RÉGIONS DE PÉNÉTRATION MAXIMUM
Pour ce qui concerne la seconde question, il s'agit de reconnaître d'abord la partie de la Terre où l'on observe actuellement le plus grand nombre d'organismes d'eau douce très peu différents de formes océaniques.
En 1857, Ed. von Martens énonça à ce sujet le principe que ce la ressemblance avec la faune marine aug- » mente des Pôles vers l'Equateur (1) »; et il concluait que les animaux fluvio-lacustres seraient nés principalement dans les contrées équatoriales proprement dites. Mais cette opinion n'est pas unanimement partagée, et Pfeffer, par exemple, à propos des Mollusques (2), est même d'avis que les formes d'eau douce « ressemblent plus aux » types marins des régions froides qu'à ceux des Tro- » piques (3) ».
Au reste, beaucoup de genres fluviatiles se sont constitués avant la disparition complète de la faune marine universelle et la différenciation, au sein des Océans, de
(1) von Martens, Ueber einige Fische und Crustaceen der sûssen Gewàsser Italiens. (Arch. f. Naturgesch., XXIII, 1857, p. 199.)
(2) Pfeffer, Versuch ûber die erdgeschichtliche Entwickelung der jetzigen Verbreitungsverliâltnisse unserer Tierwelt, 1891, p. 53.
(3) Pour ce qui concerne les formes « d'eau douce », il y a naturellement à distinguer les espèces à respiration aquatique et celles à respiration pulmonaire (ces dernières étant, en fait, des animaux terrestres, il n'y a à tenir compte que des premières); relativement aux Mollusques gastropodes, cette distinction a déjà été signalée par Ed. Forbes (Zoogeological considérations on freshwater Molluscs [Ann. Mao. Nat. Hist., VI, 1841}).
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faunes tropicale et polaires distinctes : la paléontologie le prouve. Et l'uniformité relative des animaux fluviaux, au travers des différentes provinces zoologiques, confirme à la fois, et l'ancienneté de certains de leurs types, et l'opinion que les mêmes groupes sont euryhalins sur toute la surface de la Terre.
D'ailleurs, depuis que von Martens a exposé sa théorie de P « origine tropicale », la connaissance des populations animales des eaux douces a grandement progressé. Et il est possible aujourd'hui de déterminer les lieux d'élection où se trouvent rassemblées le plus grand nombre de formes à aspect marin, paraissant d'introduction récente.
Parmi les mieux marqués, sont les deux suivants :
A . — Le pourtour de la mer Noire, avec les Litho glyphus du Danube, les Dreissensia, entrés dans tout le système européen par ce fleuve, leMembraniporaLacroiœi, de son delta, les Monodacna et Adacna des lagunes d'eau douce et du cours inférieur de divers fleuves (jusqu'à 50 kilomètres dans le Dnieper) (1); les Nereis et Némertien du lac Paleostom près de Poti, en Mingrélie (2), les Balanus de ce même lac, du Dniester (3) et des lagunes du Delta du Danube (4).
(1) Beaucoup d'éléments de cette faune de pénétration de la mer Noire présentent d'étroites affinités pour des organismes de la Caspienne et proviennent sans aucun doute des mêmes ancêtres communs.
(2) Tscherniawsky (fide Leuckart. Bericht fur 4868-4869. [Arch. f. Naturgesch., 1871]).
(3) Schmarda, Geographische Verbreitung der Tiere, 1, 1, p. 59.
(4) Peters, Denkschr. k. Akad. Wiss. Wien, XXVII.
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B. — Il y a un autre district de la Terre qui est encore plus particulièrement caractérisé à ce point de vue : c'est l'Indo-Chine et les pays avoisinants, archipel indo-malais, Birmanie, Bengale et Sud-Est de la Chine, c'est-à-dire l'ensemble du Sud-Est de l'Asie (1).
Et sans entrer dans des détails spéciaux au sujet de tous les groupes zoologiques, on pourra constater que c'est la seule région du monde qui possède, réunis dans divers de ses cours d'eau, une Actinie fluviale, un Turbellarié Polyclade d'eau douce, avec trois Bryozoaires Chilost ornes, une Annélide Polychète,deux Raies, etc. (2).
(1) On a déjà remarqué, précédemment, le nombre inusité de types marinoïdes dans les eaux douces de ces parages (Pelseneer, Bull, du Mus. d'hist. nat. de Belgique, IV, 1886, pp. 412-445). — Cooke, Shipley and Reed, Molluscs and Brachiopods, 1895, p. 305. — Weber, Die Susswasser-Crustaceen des Indischen Archipels, nebst Bemerkungen ûber die Susswasser-Fauna im Allgemeinen (Zool.
ERGEBNISSE EINER ReISE IN NlEDERLANDISCHE 0ST-IND1EN, H, pp. 540,
(2) Sagartia Schilleriana, Stoliczka, à Port Canning, dans le Gange (Journ Bengale AsiaL Soc, XXXVIII, p. 53, 1869). - Shelfordia, von Stummel (Ein Sûsswasser Polyclade aus Bornéo [Zool. Anzeiger, XXVI, p. 159, 1902]). — Membranipora bengalensis f Stoliczka, à Port Canning (loc. cit.). — Flustra, à Nagpur, sur un affluent du Godaveri (Ann. Mag. nat. Hist. (3), I, p. 168). — Hinslopia, eaux douces de l'Inde (Schmarda, Zoologie, II, p. 213). — Caobangia Billeti, Giard, rivières du Haut-Tonkin {Sur un type nouveau et aberrant de la famille des Sabellides [Comptes rendus de la Soc. biol. de Paris, XLV, 1893]. — Pour ce qui concerne les Crustacés, on connaît des Penaeus, dans le Gange, et de nombreux Isopodes (mêmes parasites), Amphipodes, Décapodes de genres marins, dans les eaux douces de l'archipel indo-malais (Weber, Die Sûsswasser- Crustaceen des Indischen Archipels, nebst Berner-
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En me bornant d'ailleurs à la subdivision qui m'est le plus familière, je ferai observer que, pour les Mollusques, cette partie de notre Globe est spécialement riche en formes fluviatiles de type marin, et que c'est là que bien des familles et même des ordres entiers, exclusivement océaniques ailleurs, ont leurs seuls représentants dans l'eau des ileuves (1).
kungen iiber die Susswasser-Fauna im AUgemeinen [Zool. Ergebnisse biner Reise in Niederlandische Ost-Indien, II, pp. 540, 541, 543]). — Quant aux Poissons, outre les deux Raies {Raja fluvia Mis, dans le Gange, jusqu'à Cawnpur, à près de 1,800 kilomètres de l'embouchure; Raja, dans le cours supérieur du fleuve Capoeas [Bornéo] ; Hunnius, Arch. f Naturyesch., XXXIV, p. 10), on notera encore, comme autres formes de genres marins : Carcharias gangeticus, à 60 heures de l'embouchure du Gange, et dans d'autres grands fleuves de l'Inde (Geogr. Jahrb., 1876, pp. 161 et 183); divers Syngnathus, dans le Nord du Bengale, fleuve Kawarlayi (von Martens, Arch. f. Naturgesch., XXIII, p. 193) et autres fleuves indiens (Day), eaux douces de Bornéo (Weber, Die Sûsswater-Fische des Indisclien Archipels, nebst Berner kungen iiber der Ursprung der Fauna von Celebes [Zoolog. ërgebn., III, p. 458]); Cynoglossus, Bornéo (Weber, Ibid., p. 452y; Belone, Engraulis et Clupea, Telrodon, Pristis et Trigon {Ibid., pp. 456, 457, 458), et, en général, d'après Weber (Ibid., pp. 404, 468), la pénétration de nombreuses formes marines dans les eaux douces de diverses îles de l'archipel indien.
(1) Le seul Docoglosse de rivière (Acmaea fluviatilis, Blanford, dans le delta de l'Irawadi) ; le seul Rhipidoglosse diotocarde (Phaneta Everetti, Adams, dans la rivière Siniwan, Bornéo); le seul Nerita d'eau douce (IV. lineata, Chemnitz, dans la rivière de Saigon, jusqu'à 46 kilomètres de l'embouchure) ; le seul genre de Rachiglosse d'eau douce : Canidia 'avec le sous-genre Clea), tout à fait spécial à la région, où il est représenté par au moins une quinzaine d'espèces, dans les rivières et lacs : Inde, Birmanie, Sumatra, Java, Bornéo, Malacca, Siam, Cambodge, Ànnam; parmi les Ténioglosses, les seuls
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