‹ L'Origine des MalgachesChapitre 6 sur 10 · S 2. CARACTERES ETHNIQUES · texte numérisé non relu

S 2. CARACTERES ETHNIQUES

Rien ne pourra mieux montrer les liens réels de parenté qui unissent les Malgaches avec les populations de l'Extrême-Orient que l'aperçu général, la description synthétique des institutions, croyances et coutumes des Indo-Océaniens, c'est-à-dire des habitants actuels de l'archipel Indien et de l'Océanie. On verra quelle analogie ou plutôt quelle similitude h peu près complète existe entre ces peuples sous ces divers rapports, puisque le tableau que j'ai tracé des mœurs des Indo-Océaniens, uniquement (T après les récits des voyageur* et des missionnaires qui ont visité F Extrême- Orient* convient tout aussi bien aux Malgaches, (le n'est pas qu'il n'y ait

ETHNOGRAPHIE

de nombreuses et grandes divergences entre les tribus qui peuplent cette partie du monde ; il n'est pas étonnant en effet que les habitants d'îles aussi éloignées les unes des autres, qui n'ont aucune relation entre eux, n'aient pas absolument les mêmes mœurs ; suivant le tempérament et les goûts naturels des individus, suivant les circonstances, les uns ont exagéré certains usages, les autres les ont abolis; néanmoins le caractère général de ces mœurs est facile à saisir, et c est ce qui importe. 11 n'est pas douteux aussi qu'il y a beaucoup de croyances et d'usages qui sont communs à la plupart des hommes sauvages et qui ne peuvent servir à suivre la filiation des populations. Mais ce qui ressort de l'exposé synthétique que nous allons faire, c'est un ensemble bien cohérent de faits qui, pris isolément, auraient peu de signification, mais qui, considérés en masse, sont au contraire typiques.

Aspect physique. — Les Indo-Océaniens ont, les uns, l'aspect négroïde, les autres, l'aspect caucasique ou mongoloïde; ils ont des teints très divers, variant du brun clair au noir foncé, et leurs cheveux, toujours longs, sont tantôt droits, tantôt crêpés. Cette variabilité provient de ce qu'ils sont, à des degrés plus ou moins grands, des métis des trois races qui se sont rencontrées dans les péninsules Indienne et Indo-Chinoise. Ils sont musculeux et ont généralement d'assez belles formes. Les hautes classes sont de grande taille et ont la peau relativement claire; les classes inférieures ont, par suite de la lutte pour la vie qui est plus difficile pour elles, une taille moindre et le teint plus foncé. Les femmes ont une physionomie douce, et leurs traits sont plus agréables que ceux des hommes (1).

Ceux de race négroïde ou Indo-Mélanésiens ont le visage ovale avec le front haut, les yeux noirs et vifs, le nez légèrement aplati, de grosses narines, une grande bouche, des lèvres proéminentes et des dents bien rangées. Ils ont des cheveux longs et crêpés. Leur poitrine est large. Les habitants de certaines îles(2) avaient l'habitude de comprimer le frontal et l'occipital de leurs enfants pour donner à leur tête une forme pyramidale.

t1) Ces caractères s'appliquent aussi bien aux Malgaches qu'aux Indo-Océaniens.

V Bornéo, lies Philippines (autrefois),

Tahiti , etc. — Diverses peuplades de Madagascar, notamment les Vazimbâ, avaient la même coutume (Drury, p. 4o6).

SO MADAGASCAR

Caractères htellectiels. — Les Indo-Océaniens sont intelligents et leur esprit (l'observation, leur faculté de perception sont remarquables. Us ont une mémoire excellente, et ils apprennent à lire et à écrire en très peu de temps. Certaines peuplades sont curieuses d'instruction et ont des aptitudes particulières pour les arls mécaniques; celles qui \ivent au bord de la mer montrent une supériorité incontestable dans la navigation. Ils ont une grande vivacité d'imagination et ils parlent d'abondance avec une facilité extraordinaire; toutes les affaires se traitent dans des assemblées publiques où ils donnent carrière à leur éloquence naturelle, s'exprimant dans un langage figuré et énergique, qu'ils accompagnent de gestes animés, mais gardant toujours dans leurs harangues une grande dignité et une entière possession d'eux-mêmes (lî.

Aux 'premiers rapports, on juge favorablement la plupart de ces peuples, mais on ne tarde pas à revenir sur ce premier jugement.

Caractères moraux. — Les Indo-Océaniens sont sociables, très amis du plaisir et voluptueux jusqu'à la licence. Doux dans les relations ordinaires de la vie, ils sont cruels envers leurs ennemis, lorsqu'ils subissent une influence superstitieuse ou qu'ils obéissent à d'anciennes coutumes, et ils jouissent alors de la douleur et des angoisses des condamnés. Ils sont imprévoyants el versatiles. Naturellement indolents et paresseux, ils deviennent actifs et industrieux sous la pression de l'intérêt ou de la passion. Ce sont de fins et rusés observateurs, enclins à l'imitation. Ils sont d'ordinaire respectueux envers les vieillards et toujours obséquieusement soumis a leurs supérieurs. Ils aiment leur pays. Ils sont pleins d'orgueil et n'ont pas la moindre timidité avec les étrangers, qu'ils se plaisent à tromper et auxquels ils mendient des cadeaux avec Apreté, ne résistant pas toujours à l'envie de s'approprier par le vol les objets qu'ils convoitent. Ils ne perdent jamais le calme et ne s'emportent pas sous l'impulsion de la colère. Ils acceptent avec une indifférence au moins apparente les joies comme les douleurs, et ils ont une soumission, une résignation passive à tous les événements, par suite de l'impossibilité où

(*) Tous ces caractères se retrouvent à Madagascar comme dans l'Indo-Ocoanie.

19 MADAGASCAR

et ils se conforment aux lois d'une stricte étiquette. Ils sont affables entre eux sans que leur intimité dégénère en familiarité. Comme nous l'avons dit plus haut, ils se plaisent à inviter les passants à entrer dans leur maison et, à l'heure des repas, ils partagent charitablement leur nourriture avec eux.

La politesse veut qu'on ne reste jamais debout en société; dès qu'on est entré dans une maison, avant de prendre la parole, on doit, en témoignage de respect, s'asseoir ou plutôt s'accroupir sur ses talons.

Quand deux personnes se rencontrent, il esl d'usage qu'elles s'inter^ rogent sur leurs affaires, sur leurs occupations, sur leur famille. Quelqu'un leur demande-t-il sa roule, au lieu <rindiquer un objet avec le doigt, comme il est ordinaire en Europe, c'est en avançant les lèvres dans la direction de l'objet qu'ils répondent à la question qui leur est posée (l).

Le salut et le baiser consistent à rapprocher les nez et à faire une forte aspiration , en un mot à se flairer, à se sentir ou , pour mieux dire, à confondre les haleines, c'est-à-dire les âmes ou les souffles de la vie'2'.

C'est un crime grave, digne de la mort, que de prononcer des imprécations contre un compatriote, d'exprimer, par exemple, à haute voix, le souhait qu'il meure, qu'il soit mangé par un crocodile, qu'il soit enlevé par un tourbillon, etc., car c'est comme si on lui jetait un sort, et sa famille ne pardonne pas un pareil méfait -3).

Dans plusieurs îles w, à la naissance d'un fils ou même d'une fille, le père prend le nom de son enfant et se fait appeler rpère d'un tel ou d'une telle*.

W Les Malgaches ont tous cette mémo frère devant elle), elc. - Il en esl de même habitude (W.-E. Cousins, Moulh-Geslures, à Madagascar. Dire à un Sakalava : Manjary Antananarivo Annual, 1H96, p. -'199). sird (Que tu sois changé en sel. c'est-à-dire W Dans la i\,,e-Zélande, aux Tonga, aux disparais comme le sel qui, mis dans l'eau. Carolines, à Timor, à Bornéo, en Polyné- fond) est une insuite mortelle! si e^*), dans fÀnnam (pour les enfants), à W Iles de Banks, etc. — Cest un usage Java, etc. Il en est de même à Madagascar. universel dans la caste des Hova ou descente Chez les Maoris, aux iles Samoa, dants des chefs indigènes de rimerinâ; il dans toute la Polynésie (où une femme existe aussi rhex quelques autres peuplades quitte son mari lorsque celui-ci maudit son de Madagascar,

w Les Nouka-Hiviens so contentent de se toucher mutuellement le bout du nez avec In doifll.

ETHNOGRAPHIE

Il n est pas rare que, par un excès de politesse, un hôte envoie Tune de ses femmes passer la nuit avec l'ami qu'il reçoit chez luill).

Un Mélanésien ne prononce jamais son propre nom ni celui de ses proches parents, ce serait contraire aux convenances et la superstition s'y oppose; il les fait dire par une tierce personne.

Il exprime son dégoût, lorsqu'il sent une mauvaise odeur, en crachante

Usages somptuàires. — La personne des chefs est sacrée, ainsi que tous les objets à leur usage. Après leur mort, les mots entrant dans la composition de leurs noms ne peuvent plus être employés par leurs sujets pour désigner les objets auxquels ils s'appliquaient jusque-là, et qu'on esl obligé d'appeler autrement; celui qui commettrait une semblable profanation encourrait un châtiment sévère (3). On a des termes différents non seulement pour adresser la parole aux nobles, mais aussi pour désigner les diverses parties de leur corps el leurs actes w.

En les approchant, leurs vassaux doivent se prosterner et, prenant leur pied droit, le poser sur leur tête(5); on ne peut leur présenter un objet quelconque qu'accroupi. Il est expressément défendu de marcher au-dessus d'un endroit où se tient un chef, ni de passer les mains sur sa tête1^; la tête en effet est la partie noble de l'être, et malheur à l'imprudent qui l'enjamberait. Tapoter les joues d'un enfant est du reste un acte qui déplaît aux mères des régions indo-océaniennes. Lorsque le Roi vient à passer, il est obligatoire de rejeter les étoffes couvrant les épaules et de tenir le haut du corps nu ; on agit de même devant les talismans ou idoles(7). C'est un crime capital que de toucher la natte d'un chef et de ne pas s'accroupir lorsqu'on croise les gens portant les calebasses d'eau destinée à son service185. Le

W Aux Carolines, etc. — C'était et c'est encore une coutume générale chez certaines peuplades de Madagascar.

W II y a le même usage à Madagascar.

<3) À Tahiti, etc. — Ce tabou existait, il y a peu de temps, dans tout Madagascar, et il existe encore dans le Sud et dans l'Ouest.

(*) Aux Samoa, aux Tonga, etc., comme à Madagascar.

<5) Aux Tonga, en Polynésie, chez les

Dayaks, etc. Même étiquette à Madagascar» (*) A Tahiti, aux lies Marquises, aux îles Hawaï, aux iles Sandwich, aux fies Salomon, aux îles Tonga, etc. — Cet usage, général à Madagascar jadis, existe encore dans tout l'Ouest, dans le Sud, etc.

W A Tahiti, à \ouka-Hiva, etc. — Il en était de même dans l'Imerina.

(*) Aux îles Hawaî, etc. — 11 eu était de même dans l'Imerina , etc.

MADAGASCAR

quartier cl arrière des animaux tués dans leur province revient de droit aux seigneurs du pays (1). On ne verse jamais le sang d'un noble, on 1 étrangle, et, dans les guerres entre les peuplades voisines, on ne tire pas sur les chefs ennemis (3;.

Quand on sert un plat ou qu'on verse à boire à un chef et souvent même à un simple étranger, l'usage veut qu'on mange devant lui une bouchée du mets ou qu'on boive une gorgée du liquide pour lui montrer que les aliments et le liquide ne sont pas ensorcelés ou empoisonnés 3}.

Les nobles se font porter par leurs esclaves duus une sorte de litière ou de palanquin-, et on tient au-dessus de leur télé un parasol ou un éventail 3).

Il y a toujours derrière les personnages «l'un haut rang un serviteur dont la fonction consiste à ramasser ses crachats, afin qu'ils ne tombent pas aux mains cl un sorcier qui pourrait sVn servir pour ses maléfices °:.

Les grands chefs ont seuls le droit d'avoir douze femmes légitimes^. Leurs sœurs et filles prennent comme amants qui bon leur semble et les renvoient à leur gré 8).

A l'occasion de certaines fêles, lors de la construction dune maison princière, etc., on fait ou tout au moins on faisait des sacrifices humains^.

M A Nouka-Hiva, chez les Baltas, à Rotounia, etc. — Mêmes usages dans llmcrinâ , etc.

P) Chez les Battas, clc. — Celle prohibition existait dans toutes les peuplades malgaches.

P) Cette coutume se retrouve chez quelques Iribus de l'Afrique, el elle a existé aussi en Europe; encore aujourd'hui, en Belgique, l'hôtesse ou les servantes, en servant un verre de bière ou de genièvre, y trempent les lèvres el disent * à votre santé ! * , vieil usage qui date de l'époque de la domination espagnole, où souvent, dit-on, le poison se cachait au fond du verre.

''*) Dans 1rs îles de la Sonde '■), chez les Maoris, à Tahiti, etc., comme dans 11 m erina et autrefois dans 1 Ano>v.

(iJ A Hawaï, etc. — Le cérémonial est le même dans rimerina.

1°) Aux lies Mariannes, etc. — Les chefs de rOuc.-t et du Sud de Madagascar ont «»ncoir aujourd'hui les mêmes habitudes.

(') A Tahiti, etc., comme dans le centre de Madagascar.

M Aux îles Tonga, etc., comme dans tout Madagascar.

■°) A Tahiti, etc. — Ces mêmes sacriGces se font chez les Sakalava, les Mahafaly, les populations de l'Est de Madagascar, etc.

(a) «Los gentilshommes de l'île Baii «e laissent porter sur les épaules de leurs esclaves, quand ils cheminent par le pays, en une chaise couverte ou civière faite de l»aml>ou>, dépéVhnut ainsi grand chemin, ayant plusieurs de ces porteurs qui se soulagent l'un l'autren (Premier Urrt de la !Savigatwn aux Indrt Orientale» par le» Hollandai* [sous le commandement de l'amiral Coruelis de HoutmanJ, Amsterdam, iT^H, verso p. 69).

ETHNOGRAPHIE. 25

Les habitants de beaucoup d'iles des archipels asiatique et mélanésien croient à la transmigration des âmes des nobles, qui après leur mort sont censées élire domicile dans le corps de crocodiles, d'anguilles ou de divers autres animaux (1).

Fêtes. — Les Indo-Océaniens, tout comme les Malgaches, sont très amis du plaisir et ils saisissent toutes les occasions de s'amuser. Les mariages des grands, leurs funérailles, la naissance de leurs enfants, la construction de leurs maisons, l'arrivée d'un étranger de distinction, la fin d'une guerre, même la maladie d'un parent, les épidémies et les calamités de toutes sortes, telles qu'inondations, sécheresse, etc., sont autant de causes de réjouissances publiques; on chante, on danse, on tire y** des coups de fusil, on se festoie. Les hôtes prodiguent les victuailles et

les liqueurs fortes, et les invités, qui viennent souvent de fort loin prendre part à ces agapes, se parent de leurs plus beaux atours.

Danses. — La danse est un de leurs plaisirs favoris (2); elle est accompagnée de chants et la mesure est marquée par les battements de mains des assistants ou par des coups donnés en cadence sur un long bâton (3). Elle n'est pas seulement un amusement, elle a aussi un caractère religieux. Les mouvements des danseurs sont naturels, souvent gracieux, toujours lents; leur corps ondule avec une certaine grâce pendant que leurs pieds remuent à petits pas et qu'ils font avec les mains (4) des gestes adaptés au caractère de la fête. Les hommes et les femmes ne dansent pas ensemble'5'.

Les jeunes gens des deux sexes aiment à s'assembler les nuits où la lune brille, se livrant à des courses et à des danses entrecoupées de chants satiriques où ils se ridiculisent mutuellement, où ils se vengent des injures, des infidélités, etc. (0). Les jeunes filles font bande à part.

Jeux. — Les jeunes hommes se plaisent à simuler des combats, bran-

W A Timor, aux Salomon, etc. — Les reste dans presque tous les pays orientaux,

Betsileo, etc., ont les mêmes croyances. les mains servent davantage dans la danse

(2) Les Laotiens, cependant, ne s'adonnent que les pieds, pas à la danse. (*) Sauf dans Die de Java.

<3) Chez les Hawaïens, etc. — Il en est <G) Chez les Ipalaos des Carolines, etc.

de même dans l'Est de Madagascar. — Les Sakalavâ,lesMahafaly, etc., ont les

(*) A Madagascar également, comme du mêmes plaisirs : c'est \c jia ou jia-jia.

BTHXOGRAPUIE. /|

MADAGASCAR

dissant leurs armes, poussant des cris perçants, faisant force grimaces et se livrant à des gambades qu'ils jugont terrifiantes. Ils aiment aussi à se défier à ia lutte, au jet de javelots ou de pierres, à la course, à la natation, au saut(,).

Passionnés pour les combats d'animaux, ils l'onl battre des cailles, des grillons, quelquefois môme des taureaux (a).

Le soir, ils écoutent les conversations dos anciens, qui leur racontent l'histoire des temps passés et leur parlent de leur* ancêtres.

Vêtements. — La plupart des Indo-Océaniens, vivant dans des pays dont le climat est doux , n'ont pas un attirail do votemonts lourds et encombrants; ils vont a pou près nus, ayant autour do la taille uno simple bande d'étoffe, que les hommes passent entre leurs jambes on ramenant les extrémités en avant, et dont les femmes forment un jupon venant aux genoux.

Kn Océanie, les peaux d'animaux ne sont pas utilisées pour Thabillement(J), mais l'industrie des tissus végétaux y est en honneur: certaines peuplades emploient les écorcos d'arbre» dont elles enlèvent la couche extérieure par la macération et qu'elles feutrent, quelles assouplissent a coups de maillet: beaucoup revêtent des nattes serrées à la taille par une ceinture (4). Les femmes de certaines îles :> portent, en outre, un corsage avec des manches courtes, si étroit quelles l'entrent avec peine.

Les Océaniens vont nu-pieds; quelquefois pour marcher sur les hancs de corail, ils chaussent des sandales. Ils vont souvent nu-tètc; quelquesuns portent des calottes de jonc hémisphériques (,,) ou des chapeaux en feuilles de pandanus(7).

W Aux lies Mariannes, aux lies Hawai.

chez les Maoris, aux îles Tonga, etc. — Il en est de même à Madagascar.

(2) A Java , etc. — Dans tout Madagascar, surtout au Centre et dans f Ouest de Ole, on retrouve cette même passion pour les combats d'animaux.

W Sauf aux iles Hawaï. où Ion faisait des manteaux avec des peaux de petit* mammifères.

(i On retrouve ce* menus n>a«;e- sur la cote Sud-Ksi de Madagascar.

(& \ux Tonga, chez les Dasaks. ch«»z les Battas, à Sumatra, etc. Il en est de même chez les femmes malgaches deTEst.

W A Formose, aux Tonga, etc. — Beaucoup de Malgaches ont cette même coiffure.

,7> Aux Iles C.trolines. aux îles Mariannos , etc. Les Hova, les Helsimisaraki, etc. „

ont des chapeaux analogues.

MADAGASCAR

conservent qu'une simple mèche ou bien une bande, sorte de cimier large de fia 10 centimètres, ijui va du front à la nuque (l). En somme, la mode est aussi capricieuse chez ces sauvages que dans les pays civilises. Il y en a qui se plâtrent les cheveux avec de Tarjjilc Manche ou qui se plaisent à les rougir au moyen de chaux. Pour les Indo-Océaniens, c'est toujours un acte important que celui de couper les cheveux m, qu'ils considèrent comme pouvant servir aux sorciers pour leurs sortilèges et les envoûtements; aussi les brûle-t-on ou les cache-t-on soigneusement.

Le tatouage est très répandu en Océanie(3); il couvre tantôt tout le corps et même toute la figure w, tantôt seulement une partie ou quelques-uns des membres. Il se fait par piqûres(5) et est le plus souvent bleuw, quelquefois polychrome. L'opération est douloureuse et les patients doivent, pendant toute l'opération, garder la chasteté (7). Certaines Mélanésiennes jugent qu'il n'est pas convenable qu'une femme se marie avant d'avoir les bras, les mains et les pieds tatoués; chez les Dayaks, le tatouage est l'attribut exclusif des femmes mariées.

Occupations. — Les Indo-Océaniens, comme tous les sauvages, sont indolents dans l'ordinaire de la vie, mais, par occasion, ils se montrent actifs, persévérants et industrieux. Suivant le pays qu'ils habitent, leur principale occupation est soit l'agriculture (8) ou l'élevage (9), soit la pêche (l0),

(*) Les Ho va ont cette même coutume.

W On ne coupe guère les cheveux qu'en signe de deuil. — Les Malgaches ont les mêmes superstitions.

O Quelques tribus de Dayaks, les Muruks de Bornéo, lis Papous, les habitants de nie Drummond (archipel des Gilbert) ne se tatouent pas.

(*) Dans quelques lies, le tatouage est exécuté avec une grande perfection et n'a pas seulement pour but d'orner le corps; il a aussi un caractère héraldique.

W Aux Nouvelles-Hébrides, on procède aussi bien par incisions que par piqûres. Il en est de même aux Yiti , et les Australiens se l'ont des incisions qui produisent des cicatrices en saillie.

W Dayaks, etc.. comme à Madagascar.

W La plupart des peuplades malgaches (Betsimisarakâ, Betsileo, Sakalavâ, etc.) ont des usages analogues.

(*) A Bornéo, à la Nouvelle-Zélande, aux îles Carolines, aux lies Palos, aux îles Mariannes, aux îles Gilbert, aux îles Viti, etc. — A.Madagascar, les Betsimisarakâ, les Mcrina, les Betsileo, etc., sont surtout agriculteurs; dans le centre do l'île, les rizières sont cultivées a\ec un art remarquable.

W Maoris, etc. — Les Sakalavâ. les Barâ, etc., sont des peuples pasteurs.

(l°) A Bornéo, aux îles Hawaï, aux îles Carolines, aux îles Palos, aux îles Marshall, aux lies Mariannes, aux îles Gilbert, aux îles Viti, à Atiou (archipel de Cook), etc. —

ETHNOGRAPHIE

et, tandis que dans certaines îles ce sont surtout les hommes qui travaillent la terre (l), ailleurs c'est aux femmes qu'incombe cette dure besogne !*2).

Les hommes sont d'adroits artisans, se livrant avec goût aux travaux de charpente et de serrurerie, sculptant bien le bois, travaillant habilement les métaux et armuriers experts. Le tissage est réservé aux femmes; les nobles, elles-mêmes, se livrent à cette industrie; ce sont aussi les femmes qui sont chargées des soins du ménage, qui pilent le le riz dans des mortiers, au fur et à mesure des besoins, qui l'émondent. qui vont chercher l'eau et qui font la cuisine. Chez certaines peuplades, ce sont aussi elles qui portent les fardeaux (3).

Chasse, pêche. — Tous les Indo-Océaniens qui habitent le bord de la mer sont d'habiles pêcheurs, se servant de filets, d'hameçons, de nasses, et souvent stupéfiant les poissons avec des narcotiques; il en es! qui n'hésitent pas à poursuivre les baleines, qu'ils sagayent lorsqu'ils les trouvent dans une eau peu profonde, mais leur sport national est la pêche des tortues de mer; ceux qui s'y adonnent doivent garder la chasteté pendant une semaine et, quand ils ont pris une de ces bêtes, ils la dépècentsur la plage et la partagent entre toutes les personnes présentes^.

Pour prendre les mammifères, ils se servent de pièges, de collets, quelquefois d'arcs et de flèches t5); ils chassent les oiseaux avec des sarbacanes (6J ou à la glu^.

A Madagascar, les Vezô* dans f Ouest, les Anlankaranà dans le Nord sont des pécheurs.

(*) Aux îles Carolines, aux iles Palos, aux lies Mariannes, aux iles Gilbert, à Bornéo, aux iles Viti, etc. — Chez les Malgaches, ce sont surtout les hommes qui travaillent la terre et défrichent les bois.

W Chez les Maoris, chez les Muruks de Bornéo, aux Nouvelles -Hébrides, à Atiou (archipel de Cook), etc. — Dans plusieurs provinces de Die de Madagascar, les femmes aident les hommes dans les travaux des champs.

P) Chez les Maoris, en Australie, aux Nouvelles -Hébrides, à Atiou, etc. — A Madagascar, les femmes ne portent pas les gros paquets.

W Aux lies Mariannes, etc. — Les Sakalavà ont les mêmes usages.

W Aux lies Tonga.

<6) Javanais (a), Dayaks, Pounans de Bornéo, Laotiens, etc. — Dans l'Est et dans le Sud de Madagascar, la sarbacane est aussi une arme de chasse.

W Aux lies Carolines, etc. — La glu est employée par tous les Malgaches.

[t) Les jjeiw de Pile de Bali se servaient de rpicques longues, quelque sorle de sarpalaines (sarbacanes) et rondelles» (Le premier livre de la navigation aux Indes orientales par les Hollaudai», Am>tei-dnni , 1598, ver o

MADAGASCAR

Maiuagb. — Dans llndo-Océanie, plus que dans la plupart des autres pays, les hommes et les femmes sont dominés par l'instinct sexuel. Les jeunes filles, tant qu'elles ne sont pas au pouvoir d'un mari, jouissent de la liberté la plus absolue(1), et, instruites, avant même quelles aient atteint l'âge nubile, de tous les agréments d'une vie voluptueuse, elles se donnent à qui bon leur semble et pendant le temps qui leur convient, sans que la morale de ces pays leur en fasse aucun reproche; aussi sontelles pour la plupart folles de leur corps, et mènent-elles la tic la plus licencieuse. Du reste, plus elles ont eu d'amants et même d'enfants, plus elles sont estimées pour leur expérience et leur fécondité. Leur réputation n'est nullement entachée parce qu'elles font payer leurs faveurs, et leurs parents les livrent, moyennant une honnête rémunération, aux étrangers sans qu'il en résulte de déshonneur pour leur famille. 11 y a cependant des circonstances où les relations entre personnes non mariées sont interdites, sur mer. par exemple, ou lors de certaines fêles.

Les enfants nés hors du mariage sont acceptés avec joie par la famille de la mère etonl pour père légal le chef de la famille ou le plus proche parent maie de la mère; ils ont les mêmes droils que les enfants légitimes; si le père veut avoir son enfant, il faut qu'il épouse la mère ou, tout au moins, qu'il lui paye des dommages-intérêts. Les relations intimes entre parents, surtout entre les parents maternels et entre personnes liées par l'adoption qui est si commune dans ces pays, sont absolument prohibées (2).

') Cette licence de mœurs existe chez les Indonésiens et chez les Polynésiens aussi bien que chez les Mélanésiens : au Laos, à Sumatra (chez les Batlas), à Bornéo, aux tles Pnlos, Mariannes, Carolines, Marshall, Ilawaï, Marquises, à Pile de Pâques, aux tles Touaraotou, à Tahiti, à la Nouvelle- Zélande, aux tles Tonga, à Pile llotouma, à l'archipel Salomon, etc. Cependant chez les Bantiks, chez les Àlfourous et chez les Négritos des Philippines, une jeune Clle qui n'a pas de bonnes mœurs e*t mal \ ne. — A

Madagascar, les jeunes filles ont la même liberté de mœurs; le mot mitatigy y sert pour dire tout à la fois *e louer à gages <>t avoir des relation* intimes.

Pi Mélanésiens, Samoans, Mariannais, etc. (il y avait cependant des îles, comme les Hawaï, où les frères pouvaient épouser leurs sœurs). — Il en est de même à Madagascar, comme du reste pour toutes les coutumes que nous énumérons dans la suite des paragraphes consacrés au mariage, à l'adultère et au veuvage des Indo-Océaniens.

ETHNOGRAPHIE

Le mariage, chez les Indo-Océaniens, n'a pas de caractère sacré; il n'est accompagné d'aucune cérémonie; tout au plus, y a-t-il un repas et quelques réjouissances. Il se fait d'ordinaire avec le consentement de la jeune fille, qui est presque toujours consultée et qui même, le plus souvent, décide seule de son sort(l), mais il n'est pas rare que le futur fasse aux parents de sa fiancée un cadeau dont l'acceptation valide l'union. On peut dire qu'aucune jeune fille ne se marie vierge (2), mais il y a beaucoup d'iles où, une fois mariées, les femmes sont fidèles à leur mari(3). Le mariage n'est pas du reste, chez ces peuples, une union indissoluble v c'est un simple engagement personnel que les conjoints rompent pour les causes les plus futiles, et il n'est définitif que lorsque la femme est devenue mère. Les femmes sont, dans la plupart des peuplades, traitées avec bonté par leur mari; dans l'archipel Indien, celles qui ont à s'en plaindre retournent dans leur famille, où elles restent jusqu'à ce qu'il vienne faire amende honorable el les chercher.

Les filles des grands chefs de certaines peuplades ne se marient pas; elles prennent pour amants, au gré de leur caprice, les hommes qui leur plaisent.

Les familles nobles tiennent a conserver leur arbre généalogique pur de toute tache; aussi les femmes ne sont-elles pas autorisées à épouser un homme d'un rang inférieur au leur et, dans quelques îles, un libre qui courtise une femme noble est passible de mortw. Quant aux hommes nobles, ils peuvent, sans encourir de blâme ni de pénalités, prendre des femmes dans les classes inférieures, mais les enfants suivent la condition de leur mère(5}.

(1) Chez les Bat tas, cependant, il suffit que le futur soit agréé par le père.

W H y a toutefois lieu d'excepter les Baltas et le9 Ryang de Sumatra, les Bantok, les Alfourous, les Négrilos des Philippines et les Rotouma où les vierges seules trouvent à se marier. Chez les Ryang de Sumatra, les nouvelles mariées luttent de toutes leurs forces contre leur mari et se défendent quelquefois pendant plusieurs

jours contre la prise de possession, toute légitime qu'elle soit.

P) A la Nouvelle-Zélande, aux llesTouamotmi, au Laos, la fidélité conjugale est exigée. Aux Marquises, une femme mariê> à un homme de rang inférieur n'est pas tenue à une fidélité inviolable.

(*) Aux Marshall, aux Marquises, etc.

(5J Cependant aux Mariannes et à Tahiti r un noble nVpouse pas une femme du peuple.

.V2 M\D\r, \SC\R.

Ii v a des jours, des circonstances où la cohabitation des maris et des femmes est défendue sous les peines les plus sévères et où tous doivent garder une chasteté absolue.

La polygamie est pratiquée par tous ceux à qui leurs moyens permet lent d'entretenir plusieurs femmes; la première en date ou quelquefois celle du rang le plus élevé est la mai tresse du logis, et les autres, qui ont du reste chacune sa maison et chez lesquelles leur maitre et seigneur doit, a tour de rôle, se conformant à un roulement déterminé, passer une nuit, lui sont dans une certaine mesure subordonnées. Leur nombre, qui est d'ordinaire «le deux ou de trois, rarement <le quatre, dépend de la fortune et de la position sociale du mari; les grands chefs seuls ont le droit d'aller jusqu'à une douzaine. Il est de règle, avant d'amener une nouvelle femme dans l'enclos conjugal, de demander le consentement de la première; si celle-ci ne veut pas raccorder, ce qui est rare, elle se retire chez ses parents.

Les relations matrimoniales sont assez froides ; il n'y a pas entre mari et femme cette cordialité et celle affection qui se manifestent ouvertement chez les peuples civilisés, et, dans la vie de tous les jours, ils semblent indifférents Tun à l'autre; il ne faut pas croire cependant que, s'ils n'ont pas la délicatesse de sentiments et les dehors affectueux qui caractérisent les ménages européens, ils soient entièrement dénués d'amour et même de tendresse. Peu démonstratifs par nature et réfractai res aux passions violentes et aux grandes émotions, éminemment fatalistes, ils conservent toujours, comme tous les sauvages du reste, un calme extraordinaire dans tous les actes de leur vie. Quoique assez souvent jaloux de leurs femmes, ils les prêtent quelquefois, à charge de revanche, a des étrangers de distinction et à leurs hôtes (l); les frères de sang acquièrent des droits sur leurs femmes respectives. Le mari peut disposer a son gré des sœurs de sa femme lorsque celle-ci est absente'2'.

L'adultère est regardé, chez la plupart de ces peuples, comme une

•) Il en est qui cachent leurs femmes '-) A Tahili ot aux îles Marquises, on

(Vanikoriens et Papous de la Nouvelle-lr- donne aux belles-sœurs le nom de Vahiné, lande). comme à Tdpouse elle-même.

ETH.NOflRAPUIE. 33

simple offense, plus ou moins grave suivant les pays, que l'homme, s'il est à peu près du même rang que le mari, répare en payant une somme d'argent ou en faisant un cadeau; quant à la femme, elle est renvoyée plus ou moins longtemps dans sa famille ou bien elle est répudiée. Il y a cependant des îles où le mari tue les coupables qu'il surprend en flagrant délit. Partout l'adultère commis avec les femmes des grands chefs est puni de mort.

Les liens du mariage n'ayant pas dans ces pays une grande force, le divorce y est très fréquent. Les époux se séparent lorsqu'ils ne s'entendent plus, souvent pour les raisons les plus futiles. Tantôt, cest le mari seul qui a le droit de répudier sa femme, tantôt il faut le consentement réciproque du ménage et, alors, les biens sont partagés par parties égales; d'ordinaire, la femme qui a sujet de se plaindre de son mari a le droit de retourner dans sa famille, mais sans pouvoir se remarier.

Les veuves doivent garder une chasteté absolue pendant leur deuil, qui dure tant que le veut la famille de leur mari. Dans certaines tribus, elles appartiennent au plus proche parent du mort, d'ordinaire au frère aîné.

Aux époques mensuelles, les femmes sont réputées impures; elles ne se coiffent pas, ne s'habillent pas élégamment et se baignent dans des endroits retirés dont les hommes ne doivent pas approcher.

Les femmes enceintes sont d'ordinaire bien soignées et travaillent peu. Elles font leurs couches, accroupies à genoux, et, pendant tout ce temps, elles sont réputées impures et tabouées ainsi que les femmes qui les soignent; beaucoup vont les faire en dehors de la maison, soit dans une hutte temporaire, soit même au milieu des bois, ou tout au moins dans un enclos construit spécialement dans ce but; elles ne rentrent au domicile conjugal qu'après s'être purifiées, c'est-à-dire après s'être baignées et avoir baigné leur enfant (l).

On eptretientun grand feu auprès des femmes en couche, quelle que soit la température ambiante, afin d'écarter les Esprits malins qui ont

W Chez les Maoris, elc. — Il en est de même dans THe de Madagascar, ou les accouchées sont ap|telées, au moins chez les peuplades du Sud, Zabelïj (du mot arabe Zabal rrordure»).

ETHNOGRAPHIE, a

S'i MADAGASCAR.

plus de prise sur un corps affaibli par le travail de l'enfantement que sur une personne qui est en bonne santé ^

Les accouchements laborieux sont attribués soit à un sort qui a été jeté sur la femme , que dans ce cas ou exorcise, soit à ce qu elle ou son mari ont commis quelque faute grave qui a excité contre eux la colère de Dieu et de leurs ancêtres; ils doivent alors, l'un et l'autre ou 1 un ou l'autre, confesser publiquement <>t à haute voix les actes blâmables qu'ils ont à se reprocher (2).

La naissance d'un enfant est toujours accueillie avec joie et fêtée par toute la famille; il n en est pas de même de celle de jumeaux, qui est réputée néfaste et dont on tue au moins un. Si la femme meurt en couche, il n'est pas rare qu'on ensevelisse avec elle le petit être qui a occasionné sa mort. L'infanticide, pour cause de superstition, est ou tout au moins était assez fréquent; dans ce cas, on enterrait l'enfant vivant. ou on le foulait aux pieds, ou on le noyait'3'.

Il y a des peuplades1*' qui déforment artificiellement la tête des nouveau-nés et leur donnent la forme pyramidale en comprimant le frontal et l'occipital.

Les enfants sont traités avec la plus grande douceur et avec une réelle affection; on satisfait tous leurs désirs1**'. On leur donne un nom se rapportant à quelque signe caractéristique de leur personne ou à quelque circonstance de leur naissance. Leurs mères les allaitent très longtemps, quelquefois jusqu'à 8 et 10 ans et même plus. La première coupe de cheveux, qui est un des actes importants de la vie des jeunes Indo-Océaniens, est accompagnée de certaines cérémonies, et souvent on leur verse de l'eau lustrale sur la tête; les cheveux sont brûlés ou au moins cachés, afin que personne ne puisse les fouler aux pieds et surtout qu'aucun sorcier ne puisse s'en emparer.

(|) 1! on est de même à Madagascar. pines, elc. Le> Yazimba de l'Ouest ont

W Maoris, Siamois, Birmans, Cambod- aussi cette coutume (Drury, p. 4o6). giens, Laotiens, etc. — Les Malgaches ont M Tout ce qui est dit des Indo-Océaniens

les mêmes usages et les mêmes croyances. dans le paragraphe consacré aux enfants et

(3) Comme à Madagascar. aux adoptions s'applique textuellement aux

4> À Tahiti, à Bornéo, aux iles Philip- Malgaches.

ETHNOGRAPHIE. 35

Il est d'usage chez les Javanais et chez quelques autres peuples de rO ce a nie que le père, à la naissance d'un (ils, quitte son nom pour prendre celui de ce fils et s'appelle dorénavant : *Père d'un tel ».

L'éducation est laissée à la nature; lorsque les enfants ont l'âge de raison, ils apprennent d'eux-mêmes les arts nécessaires à la satisfaction de leurs besoins et à leur sécurité : sur le bord de la mer, la fabrication des pirogues, le pagayage, la navigation, la pèche, la natation, etc.; dans l'intérieur, la culture, l'élevage, la chasse, et, partout, pour les hommes, le maniement de la lance et du fusil et, pour les filles, le tissage, la cuisine, etc.

Chez ces peuples, les enfants suivent la condition de leur mère et ils sont tous considérés à l'égal les uns des autres, qu'ils soient légitimes ou qu'ils soient nés hors du mariage. Les liens de famille sont puissants et si, comme il a été dit plus haut, les parents ont une réelle tendresse pour leurs enfants, ceux-ci ont pour leurs père et mère un grand respect. Ils ont aussi, du reste, beaucoup de vénération pour les vieillards.

Les Océaniens appellent du même nom leur père et leurs oncles, leur mère et leurs tantes, leurs frères et leurs cousins aux divers degrés, leurs sœurs et leurs cousines. Les mariages entre parents du côté maternel et entre personnes liées par l'adoption sont prohibés, mais, comme nous l'avons dit, il n'est pas défendu à un mari d'avoir des relations avec les sœurs et les cousines de sa femme, en l'absence de celle-ci.

Un père peut vendre ses enfants pour payer ses dettes.

Beaucoup d'Indo-Océaniens^ ne se contentent pas de leurs propres enfants; ils adoptent, toutes les fois qu'ils le peuvent, les enfants d'autrui, auxquels ils donnent les mêmes soins qu'aux leurs et pour lesquels ils ont la même affection. Les enfants adoptifs ont tous les droits des enfants légitimes et les rapports de deux personnes de se\e différent, liées par l'adoption, sont considérés incestueux tout comme ceux entre proches parents.

Les Indo-Océaniens ne se contentent pas non plus des parents que la nature leur donne, ils se créent des liens de parenté conventionnelle, en

;,) Mélanos de Bornéo, Cbamorris des Mariannes, Marquisiens, Tonganais, etc.

MAI>\C.AS<:\lt.

contractant avec des amis des alliances fraternelles, à laide d'un serment <|if accompagne rechange d'un peu de sangr|) et qui confère aux deux contractants des droits à peu près analogues à ceux des parents naturels. Ces alliances, qui établissent des liens indissolubles, d'autant plus indissolubles qu'ils résultent d'engagements volontaires, obligent les contractants à se donner mutuellement aide et protection et à rester Gdèles l'un à l'autre sous les peines morales les plus graves.

Funkii villes. — Les Indo-Océaniens ont un respect profond et une grande crainte des morts, et leur désir le plus ardent est d'être ensevelis dans le cimetière de famille; il n'est pas, en effet, à leur idée, de malheur plus redoutable et de plus fâcheux opprobre que d'être exclus du tombeau des ancêtres.

Les rites funéraires varient suivant les tribus et suivant le rang du mort, mais presque partout, aussi bien chez les Mélanésiens que chez les Indonésiens, les Polynésiens et les Négritos de la péninsule malaise et des iles Andaman. ils comprennent deux cérémonies, deux phases distinctes: une première qui consiste à laisser la putréfaction faire son œuvre12 : une seconde qui n'a lieu (pie longtemps après et dans laquelle on rassemble les ossements, qu'on nettoie avec soin et qu'on dépose alors dans le cimetière de famille'3. Chez ces peuples, le squelette, dépouillé de

• ' < Dayaks ( Hist. of Ellis , 1. 1 , p. 1 9 1 ), etc. — (Tes! Ivjati-dra ou vaky ra des Malgache, parmi lesquels cette coutume est ou plutôt était universelle.

2: Il y a. en Oeéanie (habitants des iles (iarolines, etc.) comme à Madagascar (Antaukarana, Betsileo, etc.), des peuplades qui s'enduisent le corps avec les liquides provenant des cadavres en pu 1 réfaction et même, dit-on, qui en boivent. — A Tahiti, etc., on faisait sortir, par une pression forte et prolongée, les matières au fur et a mesure de leur liquéfaction, et le corps était séché au soleil (comme dans l'Ànka- •^na ). — Les Stieng ( Mois ) de Hndo-dhinc ont des usages funéraires analogues à ceux Hes Betsileo. Les Siamois recueillent les

liquides putrides et le> jettent avant de procéder à la crémation des cadavres.

:v L' limage de nettoyer le squelette des morts avant de les enterrer définitivement n'existe aujourd'hui, en dehors de l'Océanie, de> .Négritos asiatiques et de certains Malgaches, qu'en Amérique ;dans le Nicaragua, à Panama et sur les bords du Chiriqui); mais le décharnemeiit des os se pratiquait déjà aux temps néolithiques et môme peut-être à la fin de fépoque paléolithique. H semble que cette cérémonie avait pour but de purifier le mort, car, dans certaines lies de l'Océanie. notamment à Tahiti, lorsque le défunt a\ait laissé une mauvaise réputation, on netto\ait les os deux et même quelquefois trois fois.

ETHNOGRAPHIE

sa chair et de toutes ses parties molles, est seul digne d'être conservé; ils en font une relique qu'ils révèrent.

Pour la première opération , suivant les possibilités locales, le corps est tantôt laissé dans la maison mortuaire(1), tantôt exposé en plein air sous un hangar spécial , tantôt suspendu eu pleine forêt à un arbre dans un panier ou dans une natte, tantôt enfermé dans un cercueil placé à la surface du sol au milieu d'un bois ou au fond dune caverne, tantôt plus ou moins rapidement enseveli dans la terre ou sous des pierres. Mais, dans leur croyance, le mort ne peut jouir d'un repos complet qu après la seconde cérémonie, c'est-à-dire lorsque les os sont tout propres et qu'on a procédé au renouvellement des nattes et étoffes dans lesquelles a eu lieu le premier ensevelissement, en un mot, lorsque le squelette est débarrassé des parties corruptibles et, à leurs yeux, impures; tant que cette cérémonie n'est pas accomplie, la famille ne croit pas s'être acquittée de son devoir envers son parent et, si la mort a eu lieu loin du village natal, aucune fatigue, aucun obstacle ne l'empêche daller ou d'envoyer chercher les ossements, qu'on rapporte, coûte que coûte, au cimetière des ancêtres(2).

Dès qu'un individu est mort, on procède à sa toilette, on le revêt de ses vêtements les plus beaux et on l'expose, soit couché, soit assis, sur une sorte de lit; puis on convoque les parents, amis et voisins, qui apportent des cadeaux et unissent leurs pleurs à ceux de la famille; les hommes tirent des coups de fusils autour de la maison, les femmes, accroupies autour du mort ou rangées devant la porte, sanglotent, poussent des cris lamentables et chantent, d'une voix plaintive, des hymnes en son honneur, célébrant à l'envi sa beauté, sa force, son courage, ses

W Dans les lies septentrionales de l'archipel Gilbert, le cadavre des chefs est placé sur plusieurs carapaces de tortues de mer, que portent sur leurs genoux pendant plusieurs mois, quelquefois pendant deux années, six personnes qui, naturellement, se relayent fréquemment.

W Cette coutume existe dans la Nouvelle-Zélande , aux Hawaï, aux Carolines , aux Mariannes, aux Gilbert , à Tahiti et à Nouka-

Hiva, à Bornéo, à la Nouvelle-Calédonie (Canaques), aux lies de Banks, aux lies Salomon, à Siam, etc. On a dans ces divers pays la croyance que les mânes des personnes qui ne sont point enterrées dans le cimetière de famille errent sans trêve ni repos autour de leurs parents dont ils deviennent les mauvais génies. H en est de mémo à Madagascar. — On doit excepter les Marshall, les Tonga et Rotouma.

38 MADAGASCAR

qualités physiques et morales, sa richesse, etc.; on se livre même quelquefois à des danses(1>. Il n'est pas rare que deux torches brûlent, nuit et jour, Tune à la tête, l'autre aux pieds du mortw. Cette veillée funèbre dure souvent plusieurs jours, quelquefois même pendant des mois, tant qu'il y a des vivres et des boissons à distribuer aux assistants (3). Dans certaines îles, la première femme couche aux côtés du cadavre de son mari, tant qu'il n est pas enseveli w.

Les honneurs rendus aux morts, les pleurs et les sanglots dont sont accompagnées les veillées funèbres ne sont nullement dus, à mon avis au moins, à un amour profond de leurs parents et amis, et il n'y faut pas voir la preuve de regrets sincères. En se livrant à ces pratiques et à ces simagrées, les survivants n'ont d'autre but que de s attirer la faveur des mânes du mort, qu'ils supposent errer autour d'eux et auxquels ils attribuent des pouvoirs surnaturels.

Dans le cimetière, on enterre avec le mort les objets qui lui servaient pendant sa vie et on dépose quelques aliments à ses cotés. Les ustensiles employés pendant sa maladie sont brisés et jetés au loin.

A la mort des chefs, on immole d'ordinaire plusieurs esclaves et au moins une ib ours femmes, afin qu'ils les retrouvent dans l'autre monde;

M Dans quelques îles ( Yu-Zélande, Tonga, Hawai), les parents se meurtrissent le corps pour mieux marquer leur douleur. Aux Hawaï, les funérailles des chefs sont accompagnées d'orgies.

W Celte coutume existe également dans l'Est de Madagascar.

{3) Dans quelques pays de l'Afrique, il existe des usages analogues; ainsi, "dans le royaume d'Angola et de Chimfouka (pays de Cacongo, au Sud du Loango [Afrique occidentale]), quand un homme d'importance vient à mourir, on garde son corps pendant un temps proportionné à son rang et à la richesse de sa famille. Le corps d'un prince n'est inhumé qu'au bout de quatre ans. Dans le Loango proprement dit, on place les cadavres sur un feu lent de bois aromatique.

Dans les deux premières contrées, le corps est maintenu debout et est constamment gardé par des pleureurs à gages qui chantent les louanges du défunt et qui ne cessent de le couvrir de pièces d'étoffes sur pièces d'étoffes, de sorte qu'il est le centre d'une vraie montagne, mesurant souvent 6 à 7 mètres cubes. On arrose journellement cet énorme paquet de quelques d a mes-j cannes d'eau-de-vie; ce qui filtre au travers est recueilli dans des \ases disposés à cet effet, et les pleureurs s'en régalent comme du breuvage le plus délicieux* (Maxwell, Pkilosophical Journal, cité dans les Nour. Atw. des Voy., t. X, îNsi, p. 39^4 ).

M Aux lies Gilbert (Tarawas), etc. - Ce même usage existe dans certaines familles hetsimisaraka.

ETHNOGRAPHIE

il y a des iles où leur nom devient taboue et, par conséquent, ne peut plus être prononcé par aucun de leurs sujets^1'. Dans certaines tribus (2', les hommes qui portent le cercueil font la plus grande attention à ne pas trébucher et surtout à ne pas tomber, parce que ce serait pour l'individu ainsi marqué par le sort le présage d'une mort prochaine, ou même, dans quelques îles, l'indice que c'est lui qui a tué le chef par ses maléfices.

Toute personne qui a pris part à une cérémonie funéraire doit, avant de rentrer chez elle, faire des ablutions lustrales afin de se purifier de la souillure qu'elle y a contractée (3).

Le deuil, dans l'Indo-Océanie, consiste en une tenue négligée et même malpropre. On ne se coiffe plus ou on se rase la têtew, on se lave peu et on porte des vêtements usés et déchirés. C'est à la mort des chefs que les Océaniens coupent leurs cheveux, tandis que, pour leurs parents, ils se contentent d'ordinaire de les laisser flotter au vent; pendant le deuil, leurs sujets ne travaillent pas, ne pèchent pas, ne peuvent avoir chez eux ni feu ni lumière pendant la nuit, ne doivent pas faire de bruit(5), et il leur est défendu de se couvrir les épaules, qui doivent rester nues(6). Le blanc est, dans l'Orient, la couleur de deuil, et on plante auprès des tombes des pieux au sommet desquels on attache des lambeaux de toile blanche.

Cimetières. — Les cimetières de famille, où se fait l'ensevelissement définitif, sont tautôt relégués loin de tout lieu habité, en pleine forêt, dans des cavernes souvent inaccessibles ou dans des îlots déserts'7*, tantôt, au

W Tasmaniens, etc. — Il en est de même à Madagascar.

P) Dayaks de Trink, etc. — Cette superstition existe également chez les Sakalavâ , etc. Dans l'Ouest, quelqu'un qui, passant devant le zambâ ou maison sacrée dans laquelle sont gardées les reliques des anciens rois, viendrait à tomber, serait de suite sagayé ; lorsque j'ai fait visite à Toerâ, le roi du Ménabé, mes hommes et moi-même nous avons fait attention de ne pas trébucher devant la maison des jinjj royaux.

(3) Aux C a roi i nés, Hawaï et Marquises, à

la NUe-Zélande , aux Tonga , à Rotouma , etc. , et au Tonkin , comme à Madagascar.

(*) Aux Marianncs, aux Garolines, à Hawaï, aux Marquises, etc., comme à Madagascar.

(6) Chez les Dayaks, etc. , comme chez les Malgaches.

(flJ Tous les usages qui viennent d'être énumérés se retrouvent à Madagascar.

(7) A Sumatra, à Amboine, aux Philippines, aux Mariannes, à Nouka-Hiva, etc.

— Il en est de même sur les c*ôtes de Madagascar.

40 MU)\<;\SCAR.

contraire, placés au voisinage des maisons(n. Us sont souvent enclos de pieux qui portent des sculptures grossières dVtres humains et d animaux, surtout d oiseaux et de crocodiles ;5). et au centre desquels les cercueils sont déposés à côte les uns des autres; ailleurs, ils sont formés d'un gros amas de pierres sous lequel les morts sont enterrés dans des nattes ou dans des troncs d'arbres creusés en forme d'auge (3) et au-dessus duquel on élève quelquefois une maisonnette(%); dans d'autres îles, les bières, d'ordinaire en forme de pirogues fermées par un couvercle, sont rangées parallèlement les unes aux autres dans un coin retiré de la forêt, quelquefois protégées contre le soleil et la pluie par un hangar, ou bien elles sont tout simplement mises dans des grottes naturelles w.

Partout, les cimetières sont l'objet d'une grande vénération et la violation d'une tombe est aux yeux de tous les Océaniens un acte impie qui entraine la mort du coupable. Ils sont taboues dans les tribus qui les mettent à l'écart des habitations et qui croient que ceux qui s'en approcheraient seraient poursuivis par un mauvais sort.

Les Indonésiens plantent, auprès de leurs villages ou le long des routes, des poteaux en mémoire de ceux qui sont morts au loin et qui n'ont pu être enterrés dans le tombeau de famille (6t.

On trouve des monuments mégalithiques dans plusieurs îles.

Villages. — Dans les pays montagneux, les villages sont établis le plus souvent au sommet d'éminences abruptes ou de rochers inaccessibles. Ils sont fortifiés à l'aide de fossés, de palissades ou de haies épineuses.

Les maisons sont presque toujours rectangulaires; ce sont tantôt de misérables huttes qui sont si basses qu'on peut à peine s'y tenir debout,

'*) A Ja\a, chez les Malais de Bornéo, (*) Aux Tonga, etc. — Dans le centre

chez les Maoris , chez les Bantiks , à Ro tourna, de Madagascar, des maisonnettes funéraires

etc. — Il en est de même chez les Merinâ surmontent les tombeaux des rois et des

et chez les BeUileo. princes.

(2) Maoris, Dayaks, Tahitiens, etc., (:>) C'est ce qui existe aussi dans le Nord

comme chez les Sakalava (Antimenâ) et et dans l'Est de Madagascar, chez les Bara. 6) A Tonga tabou, dans l'Inde, etc. —

W II en est de même dans l'Ouest et dans Même usage dans le Centre et dans l'Est de

le Sud de Madagascar. Madagascar.

ETHNOGRAPHIE. M

et qui ne garantissent que très imparfaitement leurs habitants contre le vent et les intempéries, tantôt des édifices assez grands(,), construits avec une certaine habileté, et dont les piliers et 'les planches sont ornés de sculptures grossières. Elles sont généralement élevées au-dessus du sol et faites de matériaux divers, bambous, feuilles de vakoa ou do palmier, herbes, joncs, écorces aplaties, planches, etc., suivant les localités. Les toits, chez certaines tribus (2), sont pointus et les chevrons des pignons dépassent de beaucoup le faite, formant de grands V qui ont un peu l'aspect de cornes. Elles n'ont d'ordinaire qu'une seule pièce avec une porte assez basse et une petite fenêtre; la fumée du foyer, qui est établi sur le plancher même, n'a d'autre issue que les crevasses du toit et les interstices des parois.

La construction d'une maison se fait avec l'aide des parents et des voisins et donne lieu à des fêtes et à des réjouissances (3). Les chefs de certaines peuplades(/i) immolent, au début des travaux, une victime humaine, quelquefois une jeune vierge, qu'on enterre sous le seuil de la porte ou sous le poteau principal. On n'entre pas dans une maison neuve sans faire une offrande à Dieu, aux Esprits et aux ancêtres et sans la faire exorciser par un sorcier, afiu d'en chasser les démons qui pourraient y être cachés et de la mettre à l'abri des maléfices (5).

Mobilier. — Comme chez tous les peuples primitifs, le mobilier est tout à fait rudimentaire. Les maisons sont le plus souvent malpropres, quelquefois cependant elles sont assez bien arrangées avec des nattes étendues sur le plancher et tapissant les parois intérieures. Le lit est tantôt formé par un cadre que portent quatre pieux enfoncés dans le sol et sur lequel est tendu un filet de cordages; tantôt ce sont de simples

(*) Il y a un certain nombre de tribus de P) En Indonésie, a la Nouvelle-Zélande,

Bornéo et des lies Carolinesqui construisent au Laos, etc.

des maisons très longues, où plusieurs fa- (*) Chez les Mélanos de Bornéo, chez les

milles vivent en commun. Siamois, etc. — 11 en est de même chez

W A Mindanao, chez les Dayaks, à Su- les Sakalavâ, chez les Mahafalv, chez les

nia Ira, dans le Siam, à Rotouma, etc. — Antanosy, etc.

Les Merinâ ont des constructions iden- (5) Aux Ha waï, aux lies Marquises, etc.,

tiques. comme dans le Sud de Madagascar.

BTBROGBAPHIE.

ki MADAGASCAR.

uattes que Ton étend le soir sur la frire même. Un coussin de paille ou un morceau de bois ëvidé serl d oreiller, et ce sont leurs vêtements qui leur servent de couvertures. Pour s'asseoir, ils placent des nattes, par terre: quelques-uns ont des tabourets de bois à l'usage des personnes de qualité. Les vêtements, objets divers (aiguilles, hameçons, pinces, bijoux, etc.) et provisions sont conservés dans des paniers en jonc ou en feuilles de palmier, ou dans des boites ornées de clous dorés. Les marchandises et l'argent, qui forment la richesse de ces peuples, sont cachés au milieu des bois, au fond de cavernes, dans des endroits particuliers connus du chef de famille seul ]). Aux murs, pendent les armes, les lances, les diverses pièces du métier à tisser, etc.

Des calebasses et des tronçons de bambous servent de bols, de coupes, d'assiettes, etc.: les femmes transportent et gardent l'eau dans de grandes tiges de bambou dont elles ont perce les cloisons qui sont placées au niveau des nœuds'3'.

On pile le riz dans un mortier de bois, formé d'un tronc d'arbre évidé.

On cuit les aliments dans des vases eu terre; mais dans toutes les lies où manque la terre a potier, on creuse des fours souterrains, c'est-à-dire des trous qu'on garnit de gros cailloux et où. après avoir fait flamber des fagots pour porter ces cailloux au rouge, on dépose au milieu même des pierres chaudes la viande enveloppée de feuilles, puis qu'on bouche avec de la terre, après y avoir jeté un peu d'eau1*-. On fait également des grillades.

La nourriture des Indo-Océaniens consiste en viande, cuite à letuvée dans les fours dont nous venons de parler ou simplement grillée sur les charbons, en riz. en racines mises sous la cendre ou bouillies dans l'eau, en arrow-root tiré des tubercules du Tacca^; ceux qui habitent le l>ord de la mer et qui pèchent beaucoup de poisson le mangent frais, grillé sur

1 A la .Nouvelle-Zélande, etc. — C'est ga, aux Nouvelles-Hébrides, etc. — Les

encore l'usage dans l'Ouest de Madagascar. Mahafaly emploient le même procédé; ils

ï'2' Aux îles Mariannes, etc. — 11 en est donnent à ces l'ours le nom de Menavavd

de même dans les parties de Madagascar où «bouche ( ou trou) rouget, il existe des bambous. M Aux Iles Carolines. etc. — Une plante

3 Aux Hadak-Halik (lies Marshall), aux du même genre, le Tavolô. fournit une fa-

Hawaï, à la Nouvelle-Zélande, aux Ton- rine analogue aux Malgaches de l'Ouest.

KTHNOGRAPHIE.

le feu même ou bouilli dans l'eau, sans l'écailler ni le vider; ils le vident au contraire quand ils le fument pour le conserver, l'exposant sur des claies au-dessus du foyer de la maison (1). Ces divers aliments sont, dans beaucoup d'îles, pris à part, sans les mélanger^. Les œufs couvés sont très appréciés dans toute la presqu'île Malaise^, et on est très friand de certains insectes, tels que sauterelles et grillons sautés, fulgorides rissolés dans la graisse, larves de coléoptères grillées, etc.w. En temps de disette, ils ont recours à la racine d'une grande Aroïdée (Typha)®.

Les repas n'ont pas lieu à des heures régulières; il y en a généralement trois par jour. On étale une natte sur le sol et on y pose le manger; tout autour sont les convives, accroupis sur leurs talons, avec des feuilles de bananier, des calebasses ou des écuelles en bois pour assiettes, suivant les tribus w. Les uns mangent avec leurs mains, d'autres se servent de cuillers en bois ou utilisent les feuilles de bananier ou de vakoa*7'. Au commencement et à la fin du repas, les personnes de distinction se rincent la bouche et se lavent les mains. Dans certaines îles, les hommes mangent avec leurs femmes et leurs enfants (8), dans d'autres, ils mangent seuls et les femmes prennent leurs repas après eux(9).

L'eau est la boisson générale; on se passe de main en main la gourde ou le bambou qui la contient et, sans les toucher des lèvres, on s'en verse une ou plusieurs rasades dans la bouche; quelquefois, on se sert pour boire de vases faits avec des feuilles. Dans les fêtes, les Indo-Océaniens se grisent avec des liqueurs fermentées (vin de palmier, hydromel, etc.), dont ils sont très amateurs (à l'exception des Dayaks et des Malais).

t1) Il en est de même chez les Vezô sakalavâ et chez les Betsimisarakâ.

W Les Sakalavâ ont aussi cette habitude.

(3) Les Betsileo ont ce même goût.

(*) Aux Hawaï, à la Nouvelle-Zélande, au Laos, etc. — Ces mêmes insectes sont également très recherchés dans toute l'Ile de Madagascar.

(5) A la Nouvelle-Zélande , etc. — Les Malgaches ont recours, dans les famines, à ce même tubercule (Viha).

'*) Dayaks, Hawaïens, Nouka-Hiviens, etc.

— H en est de même à Madagascar.

W Aux Tonga, etc., et aussi à Madagascar.

(*) Bantiks, Alfourous, Marquisiens, Indonésiens (chez ceux-ci, les adolescents mangent à part), etc., et aussi la plupart des Malgaches.

W Aux lies Viti, aux îles Tonga, à Rotouma, etc. — Il en est de même chez les Antanosv, etc.

A'i m\!>\<:\s<:ar.

Les Indonésiens et les Mélanésiens fument ou chiquent avec passion. Ils gardent leur provision de tabac dans de petites tiges de bambou, bien polies et souvent ornées de dessins(l).

Religion. — La théogonie des Indo-Océaniens est simple et d'un ordre assez élevé. Ils croient en un Dieu unique, qui a créé et qui conserve le Monde, du reste sans attributs bien définis*'; ils ne lui érigent pas de temples et ils ne lui rendent pas à proprement parler de culte. Us n ont ni sacerdoce, ni liturgie, et leurs cérémonies religieuses sont très sommaires et sans éclat; ils célèbrent cependant le commencement d'une nouvelle année par des fêtes et des réjouissances.

Ils croient, en outre, a l'existence d'êtres surnaturels 3), Esprits. Lutins. Gnomes ou Sylphes, qui font à leur gré le bien ou le mal, mais dont faction malfaisante peut être empêchée par des invocations, des talismans ou des offrandes propitiatoires. Kspiïts qui habitent de préférence les grandes montagnes, sur le sommet desquelles de petits bois ou des rochers leur servent d'asile'*'. Aussi pratiquent-ils souvent leur culte sur les hauts lieux, en plein air-. En réalité, la place prépondérante qu'ils accordent à ces nombreux intermédiaires, qu'ils supposent graviter autour du Dieu suprême et auxquels ils attribuent le pouvoir, purement divin cependant, d'exaucer ou de rejeter leurs prières, fait, dans une certaine mesure, dégénérer le monothéisme originel de leur religion en polythéisme. Du reste, leuràme, essentiellement égoïste et matérialiste, n'a pas le moindre sentiment de vraie piété; elle est fermée a toute idée grande et noble et est dépourvue de sens moral.

Ils croient en une vie future, à la survivance des aines qui. dans leur pensée, sont au corps ce qu'est le parfum par rapport aux fleurs, et qui

■ l; Tout comme les Malgaches. Bornéo, à Nouka-Hi\a; etc., ainsi qu'à

W Les mé'nies croyances existent dans l'Ile Madagascar, de Madagascar. (->' On lrou\e chez les Miniers et chez les

'»3' Antus des Dayaks. Hotott des Tonga. Siamois les traces d'une religion primitive

Atoa des Maoris, des Rotoumiens et des qui consistait à adorer les Esprits des hauts

\ou ka-Hi viens, Mi/ort des Tahitiens ( - = Ma- lieux e.l le* maues des annMres; ce culte

UhiIou des Malgaches). est encore celui des samagcs du Laos, etc.

(l Dans la presqu'île» indo-chinoise, à (l'est aussi ce qui existe à Madagascar.

ETHNOGRAPHIE

errent invisibles autour de leur famille; ils attribuent aux mânes des ancêtres'1' le pouvoir de punir ou de récompenser leurs parents et leurs sujets suivant leurs mérites ; ils croient même qu'un mari défunt vient quelquefois trouver sa veuve pendant la nuit, si celle-ci l'en requiert, et ils citent maints cas où des enfants posthumes, à leurs yeux légitimes, sont nés à la suite de ces visites nocturnes (2). Pour se rendre propices les mânes de leurs ancêtres, ils leur adressent des invocations qu'ils accompagnent de présents, notamment de vivres. Ces Esprits s'emparent quelquefois du corps des personnes auxquelles ils veulent du mal: pour exorciser les possédés, on chante en battant des mains, souvent pendant plusieurs jours de suite, on joue du tambour, on tire des coups de fusil, on fait en un mot le plus de vacarme possible, afin d'effrayer l'Esprit malin et de le chasser, et souvent on fait exécuter aux malades eux-mêmes des danses extravagantes (3). Les exorcistes prennent toujours leurs repas dans des plats neufs, qu'on brise aussitôt après (4).

Les invocations à Dieu, aux Esprits et aux ancêtres sont souvent accompagnées du rejet de quelque objet sans valeur, sorte d'offrande expiatoire ou émissaire® destinée à conjurer le sort. Les Indo-Océaniens n'entrent pas, comme nous l'avons déjà dit, dans une maison neuve sans leur faire une offrande et sans qu'elle soit exorcisée et mise par certaines incantations à l'abri des sortilèges. Souvent aussi, ils offrent à Dieu, aux Esprits et aux ancêtres les prémices de leurs récoltes, de leur pêche, qu'ils déposent, d'ordinaire, sur un petit tréteau, autel rudimentaire, placé soit auprès de leur village, soit au bord de la mer ou dans les champs^'.

Ces peuples attribuant aux mânes des morts de grands pouvoirs sur les

W Wairoa des Maoris ( --= Atnbiroa des Malgaches). Les gens du commun n'ont pas d'àrne au dire de ces peuples (Tonga, etc.).

(2) Aux tles Hawaï, etc. — Il en est de même à Madagascar.

W Cette cérémonie d'exorcisme s'appelle, chez les Malgaches de l'Ouest et du Sud . bilô (,= Bili* ou Iblis, c'est-à-dire le diable des Arabes) et, chez ceux de l'Est , salamangâ ou solamainâ (=Soleiman des Arabes, c'est-à-dire

Salomon, que dans tout l'Orient ou cousidèrc comme le chef des démons et des sorcière).

W îles Marshall, etc. — Il en est de même chez les Malgaches.

W C'est Yubat des Dayaks et le faditrâ des Malgaches.

(6> Chez les l)a\aks. chez les Maoris, à Nouka-Hiva , etc. — 11 en est de même à Madagascar.

46 MADAGASCAR

vivants, il est naturel qu'ils aient pour leurs ancêtres un vrai culte et qu'ils honorent et même souvent craignent les lieux de sépulture. A leurs yeux, il n'y a pour ainsi dire pas de mort naturelle, excepte dans les rares cas de vieillesse décrépite; ils croient qu'elle est due aux maléfices des sorciers (l). Comme nous lavons déjà dit. ce sont les os décharnés, la partie durable du corps, le squelette en un mot, qui est seul conservé et placé comme une relique dans le tombeau de famille.

Très crédules et très superstitieux, ils croient à l'influence des astres sur les destinées des hommes, ainsi qu'aux jours propices et aux jours néfastes; ils croient que certains individus, qui se recrutent dans toutes les classes de la société, peuvent entrer en communication avec les Esprits et avec les mânes des morts, dont ils reçoivent des inspirations, (les astrologues ou sorciers, qui sont les arbitres de tous les actes importants de la vie de ces sauvages, sont censés aptes à guérir les maladies, à prédire l'avenir, à discerner les jours favorables aux diverses entreprises, à influencer les éléments, à exorciser les démons, à interpréter les rêves.

Les uns, qui sont des hystériques, prétendent recevoir la visite des Esprits auxquels ils attribuent leurs crises; c'est au milieu de convulsions violentes, tremblant de tous leurs membres, claquant des dents, le visage grimaçant et livide, souvent inondés de sueur, qu'ils font leurs prédictions(2). D'autres, et ce sont les plus nombreux, disent la bonne aventure au moyen de jeux divinatoires ou de manœuvres astrologiques, d'où assortent les avis sans lesquels les Indo-Océaniens n'oseraient rien entreprendre (3). Quand un sorcier en renom est sur le point de rendre le dernier soupir, on met un panier auprès de la bouche du moribond afin d'y recueillir son âme('4).

La sorcellerie ou la science de l'avenir est un art mystique que les individus, dépositaires des connaissances occultes, emploient tantôt pour le bien, comme il est dit ci-dessus, tantôt avec de mauvaises intentions,

l1) Les Malgaches ont la même croyance. W Les Ombiasy et les Mpisikili/ remplissent

W Tels sont \esAndriamandre$y et lesAna- le mime râle a Madagascar.

kia malgaches, sortes de prophètes et de (4) Chez les Chamorri* des lies Mariannos,

pythonisses. J'ai vu la reine du Ménahé, chez les Mélanésiens, etc. — La même su-

Narova,en pleine crise d'Andriamandres^. perstition se retrouve à Madagascar.

ETHNOGRAPHIE

dans le but de donner des maladies ou même la mort. Il leur suffit de se procurer une mèche de cheveux, quelques rognures d'ongles, un crachat, un morceau de vêtement d'une personne pour l'envoûter et réaliser leurs desseins néfastes; aussi les Indo-Océaniens prennent- ils soin de ne jamais jeter au vent les cheveux arrachés par les peignes*1', etc. Par suite de ces superstitions barbares, chacun tient ses voisins et même ses parents en continuelle suspicion. Pour chasser les méchants Esprits auxquels ils attribuent la plupart des maladies ou les accouchements laborieux, ils entretiennent nuit et jour du Jeu auprès des malades (2).

Avant tout acte important, au début d'une entreprise agricole ou commerciale, au commencement d'une guerre, lors d'une naissance, d'un mariage, d'une grave maladie, ils adressent une prière au Dieu créateur, puis aux Esprits et aux mânes ancestraux, prière qu'ils accompagnent soit de sacrifices d'animaux et quelquefois d'êtres humains, soit d'ordinaire d'offrandes plus ou moins considérables qui sont en réalité l'essence de leur religion (a).

On fait des sacrifices humains en l'honneur des rois et des grands chefs à certaines occasions w. lors de l'édification de leur maison (5), à leur mort(6), etc.; d'ordinaire, les victimes sont tuées par surprise et assommées avec une massue ou avec un pilon à riz ou bien à coups de pierres. Dans les sacrifices d'animaux, qui sont extrêmement fréquents, on se contente soit d'en offrir un tout petit morceau, qu'on jette au loin ou qu'on dépose sur un tréteau, sorte d'autel rudimentaire, soit

(1J Le roi des Mariannes, comme les rois Sakalavà, était toujours accompagné d'un serviteur qui était spécialement chargé de recueillir le sable ou la terre où il avait craché, afin qu'un sorcier ne pût s'en emparer.

W Les Malgaches ont la même coutume.

<3) L'usage des sacrifices et offrandes est du reste tout naturel dans ces pays où Ton n approche jamais d'un chef ou d'un supérieur sans lui apporter un don plus ou moins important.

M Par exemple, quand on perçait les

oreilles de la fille d'un chef (aux lies Marquises), etc. Il en était de même au Ménabé (dans l'Ouest de Madagascar) quand on faisait la barbe au roi pour la première fois.

(*) Chez les Siamois , chez les Mélanos de Bornéo, etc., comme chez les Sakalavà de Madagascar.

(6) Chez les Dayaks, à Amboine, à Mindanao, aux Mariannes, aux Tonga, à la Nouvelle-Zélande, aux Viti, à Rotouma, aux Marquises, etc., comme à Madagascar, chez les Sakalavà, chez les Mahafaly, etc.

madacascir.

tout simplement de laisser couler un peu de san^ ou de graisse, et les assistants mangent le reste ; on marque souvent avec le sang de la bête le front de la personne qui offre le sacrifiee(,). Quelquefois on ne met pas la victime a mort, on la consacre à Dieu et on la laisse en liberté après lui avoir fait une marque particulière ; personne n'ose plus la tuer11.

Quand l'offrande dont est accompagnée la prière consiste en vivres, on l'élève dans les mains vers le ciel, ou bien on en lance une poignée aux quatre points cardinaux dans le but d obtenir la protection des Esprits et des mânes des ancêtres qui se plaisent à errer autour du village et auxquels sont attribués tous les malheurs et les maladies.

Les Indo-Océaniens ont des talismans, les uns nationaux ou plutôt familiaux qui sont de vrais fétiches, les autres personnels ou gris-gris auxquels ils attribuent des pouvoirs nettement définis, tels que de protéger le village contre les attaques des pillards, de procurer la richesse et le bonheur à leurs possesseurs, de les garantir contre les maladies, contre les sorts et les envoûtements dont ils ont une crainte extraordinaire et qui sont pour eux une source d'inquiétudes continuelle, contre la mort par les balles ou par les sagayes, etc. Ces divers fétiches et gris-gris, qui, par une sorte de pacte, doivent exaucer les vœux de leurs possesseurs à charge que ceux-ci de leur côté soient assidus dans leur culte et observent strictement certaines prohibitions, sont souvent teints du sang des victimes qui sont tuées en leur honneur ou oints avec leur graisse 3).

Les fétiches consistent d'ordinaire en simples pieux'*' ou en poteaux

W Toutes ces coutumes sont aussi bien malgaches qu'indo-mélanésiennes ,V). Ces sacrifices se différencient de ceux des Juifs en ce que, chez ces derniers, les victimes et les offrandes restaient la propriété du temple et de ses prêtres, tandis que, dans llndo-Océanie comme à Madagascar, ils sont utilisés pour un festin de famille.

W C'est ledabara des Sakalavà. — Cette coutume existait en Arabie antérieurement au mahométisme; à la Mekke, on avait des

animaux nommés saïba auxquels étaient accordées la liberté et l'inviolabilité, en exécution d'un vœu fait par un malade |K>ur recouvrer la santé (Caussin de Pekcevau Histoire des Arabes, t. 1, p. 996).

(*) La peur et )a vénération des fétiches et des gris-gris sont tout aussi grandes a Madagascar que dans toute Tlndo-Océnnie.

(*) Les Hazvmanitrà des Sakalavà sont, en réalité, des fétiches.

[W Les Indonésiens el les Mélanésiens font très fréquemment des sacrifices d'animaux on l'honneur des Esprits, afin de se les rendre favorables; il n'en est pas de même dans la Polynésie.

ETHNOGRAPHIE

en haut ou sur les cotes desquels sont grossièrement sculptées des figures humaines, qui ont fréquemment les mains croisées sur le ventre, des oiseaux, principalement des hérons, et des crocodiles (1); souvent ce sonl de simples pierres ou des rochers, placés d'ordinaire au sommet de montagnes et qui sont considérés comme les asiles d'Esprits follets {'2) ; quelquefois ce sont des arbres auxquels on accroche des offrandes de toiles ou d'autres objets et devant lesquels on fait les prières, parce qu'on suppose que certains démons habitent dans leur feuillage (3); ailleurs, ce sont des lézards qu'on vénère et nourrit avec soin, parce qu'on les croit les maîtres du tonnerre et de la pluie, ou bien des crocodiles en l'honneur desquels on fait des sacrifices. Il est de règle de ne parai Ire devant les fétiches, comme devant les chefs, que les épaules nues.

(Juant aux gris-gris ou charmes, ils sont faits de débris d'objets divers auxquels les sorciers prétendent avoir communiqué certaines vertus et qu'on porte sur soi ou qu'on tient cachés, loin de tout regard profane, dans des morceaux de toile; on leur fait, de temps en temps, la toilette, les frottant d'huile ou de graisse et changeant leur enveloppe w.

Dans certaines régions, on a le culte des jarres, auxquelles est attribué un pouvoir magique et qu'on interroge sur l'avenir en frappant dessus'5'.

Chez tous ces peuples, une foi naïve s'unit à des mœurs cruelles et licencieuses ; ils ne croient commettre des péchés que s'ils manquent aux formalités extérieures de leur culte, péchés qu'une simple offrande du reste suffit à absoudre.

Le jeune et la chasteté, quelquefois une retraite plus ou moins longue, sont obligatoires à certaines fêtes ou à l'occasion de certains actes ou

v' A Bornéo, à Tahiti, à Nouka-Hiva, à Samoa, etc., comme h Madagascar, ces fétiches, qui représentent les mânes des ancêtres, sont censés doués du pouvoir d'écarter les Esprits malins du village.

'-> Dans In Mélanésic (lies Salomon, Nouvelles-Hébrides, etc.), dans la Micronésie (îles Caroline.*, îles Gilbert, elc), à Tahiti, etc., tout comme à Madagascar.

W Aux lies Caroline*, etc., comme dans le Sud et dans l'Ouest de Madagascar.

W C'est ce que font aussi les Malgaches.

W Dayaks, Polynésiens, etc. — Les Betsimisaraka vénéraient et vénèrent même encore aujourd'hui une grande jarre de terre (Sinibc) dont on voit les débris à Ambodisinv, à la bouche de Tlvondrona.

KTH\OGIUI>Hlfc.

MADAGASCAR

de certains événements (l): et, en divers cas, dans les maladies graves, dans les accouchements laborieux, lorsqu'on va faire une entreprise difficile, etc., on est tenu de confesser publiquement ses fautes cachées (i]. Les ablutions et l'aspersion d'eau lustrale, soit sur des enfants ou sur des malades, soit sur la population entière lors d'épidémies ou dans certaines cérémonies, soit sur ceux qui viennent d'assister à des funérailles, servent à la purification (3j; les grands-parents bénissent souvent leurs enfants malades en prenant dans la bouche une gorgée d'eau qu'ils crachent sur eux*.

La circoncision (5) a lieu à un âge relativement avancé, à i o ou 1 a ans; quelques tribus(6) avalent le prépuce ou le brillent.

Il n'est guère question chez ces peuples de peines ou de récompenses dans l'autre monde; cependant, comme ils croient que les âmes des nobles passent, après leur mort, dans le corps d'un animal, ils admettent que les bons transmigrent dans celui de certains reptiles, crocodiles, lézards ou serpents (7). ou de certains poissons, anguilles, etc., et qu'au contraire les méchants prennent la forme de chiens ou d'autres bètes impures. Les âmes des autres morts sont censées habiter une montagne sacrée, qu'il est défendu d'approcher, ou quelque ile déserte w.

L'inégalité des castes persiste au delà de la tombe.

La coutume si caractéristique du tabou (\efatly malgache), qui interdit, momentanément ou d'une manière permanente, l'accès de certains lieux.

(*' A Bornéo (province de Saravak), aux lies Mariannes et Carolines. aux lies Marshall, aux Iles Hawaï, aux îles Marquises, etc. — Il en est de même à Madagascar.

(2) Chez les Dayaks, chez les Samoans, etc., comme chez les Malgaches.

(*) En Birmanie , dans le Siam, au Tonkin, chez les Davaks, à Timor, etc., comme à Madagascar.

W Chez les Samoans. les N'éo-Guinéens, elc. — Il en est de m«*mc à Madagascar, où cette bénédiction s'appelle 7Wdranô(\iU, : souffler de l'eau).

W Ni les Néo-Zélandais, ni les Papous de la Nouvelle -Irlande ne pratiquent la cir-

concision; elle a lieu presque partout ailleurs en Océanic ainsi que dans les lies de la Sonde. — A Madagascar, elle est ou plutôt elle était universelle.

l°> Tels que les Australiens, etc. — Cette curieuse et répugnante coutume a existé dans toute l'île de Madagascar et existe encore dans l'Ouest et dans le Sud.

I7' Chez les Négritos de la presqu'île de Malacca, à Sumatra, chez les Dayaks, à Bali, à Timor, à Amboine, chez les Ipalaos des Carolines, aux lies de Banks, aux îles Sa Ion ion, aux Tonga, chez les Maoris, etc. — Cette croyance existe chez les Betsileo.

(*) Iles de la Me'lanésie, Iles Tonga, Non-

ETHNOGRAPHIE. 51

l'usage de certains objets, les rapports avec certaines personnes, est, pour ainsi dire, universelle des confins orientaux de l'Océanie jusques et y compris Madagascar. Ses prescriptions, qui ont un caractère quasi-religieux, ont pour but de satisfaire les Esprits, qui ne manquent pas de punir les contrevenants, et de s'attirer leurs faveurs. Nous citerons, parmi les tabous indo-océaniens qui sont innombrables et, du reste, très variables non seulement de tribu à tribu, mais aussi d'une époque à l'autre, les suivantes qu'on retrouve également à Madagascar : il est formellement interdit, après la mort d'un chef, de continuera se servir des mots qui entrent dans son nom lj, ce qui amène, dans les langues malayomélano-polynésiennes, des changements fréquents de mots et en modifie l'aspect. Les personnes qui ont touché à un cadavre, ainsi que celles qui ont assisté à des funérailles, doivent se purifier par des ablutions lustrales. Il est défendu de tuer ou de blesser un chef, même ennemi. Sont tabouées, c'est-à-dire qu on ne doit ni les toucher ni même les approcher, les femmes nouvellement accouchées, tant qu'elles ne se sont pas purifiées, et les épouses des hommes partis en guerre, à la grande pêche ou pour une entreprise commerciale dangereuse. Souvent, lors qu'une personne est gravement malade, ses proches parents se soumettent à certaines privations, que les devins leur imposent, ou même vivent dans une solitude complète. Les tortues de mer ne peuvent être mangées qu'en plein air, sur la plage, après qu'un morceau en a été offert à Dieu et aux Esprits. Il serait facile d'allonger indéfiniment la liste des prescriptions du tabou auxquelles obéissent par superstition les populations indo-mélanésiennes, mais ces quelques exemples suffisent.

En somme, tous les habitants de cette vaste région du monde, qui en sont encore à l'état de barbarie, n ont point, à proprement parler, de conscience; l'idée du bien et du mal, telle que l'ont les hommes civilisés, leur est étrangère. Tandis que les lois de la morale nous enseignent

velle-Zélande, etc. — Cest aussi ce que lj Chez les Todas de l'Inde, chez les croient beaucoup de Malgaches qui appel- Siamois, chez les Indonésiens et chez les Mêlent Ambondrombé la montagne où se réu- lanésiens, en Australie, en Tasmanie,dan& nissent, d'après eux, les âmes des morts. la Polynésie, etc., comme à Madagascar.

52 M \i>\<; \SCAIL

les devoirs <jiii nous inroiulient et nous forcent, avec plus ou moins de succès, à dompter nos passions, les Indo-Océaniens, comme les Malgaches, les laissent, au contraire, se développer librement, écoutent leurs instincts, satisfont tous leurs désirs, donnent cours à tous leurs caprices, tant qu'ils ne sont pas arrêtés par quelque croyance superstitieuse ou par les prescriptions saugrenues des sorciers. Leur idéal ne s'élève pas au-dessus de la satisfaction de leurs sens.

Oiu;\\isvTio\ sociale. — Les habitants de l'Indo-Océanie se suUIivisent. comme tous ceux de Madagascar jusqu'au commencement du \i\c siècle1 - en une quantité innombrable de groupes d'individus .formant autant de petites sociétés plus ou moins fortement organisées, que gouvernent des chefs de droit divin'1, avec une aristocratie puissante et des classes bien distinctes. Partout la population est divisée en trois castes, les Noble*, les Libres et les Ksclaves, séparées les unes des autres par des barrières infranchissables: ni le mérite, ni la fortune, ni la beauté ne permettent a personne d'en sortir et de s'élever au-dessus de sa condition originelle, mais il est, au contraire, facile de déchoir et de perdre à jamais son rang. t. ne femme noble ne peut entretenir de relations avec un homme de caste inférieure, sous peine d'exclusion tic sa caste et quelquefois de mort. Cette institution des castes est la conséquence des guerres, de l'orgueil et de la puissance des vainqueurs, d'une pari, et, d'autre part, de la faiblesse et de la soumission forcée des vaincus. Ix»s nobles, qui sont pleins d'orgueil et d'arrogance, tiennent dans l'abaissement le plus abject les gens du peuple, qui ne sont autorisés à les approcher qu'en saccroupissanl et qui doivent prendre dans leur main le pied droil de leur maître et. en signe de vasselage, le poser sur leur tète: il y a un langage spécial pour leur parler ainsi que pour parler d'eux '•"'. Les

1 11 y n «les îles (Itaiatca. etc.) où l'on leur premier roi, dans lequel, au fur el à

Menti lie le Uoi avec Dieu. Dans loul Mada- mesure de la mort de ses successeurs, sont

ga*car les chefs étaient considérés comme précieusement déposées une de leurs ca-

d'essenec divine, et, dans rimerina, on nines et une phalange de leur petit doigt;

avait coutume «le donner aux souverains il est pieusement gardé par le roi régnant,

le titre d'Andnamatiilid hilawaso (lit!. : le à <|ui il sert d'investiture. Dieu que les yeux \o!enl). Les Mahal'aK "'-' Tous ces usages sompluaircs se trou-

appellent Andrimuiharjj (Dieu) le crâne de vent également à Madagascar.

kthmh;iui»hik. 53

reliques des grands chefs sont religieusement conservées dans une maisonnette particulière qui est sacrée aux yeux de tous(,).

Leurs institutions sociales ont des degrés de développement divers suivant les tribus. Dans quelques iles, il règne une certaine anarchie, les chefs n'y ayant guère qu'un pouvoir nominal et leur autorité ne s'exerçant réellement qu'en temps de guerre; il est probable que cet état a été au début celui de toutes les tribus. Dans la plupart, comme à Madagascar, c'est l'élément féodal et surtout, depuis que les Européens ont apporté à ces peuplades les armes à feu qui ont permis à des chefs ambitieux et habiles d'établir leur domination sur leurs voisins moins braves et moins intelligents, l'élément monarchique qui domine.

Les grandes iles et les archipels n'obéissent pas à un souverain unique; ils sont divisés en une multitude de petits états gouvernés chacun par un roi, qui est le chef patriarcal de la caste des nobles et dont les fonctions sont souvent tout à la fois héréditaires et électives, car si, dune part, elles ne sortent pas d'une famille particulière, d'autre part, elles ne passent pas toujours du père au fils aîné, et la communauté choisit assez souvent entre les parents du défunt, enfants ou frères, celui qui lui parait h1 plus digne de la succession, lorsqu'il y a indignité ou incapacité des aînés. La loi salique n'y existe pas, sauf aux Radaks (îles Marshall), et le ventre seul anoblit comme dans beaucoup de pays d'Orient. La personne des chefs est sacrée, car ils sont censés tenir leur pouvoir de Dieu avec qui on les identifie dans une certaine mesure, et, après leur mort, leurs reliques sont, comme il a été dit plus haut, pieusement gardées dans une maisonnette sacrée. Le roi a toute autorité sur ses sujets, qui lui obéissent aveuglément comme à leur père; personne ne l'approche, même les nobles, qu'avec les marques du plus grand respect; seul, il a le privilège d'avoir douze femmes légitimes. Par héritage comme par droit de conquête, il est le maître du sol; cependant, ses sujets sont autorisés à cultiver toute terre qui est inculte et dont ils ont alors l'usufruit, mais ils ne peuvent l'aliéner. Toutefois, en dehors des alleus ou terres non grevées d'impôts, il y a des

1 Aux iles Salomon, etc. -- Le> Sakalava conservent de même pieusement dans une maison spéciale hs reliques de leurs rois ou jiny (du nom arabe djinn. Esprits).

54 MAI)\<ÎASC\R.

fiefs auxquels sont attachés des serfs obligés de les cultiver au bénéfice de certains nobles ou bien de leur payer certaines taxes et de faire pour eux, sans salaire, certaines corvées, telles que réparer les chemins, apporter les bois pour la construction ou la réfection de leurs maisons, etc.; mais leurs seigneurs ne peuvent pousser la tyrannie au delà d'une limite raisonnable, car, si leurs exigences devenaient intolérables, ils auraient a craindre que leurs vassaux ne se réfugiassent chez un de leurs voisins, dont ils accroîtraient la puissance.

Les chefs n'ont pas de revenus fixes; ils ont seulement droit à certaines prémices ou dîmes et ils peuvent réquisitionner les habitants pour tout travail qu'ils jugent convenable, ce dont ils ne se font pas faute.

Toutes les affaires se traitent en public, en plein air, sous la présidence du roi, qui dans certaines îles 1} est assis sur une pierre particulière, et les résolutions sont soumises pour la forme à I assentiment des assistants. Les vieillards et les chefs de famille forment un conseil patriarcal dont l'avis a toujours un grand poids. La convocation de ces assemblées publiques se fait souvent au son de la conque marine.

Corvke. — Le régime de la corvée est universel. Les rois réquisitionnent leurs sujets toutes les fois que c'est leur bon plaisir, et les corvéables ne reçoivent ni rémunération, ni vivres.

Les serfs des fiefs sont également tenus, comme nous venons de le dire, de faire certaines corvées pour leurs seigneurs.

Esclavage. — L'esclavage est à peu près général dans llndo-Océanie. Les prisonniers faits à la guerre et leurs descendants, les débiteurs insolvables et leurs familles, les individus condamnés pour certains crimes forment la masse des esclaves; il faut y ajouter les hommes, femmes et enfants, qu'on va voler dans les villages des Etats voisins 2).

Il est défendu d'épouser une esclave sous peine de perdre son rang et même ses biens (3). Lorsqu'un esclave se prosterne aux pieds du roi et que le roi lui adresse la parole, il devient sa propriété.

W Aux lies Palos, aux îles Viti, etc. — A -> Aux Célèbes, etc., et à Madagascar.

Tananarive, il existait aussi des pierres sa- 3) Chez les Maoris, etc., comme dans

crées réservées au souverain. H le de Madagascar.

ETHNOGRAPHIE. 55

On n'enterre pas les esclaves; leur corps est abandonné aux animaux0.

Justice. — Dans l'Indo-Océanie, tout individu est entièrement libre de ses actions, tant qu'il ne contrevient pas aux usages et aux coutumes du pays, qui se résument à peu près exclusivement en pratiques superstitieuses, mais ces usages et ces coutumes sont obligatoires et ont force de loi; c'est un véritable crime que de les transgresser. Il en est du reste quelques-uns, ayant trait à la jouissance des terres, au droit de propriété, à la sûreté des individus, aux échanges commerciaux, aux contestations entre particuliers, à la chasse et à la pêche, qui sont assez judicieux pour l'état dans lequel vivent ces peuplades.

C'est le chef ou ses représentants qui rendent la justice; mais, malgré son pouvoir absolu, il n'oserait violer les coutumes qu'un long usage a sanctionnées. Les jugements ont lieu en assemblée publique et la sentence est exécutée séance tenante.

Le vol entre gens du même clan est rare et sévèrement puni, et, lorsqu'il a lieu dans l'enclos du chef, le coupable est condamné à mort. La peine du talion est presque universellement appliquée; le village entier ou tout au moins la famille est rendue responsable du crime d'un des siens ®. Les Indo-Océaniens considèrent comme des délits une multitude de faits impossibles cependant à prévoir et à empêcher, qui sont dus à une imprudence ou même à une simple malechance indépendantes de la volonté des individus (3), mais qui, aux yeux de ces peuples, sont la preuve que le délinquant sans le savoir, qu'on pille pour la peine, s'est attiré la colère des Esprits.

Dans tous ces pays, le plus grand crime est la sorcellerie; il entraîne toujours la mort de l'inculpé. Les corps des sorciers punis de mort sont brûlés et leurs cendres jetées au vent, ou bien on les abandonne aux chiens et aux oiseaux de proie ; ils n'ont pas les honneurs de la sépulture et sont exclus du tombeau de famille w.

M Cliei les Maoris, etc. — Toutes ces pécheur dont la pirogue chavire, etc., sont,

coutumes ont existé aussi à Madagascar. chez certaines peuplades, considérés comme

(*> Noirs des Philippines, etc. — Il en coupables d'un délit,

est de même à Madagascar. W Les mêmes superstitions et usages

<3) Un père dont l'enfant se brûle, un régnent à Madagascar.

56 m \n \c;asc: \n.

Kn cas de doute, on recourt au jugement de Dieu (|ui, comme1 Ton sait, est ou a été employé chez tous les peuples pour démasquer les sorciers et les criminels et qui a été si usité en Europe au moyen âge. Les ordalies varient suivant les tribus et suivant les cas, et il y a une foule d'épreuves diverses : tantôt l'accusé doit, sans s'écbauder la main, enlever un caillou placé au fond d'un vase plein d'eau bouillante111: tantôt on lui fait prendre du poison- ; tantôt il se baigne dans un endroit où abondent les requins ou les crocodiles qui sont chargés de discerner les innocents des coupables, en dévorant ces derniers et laissant la vie sauve aux autres13, etc. Dans les procès douteux, on a recours à des épreuxes plus bénignes : on creuse un trou dans la rase de l'inculpé et on le remplit d'eau à la surface de laquelle h» juge, tenant un jeune bananier à la main, voit, croient-ils, l'image du coupable '* : ou bien l'on fait plonger les adversaires et celui qui reste le plus longtemps sous l'eau a gain de cause :>1 ; ou bien encore on fait prêter serment soit sur une arme qui doit tuer ceux qui se parjureraient, soit sur un bol contenant de l'eau sacrée, dite eau du serment % dans laquelle on a mis une balle, une pincée de poudre à fusil, un peu de terre, quelquefois une pièce dor, etc.. et qui doit amener la mort de ceux qui en boivent, ou tout au moins leur causer de grands malheurs à eux et à leur famille, s'ils mentent ° ; la prestation de tout serment est précédée d'une invocation à Dieu et aux ancêtres où l'on appelle les plus grandes calamités sur ceux qui oseraient forfaire à leur parole.

Successions, héritages. — Les usages qui règlent les successions sont confus et très variables suivant les tribus : chez les unes, c'est la veuve qui hérite; chez d'autres, les enfants mâles ont seuls droit aux biens de leur père(7); ailleurs, les frères el les sœurs ont part égale *K mais toujours

r' Noirs des Philippines, Amboinais, etc. *) A Tahili, etc., ainsi qu'à Madagascar.

— Les Sakalava emploient souvent ce mode 5) A Bornéo, à Siam, a Malarca, enBir-

de jugement. manie, etc.. comme à Madagascar.

M A Amboine, on fait boire le Mattakau; M Au Siam, au Laos, etc. — A Mada-

1c tanghin des Hovâ est tristement célèbre. gascar, on prête des serments analogues.

(3) Aux Tonga. La même ordalie a lieu l?' Dans l'archipel Indien, etc.

dans l'Est el dans le Sud-Est de Madagascar. >'* Maoris, etc.

ETHNOGRAPHIE. 57

les héritiers ont la charge de subvenir aux besoins de tous ies autres enfants, légitimes et illégitimes, entre lesquels il ny a, à leurs yeux, aucune différence.

Dettes. — Les Indo-Océaniens ont la religion des dettes; cest un caractère distinctif de ces peuples. II y a des tribus où l'on vend non seulement la femme et les enfants, mais même la mère d'un individu mort insolvable pour acquitter ses dettes, et d'autres où le créancier, si on ne le paye pas, a le droit de tuer son débiteur ou Tun de ses proches parents^1'; ailleurs, le père donne ses enfants en gage, jusqu'à ce qu'il ait pu s'acquitter^'.

(ilerres. — Les guerres ont presque toujours pour but le pillage; elles sont continuelles entre voisins qui, entraînés par leur penchant pour la rapine, vivent en un perpétuel état d'hostilité. Ils préparent leurs expéditions en secret et, après avoir consulté le sort et fixé le jour propice, quelquefois après avoir offert un sacrifice à Dieu, et souvent après avoir confessé publiquement leurs fautes et payé une amende en manière de punition^, ils partent, vêtus seulement du maro (xadia malgache), sous le commandement du chef qu'accompagne le talisman national particulier à la guerre. Ils agissent par surprise et avec perfidie, tantôt dressant une embuscade, tantôt s'approchant silencieusement du village ennemi pendant la nuit et poussant tout à coup, lorsqu'ils se trouvent à portée, des cris et des vociférations.

Les attaques, qui se font au son de la conque marine, ont lieu sans plan concerté à l'avance et, pendant la bataille, chaque soldat agit à sa guise. Ils combattent rarement corps à corps. Ces guerres ne sont ni longues ni sanglantes; deux ou trois soldats tués ou même simplement blessés suffisent pour décider de la victoire. Pendant que leurs maris sont en guerre, les femmes vivent en retraite, adressant matin et soir des prières à Dieu, ne se livrant à aucun plaisir et ayant le haut du corps nu '-•

'!' A Mindanao (îles Philippines), etc. :'J Chez les Dayaks de Bornéo, etc.

'•-> A Bornéo, chez les Battas, etc. — A W Chez les Dayaks, etc. — Les femmes

Madagascar, les débiteurs insolvables sont malgaches ont les mêmes obligations, c'est

tout aussi durement traités. ce qu'elles appellent tmrary.

rrasocftiPiiB. 8

madu;asc\r.

Les chefs ennemis faits prisonniers sont traités avec égard et échangés contre une honnête rançon ; on doit autant que possible éviter de les blesser pendant le combat'11. Quant aux autres prisonniers, ils sont réduits en esclavage et souvent même tués sans merci. Ije parti qui demande la paix envoie un ambassadeur portant à la main un jeune bananier.

En somme, ces peuples sont pour la plupart d'humeur guerrière; aussi ont-ils porté assez loin l'art de la fortification. Ils creusent autour de leurs villages des fossés profonds qu'entourent de hautes palissades; les portes qui y donnent entrée sont surmontées dune plate-forme qui permet de surveiller les allants et les venants: toutes les fois qu'ils le peuvent, ils les établissent sur une éminenre, souvent même au sommet de pics abrupts, afin d'être mieux à l'abri des attaques de l'ennemi*.

Leurs armes consistent en lances, longues tantôt de k à h mètres^, tantôt de 1 m. 60 à 3 mètres v. en arcs et en flèches 5}, quelquefois empoisonnées6', en pierres qu'ils jettent avec la fronde 7 ou même à la raain^, n massues 9). Quelques peuplades emploient la sarbacane ou sumpitanll0:. Les boucliers sont en usage presque partout ll}.

Àgriclltuiie. — L'agriculture est assez avancée dans l'Indo-Océanie, excepté dans les îles de la Polynésie où le sol est moins fertile que dans l'Insulinde et dont les habitants sont surtout adonnés à la pêche. L'une des principales cultures est le riz, pour lequel, clans certaines régions, on

-1, Chez les Battas. etc. — Mêmes usages à Madagascar.

21 Les Malgaches ont fortifié leurs \illages de cette même manière jusqu'au jour 011 ils n'ont plus eu à craindre les attaques de leurs \oisins.

5 Aux îles Palos, aux Hawaï. etc.

* Aux îles Marshall, aux Hawaï, aux Marianne*, à Mindanao, en Australie, en Nouvelle-Calédonie, à Rotouma, etc.

»* A Bornéo, à Vanikoro, etc.

6 Aux îles Marshall, chez les Négrilos des Philippines, aux Nouvelles-Hébrides, chez les Mélanésiens, chez les Ailburousdes Célèbes, à Timor, etc. ; les Hawaïens et les

Tonganais se servent aussi d'arcs, mais seulement pour chasser.

'" Aux lies Marshall, à Hawaï. aux Maria n nés. en Nouvelle-Calédonie, chez les Papous, etc.

"* A Kotouma, etc.

g Aux iles Marshall, aux îles Palos.

à Hawaï. aux Mariannes. aux Nouvelles- Hébrides, à Vanikoro. etc. Il v a des iles où Ton h» sert d'épées de bois dont les tranchants sont armés de dents de requin.

10' Chez les Pounans de Bornéo, etc.. et chez les Malgaches [Jtmtroakâ ou tsirikâ ).

11 Ni les Hawaïens, ni les Australiens, cependant, ne se servent de boucliers.

ETHNOGRAPHIE

construit avec art des terrasses le long des flancs des montagnes et on fait de grands travaux d'irrigation11'; on le sème dans des terrains humides où, à laide d'un bâton, on fait des trous dans lesquels on met les grains(2), et on repique les jeunes plants lorsqu'ils ont une certaine hauteur. Le repiquage se fait en mesure, les travailleurs chantant et opérant en trois temps, qui consistent à enfoncer dans la boue quelques brins pris dans la gerbe qu'ils tiennent dans la main gauche, à tasser avec le pied gauche et à faire un pas en arrière^. Quelquefois, les champs sont enclos d'un petit mur de pierres sèches'*'. On cultive aussi beaucoup d'ignames, de Farrow-root (Tacca, dont la racine est râpée et lavée avec soin)'5', etc. Leur outil principal est une bêche avec un grand manche'6'.

Industrie. — Les Indo-Océaniens sont habiles dans le tissage des étoffes, pour lequel ils emploient un métier primitif'7'; ils savent les teindre de couleurs diverses'8'. H y en a qui font rouir l'écorce de certains arbres et qui, après Ta voir battue avec un maillet de bois , s'en servent comme vêtement'9'.

Ils tressent, avec des feuilles de vakoa ou avec des joncs, des nattes, des voiles, des sacs, des paniers, des corbeilles carrées, quelquefois très fines'l0). Ils façonnent à la main des pots d'argile, qu'ils font cuire'11'; ils

W Chez les nègres de la Nouvelle-Calédonie, aux lies Mari an nés, aux lies Philippines, à Sumatra, etc. Il en est de même chez les Merinâ et chez les Belsileo.

(2) Aux lies Marianne» (Chamorris), etc.

W Aux Mes Philippines, etc. — Les Betsimisaraki, etc. , procèdent de même dans leurs plantations (voir Flacourt, Hi$ t. Mad., i658, p. ai et 998).

P> Aux lies Hawaï, etc.

W Aux Carolines , etc. , et au Ménabé , etc.

'*> Aux Hawaï, etc. — Dans le centre de Madagascar, on emploie Yangady, qui rappelle la bêche des Indo-Océaniens.

M Chez les Maoris, etc. — Le métier des Malgaches est identique à celui des peuples indo-océaniens.

M On teint en jaune avec le curcuma,

en noir avec certaines boues, en couleurs diverses avec plusieurs sortes de végétaux (aux iles Hawaï, aux Iles Mariannes, à Java, etc., comme à Madagascar).

W Hawaïennes, etc. — Les populations du Sud-Est de Madagascar ont cette même industrie.

(10) Chez les Malais, aux iles Philippines, etc. — Les femmes malgaches sont très habiles dans ces sortes d'ouvrages, surtout sur la côte orientale de Madagascar.

l11) Aux iles Palos, aux iles Mariannes, à la Nouvelle-Guinée , aux Viti , dans l'intérieur de Sumatra, etc. Les Polynésiens ne fabriquent pas de poteries, car il n'y a pas de terre à potier dans leurs îles. — A Madagascar, partout où se trouve de l'argile on la travaille avec un certain art.

m\i>v<;\s<;vh.

fabriquent des plats de dois et savent Fondre l'écaillé avec laquelle ils moulent des cuillers ' .

lis sont très adroits dans les travaux manuels et, malgré l'imperfection de leur outillage, ils sont de bons ouvriers charpentiers, serruriers, armuriers, etc. Ils connaissent l'usage du foret, qui fait chez eux l'office de notre vilebrequin ". Ils fabriquent le fer a\ec habileté, employant comme soufflet soit deux gros cylindres de bambou 3, soit deux troncs d'arbre creusés {-H\ qui sont placés verticalement et où l'air est refoulé par deux pistons mus à la main et projeté sur le foyer par un long tube, (le sont aussi d'habiles orfèvres qui. malgré leurs outils grossiers et primitifs, travaillent l'or et l'argent avec goût el font de jolis filigranes 5-.

Commerce. — Les Indo-Océaniens sont des marchands fins et rusés: jamais ils ne se pressent de conclure un marché, qui n'est valable qu'après qu'ils se sont touché les mains *'. Ils se serxent. dans plusieurs iles, de petites balances pour peser l'or el l'argent, prenant des grains de riz comme poids $ . A certaines époques, il y a, en des lieux déterminés, des foires où les habitants des environs xiennent échanger leurs produits'8.

\oies et moyens de r.oMMiMCATîON. — Dans tous ces pays, il n'y a que des sentiers, el. pour aller d'un lieu à un autre, quand ces lieux ne sont pas situés sur les côtes, on n'a d'autre moyen de transport que ses jambes. Cependant, les chefs de certaines peuplades s<» font porter dans une espèce de litière ou de palanquin sur les épaules de leurs esclaves-9'.

Jl Aux îles Palos. elc. — Les Mcrina Tondent la corne pour faire des cuillers, el les Sakalava, les Kara. etc.. l'ont leurs ustensiles de ménage en Imis.

- Chez les Maoris, chez, les Chaniorris des lies Mariannes. etc. - On peut en dire tout autant de la plupart des Malgaches.

•3 Chez les Mélanésiens, elc. — L'industrie du fer n'existait pas en Pohnésie, où il n'y a pas de minerai.

••*• A Bornéo, dans la presqu'île de Matacca (état de Perak) , etc. , les soufflets sont pareils à ceux de Madagascar. — Quoique ceux des forces africaines, qui sont de sim-

ples sacs en peau de rhe\re, soient tout à fait différents, les Makololos en ont qui sont assez semhlahles à ceux de fOcéanie et de Madagascar ( \a\ ixcstoxe, Expl. du Xambeze, p. 391).

:3 A Ja\a. à Sumatra, aux lies Philippines, etc., comme dans l'Imerinà.

•6) Chez les Maoris, aux îles Ha* aï, etc.

tr' \ Sumatra, etc.. tout comme dans le centre de Madagascar.

(•• Aux Iles Hawaï. etc. - C'est ce qui existait aussi dans le centre de Madagascar.

•' Le palanquin est d'origine asiatitpie. La chaise de montagne dont se sérient les Chinois est un \rai jilanjami malgache.

ETHNOGRAPHIE

Navigation. — L'art de la navigation a été porté très loin par les Indo- Océaniens qui sont, pour la plupart, des marins habiles, expérimentés et intrépides. Ils sont très experts dans la construction des bateaux ou pirogues et dans la manière de les diriger. Les uns creusent, dans des troncs d'arbre, d'énormes canots qui ont jusqu'à 90 et 9 5 mètres de longueur, et dont ils rehaussent les côtés avec des bordages ou planches, cousus et calfatés à l'aide de filasse et de résine; ils relient quelquefois ces canots deux à deux afin de transporter un plus grand nombre de personnes et de leur donner plus de stabilité^. Les autres font des pirogues très effilées, munies d'un(2) ou de deux (3) balanciers pour les empêcher de chavirer, car, pour une longueur de 1 5 à 20 mètres, leur largeur n'est que de 0 m. 5o a 1 mètre; des planches mises en travers les consolident et servent de bancs. Ces embarcations sont construites avec un grand art; elles sont gracieuses, légères et rapides; elles portent de grandes voiles triangulaires en nattes, dont le patron tient à la main les écoutes, afin de pouvoir les larguer rapidement lorsque la brise fraîchit; on se sert de pagayes, lorsqu'il y a calme plat ou que le vent n'est pas favorable.

Plusieurs de ces peuples (Malais et Mélanésiens) mettent en mer de véritables flottes, composées de nombreuses embarcations, avec lesquelles ils exercent la piraterie et sèment au loin la terreur w.

Les Indo-Océaniens, comme la plupart des habitants des pays maritimes, considèrent que les objets qu'ils recueillent sur la plage ou qu'ils trouvent en pleine mer sont un cadeau que Dieu leur fait

M Maoris, Hawaïens (quelquefois), elc.

W Dans la Polynésie orientale, à Hle Drummond de l'archipel Gilbert, aux lies Carolines, aux lies Palaos, à Bornéo, aux îles Nicobar, aux lies Andaman, à Ceylan, aux Laquedives et Maldives, les pirogues ont un balancier, comme à Madagascar.

(*> Malais de Singapore, Javanais, Soloans, etc. — Dans les lies Mariannes, on accouple les pirogues deux à deux et on met un balancier de chaque côlé. — 11 y

avait autrefois, en i5o,5. des pirogues à deux balanciers à Ampalazy et a Tuléar, sur la côte Sud-Ouest de Madagascar (voir Le premier livre de la navigation des Hollandais aux Indes orientales, i5p,8, verso p. 6 W, avec figure).

(*) Les Betsimisarakâ, qui habitent la côte orientale de Madagascar, ont aussi été maintes fois , avec des centaines de pirogues , piller les Comores et même certaines villes de la côte d'Afrique.

'û> <rLes esquifs sont faits d'une seule pièce de bois, a y an s des basions à d<»u\ costés aiin qu'en tournant ne renversent : peschent en cette manière.*

MADAC tSCAR.

et qu'ils sont leur bien; ils dénient au vrai propriétaire tout droit sur les épaves.

Les chefs océaniens exigent des Européens un présent assez important avant de les autoriser à jeter l'ancre sur leurs côtes et à faire à terre des provisions d eau, de bois et de vivres (l'.

Arts, musique. — Les Indo-Océaniens sont passionnés pour la musique. Ils ont l'oreille juste, mais la science leur manque, et ils n'ont que des instruments grossiers, consistant en un long bâton, sur lequel ils frappent en cadence pour marquer la mesure des danses(2), et un grand tambour qu'on bat à deux mains ou avec une baguette (3), en calebasses pleines de petits cailloux, en flûtes de bambou, en flageolets, en guimbardes ou sorte d'arcs monocordes dont une moitié de calebasse forme la caisse sonore (4), en chalempoung ou lyre à dix ou quinze cordes'5'; tous, sauf le dernier, produisent des modulations peu variées et peu agréables.

11 y a encore la conque marine, mais son usage est réservé aux chefs pour les fêtes nationales et pour la guerre (6).

Leurs chants, quoique traînants et monotones, sont plus mélodieux que leur musique instrumentale; ils ne sont pas cependant très agréables. On chante pendant les danses, on chante dans les fêtes, aux funérailles, etc.; un des assistants improvise un court récitatif, adapté aux circonstances, et les autres répondent par un refrain invariable, souvent même par une seule note plus ou moins stridente.

Ils ont aussi des chansons d'amour, éminemment lascives, des chansons satiriques, bachiques, guerrières, etc.(7).

M A Madagascar, les chefs du bord de la mer exigent également un droit d'ancrage.

P) Chez les Hawaïens, etc. — Les Malgaches de la côte orientale se servent dans le même but d'un bambou.

P) Aux îles Marshall, etc.

(4) Aux Philippines, aux Mariannes, h Nouka-Hiva, etc. C'est le bobre des Cafres.

(5) Cet instrument, en usage chez les Malais, est l'analogue de la valiha malgache.

(*) Mélanésiens, Samoans, Tonganais,

Maoris, Nouka-Hi viens, etc., tout comme les Sakalavâ, les Bara et les autres tribus malgaches. — Ces peuples croient que le bruit qu'on entend lorsqu'on approche cette coquille de l'oreille est produit par la conversation des mânes de leurs ancêtres avec les divinités inférieures qui y ont élu domicile. W Tout ce que nous venons de dire au sujet des chants et de la musique instrumentale des Indo-Océaniens s'applique également aux Malgaches.

ETHNOGRAPHIE. 65

Dans certaines îles, il existe des troubadours, à mœurs efféminées, qui s en vont de village en village, amusant les habitants avec des chansons et des danses qu'ils accompagnent de musique (,).

Dessin et sculpture. — Leurs dessins sont limités à des arabesques, à des grecques. 11 font d'assez jolies sculptures sur bois et s'ingénient quelquefois à représenter des animaux et des figures humaines, ébauches informes qui sont dénuées d'art et sont sans expression^.

Sciences. — Les Indo-Océaniens n'ont, en réalité, aucunes connaissances scientifiques. Cependant, ils emploient la numération décimale, ils savent distinguer les principales étoiles, ils connaissent les points cardinaux et leurs subdivisions; ils. divisent Tannée en douze ou treize mois lunaires de vingt-huit jours, chacun de ces jours ayant son nom et les mois étant appelés d'après un groupe d'étoiles.

Maladies, médecine, chikuiigie. — Les Indo-Océaniens croient que la plupart des maladies, sinon toutes, arrivent par punition des Esprits ou des mânes des ancêtres à cause de méfaits, notamment de la violation des divers tabous, ou par sortilège, ou bien encore parce qu'un démon s'est emparé de leur corps. Ils attribuent presque toujours la mort à une cause surnaturelle (3).

Aussi leur méthode curative consiste-t-elle surtout en prières, en exorcismes, en offrandes propitiatoires ou même en sacrifices aux Esprits; dans les cas graves, les proches parents doivent confesser publiquement leurs péchés. Les sorciers font une foule de momeries dans le but de chasser le démon du corps du possédé et ordonnent certaines abstinences; on danse autour du malade^ et on entretient, nuit et jour, un grand feu à ses côtés, dans la pensée de forcer le diable, cause de tout le mal, à s'en aller.

Quelquefois, cependant, outre les prières et les offrandes propitiatoires, ils traitent certaines maladies avec des simples, des plantes pur-

t1) 11 en est de même à Madagascar, Samoa, à Tahiti, à Nouka-Hiva, etc. — Il

W On peut en dire autant des Malgaches. en est de même à Madagascar. P) A l'archipel Mentavi, à Bornéo, à (4) Aux lies Radak-Ralik (Marshall),

Amboine, aux Mariannes, aux Carolines.à etc., tout comme à Madagascar.

6* MADAGASCAR

gatives ou \omitives ' . Le massage est assez fréquemment pratiqué et. pour les fièvres comme pour les douleurs rhumatismales, les bains de vapeur aromatisés avec des herbes odorantes sont en grand usage2'. Quand ils ont mal à la tête ou qu'ils souffrent de douleurs faciales, ils étendent sur la partie de la tête qui est malade une couche de terre argileuse blanche ou jaunie avec du curcuma (3).

11 existe dans certaines îles une maladie de nature syphilitique (le tanga des Canaques de la Nouvelle-Calédonie, le kola des Malgaches) qui produit des plaies sanguinolentes sous la plante des pieds, aux jambes, aux bras, à la figure. La lèpre est commune chez les Papous1*.

Les personnes atteintes de maladies contagieuses étaient tabouées et reléguées dans des endroits déserts, où on les laissait mourir sans secours, abandonnées de tous. Sont aussi tabouées, mais temporairement, les femmes en couche5.

Les maladies de la peau sont plus communes chez les Malais et les Mélanésiens que chez les Indonésiens et les Polynésiens.

La chirurgie était plus rationnelle que la médecine. Il y avait des individus assez habiles à réduire les fractures et les luxations, à ouvrir les abcès, à cautériser les plaies, etc. Les maux de dents sont attribués à un ver qu'ils cherchent à extirper A.

LixiiisTioiE. — Les langues agglutinantes qui se parlent de Tîle de Pâques, dans l'Est, jusques et y compris Madagascar, dans l'Ouest, toutes nombreuses qu'elles sont, ont une parenté incontestable et incontestée. La syntaxe, qui est le fondement et la vraie caractéristique des langages, en est identique; les vocabulaires au contraire sont assez différents '. et les mots communs aux diverses peuplades y sont relativement rares, ce qui ne saurait nous surprendre, car il est impossible qu'ils soient tous semblables dans des pays couvrant une surface aussi étendue et où l'art

1 Aux Hawaî. aux Garolines, etc. * Il en est de même à Madagascar.

-> Chex les Maoris, etc. — Les Mal- >s) Dans la Nouvelle-Zélande, elc. comme

gâches font ce même traitement. chez les Sihanaka , elc. . à Madagascar.

3 Aux îles Gélèbes, elc. — Les femmes {6 Aux Iles de Banks, etc., comme chez

malgaches onl aussi recours à ce plâtrage les Malgaches,

contre les maux de tète. ■" D'après Crawfard, il n'y aurait qu'un

MADAGASCAR

divers degrés de parente (l). Les Maoris ont, d'après Colenso, quatrevingt-deux mots pour désigner les nuances de la couleur rouge.

Il est à noter que les noms de beaucoup d'animaux (i) et de plantes (3) sont communs aux habitants de plusieurs îles de 1 Océanie et aux Malgaches.

En résumé, le tableau synthétique des mœurs des Indo-Océaniens, que nous venons de tracer d'après les nombreux voyageurs et missionnaires qui ont visité Tlnsulinde et l'Océanie, s'applique dans tous ses détails aussi bien aux Malgaches qu'aux habitants de ces lointaines régions; il en ressort, comme de l'étude des caractères anthropologiques, que le fond de la population de Madagascar est certainement de la même race que les Indo-Mélanésiens et que ses premiers habitants ont été des nègres venus de l'Extrême-Orient.

Page 1