourut, le second fut remplacé et MM. Cl. Bernard et Coste vinrent compléter un tribunal dans lequel 1 hétérogénie ne comptait plus que des adversaires. « Le siège de l’illustre comiiagnie était fait » a dit fort bien M. Victor Meunier, quand les spontéparistes se sont présentés devant elle.

Quoiqu’il en soit, les hétérogénistes n’en j^ersistèrent pas moins dans leur résolution ; mais quelques-uns des juges ayant fait connaître leur solution avant examen préalable des jiièces du procès, M. Pouchet crut devoir annoncer qu’il se retirait du concours. Sa retraite dut solidairement entraîner celles de MM. Joly et Musset. M. Pasteur resta seul dans l’arène, le prix lui fut décerné le 29 décembre 1862.

« On tresse, dit Edmond About dans ses Causeries, des couronnes à M. Pasteur parce qu’il pense bien; on donne des étrivières <à MM. Pouchet, Musset et Joly, parce qu’ils pensent .....'>

Pendant que M. Pasteur voyait ses nouvelles re-

HISTORIQUE DE LA GÉNÉRATION SPONTANÉE. 57 erclies sur les ferments et les fermentations con- ;dites par les résultats de M. Lemaire, M. Musset, ns ses Nouvelles recherches expérimentales sur l’hé- •ogénie, et MM. Joly, Schaaffausen, Poucliet et antegazza, l’attaquaient sur tous les points h la is.

L’anniversaire du grand succès de M. Pasteur .'Académie approchait, et tandis qu’il y avait fête ■ez les panspermistes , leurs adversaires riaient us cape et célébraient l’apparition d’un nouveau lume de M. Pouchet : ses Nouvelles expériences r la génération spontanée et la résistance vitale, naient en effet de paraître.

.On vit alors un phénomène assez singulier se aduire, ceux-là même qui regardaient l’hétéronie comme indigne d’occuper les esprits sémx et croyaient lui avoir porté le dernier coup, liguèrent contre son cadavre. Dans la crainte >e les barrières que lui avait opposées l’Académie 1 l’empêchassent pas de renaître dans le public, êst au public lui-même qu’ils vont s’adresser, 3St aux leçons gratuites qu’ils vont avoir reiurs. Aussi voyons-nous MM. Milne Edwards, aude Bernard à la Faculté des seiences, M. Coste Collège de Franco, M. Pasteur lui-même à la ■rbonne, professer que la question est absolusnt jugée, que les récents travaux du lauréat de ..cadémie. l’ont à jamais placée au nombre des

l’origine de la vie.

liypotlièsGS surannées. Bien entendu, ils passent sous silence les expériences de leurs adversaires, ou pour en donner une idée exacte, ils réfutent des morts de deux siècles. Van Ilelmout par exemple.

L’habile chimiste s’inspirant de formes de langage jusqu’ici réservées à d’autres chaires et à d’autres enceintes , étala aux yeux de son public, toute l’impiété qu’il y avait à être hétérogéniste. S’attaquant ensuite corps à corps à Van Helmout qui avait cru voir des souris surgir de la réaction du linge sale sur des graius de blé, il finit par triompher de son adversaire mort, nous venons de le dire, depuis deux cents ans. Il aurait pu choisir également Fray, qui voyait des limaçons et des vers de terre naître spontanément dans ses bocaux ; il eût eu au moins le mérite d’aller chercher moins loin. Puis il affirma que ceux qui aujourd’hui ont encore la faiblesse de croire à l’hétérogéuie. opèrent à la Vau Helmout; et il montra comment on devait expérimenter.

M. Pasteur fut, dit-on, fort éloquent, mais, l’éloquence ne suffit pas pour jeter la conviction dans certains esprits et M. Figuier est du nombre. « Je suis entré ici, dit-il en quittant la Sorbonne, sans avoir aucune opinion sur les générations spontanées, je pars convaincu que M. Pasteur est dans le faux, et je l’imprimerai. » M. Figuier a tenu pa-

HISTORIQUE DE LA GÉNÉRATION S PONTANÉE. 59 oie, il l’a immédiatement publié et s’est depuis ■éclaré en faveur de l’hétérogénie ; nous assisteons à plus d’une conversion de ce genre. A meure que la science fait de nouvelles conquêtes, a génération spontanée reçoit une nouvelle conirmatiou et voit augmenter le nombre de ses parisans, tandis que la panspermie voit diminuer le .ombre des siens et n’en recrute pas de nouveaux.

Pendant ce temps , le volume de M. Pouchet aisait son chemin, on entendait même parler d’une onférence publique dans laquelle le savant pbyiologiste rouennais prenant l’une après l’autre les ixpériences de son antagoniste, les avait réfutées outes, avec un égal succès.

L’Académie elle-même s’en émut, et crut devoir onsentir au mois de janvier 1864, sur la proportion de MM. Poucheb Joly et Musset, acceptée &ar M. Pasteur, à assister à une nouvelle lutte intre les deux partis.

A cet effet, elle nomma une commission comüosée de MM. Dumas , Milne Edwards, Brongriart, Balard et Flourens, chargée de faire répéter itevant elle, au mois de Juin suivant, «les expériences dont les résultats sont invoqués comme fa- \ arables ou contraires à la doctrine des générations pontanées. »

A l’époque fixée, MM. Pouchet, Joly et Musset

(iO l’origine de la vie.

se rendirent au Muséum d’Histoire Naturelle, dans le laboratoire de M. Clievreul où les expériences devaient être faites.

Ils y trouvèrent réunis les membres de la Commission et M. Pasteur se mit aussitôt à l’œuvre.

Il s’agissait de démontrer expérimentalement la réalité de la semi-jpanspermie, de la pmisperinie localisée.

Pour cela il prit un liquide préparé d’avance et composé de 50 grammes de levure de bière par litre d’eau, filtra, remplit à moitié de cette liqueur plusieurs ballons à col effilé, fit bouillir et ferma à la lampe pour opérer ensuite des prises d’air eu différents lieux.

. Qu’au bout d’un eertain temps quelques-uns seulement des ballons se peuplent de moisissures tandis que d’autres restent improductifs, M. Pasteur en conclura que les premiers ont été préparés au milieu d’un nuage de germes et les seconds, au contraire, dans une zone atmosphérique stérile.

Mais, M. Joly fit voir que le liquide employé par M. Pasteur était loin d’être uniforme dans toute la hauteur du vase où il était préparé depuis jdusieurs heures et que ses ballons n étaient par conséquent pas comparables entre eux. M. Musset de son côté, initie fait encore plus en évidence, en montrant que le savant chimiste faisait bouillir

liuégalement ses ballons, ce qui rendait son expéirience complètement illusoire.

Ces objections étaient si sérieuses que M. Flouircns, lui-même, devenu tout pensif : «c’est ce qui .a été dit jusqu’ici de plus fort, observa-t-il, contre lies expérience de M. Pasteur. » Mais, continuons.

L’expérience de M. Pasteur ainsi mise en train : « Voici, dit-il, des ballons que j’ai préparés il y a quatre ans et dont le contenu reste inaltéré depuis cette époque. Je les ai rapportés du Montanvert. On va procéder ...» — Combien donc, répliqua M. Joly, en aviez^vous emporté au Montanvert, que depuis que vous en ouvrez, il vous en reste encore ? — La charge de deux mulets, monsieur !

Or, on analysa l’air de ce ballon, et ce fluide, en contact depuis quatre années avec un liquide putrescible, fut trouvé « absolument pur. »

Composition : acide carbonique, Ü ; oxygène, 20,5. 20 parties et 5 dixièmes d’oxygène pour cent !!!!

Les hétérogénistes crurent le moment venu de procéder à leurs expériences ; mais il leur fut signifié que la commission pouvait tout réduire aux épreuves qu’elle jugerait convenables, et ne voulait en aucune manière accepter leur programme d’expériences, ni prendre vis à vis d’eux aucun engagement...

MM. Pouchet, Joly et Musset, rappelant alors les termes mômes des Comptes-rendus et ceux de

l’origine db la vie.

leur lettre de convocation, refusèrent de se renfermer dans un cercle aussi restreint et crurent, jiar dignité, devoir se retirer.

Quel fut donc le résultat de cette entrevue ? Uniquement de constater de visu les causes multiples d’erreur que M. Pasteur introduit dans ses expériences. Car, si les faits observés par M. Pasteur sont, comme le dit le Rapport delà Commission, « de la plus parfaite exactitude ; » il est parfaitement exact aussi, que les conclusions qu’il en tire sont fausses et n’en découlent nullement.

Nous avons passé à dessein sous silence les détails de cette triste affaire. M. Victor Meunier les a fait connaître en 1864, dans l’Opinion nationale, et reproduits l’année suivante dans son ouvrage : la Science et les Savants en 1864. D’ailleurs, la voix jiublique a 'prononcé son jugement, « elle a vu, dit M. Figuier, dans la reculade de la Commi.ssiou, la crainte d’une défaite. La Commission a évité la lutte parce qu’elle appréhendait la déroute. » Aussi, le Rapport qui suivit est-il fort curieux à méditer. « Il s’éloigne — selon la judicieuse remarque de M. Musset — autant de la vérité que de l’erreur et ressemble à l’un et à l’autre, tout en différant des deux. »

Systématiquement repoussée, l’hétérogénie en appela de l’Académie au public et obtint alors un triomphe éclatant. M. Joly .ht en effet, avec l’auto-

■ satiou de M. le Ministre de l’Instruction publique, ;'uruy, deux leçons qui provoquèrent, de la part e l’auditoire, les plus entraînantes manifestations- ;a première eut lieu le 28 juin 1864, dansTampliiléâtre de la Faculté de médecine de Paris, et l’au-^ l’e le l'f mars de l’année suivante, dans la salle de i rue Cadet.

Le sentiment qui animait les nombreux auditeurs ■e M. Joly, est tout entier compris dans ce beau lassage d’une lettre qu’Eugène Noël écrivait à ette occasion à l’un des défenseurs de l’hétéro- ■énie. Nous commettons peut-être une indiscrélon en rendant publique une lettre confidentielle, lais l’auteur nous le pardonnera, il est de ceux ui pensent tout haut. « La leçon que M. Joly fera iemain sera pour vous tous un triomphe... Il n’y , pas, fùt-ce au bout de l’Asie, un esprit sain et Iroit qui ne doive s’intéresser à votre oeuvre auant que vos compatriotes de Rouen et de Tououse... Il s’agit de la liberté de conscience pour out le genre humain. Et sur quoi la liberté poliique et sociale se peut-elle établir, sinon sur b iberté de conscience? Ce ne sont pas seulemp' es hétérogénistes qui ont les yeux sur v ;ont tous ceux qui veulent conserver ’ lenser librement. »

Ces mémorables leçons, dans !

rant orateur n’a laissé debout

l’origine de la vie.

lions ni des critiques de M. Pasteur, ont été immé-' diatemeut publiées par M. Germer-Baillère. Elles sont aujourd’hui dans toutes les mains.

La génération spontanée venait ainsi, en réalité, de remporter deux victoires : l’une devant l’Académie, l’autre devant le public.

Ainsi se termine, encore jiar un succès, la troi- • sième phase du débat actuel. i

Jusque-lé, les expériences in vitro avaient près- j qué seules occupé la scène, toute la paflie em-j brvogéuique de la question était restée intacte. Au remarquable chapitre de M. Pouchet sur le développement spontané de microzoaires, M. Pas-] teur n’avait répondu qu’à priori, par une accusation gratuite, un mot eu l’air. « Œuvre d’une ima- i gination féconde, .'> avait-il dit, « guidée par des j observations erronées. » Je no sais si ce chi- ' miste appelle cela une réfutation, mais à coup siir, si les hétérogénistes n’avaient employé contre lui que des armes de cette nature, son système ne se serait jias aussi complètement écroulé.

La Commission académique, nommée pour répé- | ter les expériences des hétérogénistes, ayant, ainsi j que nous l’avons dit plus haut, failli à ses obliga- : tions, et n’ayant pu s’entendre avec MM. Pouchet, Joly et Musset ; M. E. Frcmy mit gracieusement le laboratoire du Muséum à la disposition de ces savants. Là, les hétérogénistes purent répéter de-

HISTOKIyCE DK I.A. GÉNÉRATION SPONTANÉE. 65 k’Riit témoins leurs principales expériences, qui, outcs, disons-le de suite, ont parfaitement réussi ; :nais, indépendemment de IMM. Frémj", V. Meuiier. L. Figuier, M. Coste se trouvait là; il maniesta un A-if étonnement à la vue des résultats obtenus et formula le dessein de faire une étude ipprofondie de la question.

Quelques jours après, les]Jliétérogénistos appri- •ent, à leur grande surprise, que l’opinion du sa- /aiit professeur du Collège de France était faite, lu’il était en mesure de la soutenir et venait de ■ésoudre subitement une question à l’étude de laluelleils avaient consacré plusieurs années.

M. Coste inaugura en effet, le 25 juillet 186-1, la luatrième période du débat ou « période embryo- ^énique, » par une communication a l’Académie les sciences, sur le développement des infusoires ciéés dans une macération de foin.

Le« infusoires, selon lui, apparaissent dans les nfusions avant la formation de la membrane proigère, dont ils proviennent, au dire des partisans •le la génération spontanée; ce que les liétérogéiistes prennent pour des œufs spontanés, sont des t-mmalcules enkystés, apportés par la substalice ‘ermentescible, et le peuplement des infusions est

iû à une multiplication de ces derniers par scissiparité.

Ce travail de M. Coste obtint un grand succès;

l/üRIGIXE DE LA VIIC.

OU vit rarement l’Académie aussi attentive. C’est ((ue l’orateur traitait une question d’embryogénie comparée, et que, sur ce terrain, il est passé maître.

Certains organes de la presse parisienne se firent, dès le lendemain, l’écho de ce triomphe. On entendit les Mondes conclure que M. Coste a « enlevé aux générations spontanées un de leurs principaux arguments, que du moins il les a ébranlées profondément et que bientôt elles seront forcément acculées dans des retranchements percés à jour de toutes parts, qu’il faudra nécessairement abandonner. » ôl. iSanson dans la Presse, s’écria de son côté ; « Le fait capital mis en lumière par les expériences contrôlées de M. Coste, c’est celui qui SC rapporte au mode de génération du Colpode maintenant connu. Cela élimine du débat (ajoutet-il) toute la série des infusoires ciliés. » « Ainsi tombe dit enfin M. Grandeau dans le journal le Temps, le roman ingénieux l);\ti sur une prétendue mcmljranc engendrant directement des êtres sans parents, n’est-cc point le cas de répéter avec Brid’Oison : On est toujours le fils de quelqu’un. »

Si nous rappelons ces jugements, c’est que nous ne voulons rien enlever au succès de M. Coste ; si, d’un autre côté, nous nous abstenons d’opposer à ces allégations gratuites les remarquables articles qui parurent au même moment dans la presse

hétérogéniste, c’est qu’il suffit d’uu mot pour anéantir les assertions de M. Coste et que M. Pouchet l’a prononcé lui-même , sans que personne l’ait depuis combattu.

Le savant physiologiste rouennais réfuta immédiatement, en effet, toutes les assertions de son contradicteur, en lui apprenant que les infusoires dont il parle, n’ont rien à faire dans les expériences d’hétérogénie ; en énumérant les caractères différentiels de l’œuf spontané et du kyste et en montrant que des microzoaires contractés en boule sur leurs œufs, avaient été pris par lui, pour des kystes de multiplication.

L’hétérogenie sortait encore victorieuse de ce nouvel assaut. Son principal défenseur n’eut pour cela qu’à remettre au jour des faits antérieurement inscrits dans ses œuvres et qui avaient été certainement mis en oubli par sou contradicteur.

M. Coste s’engagea à « traiter dans un second travail, des infusions soumises à l’ébullition et des poussières organiques ; » mais, nous sommes encore dans l’attente de ce mémoire. L’auteur tient À ne révéler ses résultats qu’après mûr examen et nous l’en félicitons avec la sincérité que nous mettions à trouver prématurée sa première communication.

Cependant, la question des générations spontanées n’a pas cessé depuis cette époque d’occuper

l’origine UE LA VIE.

(iS

les siivauts; et taudis que l’hétérogénie recrute dp nouveaux partisans, les pauspermistes voient l’iiérésie surgir dans leur camp.

Un savant que ses premières recherches avaient classé parmi les adversaires de la genèse sponta née hétérogénique , M. Donné, après une étude ])lus approfondie de la question, et armé de nouvelles expériences vient, avec MM. Meunier, Trécul et Onimus, grossir la liste de ses défenseurs.

M. Y. Meunier, dont la critique savante avait <léjà, à elle seule, réduit à néant les prétentions des pauspermistes , vint eu 1865 entretenir l’Académie des sciences, dos résultats de ses expéliences jiorsonnelles.

Dans un Mémoire sur la Rpsislance vitale des Colpodcs cJihjsiés, présenté <à l’Institut le 4 déceinhre, il démontra que ces animalcules, loin de résister à l’ébullition, comme ou avait pu l’admettre à priori, étaient complètement détruits longtemps avant d’avoir atteint cette température.

^I. Meunier soumit également au contrôle de l’expérience, les résultats obtenus jiar M. Pasteur à l’aide de ballons à cols tortueux, et il arriva à une conclusion diamétralement opposée ; faisant ainsi tourner à l’avantage de l’bétérogénie un mode d’exjiérimeutation qui lui avait, disait-on, porté un « coup mortel. »

Il adressa à ce sujet, dans le courant de rannéc

1865, plusieurs notes à l’Académie, mais M. Pasteur lui répondit le 18 décembre dans un travail ayant pour titre : Observations verbales relatives à (les notes coninmniquécs à l’Académie par M. V.‘ Meunier, dans les séances du 28 août, 11 septembre et 11 décembre, qu’il avait compromis le résultat de ses expériences en adaptant à ses ballons plusieurs tubes sinueux tandis que lui ne s’était servi que d’un seul.

M. Meunier réfuta ces objections le 22 janvier suivant dans une Note qui déchaîna à l’Institut une véritable tempête. Plusieurs fois interrompu, ])lusieurs fois sur le point de se voir retirer la parole parce qu’il reprochait à son adversaire la forme peu courtoise qu’il avait cru devoir prendre dans sa réponse; l’auteur, grâce à l’intervention de M Dumas, put enfin terminer sa lecture.

Dans cette réplique, dont un extrait seulement figure aux Comptes-Rendus, mais que la Prewe scientifique des Beux jnondes (16 janvier 1866) a reproduit intégralement, M. Meunier a répondu par dos expériences, aux objections àpriori qui lui avaient été adressées et émit le vœu que la leçon que M. Pasteur venait de recevoir des faits, «l’engage à ne plus se prévaloir de sa position pour refuser à ceux qui servent la* science gratuitement, les égards auxquels ils ont droit » Opinion Nationale, 13 février 1866. Nous reviendrons plus tard sur ces expériences.

l’origine UE LA VIE.

Certes l’iiétérogénie n’est point en odeur de sainteté à l’Académie des Sciences ; nous voulons dire auprès de quelques représentants do la science orthodoxe, de quelques chefs de parti, car l’unanimité est loin d’être acquise à la jiauspermie.

La nomination de M. Trécul à l’Institut, en remplacement do M. Montagne, en est une preuve en même temps qu’elle fait le plus grand honneur a l’Académie. M. Trécul que ses travaux sur les vaisseaux laticifères et les phénomènes qui se passent daus les cellules de l’albumen de certains fruits ont fait prendre rang parmi les botanistes les plus distingués de notre époque^ est hétérogéniste.

Il communiqua en 1865 à l’Académie, plusieurs Mémoires daus lesquels il déclara avoir vu, à l’aide du microscope, la substance organique renfermée dans certains organes végétaux se transformer par la jmtréfacliou, pendant leur macération daus l’eau, en spores susceptibles de germer.

Dans les vaisseaux laticifères de plusieurs jdantes de la famille des Apocynées, par exemple, le suc propre est peu à peu remplacé par un liquide limpide contenant en susjicnsiou une très grande quantité de granules parmi lesquels s’en trouvent d’elliptiques qui bientôt germent et poussent une petite tigelle à l’une de leurs extrémités. « Si maintenant, dit l’auteur, ou sc demande quelle est

HISTORIQUE DE DA GÉNÉRATION SPONTANÉE. 71 ll’origine de ces petits végétaux, on ne reconnaît que deux réponses possibles : ou ils sont nés de ^germes venus de l’extérieur, ou ils provie;incnt d’une modification des éléments du latex. S’ils .ont pour origine des germes préexistants, com- ;ment ces germes se sont-ils introduits par milliards dans toute la longueur des vaisseaux pleins d’un suc dense, assez consistant pour ne pouvoir plus couler, de manière à se substituer complètement au suc lui-même? Comment concevoir que de tout petits ilôts do latex soient restés intacts de distance en distance, et aient pu résister à cette invasion? N’est-ce pas au moins aussi vraisemblable que ces organismes soient nés d’une transformation du latex ; quand d’ailleurs ce suc recèle des éléments ( amylacés ou cellulosiques ) faA^orables à la production de ces plantes?»

D’autres végétaux ont fourni à M. Trécul l’occasion de contrôler ses premières expériences. Les cellules parfaitement closes de la moelle du Ficus carica ou celles de l’écorce de VEuphorhia ( haracias par exemple, sont remplies d’amidon qui, pendant la putréfaction, se change en spores qui germent, se ramifient, se creusent de vacuoles et dont les brandies se développent entre les cellules de la moelle ou de l’écorce.

Pourquoi un Mémoire aussi important ne figurct-ilpasaux Comptes-rendus de l’Académie ? Le Ha]»

LORIGIXIJ RIi LA VIE.

porteur de la coiiimis.sioucliargéede juger les travau.v do M. Trécul, ne juge même pas à propos do 1 aualjser, il regarde ces observations comme encore « trop oliscures» pour s’y arrêter.

Le travail de M. Trécul attend encore une réfutation sérieuse ; M. Pasteur, n’y a pas répondu à moins qu’on ne considère comme une réponse indirecte cette retle.vion du ra])])orteur de la commission dont M. Pasteur faisait ])arlie ; « Des reclierclics ultérieures seraient nécessaires pour liien ap|)récier l’origine et le ntode de formation de ces corps. »

On a l’habitude de s’e.\'])rimei' tout autrement a l’égard des allirmations du savant inventeur de la panspermie limitée, alors même que rien ne vient les confirmer et si les hétérogénistes ne s’inclinent pas, ils se font un devoir de contrôler euxinômos par l’e.xi>érience, les résultats de l’expérimentation de leur contradicteur.

M. Nylandcr, il est vrai, émit quelques doutes sur les faits rapportés par M. Trécul et se montra disposé à confondre ses amylobacter avec des hacteriums; mais, M. Trécul, armé de nouveaux faits, démontra qu’aucun d’eux ne se rapporte spécill- (piement ni génériquement aux bactéries ou aux vibrions et, signalant les inexactitudes conteuue.s dans les Xotes de son contradicteur, rendit plus évidentes encore ses premières assertions.

Partant de ces données, M. Trécul définit l’hétéogénie « une opération naturelle par laquelle 1 vie, sur le point d’abandonner uu corps organisé, oncentre son action sur quelques unes des paricules de ce corps, et eu forme des êtres tout ifférents de celui dont la substance a été empruntée. » Cette formule qui ressort certainement -es observations isolées de M. Trécul, ne saurait tre admise comme définition de l’hétérogénie. Elle l’est pas assez générale et ne comporte pas les ïhénomènes de genèse spontanée qui ont donné laissance aux premiers êtres vivants. L’hétérogénie te nécéssite pas en effet, pour se manifester, un :oiqis orjanwe antérieur mais seulement une madère organique .

Le 24 août 1863, M. A. Donné avait pris rang iiarmi les panspermistes ; deux ans après il se réracta et pria l’Académie de l’inscrire au nombre les hétérogènistes les plus convaincus : < il faut lien se rendre à la vérité, dit-il, quand elle paraît ividente et fondée sur des faits concluants»; derlièrement enfin, M. le Recteur de l’Académie de Montpellier rétracta sa rétractation, déclarant que : définitivement ;> il so faisait panspermiste. Ces rois professions de foi correspondent à trois madères différentes de raisonner.

Le 'contenu des œufs, disait M. Donné en t863. réunit les conditions favorables à la genèse

l’oiugike de la. vie.

spontauée » ; or, des œufs de ])Oulc soumis à une température couveuaLle, et aliandonnés à la jmtréfactiou, ue ])roduiseut rien tant qu'ils ne sont pas ouverts ; donc, la Panspermie est un fait évident.

Le contenu des œufs ne réunit ]>eut-ètre pas les <'üuditious favorables à la genèse sj)ontanée (18G5).

• La jietitc quantité d’air renfermé dans l’ceuf, non i-enouveléc, n'est jieut être jias suliisante. » Or,

. on produit à volonté des végétations microscojdques dans de la matière organique pure abanilouuée à elle même, à l’abri de toute intervention des germes étrangers»; donc, la Pauspei’inic est une erreur et rilétérogénie une vérité démontrée.

De l’eau, de l’air et une matière putrescible, telles sont les conditions de la genèse sj)Outanée i'1867); or, si on remplace la quantité d’air contenu dans un œuf par une quantité équivalente d’air cl d’eau qu’on fait ])énétrer, jiar des moyens appropriés, à travers la coquille, filtre ]iarfait, il ne se dévelojqie jamais rien de vivant; donc, la vérité est décidément du coté des panspermistes.

Comment 1\L Donné n’a-t-il pas rélléchi que le volume d’air renfermé normalement dans l’œuf et (ju’il regarde comme insuflisant j)our déterminer les phénomènes d’une genèse sjiontanée, est encore diminué, dans son cxpéiieuce, de tout

IIISTÜRIQL'E DE I..V (JENÉllATION Sl’ONTANÉE. 7.)

,’espace uccupé ])ur l’eau absorljéo? Cuminent M. Donné , partant île l'iiypothèse des germes .itmuspliériques exj)érimente-t-il avec des œufs qui peuvent contenir des masses de germes (ils renferment Ijien parfois des juiltes de lianneton) et, prend-il une coquille d’œuf pour un iiltre « tellement lin qu’aucun corps étranger ne jieut s’introduire», quand Keaumur et IM. Paneréri ont idémontre que des particules assez grossières . des cryptogames même, la traversent jiarfaitemeut ? Comment enlin, M. Donné ])Out-il croire qu’il conclue dans le même sens (juc M. Pasteur ! 'M. Pasteur aflirmc que le jihénomene de la putréfaction est déterminé ]uir des organismes vivants, pendant (juc M. Donné déclare que c quelque soit le degré de putréfaction, la matière décomposée n’a olfert la moindre ti'ace d’êtres organisées.:! —

Mais, passons. Nous ne citons, en elfet, quciuuir mémoire, les travaux de M. Donné. Tour à tour combattu jiar les hétérogenistes et par !M. Pasteur, on jieut lui reprocher soit de ne pas tenir un comjite sufiisant des exigences de ses adversaires, soit de poser 1 ui-mème di’s conditions a ux jdicnomùnes!

Poursuivons donc notre exposé chronologique des faits, et passons aux derniers travaux que nous ayons a signaler : Des E.rjiérienccs roinjiarcrs sur la flrsistancc vitaU- de certains einbrijani; reijciaii.v

l’origine de l\ vie.

du docteur Pouchet et le.s Expériences sur laGeiûse (les leucocytes et sur la génération spontanée du docteur Ouiinus.

Le 3 décembre 1866, le .savant jihysiologisle roueuuais démontra par l’expérience que le tégument de certoi/iM graines pouvait, clans certains cas, protéger assez elficacement l’embryon pour per-t mettre à celles-ci de germer après plusieurs lieuies d ébullition. Dans ces conditions, l’embryon aimsi protégé est soustrait à l’action de l’humidité et ne subit au sein de l’eau, qu’une température « sèche :>.

Ce fait qui ne saurait être généralisé, no concerne qu’un très petit nombre do plantes et n’est nullement applicable aux spores fragiles des; moisissures. Cependant, M. Pasteur, qui applaudit! a ces nouvelles expériences, les déclare mémo,' Il priori « très jirécises et irréprochables. ;> a' essayé d’en tirer parti. Mais M. Pouchet lui ‘ a répondu en montrant que si quelques graines, 1 grâce a leur puissante enveloppe, présentaient ' cette prodigieuse résistance à l’action de l’eau j bouillante, il on est d’autres que son simple con- | tict anéantit complètement. « Ces expériences, • <iit-il, confirment colles que nous avons faites sur les Mucédinées, et dans lesquelles nous avons vu , l’eau bouillante désorganiser leurs spores, et par î conséquent rendre leur germination absolument ' impossible. »

■Enfin, dans iin travail fort important. M, Oni- Lis est venu, dans ces derniers temps, apporter de uveau.v arguments en faveur de la thèse que us défendons.

Les résultats obtenus par ce savant, démenant jusquà l’évidence la Genèse spontanée d’éléents anatomiques, en dehors de l’économie et . sein d’un liquide organique parfaitement limde.

En renfermant de la sérosité de vésicatoire dans i petits sacs de baudruche qu’il maintint ensuite )us la peau de lapins ou de pigeons, il put étuer les conditions diverses du phénomène et isister à l’apparition spontanée de « globules lancs du sang » dans ce liquide amorphe.

Cette genèse comble la lacune qui existait isque là entre la genèse liomogénique admise par ms les physiologistes et la genèse hétérogéniqnc le beaucoup de bons esprits hésitaient encore à rofesser et, eu faveur de laquelle, M. Onimus a paiement apporté, ainsi que nous le verrons, de récieux arguments et de curieuses expériences. Enfin, au moment où nous écrivons ces lignes, [. Victor Meunier signale à l’Académie des scienes de Paris, l’apparition d’êtres vivants et en par culier de deux nouvelles espèces végétales dans is conditions mêmes annoncées par M, Pasteur, omme incompatibles avec la manifestation de la

78 l’origine de la vie,

vie ; et, de son côté, M. le docteur Ch. Musset, entretient l’Académie des sciences de Toulouse de ses récentes reclierches. Il démontre l’hétérogénie par voie directe ; c’est-à-dire, par les phénomènes qui se passent dans Tintérieur des cellules closes, des végétaux en décomposition naturelle: «J’ai vu cent fois, m’écrit-t-il à ce sujet, et fait voir des cellules végétales closes, remplies de bactéries s’agitant avec un élan sans pareil. »

Nous nous sommes étendu peut-être un peu longuement sur l’historique de la génération spontanée ; mais, ne pouA-ant discuter les unes après les autres les œuvres des savants qui ont contribué à élucider le grand problème de l’oiigine de la vie, nous aA'ous cru devoir, dans un résumé succiiit, esquisser les différentes phases par lesquelles avait passé la question avant que la lumière se fasse d’une manière définitive.

La polémique récente que souleva la doctrine de rilétérogénie, eut un grand retentissement dans, la jircsse, et ce serait faire une omission préjudiciable à ceux qui s’intéressent à cette importante question de physiologie, que de passer sous silence les remarqualiles articles que depuis 1859 M. V. Meunier a successivement insérés dans ['Ami des sciences, \'Opinio7i nationale, le Courrier des sciences, la Scieixce et les savants , le Cosmos;

msi que la spirituelle et savante brochure que [. E. Noël publia en 1864 sur la « Génération

oontanée.n

En résumé, l’Hétérogénie, systématiquement epoussée par quatre ou cinq membres influents e l’Académie des sciences, compte au sein même e l’Institut de nombreux partisans et les liété- Ggénistes, mis au rang des rêveurs et condamnés lans avoir pu se défendre, en ont appelé devant «public et leur voix a été entendue. Le rêve des lonnet et des Spallanzani (la dissémination universelle des germes), est relégué aujourd’hui au aombre des hj’pothèses de la veille par ceux-là même qui le proclamaient une vérité démontrée ;

,a panspermie limitée, destinee a lui succéder, ne

compte qu’un défenseur avoue, et la doctrine des Générations spontanées admise en France, en Italie, en Allemagne, en Angleterre et en Amérique, est défendue et démontrée par les Pouchet, les Joly, les Musset, les Mantégazza, les Ezio Castoldi, les Schaafhausen, les Gilbert, les W. Child, les R. Owen, les Jeffries ’Wyman, etc. etc., «pour ne citer que les vivants et parmi les princi- |)aux.

COr^DITIO]S(S

DE

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