ÉTUDE COMPARATIVE DES MALGACHES ET DES INDO-OCÉANIENS
Je viens d'exposer dans le premier chapitre les raisons qui m ont amené à rattacher les nègres de Madagascar aux nègres de l'Extrême- Orient. H y a lieu maintenant de donner les autres preuves à l'appui de mon opinion, preuves que nous demanderons à l'étude comparative de leurs crânes, ainsi qu'à celle de leurs mœurs, de leurs croyances, de leurs institutions, de leur industrie et de leurs langues; mais, avant d'entrer dans les détails de cette étude, il n'est pas inutile de rappeler brièvement l'origine des peuples indo-océaniens auxquels sont apparentés les Malgaches.
Dans le vaste ensemble de terres que baigne l'Océan austral , — péninsules Indienne et Indo- Chinoise, archipel Asiatique, îles et îlots innombrables qui sont disséminés à des distances plus ou moins grandes, souvent énormes, entre la côte orientale d'Afrique et l'Amérique, d'une part, et le tropique du Cancer et le 5oe parallèle Sud, d'autre part, c'està-dire sur le tiers de la superficie totale de la terre (l), — il y a trois groupes
M Celte mer immense, qui comprend sure 260 degrés de longitude sur yi deles deux océans Indien et Pacifique, me- grtfs et demi de latitude et a, par consé-
MADAGASCAR
<le populations, très distincts, qui sont tantôt juxtaposés, tantôt plus ou moins fondus : i° les Nègres orientaux, — Néjjritos et Mélanésiens, — descendants des aborigènes de cette partie du Monde, qui aujourd'hui sont refoulés dans les districts montagneux de l'intérieur ou occupent certaines îles, principalement celles de la Mélanésie; a° les Polynésiens, qui sont de race blanche, plus ou moins altérée par divers éléments ethniques et qui habitent les petites îles de l'Océan ie orientale; enfin, 3° les Indonésiens et les Malais, qui sont de race jaune métissés de Nègres et d'Hindous et qui habitent, les uns, certaines provinces de Tlndo-Chine et l'archipel asiatique, les autres, les cotes des iles de la Sonde et de la presqu'île de Malacca, où, quoique les derniers venus, ils ont la prédominance. En Europe et en Afrique, les races blanche et noire ont conservé une certaine homogénéité; il n'en est pas de même en Asie qui a été, de temps immémorial, le théâtre de luttes sanglantes et de mouvements de population considérables. Longtemps avant que les Aryans, quittant FI ran ou Asie occidentale, se soient superposés dans le Pundjab aux Touraniens antérieurement descendus des hauts plateaux du Centre (,), d'autres peuples, soit de race mongoloïde -', soit de race blanclie(?)(3), venant du Nord ou de l'Est, ont traversé l'Yun-nan et la Hirmanic et ont envahi les régions du Sud, dépossédant les Négritos qui en étaient les premiers occupants. Ces immigrants ont été à leur tour, pour la plupart du moins, chassés hors du continent w. Aussi n'est-il pas étonnant que les terres qui bordent l'Océan auslral ou qui y sont disséminées, et où se sont rencon-
quent, une ('tendue de 198 millions de kilomètres carrés, couvrant près des deux cinquièmes de la surface totale de la Terre.
W Les Aryans sont reslés pendant longtemps dans ce coin de l'Inde et ce n'est qu'après le xve siècle avant Jésus-Christ qu'ils se sont avancés davantage vers l'Est.
W Les peuplades Muong, Mois, Stieng dans l'Indo-Chine orientale et certaines tribus Karén en Birmanie en sont la preuve.
(3) On trouve les traces de l'invasion de ces blancs (?), qui appartenaient probablement
à deux souches distinctes, d'une part, jusqu'au Japon où les Aïnos ont exterminé les NVgritos, premiers occupants de cet archipel , et, d'autre pari, dans l'Inde où les Todas et d'autres petites peuplades confinées dans les montagnes en sont encore aujourd'hui les témoins.
(*) Ce sont ces mongoloïdes et ces blancs, plus ou moins purs, qui habitent aujourd'hui le centre de Bornéo (Dayaks), de Sumatra (Ba(tas), de Luçon (Tinguianes . etc.), de Mindanao (Manobos. etc.) et la plupart des lie* de la Micronésie et de la Polynésie, etc.
ETHNOGRAPHIE
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très, au milieu des nègres aborigènes, les deux grands courants mongolique et caucasique venus de l'Est, du Nord et de l'Ouest, soient occupées par des populations plus ou moins métissées dont l'aspect est très varié et où, comme nous l'avons dit plus Laut, le type jaune domine chez les Indonésiens et surtout chez les Malais, tandis que les Polynésiens ont plutôt le type blanc, et que les Mélanésiens et les Négritos sont de vrais nègres.
Autrefois , ces nègres orientaux ou indo-mélanésiens, qui se divisent en deux rameaux principaux(1), couvraient une surface très étendue, projetant des branches même au Nord du tropique du Cancer. Lorsque les peuples de race blanche de la Haute-Asie et, plus tard, ceux de race jaune, mongole et turque ont envahi par le Nord-Est et par le Nord les terres méridionales, ils se sont plus ou moins mêlés à ces nègres aborigènes, formant, d'une part, dans l'Inde, les populations dravidiennes que les Iraniens ont ultérieurement repoussées au Sud de la rivière Godavery, et, dans l'Indo-Ghine, les populations malaises qui se sont répandues dans toute l'Insulinde, et, d'autre part, peuplant les îles de l'océan Pacifique.
La population de l'archipel asiatique et des îles de TOcéanie est donc formée des trois races fondamentales nègre (négrito ou mélanésienne), blanche (polynésienne) et jaune (indonésienne ou malaise), races souvent plus ou moins fusionnées, quelquefois simplement juxtaposées; mais, malgré ces éléments si divers, il y a, sinon dans l'aspect
M Négrilos et Mélanésiens. Les Négritos, qui ont été les premiers occupants du Sud de l'Asie où , réfugiés dans les districts montagneux, ils tiennent aujourd'hui une si petite place, sont de petite taille et brachycéphales('). Les Mélanésiens, qui habitent quelquefois les mêmes îles que les Négritos, sont, au contraire, dolichocéphales, comme les nègres d'Afrique, et ont une taille assez
grande^; il y a lieu de distinguer les Papous à face allongée et à nez crochu, qui vivent principalement dans la Nouvelle-Guinée, et les Mélanésiens proprement dits , à face plus large et à nez droit ou concave, répandus dans les iles de la Nouvelle-Bretagne, Salomon, Santa- Cruz, de Banks, des Nouvelles-Hébrides, delà Loyauté, Fidji, et dans la Nouvelle-Calédonie, et auxquels sont apparentés les Malgaches.
<*) Les Minkopi des Iles Andaman, les Aëta des iles Philippines, les Karon et les Kolari de la Nouvelle- Guinée qui sont juxtaposés aux Papous sont des Négritos, ainsi que les Sa Lai et les Semang qui, après avoir jadis occupé une grande partie de la presqu'ile de Malacca , sont aujourd'hui refoulés dam les montagnes. D'anciens poèmes hindous racontent les hauts faits d'un peuple de singes dont les chefs Sougriva et Hanouman ont jadis fait alliance avec Rama; il n'est pas douteux que ces soi-disant singes étaient des Négritos, dont on trouve encore les traces dans les monts Vindhya et Nilghiri.
(b> Les Mélanésiens habitent principalement les iles qui sont disséminées au Nord-Est de l'Australie*
ETHNOGRAPHE
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physique, au moins dans les mœurs des habitants de cette vaste région, une réelle homogénéité.
S 1. CARACTÈRES OSTÉOLOGIQIES.
L'étude des crânes, comme on en trouvera les preuves détaillées dans le chapitre consacré à l'anthropologie malgache, montre qu'il y a eu sur la terre de Madagascar une accumulation de races différentes qui se sont mélangées et croisées; mais à coté des têtes hrachycéphales, plus on moins surbaissées, des Àndrianà de la province d'Imerina, il y en a de sous-dolichocéphales et même de dolichocéphales qui trahissent une origine orientale ou indo-mélanésienne, tantôt voisines d<» celles des Mélanésiens proprement dits, tantôt se rapprochant de celles des Indonésiens et même de celles des Polynésiens. Si, en effet, les Andrianà ou nobles de Hmerin;i ont la tète arrondie et la face plate comme leurs ancêtres les Javanais ou plutôt les Soudanais, qu'ils rappellent, du reste, par leur teint et par les proportions de leur corps, les Malgaches d'aspect négroïde, dont il faut retrancher les nombreux esclaves apportés annuellement du continent voisin et leurs métis, ont, le plus souvent, comme les nègres orientaux, avec lesquels ils ont une parenté indubitable, une tête allongée, plus que celle de beaucoup d'Africains dont ils s'éloignent aussi par leur volumineuse chevelure en tête de vadrouille qui est crêpée et non pas crépue, par leurs orbites plus mégasêmes, par un angle facial plus grand.